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CHAPITRE XIX

IMPOSTEURS païens

Expurgent eniin pseudochrisli et pscudopropbeia , et daburt ilgiia «1 poclcaUi ad seduenudM, si fieri polest eiiam eloctof:.

Car il surgira de taux Christs et de Taux prophètes, et ik ùpéiwuA des «IgiMi et des prodiges pour sédidfe, se pesit, infinie les âns. MaK, xui, If.

Si les âmes étaient ainsi troublées, niômc au sein de rÉgliseï à plus forte raison devaient-elles l'être dans le pagaïusine.

Là) sans doute^ tonte saperstitioii trouvait sa place, et cette

place était large, surtout depuis le commencement de Tempire. A cette époque, après avoir un peu philosophé sous la république, on s'était repris, je ne dirai pas à croire fidèlement aux dieux, tant s'en faut, mais à épouser volontiers toutes les superstitions. De plus, une certaine philosophie, pythagoricienne, ou soi disant telle, commençait de paraître, elle, plus régulièrement dévote, cherchant à démêler^ s'il se pouvait, la tradition de la rêverie, à restaurer et à purifier

le culte, et qui eût fait, s'il eût été possible, une théologie, un rilucl, un calécliisme ù Tusage de l'empire romain. Seule, la philosophie stoidenne, qui s'était relevée sous NéroQ, au point même de former un parti politique, plus raisonnante et cependant plus religieuse, plus froide sur le culte des dieux, mais plus ouverte à la pensée de Dieu, avait combattu en une certaine mesure les entraînements superstitieux de son époque. C'était dans le monde paien le seul coin oû la raison fût un peu libre, le seul mouvement droit cl spontané de l ûme vers Dieu.

Mais, quand vint le coup de tonnerre des guerres civiles, le stofcisme ne joua plus qu'un faible rôle. Il avait su rester debout devant Néron, il ne sut pas le faire devant les révolulions. Tacite nous peint son chef le plus illustre el le plus digne, Musonius Rufus, philosophe, mais ni politique ni soldat, député avec d'autres sénateurs au camp d^Antonius Primus, dissertant hors de pi-opos devant les soldats sur le juste et rinjnslo, la paix et la guerre, ennuyant les uns, raillé des autres, menacé, maltraité même par les plus brutaux, jusqu'à ce que, sur le conseil de sages amis, il renonçât à cette intempestive philosophie ^ Il en fbt du stoïcisme connue de son maître; doctrine de cabinet, il ne tint pas au grand air et au grand fracas de la guerre civile: il ne trouva pas les âmes asseï fortes pour soutenir, avec son seul appui, un tel ébranlement. Il fallut qu'il les abandonnât h leur tendance et les laissât courir vers le séduisaiit abinie de la philo-

' Hist.f i, 82. — Sur Musonius Rofus, chevalier roiiiuin, de Bol^ène, voyei Pline, m, Ep. ii. — Tac, Atm., xiv, 59; xv, 71 ; Hùt., iv, tO, 40. ~ IMoo, un, Lxvi, p. 714. 751. — Philostratc, ir, 12, IG; v, 6; vu, 8. Aulu-Gell., V, 1; ix, S.— Épictète, in Arrim, i, I. 8, iO; m, 6, 15, 23. — Slobéc, pas$im. — Saint Justin, A poL, il, S. — Origène, in CeU., III, 66.

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COAP. XIX. - IMPOSTEURS FAIENS. 477

Sophie supci'slitieuse. Le stoïcisme ne parlait que Hc Dieu, fie la i-aison et de la vertu; le pythagoréisme parlait dieux, prodiges, oracles, divinations, démons ^ Le pythagoréisme i'emporta. Dés cette époque, la philosophie thêurgique, quellè que fût son nom, tint dans l'esprit des peuples une place tout autre qu'elle n'avait tenu dans les siècles précédents.

Mais, au delà du pythagoréisme, au delà de toute philosophie un peu rationnelle, de toute théologie un peu régulière, s*élançait le mouvement de superstition, irrationnel, confus, universel, populaire, dont les esprits inéme les plus illustres étaient saisis. J'ai rapporté çà et là assez de traits de cette superstition, il n'est pas nécessaire de les rappeler. Ce sont des présages entrevus partout, redoutés avant l'événement, ou reconnus après. C'est, je l'ai fait voir vingt fois, l'astrologie, cette superstition des athées, qiii est, plus que toute autre, la superstition du peuple, des grands, des Césars. C'est la magie, dominante e( populaire, presque autant que l'astrologie elle-même : Néron a immolé des hommes à ses expériences, et saint Paul à Éphése a fait brûler pour une somme de dnquante mille deniers des livres relatifs aux sciences occultes. Ce sont enfin les dieux eux-mêmes, qui ne viennent guère qu'en ti oisième ligne après les magiciens et les astrologues, mais qui sont encore honorés, consultés, redoutés. Les orades, malgré leur fréquent silence et leurs impertinentes réponses, sont encore recherchés. Yespasien consulte l'oracle du Carmel et envoie son fils à celui de Paphos. J'ai dit sa dévotion au dieu ^^tien Sérapis *. Car, parmi les dieux, ce sont toujours les dieux étrangers qui ont le plus de crédit chez les Romains. Othon, à Rome, est

* Dqjft Xdnophon appelait la philosophie pythagoridenne npovw^, féoonde eo prodiges. Ep, ad^iehin,, in Eiiseb.; Riwp, mmg., ziv, 12. «Iftc., But., 5, 4, 78; ir, 83. —Sue!., fit Yefip., 5; in Tit„ 5.

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prêtre bèoéTole d'Isb, et lui fait des sacrifices en habit de

lin *. r/esi sous le costume vénéré des prêtres d'Isis que Doniitieu a pu fuir du Capitole incendié el assiégé. Au combat de Bédriac, on voit une légion s'arrêter tout à coup au milieu de la bataiUe et adorer le soleil levant : elle arrisait d'Orient et en conservait les pratiques religieuses *.

(^oninie ou le voit, les fortunes les plus hautes ne se mettaient pas au-dessus de ces faiblesses vulgaires. Les plus grands esprits n'^ échappaient pas non plus. Pline, athée, ou peu s'en faut, croit à mille contes de bonne reminc qui nous ébaliissent. Sou neveu ))arle « du songe qui vient de Jupiter, y» Les plus e^its forts étaient fatalistes, et^ par conséquent, croyaient au moins à Fastrologie. S'ils négligeaient les présages, c'est parce qu'ils croyaient le destin inévitable Et en thèse générale, pourquoi l'athée serait-il moins superstitieux que le croyant? Pour lui aussi, il y a de rinexplicable, par conséquent du mystère, par conséquent du surnaturel; et un surnaturel dont il a une peur plus grande, parce qu'il n'y a rien à lui opposer, sur lequel il voudrait agir par l'mcantation, d'autant plus qu'il ne peut agir par la prière.

Mais tout ceci n'est guère que la pâture habituelle des anciens païeiîs, le courant ordhiaire de la superstition antique, grossi par l'orage de la guerre civile. Ce qui me parait

' Suet., m Oth,, 13.

* Tac, Hist., III, 24. — On adorait le soleil en tournant sur soHnéme et en portant la main k ses lèvres. Pline, Rist, nat,, mm, S. — Voyes Job., mi, 36, — Éiedi., tiu, 16. — L. Vitdltus, père de Tempereur, avait introduit à Rome cette forme d*adoralû>n qtt*il appliquait à Câliguk. Il se voilait la tôte devant le prince, tournait sur lui-même et se pro^emait. Suet., in Vit., 2.

^ tialba, contemptor talium, ut fortuitomm, nmqumfiUo maneiUfqitam* uU sigisificata, non vUmUur, Tac, i, 18. *

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