‹ Rome et la JudéeChapitre 62 sur 64 · CUAP. XXI. — DE L ÉGLISE · texte numérisé non relu

CUAP. XXI. — DE L ÉGLISE

feras pas à donner et tu ne murmureras pas en donnant. Dame à qitieaniiue te demande^ tu oonnattras plus tard celui

qui le londra tes dons avec usure. Tu ne susciteras pas de rupture; niais tu rétabliras la paix entre ceux qui se querellent. Tu confesseras tes pédiés. Tu n'iras pas à la prière avec une conscience mauvaise. Telle est la voie de lumière. » (18, 10). Et en finissant: «Tandis que vous ùtes encore dans celle enveloppe précieuse (a>ç Iti xb xaXsv çy.z\ibi isri |Acd' 2»|Mav), ne manquez à aucune de ces maximes, recherchez-les toutes, accomplissez tous les préceptes. Et tous méritent d'être observés. Aussi me suis-jc étudié, autant qu'il était en moi, à vous écrire ceci, alin de vous réjouir. Salut, fils de dilection et de paix. Que le Seigneur de toute gloire et de toute grâce soit en votre esprit. Ainsi soit-il (21 )• » L'aiitre écrit n|)])articiit à un chrétion d'une autre origine. Il a été composé avec les habitudes de l'esprit grec, avec cette forme de la pensée hellénique, simple, nette, sobre, lumineuse, qui allait si bien au christianisme, et qui s'est si facilement mariée à l'esprit chrétien. Nulle trace des idées rabbiniques; il y a bien plutôt une réprobation de la synagogue, absolue et excessive ( diap. 3 et 4). L'auteur écrit au païen Diognète, curieux de connaître les dogmes des chrétiens; il les lui expose en réservant cette partie intime qui n'est enseignée qu'après le baptême et que nul chrétien ne doit révéler'. <c Les chrétiens, dit-il, forment sous nos yeux une société admirable autant qu elle est incompréhensible. Ils habitent chacun leur pati ie, mais ils y liabllent . comme des étrangers; soumis à toutes les lois comme des citoyens, ils subissent toutes les rigueurs comme des hom-

* àlallli., V, 1, 2. — Luc, Ti, 30.

* « N'espère pas que nul lioniiiic t'onseigne le rny&lère du ciille divin, qui fst propre aui dirélicns » (nî; iiixi avràv dc&ai^iaspisianiftcv). 4.

mes Tenus du dehors. Tout pays étranger est pour eux une patrie, toute patrie un pays étranger. Gomme les autres, ils se marient et ils ont des enfants; mais ces enfants, ils ne les abaiidormeiit jamais. Leur lablc est coiiiinuiio, leur couche ne l'est pas ^ Us vivent dans la cliair, mais non pas selon la diair. Ils vivent sur la terre, mais leur patrie est au ciel, ils obéissent aux lois (Vîriles ; mais leur vie est plus sainte que les bus. Ils aiuicul b>us les bonunes, et tous les bouimes les persécutent. On ne les connaît pas, et on les condamne. On les met à mort, et, en les faisant périr, on leur donne la vie. Ils sont mendiants cl ils cnricliissent les autres. Tout leur uuuH|ue; cl tout leur abonde. Un les déshonore, et ce (Irslionncur fait leur gloire. On les accuse, et cependant on les justifie. On les maudit, et ils bénissent. Ils font le bien, et on les punit comme des coupables; mais, au milieu des supplices, ils se réjouissent connue si on leur roiulait la vie. Les Juifs leur font la guerre, les Grecs les pefôécutenl; mais nul ne saurait dire la cause de cette haine* /

«t El, pour tout dire en un mot, ce (pfest l'âme dans le corps, les chrétiens le sont dans le niuude. L ànic est répandue dans tous les membres, les clirétiensle sont dans toutes les cités. L'âme habite le corps, sans être du corps; les chré- tiens habitent le monde, sans être du monde... Le corps est ciuicuii de l ame et lui l'ait la guerre, (pioicpi'il n'ait pas été provoqué par elle, mais parce qu'elle lui interdit les voluptés; le monde que les dirétiens n^ont pas provoqué leur fait • la guerre, parce qu'ils blâment ses voluptés. L'âme aime le corps dont elle csl haïe; les cluétiens aussi aiment ceux qui

* Le texte de ce pasitage est douteux. Sur Tabandon des eorants, voyez cidessus le passage analogue de S. Baruabé.

* Ch. V. Goinparer tout ceci aux passages de S. Paul. Il Cor.» i » 3; Rom., VIII, t2et suiv.; Phil., m, 18-20; H Cor., \t, 9, 10; l 'Cor., 12; Il Cor., VI, iO.

ClIAP. XXI. — UË I/ÉGLISE

les haïssent. L'âme, enfermée dans le coi ps, conserve le coi ps ; les clirclieiis, oiileriTiés dans le monde comnnc dansunc prison, conservent le monde. L'ànie immortelle habite un tabernacle mortel... L'âme, lorsqu'elle souffire le jeûne et l'abstinence, devient plus forte; les chrétiens, lorsqu'on les livre au supplice, croissent en nombre chaque jour. Tel est le poste (|ui leur a été assigné de Dieu même, et qu'il ne leur a pas permis d'abandonner...

« Or renseignement qu'ils ont reçu n'est pas une invention terrestre; ce n'est pas la pensée d'un mortel qu'ils gardent avec tant de soin. Ce ne sont pas des mystères humains qui leur ont été confiés. Dieu, invisible, maitre et créateur de toutes choses, a fait descendre du ciel, parmi les hommes, sa Vérité, son Verbe saint et iiiconquéhcnsible... Celui qu'il a envoyé aux hommes n'est pas, conune on pourrait le croire, un messager, un prince, quelqu'un de ceux qui gouvernent le monde terrestre ou exercent une certaine puissance dans les cieux. Mais c'est l'ouvrier et le créateur de toutes choses, celui par qui Dieu a fondé les cicux, enfermé la mer dans ses limites... L'a-t-il envoyé, comme on pourrait le penser, dans un but de rigueur et d'épouvantement? Non, il l'a envoyé dans sa clénience et dans sa douceur. 11 l'a envoyé comme le roi envoie le roi son iiis; il l'a envoyé comme Dieu vers les hommes; il l'a envoyé pour sauver, pour persuader, non pour contraindre. . . 11 Fa envoyé dans son amour, non dans sa justice. Il l'enverra un jour pour nous juger, et aloi*s qui pourra soutenir sa venue ' . »

Je n*ai cru pouvoir mieux faire oonnaiti*e que par de simples citations ces vénérables monuments de l'antiquité chrétienne. L'un et l'autre, avec des formes différentes, montrent quelle était lu rectitude du sens chrétieu.

* Cbap. VI, Vil,

5iO nOME ET LA JUUKE.

Cherches ailleurs, à celte époque, cliezles philosophes, les sectaires, les hérésiarques, les soi-disant prophètes et les

soi-ilisant dieux, quelque eliosc de pareil ii celte précision dans la doctrine, à cette feruielé brève dans la morale, à c6tle simplicité dans la vertu.

Ainsi le diristianisme grandissait de ses propres épreuves et des épreuves du moude. L'ambition des chefs et la cnpidilé des soldats, en amenanlles révolutions de 1 empire; le fanatisme des Juifs, en soulevant la guerre de Jérusalem; l'esprit d'indépendance des peuples, en excitant la guerre contre Rome; l'impiété des faux prophètes, l'orgueil des hérésiarques, la niensougère audace des imposteurs, la superstitieuse folie des nations qui se manifestait par de tels égarements; la puissance elle-même des ténèbres, en suscitant ces impostures, ne faisaient que justifier les prophéties el servir involonlaircmeni la cause de Dieu. Les oracles divins avaient été vériûés; la synagogue avait été abolie au profit de T Église; la destruction de Jérusalem, de son temple et de son culte avait rendu plus manifestes (jue jaiiiuis le culte, le temple, la elle spirituelle, destinés à les remphicer. Les hérésies, mal nécessaire, en appelant à elles des chrétiens demeurés juifs ou païens après leur baptême, avaient servi à épmer l'Kglîse et à trier l'ivraie de la céleste moisson, selon la parole de saint i'uul : « 11 faut qu'il y ait des hérésies, afin de manifester parmi vous ceux qui auront été éprouvés*. » Enfin les folies même de la superstition païenne, les mysiagogues, les prétendus thaumaturges, les dieux terrestres, toute celte grande perlur-

*ICuf., SI» 19» et S. Jean : « 11$ sont sortis de nous, mais ils rrclaicut|a$ tlâ nous; rar, s'ils eussent été de nous, iis fussent toujours restés a.ec nous. iM.iis il ) ndln iiii'il deviot nuinifesle que ces hommes nëtaient pas a^ec nous. 1 Joan., iip 18, i 9.

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balion des âmes, incapables de résister au dioc des évéiiemcnls politiques et à la déception de leurs mystiques espérances; tout cela avait servi à faire ressortir la paix et le bon sens des clirétiens, la sincérité de leurs thaumaturges, la légitimité de leurs inspirations, leur pleine et heureuse possession du Messie reconnu. L'épreuve avait été rude et pour les croyants et pour le monde ; niais elle laissait les croyants plus fermes, et le monde, 8*il le voulait^ plus éclairé.

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