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CHAP. 111. — LES HÉRÉSIES

Christ qui le sauvait, c'étaient ses aïeux et c'était lui-inême. La vertu du liédemptcur diminuait aiusi daiis la mesure où grandissait la vertu de la révélation mosaïque; la grâce de la loi nouvelle était moindre d'autant que le privilège de la loi ancienne était plus grand. 1/Kvangilc n était [)lus qu'un pei feclionnement du Pentateuque. 1 els éiaieut ces prétendus docteurs, étroits, rigoristes, exclusif, mesquinement orgueilleux.

Tout autres étaient les hérésies qui retournaicnl vers le paganisme. Les Chrétiens d'origine païenne, que cet esprit exdusif et orgudUeux avait froissés, pour fuir le plus loiu possible de la synagogue, reculaient jusqu'au temple des dieux. D'abord le grand dogme des livres et du peuple juif, la grande vérité méconnue par le paganisme, le dogme du Dieu un et surtout du Dieu créateur , ils avaient hâte de l'effooer : le monde n'était plus créé de Dieu ; il était l'œuvre des anges, et des mauvais anges. Puis disparaissait à son tour le dogme de la providence divine, la con* duite de Dieu sur les peuples et surtout sur le peuple hébndque, si puissamment écrite dans les livres de Moïse : les anges se substituaient à Dieu pour le gouvernement comme pour la création du monde. G'éts^ent les anges (quelquesuns allèrent jusqu'à le soutenir) qui avaient suscité Moïse, dicté le Pentateuque, inspiré les prophètes. On vit l'opposition au judaïsme aller jusqu'à la gloriiicalion de Dathan, d'Abiron, de Gain, de tous les personnages voués à l'exécration par les Livres saints. Aussi le Rédémpteur, quel qu'il lïit, n'était il venu, selon eux, ni conlirmer, ni agrandir, ni spirituahser, ni, quoiqu'il le dise dans l Evangile, accomplir la loi ; il était venu l'abolir, et déUvrer le monde de la tyrannie des anges. Ce n'est pas tout; la loi de Moïse repousse avec horreur tout ce qui est magie, incantation, sortilège :

ceux-ci, avec iiii ontlioiisiasmo t^ffal à celui des païens, praliquèrentces commerces impurs avec les démons. La loi juive, à certains égards, est une loi extérieure dans laquelle la vie corporelle de rhomme semble tenir la plus grande place, où son être spirituel est voilé : les nouveaux «loctcurs, au contraire, affectèrent de mépriser l'homme corporel ; pour eux, le monde visible, la matière, la chair, sont Tceuvre des anges, c cst-à-dire d'une influence mauvaise; la chair n'est pas seulement pervertie, elle est essentiellement impure; le Christ ne Ta point revêtue, et par suite ne l'a point rachetée; elle mourra pour ne point renaître; il n'y aura point de résurrection pour elle*. Enfin la loi juive attache un grand prix aux œuvres rituelles, aux œnvres morales : ceux-ci n'en allachèrent aucun. Qu'est-ce, dans ce oionde créé et gouverné par les mauvais anges, que les notions de vertu et de vice, de bien et de mal, inspirées et propagées par eux? Vivre dans la virginité cx)mme les ascètes chrétiens ou comme les païens dans la déhanche, jeûner ou se livrer à l'intempérance, rejeter avec horreur les viandes offertes aux idoles ou s*en nourrir avec délices, souffrir la mort plutôt que de sacrifier aux faux dieux, ou. ponr sauver sa vie, hn'iler son encens sur tous les autels possibles, ce sont des actions indifférentes. Les unes ne justifient pas plus que les autres ne damnent. Non par ses mvres, mais par la grâce du Dieu descendu sur la terre, r homme doit être sauvé.

3Iais ces sectes si opposées entre elles avaient cependant un point de rapprochement. Lea unes et les autres diminuaient

* Sur leltf négation de la résun ection de la cliair, fréquente des le temps des apôtres, pnVhée entre autres par Simon le Magicien, par llyménée, Philètc et Alexandre, voyez : I Joan., iv, 2-3, — I Tim., i, 19-20. — IITim , II, 16-18. — iT, 14-15. — I Cor., xv, 12-17; sans parler des Pères de Tâge suivant, Âthéoagore, saint Justin, etc.

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comme à 1 envi le CliiisL et son œuvre, l'our les judaisuiils, cela est tout simple : la rédemption n'était qu*ime œu\re accessoire et secondaire; un instrument médiocre suffisait. Leur Messie n'était qu'un propliète, un simple homme, Jésus, sur lequolle Christ, la vertu de Dieu, était niomeutanément ^ descendue du jour de son baptême ^ celui de son agonie. De ' leur côté, les paganisants (si je puis employer ce mol) dédaraieiit la création une œuvre du mal, le nioude visible absolument vicié, lu chair radicalement impure, et ne pouvaient admettre d'union entre Dieu» la pureté suprême, et le monde, la chair, Themme, l'impureté absolue. Ce n*est plus Dieu qui s'est revêtu de la chair luunaine, (jui a souiïert et qui est mort : c'est une vision, mi fantôme, une apparence humaine dont il a bien voulu se revêtir ; il n'a pu consentir à être réellement homme, réellement chair, parce qu'il ne peut consentir à être le mal. Les uns elîayaient ainsi la divinité; les autres, l'humanité du Sauveur. Ni les uns ni les autres ne pouvaient porter, dans sa sublimité, le mystère du Dieu fait homme et du Dieu fait chair, cette association si féconde et si fondameulale de Dieu et du fidèle, de l'âme divine et de l'âme humaine, de la chair divine et de notre chair, de la mort d'un Dieu et de notre mort, de sa résurrection et de notre résurrection ^ Dieu et Thomme étaient toujours pour eux à distance. L'œuvre de la rédemption n'avait plus été entre Dieu et l'homme qu'un rapprochement apparent et momentané, qu'une simple manifestation de la puissance divine,

' Saint Jean iriiliquebien combien ces erreurs étaient cnpifales: Quia est mendux, iii;>i qui negat quoniani Jésus est Ghristus? 1 Joan., ii, 22. — Omnis spiritus qui l'onfitetur Christum in carne venissc, ex Donest; etonnii^ apîritus qui soWet Jesoni, ex Deo non est, et hic est antichrisUu. IT» 3*5 — Nuiti seductores... qui non ( onlitentur Jesum Gbristiuii veoissc in came, hic est seductor et antichristus. 11 Juan., 7.

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qu'un simple phénomène d'inspiration, qu'un prestige. Par là disparaissaient la piété des croyants, la vertu des saints, le courage des martyrs. Pour ce christianisme diminué, pour ce Christ fantôme, pour cet homme qui n'était point Dieu, ou ce Dieu qui ne s'était point fait homme, pour une féHcité à \enir qui n'était point gagnée par le sang de Dieu, pour une résurrection dont on n'avait point pour gage la résurrection d*un INeu, qui se fôt soucié de mourir? Les paganisants dispensaient formellement du martyr, les judaïsants ne le subirent guère.

Telles étaient, dans leur divergence et dans leur uoion, ces voies opposées de Terreur. Elles se montrèrent dès le

preniior jour du christianisme. Saint Paul nous montre les docteurs judaïsants dressés contre lui comme des cliiens hargneux dans toutes les églises qu'il a fondées. A Corinthe, ils le calomnient en son absence, ils lui dément sa mission apostolique, ils se font les chefs et hientot les tyrans d'une foule qu'ils ont séduite ^ En Galatie, au milieu d'une église sortie de la gentilité, ils imposent aux gentils baptisés la dr^ ' concision et les œuvres de la loi ; « C'est, dit-il, comme im nouvel évangile qu'ils forcent les fidèles ù suivre au lieu de lËvanRile de Jésus-Christ*. » Les docteurs opposés à ceux-ci ne lin sont pas non plus inconnus. Ces gnostiques orgueilleux (car lui-même leur donne déjà ce nom qui maudissent la création, anathémalisent la chair, condamnent le mariage, mterdisent l'usage de certains aliments^ (comme le feront plus tard les manichéens), qui rejettent la résurrection future,

' II Cor., X, 7-12; xi, 5-4-l2-ie-2Û-22-23.

* Ual., I, 0-1); III, 1-5; v, 1-12.

^ Oppsiliones lulâi noiuinis scicntiœ ivr.Oîffit; -f.; yo^îvûa'.y rNÛSEÙr* 1 Tim., VI, 20.

* 1 Tim., IF, l-ô.

Digitiztxi by G

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et soulicniieiit que la irsuircrlion s'est accomplie par le baptême, il les a rencontrés à Corinihe^ ; il a souHert à Rome de leur obstination et de leurs rancunes; il a livré à Satan Hyménëe et Alexandre, et il a ordonné aux fidèles de s'éloigner d'eux ; il a vu tomber dans les piéj^es de Terreur l'iiorésîarquePbiiète, entraînant avec lui plusieui's âmes séduites* L'hérésie germait partout à côté de la foi et au milieu de la foi.

Mais, parmi ces missionnaires de Terreur, le nom le plus célèbre est celui de Simon, que les historiens de l'Église ont appelé le père détentes les hérésies. Simon nous représente bien ce retour fatal de certaines âmes, un instant dirétiennes, vers le paganisme. Il est Samaritain, du bourg de Citthim, par conséquent firére, mais frère ennemi des Juifs, appartenant à une nation qui, bien qu'elle reçoive le Pentateuque, s*est montrée ennemie d'Israël au point de pencher volontiers vers Tidolàtrie. 11 a commencé, au mépris de la loi de Moise, par exercer la magie, « disant qu'il était quelqu'un de grand, écouté des moindres et des plus puissants, et faisant dire aux peuples : Celui-ci est la puissance de Dieu, c e lle quon appelle la grande^» Tant les peuples étaient possédés alors du besoin et de Tattente d'une manifestation divine ! 11 a été chrétien; il a admiré chez les apôtres des prodiges qui dépassaient sa prétendue science. Il a reçu le baptême de riiilippe, de Pierre et de Jean; il a reçu l'Espril-Saint; mais, ne voyant dans le Christianisme qu'une magie supérieure, il a cru qu'associé gratuitement à la puissance surnaturelle du chrétien, il pouvait avec de Tor s'élever d'un degré et se l'aire

» I Cor., XV, 1^2,

« I Tiin., I, 19.20. — 11 Tim., ii, 17-18; iv, 14-15.

- Ttvx èauTM {Ai^xv... H ^ijvxp; touôwÔ ii xaÀcu^Evr< ^i-ixi.r„ Act., viii ,

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associer à la puissance plus haute de l'apôtre. 11 a voulu acheter (le Pierre el de Jean le pouvoir de conférer l'Esprit-Saiiil par rimpositioii des mains. Kt Tierrc lui a dit : a Que ton argent soit avec toi en perdition, puisque tu as cru pouvoir avec tes richesses acheter les dons de Dieu 1 Tu n'as point de pMi'! dans noti'C parole ; car ton cœur n'est pas droit devant Dieu. l'aisdouc péiuleiice de ton iniquité et prie Dieu, aûn d'obtenir, s'il se peut, qu'il te pardonne cette pensée de ton cœur; car je vois que tù es dans le fiel de Tamertume et dans les liens de l'iniquité. » Et Simon répondit aux apôtres : a Triez pour moi le Seigneur, aiin que rien ne tombe sur moi de ce que vous m'annoncez ^ i»

Mais ce repentir, sincère ou non, n*a pas duré. N'ayant pas voulu s'associer à la pureté de la vie el à la rectitude de la loi chrétienne, Simon est redevenu ce qu'il était auparavant, samaritain, magicien, faux prophète. Il s'est cru plus que jamais «la grande puissance de Dieu. » Seulement, éclectique à sa façon, des dinéimtes phases <le sa vie, des différentes doctrines qui se partageaient le monde, il a pris ou gardé quelque diose; il a cousu sa prétendue révélation de pa<*anisme, de judaïsme, de christianisme ; il s'est adressé tout à la Ibis aux idolâtres, aux Saujaiitaiiis, aux mauvais Cln éticus. Se faisant le dieu de toutes les doctrines, il a déclaré être apparu comme Dieu le Père aux Samaritains, comme le Fils aux Juifs, comme l'Esprit aux gentils.

Le point de départ de sou erreur, la pierre d achoppement pour lui comme pour tous, c'est toujours le dogme de la création. A ce dogme les philosophes de l'antiquité échappaient en admettant l'indépendance et Téternité de la matière. 31ais Simon, qui coumie Samaiitain a lu les livres de

< Act., VIII, 9-24.

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Moîso, comme Chrétien a cru à l*Rvanfril(\ qui a reçu la no> lion du Dieu unique, pei^ounel, spirituel, ne peut plus, si dépravé qu'il soit, croire la matière née d'elle-iuôme, indépendante, étemelle. De là un embarras suprême, des rêveries, un caucheujar do doctrines monstrueuses, au delà même de celles du paganisme.

Simon admet bien un principe unique, souverain, intellectuel, parfaitement bon; mais il a besoin que de ce principe le mal puisse sortir: cl il l'en fera sortir par des générations multiples, connue si celte ninlliplicilé pouvait dissim nier Tabsurdité d'une telle descendance. 11 a besoin que cet être suprême soit à la fois esprit et matière pour expliquer lorigine du monde, sans (jue la matière soit créée de rien, comme le disent les Juifs, et sans que la matière soit mdépendaule. comme disent les païens.

Il y aura donc une vertu suprême, c'est « cehii qui était, est et sera » U orâç, è(Tzr:>;, frrf.aayho;), OU, comme Simoii l appellc encore d'un nom bien caractéristique de sa doctrine, le silence {liyn)' En lui toute chose est virtuellement comprise, le finiet riniini, le visible et Vinvisible, le corporel et Tinoorporel. (>'est le feu, mais mi feu myslifjuc, source cl origine de toutes choses. C'est un arbre mystérieux comme celui que ^abuchodonosor vit en songe et sous le feuillage duquel . s*abritaient tontes les créatures. La partie apparente de l'arhre, les branches, les leuilles, l'écoree. c est le fini, le \isiblc, le corporel; au contraire, l'intini, 1 invisible, rincx)rporel, c'est ce qui est caché, c'est la sève qui donne la vie à tout le reste*.

Or, de cet arbre, six racines ou plutôt six rejetons sont

* ^\' lu'ai'puio (ie jjrr'iï'rt'iirt', pour ri'XjiositKju du syslt.'iuc de Simon, sur les Pliili»si.i.lioiiiii<" iic>, IV, r>; ; vi. 7-2(1. Oi i;^èiio, uu (jiicl que soit railleur de ce livre, avait lu les écrits de Simon (>on kTzi-^'xa'.i) et les cite

hé ROME El LA JUDÉE.

sortis, six ôlres supérieurs, six Ëom (pour adopter le vocabulaire gnosliqiie i, associés deux h deux, ini principe masculin plus éloYC et plus.spirilucl, avec un principe féminin inférieur et plus corporel. G est d'abord rcntendeinent(vo^;) qui gouverne toutes choses et habite les sphères d'en haut, avec la pensée ( invoia ou îwoîa ) qui habite une sphère moins haute et a engendré toutes choses. De ces deux premiers Éons sont sortis les quatre autres, la parole avec le nom (fwv^ xat 6'joy.a.)y le raisonnement avec la passion (x^it^m; xac sirierjuviTi-:). Os six Eous, réunîs avcc la vertu suprême, forment le divin septénaire, la puissance universelle, la plénitude (irXépuft«) de rintelligence et de la vie.

Telle est la théogonie simonienne. Nais il faut en venir à la cosmogonie cl montrer comment de ce monde divin, de ce pléromo iiifliû et parfait, le monde terrestre, lini et imparfait est sorti. Tour sauver les inconvénients de la déviation, Simon ne sait faire autre chose que la mettre une ou deux * générations plus bas. Êpinoia (la ])ensée), fécondée par le principe supérieur, a mis an jour les anges et les puissances. Ce sont ces anges qui, vivant dans une sphère inférieure et ne connaissant pas leur père, jaloux d'être eux-mêmes créateurs, ont donné l'être au monde que nous habitons, œuvre d'ignominie, de rébellion et de ténèbres pour Simon, comme pour les autres gnostiques. Il y a plus : ils ont craint qu' Êpinoia leur mère, devenant de nouveau féconde, ne leur donnât des rivaux ; ils ont profite du moment où elle était descendue dans leur sphère pour la peupler; ils 1 ont saisie, ils l'ont accablée d'outrages, et, pour prévenur son retour vers leur père, ils l'ont enfermée dans ce monde qu'ils ont créé et l'ont enchaînée à un corps mortel. Associée ainsi à la \ie inférieure du monde cl de 1 liomme, elle suit le sort des âmes humaines, et, selon la doctrine pythagoricienne de la mé-

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