CHAP. IIL LES HÉRÉSIES
Icmpsycosc, transmigre pcntlanl des siècles d'un corps dans un auti*e, s'enfonçanl de plus en plus dans la dégradation et la captivité. Par cette révolte de Torgueil, par cette création fortuite dn monde, par cette séparation entre le principe suprême et sa pensée éternelle, Simon explit^uc rorigiae du mal et la perturbation de l'ordre divin.
Ce qui serait curieux, mais ce qui nous mènerait trop loin, ce serait de montrer comment Simon, Samaritain et baptisé, ayant foi connne sa nation anx livres de Moïse, quoiqu'il rejette, comme elle, les propbèties, prétend accommoder cette théogonie et cette cosmogonie si étranges avec les enseignements du Pciilalcuque. Ses six Éons se retrouvent, selon lui, dans la genèse mosaïque, traduits sous une Ibi ine corpordle. L'entendement et la pensée, c'est le ciel et la terre, principe mâle et femelle dont le second est fécondé par le premier; la parole et le nom, c'est le soleil et la Inné; le raisonnement et la passion, c'est l'air et l'eau. Kt, par-dessus tout cela, domine la puissance suprême, infinie, celui que Moïse appelle TEsprit de Dieu porté sur les eaux. De cette façon, les trois conples (l iions sont représentés diacnn par deux des six jours de la création, le septième jour appartient au principe divin, et la semaine tout entière reproduit ainsi le divin septénaire^.
L'iionnne dans le paradis est une allégorie d'une an Ire nature, toute physiologique. C'est l'enfant dans le sein de sa mére, recevant par les artères la nourriture et la vie, ou par les sens le son et la lumière, comme le paradis reçoit la fécondité des quatre fleuves qui l'arrosent. Les cinq Livres de .Moïse répondent aux cinq sens de Thomme*, etc. L'esprit
* PhUosoyl oumine-'t ^i» 13.
* Ibid,, r, 15.
rabbiniqiie, avec ses coniineiitaires subtils sur l'Écriture se retrouve là, connue en ce siècle il se retiouve partout.
Simon le Samaritain s'accommode ainsi avec le PenUiteuque; mais Simon le Clirétien doit aussi s*acoommoder avec l'Evani^ilc. Après avoii' expliqué la création, il faut explifiucr la rédempLiou ; car, en ce siècle, la rédemption était si 4 videmmentnécessaire, que ceux à qui eileavait été une fois enseignée ne pouvaient plus s'en départir. Nulle secte, née du Cliiislianisnie, si j>eu chrélienno qu'elle fùl, n'a abandonné ridée de la rédeuipliou, ni le baptême, le signe et le moyen de la rédemption. Pendant des siècles^ selon Simon, les mauvais anges ont gouverné le monde, conduit même le peuple juif et inspiré les prophètes; mais eulin le riiiicipc suprême a voulu mettre lin à ce désordre. Il ne s'est pas incamé (quelle union était possible entre Dieu radicalement bon et la chair radicalement mauvaise?); mais il s'est manifesté successivemeul dans loiiles les sphères, parce que toutes les sphères s'étaient corrompues, transliguré eu auge parmi
les anges, en homme parmi les hommes. C'est là « cette grande puissance de Dieu » qui, sous le nom de Jésus, s'est
moulrée en Judée, paraissant vivre, souffiir et mourir, ombre sous une pure apparence humaine. C'est elle qui, sous ce nom, se montre maintenant à tous, Juifs, Samaritains, Chrétiens, idolâtres. Mais ce qu'elle est venue* surtout faire, c'est cherchei-, retrouver, relever, réhabiliter « sa brebis perdue, » sa lille et son épouse, son Epinoia. De li'ansmigration en transmigration, d'abaissement en abaissement, après avoir été la célèbre Hélène du sié<(e de Troie, elle est devenue maintenant une autre Hélène, esclave de Tyi' qui se prostitue au profit de ses maîtres. C'est là que le dieu manifesté, Simon, la trouve, la purifie, là relève. Replacée à son rang, elle le suit maintenant partout. Simon est le Tout-puis-
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sant, le consolateur (7raoax).i}TO(), la parole de ïïieu, la beauté (le Dieu ; il est tout ce qui est en Dieu Hrlènc est la pensée de Dieu. On est sauvé par Simon et par Hélène. Pour conserver quelque trait de Christianisme, le baptême se donne, mais au nom de Simon et d'Hélène ; pour satisfaire les imaginations païennes, Simon sera adoré sous la forme de Jupiter, Hélène sous la forme de Minerve. Ainsi, dans cette honteuse parodie de la Rédemption, tout se confond et tout se mêle.
Quelle doctrine morale pouvait sortir de là? Presque * toutes les sectes, qui ont posé eu principe la réprobation absolue de la nature corporelle, ont eu la corruption pour châtiment de leur orgueil. Dieu a permis à la nature corporelle de se venger par les plus honteux excès. D'ailleurs, si le monde actéjusqu'ici gouverné par des mauvais anges, il n'a pu receveur que de mauvaises lois : la morale qu'il admet est &usse ; il faut une morale tout opposée. Il y eut cependant, à ce qu'il parait, des Simoniens rigides. Un certain Dositliée, se disant fils de Dieu, maître de Simon s(>lon quelques-uns, son successeur selon d'autres, interdisait sinon le mariage, au moins les secondes noces. Dans l'école même de Simon on parlait d'une vie spirituelle, d'un état supérieur et divin promis à ceux qui, par la rupture des liens de famille, se mettraient au-dessus de la condition humaine*. La résurrection promise par le Christ, disaient-ils, n'était pas autre chose que cette régénération des âmes. Mais on sait quelles impuretés ce rigorisme mystique a souvent cachées. D'ailleurs, la seule opposition au judaïsme devait faire détester la morale des Livres saints. Le judaïsme avait attaché
* Hieronym., in Malth.
* Sur IkMntfaée ou les Dosithées, voir: Orig. in Cels,, v, 11. — Tertall., de prmtenpLj 45. — Epiph., i, 18.«— Clem. Alex., Slrom^fUn, — I Tim., IT, t-3.
trop de prix aux œuvres morales comme aux œuvres rituelles, pour que les Simonicns uc méprisasseut pas les unes t oniine les autres. Le judaïsme avait trop sévèrement réprouvé les sciences occultes, pour que les Simoniens, par contre-coup et à Texcmplede leur chef, ne les pratiquassent pas. Lejudafome avait trop iiautcmeut proscrit les idoles, détesté les sacrifices païens, r^oussé de sa table les viandes offertes aux dieux, pour que Simon, à son tour, ne fût pas indulgent • pour l'idolâtrie et n'autorisât pas ses disciples à brûler Fenccns ou à manger la viande des idoles, afin de se dispensée, du martyre^
Il y a plus, et, comme firent plus tard la plupart des seeles
gnostiques, la religion de Simon eut une partie secrète, un sanctuaire plus caché, des mystères, des liiéropliantes. Ce qui se passait là était pour les initiés un objet d'étonnement et d'effroi. Eusèbe' dit qu*il est impossible d'en parier. Saint Kpiphane (ces secrets-là finissent toujours par transpirer) en raconte d'abominables choses. Là le paganisme renaissait complètement, et Tidolâtric se montrait sans mélange. On offrait à l'adoration des peuples les images de Simon-Jupiter et d'Hélèue-Miuorve, et si quelque prosélyte naïfles appelait encore Simon et Hélène, il était bafoué connue ignorant et repoussé comme profane «. C'était bien la peine d'avoir fait un si long détour, d'avoir passé par le judaïsme, par le saniaritisme, par le Christianisme, p;u" l'héi ésie, pour tomber plus bas que les idolâtres, adorei* un Jupiter vivant et une Blinerve vivante, l'un charlatan, l'autre prostituée. Je me suis arrêté sur ces doctrines de Simon, parce qu elles
^ Orif. inCels., v, 11.
• ttitt., u, 13, ^
* Euscb., u, 13. — Iréoée, i, 30. — Âugust., Umres., i. — Philo^ soph,, vu
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en enfantèrent bien d'autres depuis. Simon fut en réalité le
père de ce qu'on appela (lo})uislc ^mosticismc, et qui tint une si grande place dans 1 histoire de l'Kfïlisc et dans celle de Fesprit humain. Les hérésies judaïsantes à cette première époque de TÉglise furent plus nombreuses; les hérésies paganisantes furent plus fécondes. Les premières étaient I reho d'un nationalisme étroit et d'un regret impuissant, elles durèrent peu; les autres s'adressaient à de tristes, mais à d'éternels instincts du cœur et de l'esprit de l'homme; elles se peri)étuèrent pendant des siècles. Simon ne fit qu'attacher h; premier anneau de la cliainc ù laquelle bien d'autres vinrent appendre leur erreur*.
Quoi qu'il en soit, judaïsants ou paganisants, les docteurs hérétiques se montraient en grand nombre. Les np<Mi'es nous peignent sans cesse ces honnncs qui se lèvent dans les assemblées pour répondre, disent-ils, à l'inspiration de Dieu. U ne manque pas à ces ouvriers de mensonge une piété au moins apj>arente*. Leur attitude est giave, leur bouche pleine de bénédictions : Satan ne sait-il pas se transformer en ange de lumière^? Mais leur premier mouvement est l'orgueil, la désobéissance leur première faute. L'enseignement de l'Kglise ne leur suffit pas; cette curiosité inquiète, qui « apprend toujours et ne parvient jamais *, » prétend à une lumi^ plus haute, à un mysticisme plus savant, à une
' S«ir Simon le Magicien, voir : saint héuée, i, 19-20. — Philosupli., IV, 51 ; VI, 1-^20. — hi Cels., v, 11. — Tertull., De prœscripl., ^6; De animâ, 3i — Saint li]i)i[tli., Uœr., xxi, 1-4. — 'ilicoilorcl. User. y i, 1. — Suiut Augusl. , Hxr., i. — Saint Grcgor. Nazîanz., Orul.j x.vni, 44.
• Pseudo aposloli... operarii sulxloli, I Cor., x, U. — Biagistri mendaces... secta; perdilionis, H Petr., ii, 3. — Habentes quidein speciem pietatis, virtutem autem abnegantes. U Tint., tu, 5.
» U Cor., 2-15.
* UTim., m, 7.
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fyito^tf supérieure, comme ilsdisent*. « Superbes, enflés, ignorants, » ils méprisent riuilorité, cl, au lieu de plaire à Dieu, « se plaisent ù eux-mêmes'. »
La popularité ne tarde pàs non plus à leur manquer. U y a dans les Eglises bien des néophytes juifs ou gentils d'origine qui regrettent cnau e les oignons d'Egypte et sont prêts <« à retourner à leur vomissement. » U y a bien des hommes incapables de soutenir la bonne doctrine et qui cherchent, pour satisfaire l'insatiable démangeaison de leurs oreilles, des maîlies selon leurs désirs el des fables selon leurs rêves"'. Il y a surtout bien des femmes, imaginations vagabondes, consciences entachées, qui demandent un pardon plus facile de leurs fautes, une satisfaction plus complète de leurs chimères. Dansées conciliabules de 1 "hérésie, ce n'est plus la simplicité de la parole, la netteté de la pensée, l'humilité du cœur chrétien. Ce sont, comme chez les Simoniens, des expressions profanes et nouvelles *, de vaines paroles, une niylhob>gie orientale ou judaïque', des généalogies fautasti(jues telles que celles des éons du gnosticisme*, des emprunts faits
* Suntmiilti inobodienies. Tit., i, 10. — Superbus est. Dit sciens. 1 Tiin., VI» 4. — Domiiutionem Gontemnens. 11 Petr., ii, 10. — Sibî placentes. ibU.
Voir sur les hérétiques des tom[»s futui's : I Tiin., iv, 1 el siiiv. — II Tim., III, 1 et suif.; iv, 3 et suiv. — 11 Petr., ii, 1 et suit.; ui, 5. — Jud., 17-18.
^ SatKiin doctrinam non sustiiieLuiil, hh! ;id sua desakiia coaLervnhiint sibi magistros, j»miieiiles aiiribiis, à vonlale quidem auditutu uveitent. ad fabulas autein coiivei-toiitiir. Il Tiin., iv,
* Profanas vociini nnvitatcs (*aivo^(avtaç). 1 Tim., vi, 20-21. — Prulana «l vaniloquia . H Tim.. ii. Mi.
* Ncque intendcrrnt fabiilis (aûûct;). I Tini.,*i, 4. — Ad fabulas (ul'jÔcj;) convcrtenlur, 11 Tim., iv, i. — lnfj)t;p et aiiiles fabula' (fiîÊT^À'.u; xaî-ypxw^eiç jftiSot*;). I Tim., iv, 7. — ivj'kïy.ol; auô'.i;. Tit., i, 11.
« Tit., III, 9.
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aux rèvei'ies de toutes les nations, des doctrines bigarrées de rabbinisme, de pylhagoréisnie, de sabéisme, d'indianisme peut-être et, ce qui est plus particulier aux Juifs, des querelles de mois, des subtilités sur le texte de la loi, des questions puériles, sottes, ignorantes, comme celles des i-abbitts*; une science orgueilleuse et des contes de vieilles femmes; audace et folie, révolte et puérilité, disputes sans fin où rintclligence se noie, où la charité périt. C'est encore la corrupiMn de la parole divine, l'abus de ses saintes obscurités; des écrits falsifiés, de fausses lettres de Paul, de faux Évangiles, de fausses révélations*. C'est la calomnie appelée à l'aide de la l'aiissc doclrinc : ils peindront Taul connue un homme dominé par la chair ^ ; ils se railleront de son aspect et de sa parole; audacieux en son absence, tremblants en face de lui, préchant plus haut TEvangile quand Paul est dans les fers pour (juc la rancune des païens retombe sur l'apôtre captii ^ « La parole de l'hérésiarque est connue un chancre brûlant; » s'avançant toujours dans le mal, « il se trompe et trompe les autres. » Peu à peu le dernier lien se brise, la secte se forme, le blasphème est articulé et la rupture est complète *.
* Doctrinis variis et peregrinis (Mmim!ç «owtXsU mU (<Mtt$) nolite ab» diwi. Hcb., xm» 9.
* Laoguens circâ quantiones et pugnas verborum. I Tini., vi, 4. — Stult» et atDè discipliné (âTrai^t'uTot), qusBstioiMs. U Tîin.,11, 23. — Sliilta
quaDstioncs, Til., m, 9; I Tim., t, 4.
' Atlultcrantcs vcrbum Dei. Il Cor., ii, 17. — Voir aussi saint Luc; Act.» 1, M. — il Petr., ui, i5-16.— lITbiMS., ii, 3. — Delà saint Paul prend Tusagc d'uipposer de sa main son nom et quelques mots au lias des lettres qu'il a dictées. Ibid., m, 17.
^ Qui arbitrautur nos tanqukmsecundùm caraem ambularemus. U Gor., x,2.
» Phil., I, 15-18.
' Mali homines et scductores proticicut in pcjus; errantes» et in errorem
66 ROM£ £T LA JUDÉ£.
L'hërésiaitiuc conduira donc le troupeau qui s'est mis sous sa garde, brebis insoumises auxquelles leur nouveau pasteui « a promis la liberté, bien qu'il soit lui-*mto)e esclave de la corruption; » car, sous ces apparences de science et de sainteté, un amour impalient de domination, la soif du gain, rinteuipérance , 1 impureté, se révèlent ' en lui. L'agape dirélienne se change pour lui en un iéstin de débauches; ses yeux.sont pleins d'adultères; sa taUe est souillée par Vimpureté*; Introduit dans les demeures, il trouble le|Lfamilles, il ruine les patrimoines*, il exige des tributs, il s'irrite, il frappe au visage*. Cette tyrannie de Thérésie est de tous les temps. Luther maudit Zwingle et voue les anabaptistes à la morl. Henri VIII fait brûler les Lutliériens. Calvin dresse l'échafaud de Servet.
En somme, Terreur naissait partout sur les pas de la vérité. Les apôtres n'écrivirent guère que pour la combattre. Ils eussent bien mieux aimé ne prêcher que de bouche; mais rhérésie marchait derrière eux, comme derrière le semeur marche son ennemi pour jeter l'ivraie m miUeu du bon grain. 11 fallait que dans leurs courses apostoliques ils se retournassent pour la regarder et lui répondre par leui*s écrits. En face des faux récits de la vie du Sauveur, il fallait que Matthieu, Marc, Luc, interrompissent le cours de leurs prédications et envoyassent aui fidèles la véritable Bonne Nouvelle, écrite et aflirmèe de leur main.
mittenfes. IITîiii.. m, 15. — Subvericruiil idiqiioruni fidem. Ibifl.,u, 17, 18. ~ Sec la s non naliuint introtlucere blasplu'in.intes. Il Pelr., ii, 10.
' II Petr., II. 10-li). — Eiistimantes ^ua^stum esse ^etatcm. 1 Tiiu., 'VI, u. — Voir 11 iVti . , II, \-Tt.
* In conviviis suis Itixiiriantes vobibcuni... Oculos habcntes pleoos adullcrii et inccssabilis delicli. Il Pelr., ii, 15, 14. — Jiul., 12.
* Univcrsas iluinos subveiinnt, tur|iislucri gralià. Til., i, n.
* Il Coi XI, 20.
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CnA?. m. — LBS IlÉllfiSIES. 67
Paul surtout se trouve eu face d'un double cniieiui. A Corinthe, il aj^rend que lespréteotions des judaisants troublent l'Église de Rome; il écrit son ^Hre aux Romains. Pendant qu il prêche à Éphèse, il est informé que les convertis de la Galatie sont également poussés dans les voies du judaïsme; il leur envoie ses avertissements. Dans cette épHre et dans bien d*autres, les réminiscences du judaïsme sont sans cesse présentes à son esprit; c'est toujours la liberté du Chrétien qu'il oppose à la servitude du Juif^ la foi qui justiiie à la loi qui ne peut sauver, la circond^on du cœur à la circondsiQn de la diair, la vivifiante pratique des vertus à la pratique stérile des œuvres rituelles.
A d'autres époques, au contraire, tandis qu'il èvangélise la Grèce, il apprend que TOrient se trouble derrière lui, que les Chrétiens de Colosse, que ceux d'Éphèse, que les Hébreux convertis en Talcstine sont agités par les rêveries de Simon et par tout ce qu'on appellera plus lard le gnostidsme; il leur écrit à leur tour. Et ces quatre épitres auxGolossim, à Timothée, aux Hébreux, sans parler des autres, témoignent du nombre et de l'importance de ces docteurs de mensonge, par les allusions que saint Paul fait sans cesse à leur doctrine, par Templpi même qu'il fait de leui* langue. Cest la véritable gnase^ la science de Dieu, la science de Jésus crucifié, qu'il oppose à leur //riose mensongère*; c'est le p/erom« véritable, Jésus-Christ» eu qui la plénitude de Dieu habite corporellement*, » qu'il oppose au plérome multiple et insensé de Simon. I^es gnostiques rabmssent le Christ, le mettcut à plusieurs degrés au-dessous de la divinité, le séparent
* l Cor., II, 14; I Cor., viii, 1, U. — CI., n, 2. — I Tim., ti/JO, 21. — Théodorot et saint Chrysostoinc voient dans ce dernier |)assage une allusion aux Gnostiques.
« Col., Il, 9;i, 19.
d'elle par la tliéogonie de leurs Koiisel par la prétendue tonlepuissance des anges sur ce monde : saint Paul, au contraire, relève le Christ, le place au-dessus des anges, des principautés et des puissances; c'est par lui, le véritable premier-né {ïrpojto- Tojtoî), la splendeur delà gloire et le type de la Pei'sonne divine * (xapflexrqp xnç MmTtàvuèç «uroO), c*est par lui que Dieu a fait les Éûna (les siècles et lespuissanoesde cemonde), {9i w ««i iiroiem ToOç ahùva; c'est lui qui est a l'héritier de toutes choses, d'autant plus élevé au-dessus des anges qu'il a un nom plus grand que Iç leur » % lui que les anges adorent et dont ils sont les envoyés et les ministres^ . Saint Paul détroit ainsi cette « religion des anges ' » que les hérésiarques veulent substituer à la religion de Dieu. Pour bien comprendre saint Paul, il faut presque toujours le voir en présence d'un de ces bérésuurques qu*il combat souvent sans le nommer, auquel il répond par un mot et souvent par un mol qu'il lui empnmte. Tant il est vrai que le serpent relevait loujouis la tôle et forçait toujouis à marcher dessus pour l'écraser 1
On voit quel péril courait la foi naissante, et combien, dès la première génération, parmi les fidèles qui avaient afflué autour de l'Eglise, il en était que le mouvement du siècle, la faiblesse de leur foi, Ja corruption de leur cœur» détachaient d'elle. Des myriades de croyants étaient venues à PÊglise; mais elle abandonnait sur son clicmin des milliers d'hommes, comme une armée qui marche à la hâte pour obéir aux ordres de son chef ne regarde pas les déserteurs et les traînards qu'elle est obligée de laisser sur sa route. Si elle
* lleb., I, r».
5^ llnd., I,
* IbitL, C, 7. U.
*Col. 11,18.