‹ Rome et la République françaiseChapitre 13 sur 30 · D HARCOURT · texte numérisé non relu

D HARCOURT

La nomination d un ambassadeur francais te-

nait autrement au cceur du Pape, etson entourage la desirait ardemment. J ai deja dit quel etait a cet egard 1 antagonisme des deux cours de Rome et de Florence. Des le 8 mars, M. de Behaine m ecrivait : On serait au Vatican desappointe et au contraire au Quirinal tres-content de la prolongation pure et simple du statuquo. Le cardinal Antonelli m a parle hier du prix que le Saint- Pere attacherait a la nomination d un ambassadeur.

Convaincus qu il etait d une sage politique de donner cette satisfaction au Saint-Pere, nous devious choisir pour representer la France pres de lui un diplomate qui comprit les difficultes de ce poste et fut bien resolu a 1 avance a ne se laisser ni entrainer, niintimider, ni decourager, ferme et me sure a la fois, assez devoue au Saint- Siege pour lui inspirer confiance, assez eclaire

pour conserver vis-a-vis de lui toute son independance.

M. le comte d Harcourt nous sembla reunifies qualites essentielles an role qu il allait jouer. Fils d un ancien ambassadeur a Rome, il connaissait deja la scene oii il devait s engager et plusieurs des principaux personnages qui y occupaient une place importante. Au mois de decembre 1851 il etait ministre a Stuttgard. Il ne voulut point preter serment et fut mis en disponibilite. Depuis il refusa plusieurs fois de reprendre du service. Sous une grande simplicite exterieure, il cachait un esprit plein de finesse et de tact qui le rendait parfaitement propre a surveiller et a dejouer les intrigues sans s y meler. Enfin ses opinions sur le pouvoir temporel etaient trop connues , bien (|u il ne les affichat pas, pourque la cour du Va tican ne fut pas convaincue que s il s abstenait d en etre le champion, nul homme raisonnable ne pouvait songer a le faire.

Du reste, je lui donnai connaissance de ce que j avais dit et ecrit depuis le 4 septembre, et les instructions verbales qu il accepta furent aussi nettes que possible. Vous allez, lui dis-je, de- " venir le point de mire de toutes les esperances de restauration , en meme temps de toutes les attaques de la demagogic; vous serez entre

deux partis extremes, expose a la fois aux flatteries et aux invectives. Les uns vous salueront. 5> comme un sauveur , les autres vous repousseront >i comme un agitateurdangereux. Votre sagesse et " votre sincerite dissiperont les illusions et desarn meront les haines. Vous savez que des les premiers jours ou le hasardcles evenements m a mis ou je suis , j ai tenu an Saint-Pere et a 1 Ifalie un " langage absolument exempt de reticences. J ai :> entendu demeurer neutre entre eux, en reser- " vant Fopinion de 1 Assemblee, qui seule pouvait an nom cle la France trancher la question de 1 appui a donner au pouvoir temporel. JMais je " n ai pas dissimule que tant que cette Asscmblee " ne se serait pas prononcee, j ecarterais tout ce n qui touche a cette question, en demeurant le " defenseur ferme et deferent de la personne et de 1 independance religieuse du Saint-Pere.

; Vous serez 1 interprete de cette politique. Je > desire que si le Saint-Pere engage avec vous une conversation a ce sujet , vous soyez frappe d une respectueuse surdite. Avec le cardinal, " vous pouvez etre plus explicite. Je lui ai a di- " verses reprises fait exposer mes vues. La France " etait en grande majorite favorable a 1 institution " du pouvoir temporel. Elle ne fera rien pour le " retablir. Celui qui le lui conseillerait commet-

trait un acte coupable. Lc cardinal est un esj)rit trop superieur pour ne pas le comprendre, cn- > core moins j>our nous en vouloir. II vous ai- " dera a vous maintenir dans la voie quo je vous * trace comme la seule sage, la seule possible.

Je dois.rendre cette justice a M. le comtc d TIarcourt qu il 1 a suivie avec autant de ioyaute que de prudence. II a rencontre de noinbreuses et dedicates difficultes , il les a tres-babilement surmontees. II ne s est point emu des insultes ni des menaces. J aime a croire qu il n a pas couru. de dangers reels, cependant on a pris a tache de lui persuader qu il y etait sans cesse expose. Son calme et sa moderation n en ont reru aucune atteinte, et il a eu 1 art de resistor a ses amis comme a ses adversaires.

J eus lieu, neanmoins, d etre un instant preoceupe de son allocution au Saint-Pere, lors de sa presentation et surtout de la r^ponse de celui-ci. M. d Harcourt avait quitte Versailles pendant le siege douloureux auquel Finsurrection de Paris avait condamne le gouvernement. Cette rirconstance rendait sa situation plus penible en discreditant le pouvoir qu il etait charge de representer. Aussi trouva-t-il le cardinal Antonelli tres-justement inquiet de ce qui se passait chez nous, et il dut repondre a des questions multi-

pliees qui blessaient vivement son patriotisme. If donna au cardinal 1 assurance qn on envisageait a Versailles 1 entree a Paris comme une affaire de temps, qu on aurait pu reussir plus tot " en exposant beaucoup de monde , mais que , dans le butd epargner a la population, innocente de grandes souffrances, on avait voulu employer >< tous les moyens avant de recourir au blocus ou " a 1 assaut.

Le cardinal ayant pris les ordres du Pape, lui fit savoir qu il serait recu le 26 avril pour la pre sentation de ses lettres de creance. Ce jour-la, cette nouvelle repandue dans la ville y avait cause une certainc sensation. Pendant le trajet " fort long qui separe le palais Colonna du Vatican , j etais 1 objet d une curiosite qui dans certains quartiers se rapprochait de la malveillance. II n y a eu cependant aucun cri ni geste hostiles , meme lorsque des personnes devouees au Pape se decouvraient sur mon passage. Les temoignages de consideration pour le representantdu gouvernement francais, qui, dans laville meme , n avaient ete qu isoles , devinrent unanimes dans 1 enceinte du Vatican, qui contenait " plusieurs centaines de personnes. Apres avoir

1 Depeclie de M. le comte d Harcourt du 26 avril 1871.

francbi 1 escalier, je trouvai les salles qui precedent 1 appartement du Pape remplies d une foule considerable. Le cardinal Antonelli , la premiere fois que je 1 avais vu, m avait pre- ! venu, en quelques mots tres-simples et tres- " dignrs, qu on no ponvait.plusmaintenant recevoir un ambassadeur avec le ceremonial accoutume, une grande partie du personnel qui figuraitdans ces occasions ayant etc conge- >< dice. La domcsticite etait, comme me 1 avait dit le cardinal, moins nombreuse qu autrefois, mais au lieu et place du personnel retribue , il " y avait une reunion nombreuse d amis du Saint- " Siege, Romains on etrangers, venus pour etre temoins d un incident diplomatique qu on regar- " dait generalement comme favorable a la cause du Pape. Aussi la reception, sans revetir 1 as- " pect des ceremonies d apparat, avait-elle un " caractere particulierement solennel.

" Introduit aupresdu Pape, j aiaussitdt aborde 1 objct de ma mission :

Tres-saint Pere, lui ai-je dit, j ai I lionneur de remettre entre vos mains les lettres de M. le " chef du pouvoirexecutif qui m accreditent pres de vous. M. Tbiers m a specialemcnt cbarge d etre 1 interprete des voeux qu il forme pour le bien de 1 Eglise , la prosperite du Saint-Siege

et le bonlieur personnel de Votre Saintete. Depuis le moment ou le gouvernement francais a cesse d etre represente ici par un ambassadeur, - des evenements douloureux ont eu lieu a Rome. " Le sentiment avec lequel ils ont etc accucillis en France est trop connu pour que j aie besoin > de Fexprimer. Si Ics liens qui nous unissent an ) Saint-Siege avaient a etre resserres, rien n atteindrait plus surement ce resultat quc la communaute de malheurs dont la France et lui ont souffert. Pendant que le Saint-Siege avait a soutenir les epreuves de 1 adversite, la France subissait des defaites qui ont etonne meme ses " ennemis. Nous avons la certitude que nous " nous en releverons avec 1 aide du temps , et la per- " sistance de nos adversaires a epuiser nos ressources prouvequ ils ont la meme pensee. C est le propre des grands petiples et cles grandes institutions de supporter sans etre abattus les " coups les plus rudes , et de lasser la mauvaise fortune par leur imperturbable assurance a en " attendre une meilleure. Aucun temoignage de sympathie , aucun don pour les victimes de " cette lamentable guerre ne nous ont ete plus " precieuxque lesvotres. On m aparticulierement " recommande d en remercier Votre Saintete.

I^e Pape a repris a pen pres en ces termes :

Je repondrai a la lettrede M. Tbiers. Le pen r que ma situation me permettait de faire en faveur des victimes de la guerre , je 1 ai fait de grand coeur. Je suis sensible au voeu que vous me transmettez. Tout le monde a interet a ce < que 1 etat de Rome ne reste pas ce qu il est. Vous avez aujourd hui des embarras qui ne > vous laissent pas toute votre liberte d action. Je ne demande pas plus qu on ne doit deman- " der. Je souhaite seulement que votre gouvernement donne an cabinet italien des conseils de " prudence, qu il lui disc de prendre garde d aller doucement, de ne pas adopter des mesures " precipitees , de ne pas entrer dans des voies qui deviendraicnt faeilenient dangereuses. Us veulent a toute force faire a Rome un etablissementdefinilif , et mille raisons font que Rome ne peut pas devenir leur capitale ; maintenant > 1 avenir sera ce qu il plaira a Dieu. La souve- > rainete n est pas a rechercher dans des temps comme ceux-ci; je le sais mieux que personne. Tout ce que je desire , c est un petit coin de > terre ou je serais le niaitre. Si Ton m offrait de " me rendre mes Ktats, je refuserais, mais taut que je n aurai pas ce petit coin do terre, jc ne - pourrai cxerccu- dans leur plenitude mes foric- " tions spirituelles.

II est impossible, en lisant la reponsedu Saint- Pere, de ne pas etre frappe de la moderation, je vais plus loin, de la resignation dont elle porte 1 empreinte. Jamais le Souverain Pontife ne s etait ainsi exprirne vis-a-vis du gouvernement de Vic tor-Emmanuel : il 1 appelle le cabinet italien , il lui donne des conseils de prudence. II ne lui dit pas de reculer, mais d avancer doucement ; en ce qui le concerne personnellement, pour la premiere fois peut-etre , il declare qu il ne reprendrait pas ses Etats, si on les lui offrait; il jette sur le pouvoir un regard melancolique et desinteresse, et dit qu aujourd hui la souverainete n est pas a rechercher . On sent a chacune de ces phrases une mansuetude inaccoutumee :

le coeur de 1 homme adeborde 1 espritdu Pontife.

II me sembla pourtant que ces declarations, tres-naturelles dans la bouche du Saint-Pere , et meme volontairement attenuees par lui , avaient etc provoquees par une avance un peu trop directe de notre ambassadeur. Je-lui ecrivais, le 4 mai :

Vous avez touche de bien pres la limite qu il eut ete dangereux de franchir. Dire au Pape que les evenements douloureux de Rome ont ete accueillis en France avec un sentiment trop connu pour qu il soit neces-

saire de 1 exprimer , c est peut-etre laisser " deviner un regret trop accuse pour un regime ^ a l egard duquel il a rte expresscmcnt convenu >> que nous resterions dans la reserves la plus ab- - solue. Aussi le Saint-Pere vons a-t-il ramene - a un petit coin de terre qui lui suffit pour le moment, car il y abrite le principe avec le- - quel les frontieres s elargiront d elles-memes. Vous me demandez s il faut 1 y suivre on s en ecarter. Ni 1 un ni Fautre. Il ne taut pas 1 y -n voir. Nous ne devons ni ne pouvons rien savoir ni rien entendre de ce qui touche an pouvoir " temporel. Jusqu a nouvel ordre, nous refusons de nous expliquer a cct egard. Nous ne pouvons promettre qu une complete deference et une protection resolue de la personne et de Ja liberte religieuse du Saint-Pere.

Cette politique parfaitement nctte ne pouvait avoir un interprete plus eclaire, plus circonspcct t plus liberal que M. d Harcourt. Je voudrais pouvoir citer les depeches frequentes qu il m envoyait et qui toutes attestent sa patriotiquc sollicitude pour les interets et la dignite de la France. II attachait, avec infiniment de raison, la plus grande importance a la continuation, sous une forme nouvelle, du r6le que nous avions toujours joue vis-a-vis de la papaute, et sa preoccupation

principale etait de reserver 1 avenir par de sages managements. Quant au present, il acceptait pleinement mes vues ; il m ecrivait le 13 mai :

J ai pris connaissance de vos instructions contenues dans votre depeche du 28 avril. Je T mets la plus grande application a en saisir 1 es- " prit et a y conformer nia conduite. J eviterai soigneusement, comme vous le prescrivez, tout .>> ce qui pourrait donner lieu a des revendications intempestives. L eloignement que vous mani- " festiez pour une conference dont le but aurait ete de reglementer les rapports de la papautc et cle 1 Italie, semble en definitive avoir ett3 " partage par tout le monde. Le Saint-Siege n y " a jamais ete porte, parce qu il ne croit pas le moment favorable pour agiter les questions qui le touchentle plus, et parce qu il tient surtout a ne rien consacrer de ce qui s estfait. Le cabinet de Vienne se range en fin de compte a votre avis... Le nouvel envoye autricbien m a exprime des son arrivee le desir de s entendre avec moi sur " les questions que nous aurions a traiter et qui " interessent au memo degre nos deux gouvcrne- " ments. II m a propose de me donner lecture de ses instructions , qui offrent dans leur partie " essentielle une assez grande analogic avec celles qui m ont ete donnees.

ET LA REPUBLIQUE FllANgAISE. 113

Je m etais attache, de mon cote, a imprimer un mouvement pareil a Florence et a Vienne.

Nous sommes en droit, ecrivais-je a M. de Choiseul le 25 mai, de demander au cabinet italien un echange de bons precedes favorable aux interets des deux pays... Vous avez raison

* de le dire : on ne peut nous reprocher d avoir offense la susceptibilite italienne en rappelant indiscretement des services que cependant nous pouvons, en toute justice, desirer ne pas voir oublier. Apres la chute de 1 Empire, j ai continue

* 1 attitude que j avais toujours cue comme membre de 1 opposition. J ai voulu etre 1 ami, non le flatteur de 1 Italie. J ai sollicite son intervention, et la tristesse que m ont causec ses refus ne m a r. jamais inspire un sentiment d hostilite. Je lui ai parle a coeur ouvert, ne deguisant que Famertume de mes deceptions, et je n ai cesse de lui montrer les raisons, graves a mon sens, qui, en depit des incidents de detail, font aux chefs des > deux nations un devoir de s unir vis-a-vis de l Europe. Une question pouvait nous diviser : celle de nos rapports reciproques avec le Saint- Siege. J en ai aborde la discussion et la solution avec une entiere sincerite.

Le 1" juin, j ecrivais a M. de Banneville :

u Vous n ignorez pas que nos rapports sont

devenus plus particulierement difficiles avoc ji Fltalie, a 1 occasion de la nomination do M. d Harcourt au poste d ambassadeur pres le Saint-Siege. Les esprits ombrageux, et ils sont en grand nombre, s en sont alarmes outre mesure. Ils ont voulu interpreter cet acte comrne le de-but d une politique hostile a I linite italienne et favorable a la rcstauration du pouvoir temporel. C est la une induction absolument fausse. Le gouverneinent francais ne songe pas plus a " menacer F unite italienne qu a retablir 1 autorite temporelle du Saint-Pere. Nous aurions pu nous j) contenter de laisser a Rome un simple charge d affaires. Le caractere et la capacite de M. Le- " febvre de Behaine le rendaient parfaitement propre a nous representer avec distinction. Nous avons cru que les malheurs du Pape, peut-etre les notres, nous commandaient une politique un peu plus accusee. Diminuer le signe exterieur de nos relations avec un vieillard accable par la mauvaise fortune cut ete rigoureux de la part d une nation en pleiue prosperite; de la part d une puissance rudement frappee elle-meme, c eut ete une defaillance regrettable. Aussi, M. le president et rnoi nous n avons pas liesite, et M. le conite d Harcourt est parti avec le titre d ambassadeur. Quaud il a quitte Ver-

" sallies, je lui ai donne les instructions les plus " positives. .T ai la conviction qu il ne s en est pas ecarte.

II etait, je crois , difficile de s exprimer avec plus de precision et de franchise, et nous devions pen nous attendre a voir nos intentions travesties et nos desseins suspectes. Tel parut etre cependant le mot d ordre des partis en Italic, et il fallut a M. d Harcourt autant de fermete que de tact pour ne pas perdre son sang-froid au milieu de toutes les aggressions dont il fut 1 objet. Chacun de ses actes, meme les plus insignifi ants , etait releve et mechamment interprete. Tantot il avait provoque la remise a son hotel d une quantity innombrable de cartes de visite renfermant des excitations contre 1 ltalie ; tantot il avait, dans une pensee de defi, affecte de se rendre ostensiblement chez le marquis de Cavaletti, dernier syndic de Rome pontificate, tandis qu il avait refuse de se presenter au Quirinal , ou residait le prince Humbert. Les journaux les plus modores lancerent contre lui, a 1 occasion de cette derniere circonstance, des articles d une violence inimaginable. Ils allerent jusqu a nier sa qualite diplo matique. Quelques-uns conseillerent son expul sion immediate , d autres ne craignirent pas

d imprimer qu il devait s attcndrc a etre assassine.

,Te le dis avec tristesse, cette croisade d insultes s explique surtout par les douloureux evenements qui tenaient alors en echec la fortune du gouvernement legitime de la France. La presse italienne, il est vrai, n aura pas seule encouru a cette heure critique de notre histoire le grave reproclie d avoir meconnu le droit et outrage la justice. I/emotion produite par certaines publi cations trop nombreuses et trop bien accueillies en Angleterre et en Allemagne n est point encore effacee. Mais, je 1 avoue, c est avec im chagrin particulier que, condamne chaque jour a prendre connaissance des jugements portes sur nous a 1 etranger, je constatais avec quelle fureur beaucoup de feuilles italiennes prenaient parti pour la demagogic siegeant a 1 hotel de ville , et prophetisaient la fin prochaine de M. Thiers et de 1 Assemblee. Les choses furent poussees a un point tel que je ne crus pas devoir garder le si lence. Le 28 mai, j ecrivais a M. d Harcourt : Ma politique est de concilier nos devoirs de " protection envers le Saint-Pere avec notre amitie pour 1 Italie. Toutefois je n entends pas vous laisser expose aux coups de ses spadassins de plume ; j ai prie M. Nigra de transmettre a > son gouvernement 1 expression de mon legitime mecontentement. Je demande a M. Visconti-

Venosta de faire cesser ce scandale, et d echanger avec moi une note qui serait publiee et nous donnerait satisfaction.

M. Nigra, auqnel j en parlai en effet, se montra, comme toujours, anime des sentiments les plus honorables de conciliation et d equite, en me faisant observer toutefois que la presse en Italic etant absolument libre, le gouvernement n avait sur elle aucun moyen d action; et que, d ailleurs, nos journaux etaient trop souvent remplis d articles plus que desobligeants pour son pays. Je ne pouvais accepter ni 1 iine ni 1 autre de ces objections : Un gouvernement qui peut " ne pas vouloir sevir a toujours, lui dis-jc, la " faculte de parler, et le votre se tait en presence " des calomnies indigenes dont la plupart de vos ecrivains nous accablent. Quant aux attaques de nos journavix, leur insignifiance les rend inoffensives , et ce ne serait pas , dans tous les cas, une compensation a etablir entre les deux " nations. Elle serait egalement blessante pour les " deux.

Le ministre d Italic n insista pas, ct quclques jours apres il vint me lire une note de M. Visconti-Venosta nous donnant plcine satisfaction; un article de I Opinione la confirma. Je saisis dtmon cote la premiere occasion pour mettre a

\0fficiel quelques lignes dans le meme sens, et Ic ton de la presse italienne se modifia d une mamere sensible.

Je m en attribue peu 1 honneur. La victoire de nos soldats avail plus fait que toutes mes obser vations, et je pouvais, je crois, ecrire avec justesse a M. de Choiseul, le 25 mai : Les abominables exces qui couronnent le regne hideux de la Commune feront,je 1 espere, rougirde honte ceux qui ont eu le triste courage de faire son elage en injuriant M. Thiers et notre vaillante " armee.

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