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CHAPITRE XIH

NOMINATION DE M. DE REMUSAT AU POSTE DE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERKS.

Tel fut le resultat de cone discussion, imprudemment et inutilement soulevee, tres-faiblement soutenue, et terminee par une equivoque qui devait etre pour tous une cause d embarras et d amoindrissement. II dependait de M. Thiers qu il en fut autrement et que 1 ordre du jour commente par une declaration de confiance prevalul. II aurait eu centre lui une centaine de voix de la droite, pour lui toute la gauche, et, je le crois , une position meilleure, parce qu elle cut ete plus franche. J ai entendu beaucoup accuser M. Gambetta, d abord d avoir clierche a faire acte de chef de parti en adherant a la proposition do M. Barthe, en second lieu d avoir volontairement divise 1 Assemblee en insistant sur la difference de cc^s deux resolutions : le renvoi au ministre on 1 ordre du jour. Ces reproches ne me paraissent pas fondes : la gauche gardant le silence, il ctait naturel que le vote de sa fraction reputee la plus avancee filt expliqne, ct M. Gambetta

avait parfaitement qualite pour le faire. Et quant a son intervention a la derniere heure , dans le but de preciser le parti qu allait prendre la Chambre , elle peut paraitre maladroite a ceux qui estimcnt 1 habilete une qualite superieure a toutes les autres; quant a moi, je lui prefere si fort la sincerite, que je ne puis me ranger a leur opinion. Peut-etre suis-je encore un peu influence par le service que m a rendu M. Gambetta, puisque c est a lui que je dois 1 abandon d un poste ou je croyais n etre plus utile, mais, meme en faisant abstraction de tout interet personnel , je ne puis que trouver simple et loyale la conduite d un depute recberchant le veritable sens d un vote et refusant de s associer a celui qui parait en avoir deux.

Tout en reconnaissant la valeur considerable des declarations faites par M. Thiers , je ne pouvais pas ne pas voir dans le renvoi des petitions au ministere des affaires etrangeres un changement de politique qui ne me permettait plus de conserver mon portefeuille. J etais meme convaincu que M. Thiers, auquel j avais a diverses reprises, depuis la ratification du traite de paix, exprime le desir de me retirer, n avait point ete fache de me fournir une occasion de le faire. Le lendemain, 23 juillet, je lui envoyai ma demis-

sion. M. Thiers eut la bonte d insister vivemrnt pour me la faire reprendre. .le nc 1 aurais pu sans affaiblir son gouvernement. Je persistai : et apres dix joiirs de debats intericurs qui m &aient jnfiniment penibles, ma demission fut acceptee. II ne m appartient pas de faire I elogcde M. de Jiemusat, qui voulut bien accepter le fardeauque je deposais. Nomme ambassadeur a Vienne au moment ou M. Thiers devenait chef du pouvoir executif, il avait recule devant la necessite de quitter la France a une heurc aitssi critique pour elle. II etait depuis longtemps eloigne des affaires publiques : mais il les avait constamment suivies avec un interet patriotique. Xul ne les pouvait apprecier et diriger avec plus d elevation, d esprit, de finesse et de bon sens. M. de Remusat fait partie de cette pleiade d hommes studieux , sinceres et courageux, qui jeterent un vif eclat sur la scene politique des la fin de la Restauration, et devinrent, apres 1830, les veritables jjuides des opinions sagement liberales. Doue d unc exquise urbanite, qui a sa source dans une inalterable bieuveillance, trop refleclii pour avoir a se defendre contre un entrainement, connaissant mieux que personne 1 Europe et Tliistoirc dr son temps, ayant constamment vecu dans le com merce des esprils rminents, il me paraissait un

ministre des affaires etrangeres accompli, et je Favais designe an choix de M. Thiers aussitot apres la ratification de la paix. M. Thiers, <lont il est 1 ami depuis plus de quarante ans , etait encore plus de mon avis que moi-meme. II ne craignait qu un refus, et, en effet, M. de Remusat avait mille raisons pour se soustraire a la fatigue et a la responsabilite du pouvoir. I/age, le besoin de repos, le gout pour les etudes speculatives potivaient 1 excuser. Je ne dis pas qu il ii ait point hesite. Mais quand il cut pu juger par lui-meme a quel point son concours etait indis pensable an gouvernement, il n ecouta plus que la voix du patriotisme et du devoir. II apportait an cabinet une force inestimable, et me faisait <loublement me feliciter d avoir resiste aux insistances affectneuses de M. Thiers.

Du reste, en me retirant, j obeissais a iin de voir imperieux de conscience. Je quittais le pou voir pour ne pas me trouver en contradiction avec moi-meme. En outre, je coupais court a des attaques passionnees et systematiques, et j allegeais tie leur poids, au moins incommode, le gouvernement de l homme d Etat eminent dont j aurais voulu faciliter la tache par toutes sortes de sacrifices. Ne consultant que sa bonte et la generosite de son cceur, il tenait a honnenr de

garder avec lui les ministres qui 1 avaient entoure aux heures du peril. II voulait bien me savoir gre d avoir eu le courage de negocier 1 armistice et de signer avec lui les preliminaires de paix. Je lui etais fort reconnaissant de ses dispo sitions affectueuses, mais il ne me ramenait point a son avis : Vous ne ferez jamais, lui dis-je, qu un vaincu puisse reprendre le prestige que " la defaite lui a enleve. Jc suis assurement bien innocent des fautes militaires qui ont pu etre " commises et qu on a singulierement exagerees ; " mais je les resume forcement toutes en ma personne. L homme qui a capitule devient odieux. On s en prend a lui du desastre qu on n a pu evi- " ter; je ne serais pas surpris que d ici a peu on " me rendit responsable des malheurs de la guerre que, vous et moi, nous avons combattue au prix de notre popularite. Ces injustices n auront qu un temps, et la verite se fera jour tot ou tard. Tant qu elle est obscurcie, le plus sage cst de ceder. J aurais voulu me retirer au 1110ment ou vous avez forme votre cabinet, je n ai consenti a en faire partie que pour achever 1 osuvre cruelle des negociations commencees ; c eiit etc pour moi une consolation que de si- " gner la convention d evacuation definitive. Elle a etc 1 objet de mes plus ardentes preoccupa-

tions. J cn ai prepare les bases, mon successeur aura le merite d une conclusion que je crois avoir preparee , et nul plus que moi ne sera heureux de ses succes.

Ce langage, que plusieurs fois je lui avais fait entendre, ne souffrait plus de replique, et cependant je suis force d avouer aujourd hui que M. Thiers apprecia mieux que moi la portee du vote du 22 juillet, qui, an moins en apparence, ne produisit pas en Italic et a Rome les conse quences facheuses que je redoutais.

Chacune des parties interessees voulut en pa raitre satisfaite. La cour du Vatican ne vit que la resolution finale, qu elle interpreta comme un appui moral donne a la cause du pouvoir temporel ; la presse et le cabinet italien ne releverent que les paroles de M. Thiers, affirmant une politique de neutralite et d abstention. A ne considerer que la surface des choses, il fut permis de croire la question resolue ; en realite, elle fut simplement ajournee sans que les termes essentiels en iussent changes. Le mal fut done moins grand que je ne 1 avais suppose. Cependant le nier serait se faire illusion; je veux, en terminant ce travail, essayer de le preciser et de rechercher comment il est possible d y porter remede.

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