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Pendant qne la question romaine se deplaeait de plus en plus et s ecartait du terrain sur " lequel elle avait etc constamrnent posee d uu " commim aceord entre la France et 1 Italic de 1860 a 186G, 1 etat des relations europeennes venait eneore en alterer davantage le caractere et en compromettre le progres. Des rivalites " Internationales, des previsions de guerre, des " interets de cabinet exploites par les partis ex- < tremes qui ne revent en Italic que restaurations on revolutions, firent que la question romaine > cessa d etre consideree seulement en ce qu elle " a de respectable et d important pour les con sciences, et fut exposee a etre engagee dans des combinaisons diplomatiques et militaires, on " dans des luttes de partis qui ne pouvaient que la denaturer en en compromettant le caractere eleve. Les choses en sont venues an point " qu aujourd hui la cour de Rome appelle le " secours d autres puissances pour le pouvoir temporel, et IK; cache pas les espcrances de res- > tanration qu elle fonde sur les malheurs de la > France , tandis que le parti radical cosmopolite " entretient en Italic des menees tendant a faire " de Rome la base d une propagande contre I ordre de choses ctabli dans la Peninsule
Que le gouvernement francais ne se fasse pas
illusion. La situation de 1 Italie est grave, L attitmle du gouvernement pontifical , les preparatifs du parti du desordre , la conviction gene- " rale parmi les homines les plus moderes du danger que peuvent avoir pour nous d un moment a 1 autre, dans 1 etat actuel de 1 Europe, les conditions plus que hasardeuses dans les- " quelles se trouve le lerritoire remain, sont de > nature a exciter les preoccupations de tons ceux qui apportent dans les affaires de Rome une sollicitude desinteressee.
Le memo jour, le meme ministre adressait aux divers represcntants de 1 Italie pres les gouverncments de 1 Europe une circulaire expliquant avec plus de details que le moment etait vrnu de resoudre la question romaine, que 1 Italie voulait le taire avec le concours des puissances catholiques en donnant toutes les garanties desirables a 1 independance religieuse du Saint-Pere .
Les ( vcMiements se precipitaient, le peril etait plus pressant. Le 7 septembre, M. V r isconti-Venosta annoncait par une nouvelle circulaire le dessein bien arrete de 1 Italic de tranclier delinitivement la (fiiestion romaine par i occupation de Rome". J (MI transcris ici les trois derni(M > s paragraph( i s.
1 Voir aux Pieces juslificatives. - - 2 Idem.
Aujourd hui que la guerre entre la France et I Allemagne a pris uu caractere extreme et jette une grande incertitude dans les relations inter- "iiationales, il ne s agit plus settlement pour nous dans la question romaine de la revendication legitime de nos droits et de nos interets , mais de la necessite deremplirles devoirs irnperieux qui sont la raison d etre des gouvernements.
" Sa Majeste le roi, gardien et depositaire de I integrite et de 1 inviolabilite du sol national, " interesse comme souverain d une nation catho- " lique a n abandonner a aucun accident le sort du chef de 1 Eglise, prend, comme il Jc doit, avec confiance , en face de 1 Europe et de la catholicit^, la responsabilite du maintien de " 1 ordre dans la Peninsule et de la sauvegarde du Saint-Siege. Le gouvernement de Sa Majeste se reserve de ne pas attendre pour prendre des resolutions en consequence que 1* agitation signalee sur le territoire pontifical, suite naturelle " des evenements du dehors, aboutisse a des effusions de sang entre les Remains et les forces > rtrangeres. Ce serait sacrifier nos devoirs a 1111 > trop facile allegement de responsabilite que de laisser s exposer aux risques de deplorables conflits le Saint-Pere, inebranlable dans sa re-
ET LA REPUBLIQUE FRANCAfSE. 255
sistance, les Romains qui nous declarant s appreter a revendiquer leurs droits, la surete enfin des personnes et des proprietes dans les provinces. Nous occuperons done, quand nos in- - formations nous le feront juger opportun, les points necessaires pour la securite commune, en " laissant aux populations le soin de leur propre > administration.
Le gouvernement du roi, en maintenant expressement en principe le droit national, se renfermera toutefois dans les Jimites d une action conservatrice et tutelaire a 1 egard du droit " qu ont les Romains de disposer de leurs destinees, et des interets qui reposent, pour chaque Etat ayant des sujets catholiqucs, sur les garanties d independance souveraine qui doivent etre " assurees a la papaute. Quant h ce dernier objet, 1 Italie, je le repete, est prete a prendre des " arrangements avec les puissances sur les conditions a determiner d un commun accord pour assurer I inde pendance spirituelle du Pontife.
Tous les gouvernements ont done etc? mis en demeure par ces affirmations tres-nettes de faire connaitre leur pensee et d agir s ils le croyaieul necessaire; tons ont repondti, et je me borne ;i mentionner I opinion cxprimec; par les principales puissances catholiques; I Angleterre, la Hussie,
laPrusse, la Suede, ne pouvaient qu approuver les determinations de 1 Italie. L opposition, si elle se fiit manifestee, serait venue de la Baviere, de I Autriche , de 1 Espagne , de la Belgique on de la Suisse. Quant a la France , j ai dit quelle avait ete son attitude, et les declarations par lesquelles j avais aecueilli la communication de M. le chevalier Nigra. En voici la confirmation dans la depeche de ce dernier :
Le niinistre du Rot a Paris au niinistre des affaires etrangeres a Florence.
Paris, 8 septembre 1870.
Monsieur,
> A fin d executer les instructions de Votre :> Excellence, jc me suis rendu hier cliez M. Jules " I avre, qui m avait la veille annonce officiello- " ment la formation du nouveau gouvernement > et sa nomination de ministre des affaires etrangeres.
Les instructions de Votre Excellence tendaient en substance a ce quc le gouveruement francais fiit informe loyalemerit quc le gouvcr- " nemcnt du Roi serait amene par les evenements d Europe, de 1 Italie et de 1 Etat pontifical, a faire usage de la Hberte d action reciproquement stipulee entre les deux gouvernemenls
ET LA REPCBL1QEE FRAiNCAI.-K. 257
dans les depeches echan(jees a 1 occasion dc la Convention du 15 septembre 1804.
Je crois m etre acquitte de cette mission conformement aux intentions du gouverneuieut du Roi. Je dis a M. Favre Ires-franchement que, en presence des eveneinents, en presence de " I agitation qni so manifesto dans les provinces romaiues, ou le drapeau italien avail ete arbor* 1 en plusieurs cndroits par les populations, en presence des adresses que le gouvernemeiil du " Roi reccvait des conseils provinciaux eL des municipalites du royaume , le gouveruenient du " Roi croyait roalisoc^s les conditions sous lesquelles la liberte d action reciproque avait ete convenue en 1864, et qu il en userait en occupant le territoire pontifical pour y maintenir 1 ordre. Quant a la solution definitive a donner a la question romaine, de facon a protegor avant. " tout 1 autorite spirituelle dn Pontife, elle serait 1 objet d un examen ulterieur.
" M. Jules Favre me repondit que le gouverncment franeais laissorait le gouvornement du Roi agir sous sa responsabilite.
Ccttc reponse m a paru suffisante, et je me suis abstenu de donner ou de provoquer dc nouvellcs explications.
Sujnc : NlGRA.
Le livre vert, auquel j emprunte cette piece, en contient une seconde sur le meme sujet qui se termine par un mot que j ai besoin d expliquer. M. le chevalier Nigra me fait repondre que le gouvernement francais laisserait le gouvernement italien aller a Rome avec sympatiiie.
Je ne crois pas m etre servi d une locution pareille, qui a ete sous la plume du ministre italien une forme par laqnelle il traduisait ma pensee. Le 12 septembre, comme le 8, je hii ai dit que dans la situation oil nous nous trouvions je ne pouvais ni ne voulais hii donner aucun consentement. Mais persuade comme hii qu une revo lution etait imminente a Rome, je desirais qu un conflit fut evite, et que je verrais avec plaisir les troupes italiennes le prevenir en entrant a Rome. (>es paroles, que je me rappelle fort bien, ne sont du reste nullement en contradiction avec la depeche qne je trahscris :
Le ministre du Hoi a Paris an ministre des affaires etranyeres a Florence.
Paris, 12 septembre 1870.
Monsieur le ministre ,
J ai porte aujonrd hui pour son information " a la connaissance de M. Jules Favre le contenu
de la circulaire que Votre Excellence m a fait I homieur de m adresser sous la date du 7 cou- > rant, relative a la question romaine. .T ai en meme temps annonce an ministre des affaires etrangeres que les troupes royales avaient recu 1 ordre de franchir les confins des ittats ponti- " ficaux pour maintenir 1 ordre , pour proteger 1 inviolabiUte du sol italien et pour veiller a la - securite du Saint-Siege, sans prejuger la solution des questions politiques ou ecclesiastiques. Le ministre des affaires etrangeres m a repondu " que le gouvernement francais nous laissera faire 1 avec sympathie.
Signe : NiGRA.
Voici la reponse de la Baviere :
.-< Munich, 8 septcmbre 1870.
Je sors au moment mcme de cliez le comtc " de Bray. II m a dit recoimaHre la connexion des graves evenemeiils poliliqucs accomplis en France avec la solution de la question romaine, et 1 obligation du gouvernement du Roi d rmpecher les desordres qui peuvent survenir dans la Peninsule. II fait des voeux pour que le priri-
1 Voir aux Pieces justificatives.
cipe monarchique puisse etre maintenu par nous intact, comme represenlant une question " d ordre social menacante pour beaucoup de nations. Le ministre tics affaires etrangeres m a dit que les bases que 1 Italie proposerait an " Saint-Siege pour amener une solution definitive de la question roinaine lui semblaient telles qu elles devaient etre acceptees a Rome, et que quant a lui, dans Tinteret de la religion comme " dans 1 interet du Pape, il desirait que le Sou- " verain Pontife put renoncer a son habituelle " resistance du iwn possumus. Il souhaite, dans Finteret du Pape et de I ltalie, qu une reconv ciliation ait lieu.
Que si malheureusement ce voeu ne pouvait V se realiser et si le gouvernement italien, sachant bien par Fexperience du passe que la cour de Rome est disposee a accepter les faits accomplis, jugeait opportun de passer outre, le comtc de Rray, en me declarant de nouveau que la " Baviere ne s immiscerait dans aucun de nos actes, voulait pour ce cas faire ses reserves, Les actes hostiles diriges centre un souverain " avec lequel son pays vit en bons rapports lui " imposent une reserve qui ne lui permet pas " d exprimer une opinion.
Je pense que, dans le cas ou la cour de Rome
ET LA UEPUr.LIQUE FRANCAISE. 201
> persisterait a repousser le complement de notre programme national, nous aequerrions de nouveatix litres a la sympathie de 1 Europe si nous > pouvions faire connaitre que nous n avons, " rneme a cet instant supreme?, neglige aucun moyen d arriver a un accord raisonnable.
M. le comte de Bray m a demande de nouveau s il etait exact que les troupes italiennes " cussent passe la frontiere. Je lui ai repondu n avoir recu aucune communication a ce sujet.
Signc : MlGLIORATI.
M. Minghetti, ministre a Vienne, rend compte a son gouvernement par la depeclie du 10 septembre des entretiens dans lesquels il a communirjue au cliancelier de I Empire les resolutions de 1 Italie, en les motivant sur les considerations et les faits quc developpe la circulairc du 7. 11 a jo ute :
Sans avoir adresse au gouvernement autrichien de drniandrs categoriques , des ohscrva- " tions faites par lui et des ronvrrsalions echangees, je crois ponvoir deduire avec assurance les points suivanls :
" 1 L ophiion ^ue le gonverneimMit l
1 Voir aux Pieces jus lifica lives.
du Pape ne pent raisonnablement subsister me semble avoir fait de tels progres quc desormais beaucoup de catholiques , et meme des plus sinceres, 1 admettent sans difficulte. II en rcste pourtant toujours une partie professant des idees retrogrades, hostiles an gouvernement italien, particulierement en ce qui tonche I Eglise. Ses proselytes sont non-seulement dans I aristocratie , mais encore dans la bour- " geoisic , dans les villes et dans les campagnes ; " elle a une espcce d organisation sous le nom des affilics catholiques.
2 Tons , catholiques ou non catholiques , se preoccupent de la liberte et de Findependance du Saint-Siege. On reconnait comme sage et opportun le dessein du gouvernement italien cle > s entendre clans ce but avec les puissances, pour eviter les complications qui pourraient naitre.
3 On desire vivement que notre occupation du territoire pontifical et de Rome ait lieu , s il est possible, sans conflit et sans effusion de " sang, et qu on use envers le Pape de tous les egards qui pourront 1 engager a ne pas quitter " son siege.
4 Le (jouvernement austro-hongrois na pas I intention de s opposer a notre action sur le territoire pontifical et sur Rome.
T,e 10 septembre, M. Migliorati, ministre a Munich , ecrit de nouveau a son gouverncment :
J ai recu hicr votre depeche-circulaire du
7 conrant snr la question de Rome, et j en ai
pris oceasion pour m entretenir avec Je ministre
des affaires etrangeres de la grave situation
" faite a Fltalie par la question romaine. L im-
" pression qui m est restee de cette conversation
est que, comme tous les hommes politiques, il
" comprend qne le moment est venu da resoudre
la question romaine dans le sens des aspirations
1 nationales.
Et voici comment, le 21 septembre, le ministre bavarois accueille la nouvelle de la prise de Rome - :
Le ministre du Roi a Munich an ministre des affaires etrancjeres a Florence.
Monsieur le Ministre,
J ai reeu le telegramine par lequel Votn;
Excellence a bien vouln m informer que nos
" troupes sont entrees liier a Rome apres une
courte resistance d une partie de la legion
" etrangere. J ai en riioimeur cc matin de 1 an-
Voir aux Pieces justificatives.
3 Voir aux Pieces justificatives.
2f)4 ROME
noncer a M. le comte de Rray. Jl m a donne " acte de cette communication et m a exprime sa satisfaction que tout soit fiui a pen pres sans " effusion de sang.
Le livre vert que j ai sous les yeux no contient pas les depeches du Ministre du roi a Madrid, inais unc de M. Visconti-Venosta, en date du 14 septembre, ffui y stippl^e. Elle est adressee an ministre representant 1 Italie a Madrid :
w M. Montemas in a dit dans line conversation 1 que j ai eue aujourd hui avec lui, que je devais par vos rapporls etre informe de Fopinion du " gouvernement espagnol en ce qui touche les affaires de Rome. Je savais en effet par votrc telegramme du 9 septembre que FEspagne cn- " tendail respecter la liberte du gouvernement italien et le laisser maitre d agir conforinement " a ses propres interets. Votre telegramme du 11 " me disait f[iie les instructions de M. Sagasta confirmaient cette maniere de voir, et qu elles " conseillaient an Saint-Pere de ne pas quitter Rome et de conscntir a une conciliation.
Le ministre italien termine sa depeche en chargeant sou representant de remercier le gouver nement espagnol el de lui donner Fassurance que
1 Voir aux Pieces justificatives.
I Italic protegora centre tout peril la personiie du Saint-Pere et garantira son independancc religieuse.
Le (> septembre, M. Mlgari, ministre du roi d ltalie a Berne, ecrivait :
Le complement de volre telegramme d hicr m informait de la resolution que le gouvernement royal a cm devoir prendre pour convertir en acte les decrets du parlement qni font de " Rome la capitale du royaume.
Le president de la Confederation, auquel j ai expose ce matin les motifs de cetle fjrave reso lution, m a donne 1 assurance que ses collegues et lui s attendaient a voir lltalie prendre ce parti ; qu elle y etait contrainte par le prineipe de sa
- propre conservation et par la situation anxieuse i on elle se trouvait ainsi que ses voisins ; que ccs raisons justifiaient notre dessein d affronter " line entreprise rpii dans d antn\s conditions aurait pu etre rctardee ; il pensail (jnc les autres
- gouvcrnements ayant egard anx perils de la conflagration |)reseutc, s accorderaient a rccon-
- naitre dans notre occupation de Tomc un fait (jue les exigences de la paix el de I ordre imposaienl a I ltalie, sans que le monde catholique dut en prendre ombrage.
1 Voir aux Pieces juslificalives.
2fi(5 ROME
Le ministrc d ltalie a Carlsnihe trnnsmettait des declarations semblables clu gouvernement badois. J extrais les Hgnes suiv antes de sa longue depeche, qui porte la date du 10 septembre l :
M. de Freydorf, apres m avoir ecoute attcn- " tivement, m a repondu en ees termes :
J ai consulte mes collogues sur la communication qne vons m avez faite de la part de I\I. Visconti-Venosta, et notre avis commun a > ete qnc nous ne devions exprimer une opinion " definitive sur la question en discussion qu apres avoir pris connaissance du sentiment des autres Etats interesses egalement a ce snjet. Nous n avons qu a nous louer du gouvernement pon- " tifical, et la prudence nous commande dans une circonstance si grave de miirir cbaque re- " solution qui peut precipiter le denoument d une si considerable transformation. Pour ma part, je respecte et je reconnais le droit du gouverne- " ment italien d agir librement conformement a ses interets dans le cas present. Depuis Fepoque " on le gouvernement badois a ete invite par la France a prendre part a un congres pour resoudre cette difficile question, il n a pas tenu " un autre langage. Je vous traduis fidelement
1 Voir aux Pieces justificatives^
ET LA KEPUBLIQUE FIIANCAISE. 2GT
" i opinion dans laquelle il entend perseverer. Enfin la Bclgiqne consultee repond dans les termes quc fait connaitre la depeche suivante de M. de Barral ; elle est datee de Bruxelles, le 12 septembre 1870 :
Monsieur le ministre,
Le ministre des affaires etrangeres m a dit ce ) matin qne, d apres nn telcgramme qu il venait de recevoir de Florence, 1 ordre avait ete donne " anx troupes italiennes de franchir la frontiere > pontificale. J ai pense que 1 occasion etait venue de lui expliquer franchement et loyalement les " vnes clu gonvernement dn Roi sur 1 etat actuel de la question romaine. Dans ce but, je lui ai dit en resume ce que renferinaient les circulaires " de Votre Excellence du 29 aoiit et du 7 de ce mois, en terminant 1 expose de ces considera- " tions par 1 assurance que le gouvernement du > Roi n avait rien tant a coeur qne d assurer la garantie de 1 independance spirituelle , de la di^nite et de la liberte du Saint-Sie ge.
M. (TAncthan ni\i rdpondu qu absolument parlant le pouvoir teniporel n eta it i>as 7 il est " vrai, (Cnnc ncccssite indispensable an Saint- Si< : </<: j)!>iir femplir sa mission dans ie inonde, mais ({ii il fallait cepcndant, a ton! prix, trouver
>< ime combinaison, quetque chose qui iui permit d exercer sesfonct ions spirituelles dans sa pleine >< ef entiere liherte (faction, sans qu il fiit menie n possible d imaginer qu il y cntrat la moindre pression ou influence etrangere, et encore, a-t-il ajoule, ce qnelque chose devrait recevoir la " garantie collective des grandes puissances ca- " th cliques .
Cette convention ne pouvait pas naturellement prenclre une plus grande extension avec le chef d un cabinet qui doit toujours avoir devant les yeux la neutralite du pays; mais dans la bouche de .\i. d Anethan, qui passe avec " raison ])our etre le chef le plus intelligent , le plus autorise du parti catholique, ce langagc acquiert, surtout dans les circonstances actuelles, >< une importance qui ne peut manquer d attirer > la haute attention de Votre Excellence.
" Agreez, etc. C. DE BARRAL.
M. de Barral avait raison : 1 attitude de la Belgique et le langage de son minis! re des affaires ctrangeres avaient une signification decisive, conforme an surplus au sentiment de toute FEurope, qui assistait a la chute du pouvoir temporel sans faire entendre une plainte en sa faveur. L Europe allait plus loin : elle repoussait sa
ET LA REPUBLrQUE FRANCAISE. 209
priere. Ainsi tin inoins agissait r.-Vutrichc, qni par son orthodoxie et son antique attacheinent au Saint-Siege paraissait devoir etre son defenseur naturel dans ces hcurcs de detresse. Les deux depeches qu on va lire ne laissent aucun doute a cet egard. La premiere est de M. Minghetti, la seconde de M. Visconti-Venosta 1 :
Le ministre dn Roi a Viennc au ministre des aj fa ires etranyercs.
u Vienne, 18 septembre 1870, Monsieur le ministre,
Dans ma depeche du 10 courant j ai expose > a Votre Excellence comment je m etnis acquitte de ma mission d expliquer le veritable rt.at des choses et les intentions du gouvernement italien " relativement a la question romaine,tant au chan- " celier de 1 Empire qu aux autres personnages " politiques. Cette mission devenait plus grave a mesure que survenaient de nouveaux evenements et siirtout quand nos troupes entrercut sur le territoire pontifical et s approcherent de " la ville : d autant plus qu il fallait s attendre a ce que le Pape et la cour de Home (eraiciit dans cette extremite tous leurs efforts pour se pro-
1 Voir aux Pieces justifica lives.
i70 T.OME
curer Fassistance du gouvernement imperial.
Les traditions seculaires, la piete notoire de la " cour, les liens de relations personnelles , 1 influence du clerge, la puissance et les attaches " du parti qui s intitule catholique, tout devait etre tente et mis en ceuvre pour obtenir une aide, on. toutau moins une declaration solennelledebldnte <> contre les actes du gouvernement italicn, Teile a ete en effet la demande du nonce apostolique, appuyee par les expressions les plus vives de la " confiance que le Pape plaeait dans 1 empereur d Autriche , preferablernent a tons les potentate " de la terre. Le gouvernement Imperial est reste sourd a, ces prieres, it a resiste a ces excitations. II a repondu nettement qu il ne voulait pas intervenir dans les circonstances actuelles. Qu il ne lui convenait pas d exprinierun jugement quaud il etait bien decide a ne 1 accoinpagner d aucune sanction. Qu il cst vrai que si le Saint-Pore consentait a trailer avec le roi d ltalie, le gouvernement imperial aurait pu interposer ses bons > offices, mais qu ayant refuse toute negociation, cette voie demeurait fermee. Quo ties lors 1 action du gouvernement imperial se reduisait a " demander au gouvernement italien tons les egards dus a la personne et a la dignite du Souverain Pontife, mais qu il avait trouve non-
seulement accord de sentiments, mais line " resolution spontanee de s executer de la maniere la plus large. Je dois ajouter enfin que je " n ai nullement dissimule ([tie les troupes royales etant entrees sur le terntoire pontifical, accueillies partout triomphalement, s avancant a mesure que les populations les demandaient , arrivees maintenant aux portes de Rome , elles ne pouvaient s y arreter et qu elles devaient occup er la ville. Elles proctkleront avec la plus " grande prudence, et feront tons les efforts pos- > sibles pour eviter un conflit et 1 effusion du sang. Mais si les bandes mercenaires a la solde du Souverain Pontife, s imposant par la terreur aux citoyens , entreprenaient de resister, les troupes royales ne renonceraient point a user de la force. Mais que cette solution serait plus nuisible qu utile, soit aux interets des Romains, de Tltalie, et meme de la religion, et que Ie " meilleur parti a prendre serait d aborder paciriquement la solution du probleme et de trouver " les moyens d assurerl independance etla libertr du Saint-Siege.
En conformite de ces considerations, le comte de Bcust a adrcsse deux depeches, 1 une a son ministre a Florence, 1 autre a son ministre a
(Vest le premier de ce;s documents que M. le ministre ties affaires etrangeres d ltalic analyse dans la depeche suivante, qui confirm e et com plete celle de M. Minghetti :
Le ministre des affaires etrangeres au ministre du Roi a Vienne.
Florence, 21 septembre 1870.
Monsieur le ministre ,
" Le baron de Kiibeck est venn me dormer > lecture d nne depeche dans laqnelle Son Excellence le comte de Beust expose avec une elevation d idees et im sentiment amical auquel jeme plais a rendre hommage , ses vues sur la phase " aetuelle cle la question romaine. Ne possedanl > pas une copie de cette remarquable depeche , " je ne puis vous en donner, ainsi que je 1 aurais desire, un resume fidele. Je me borne done a " appeler votre attention sur quelques points qui d apres la communication orale qui m a ete faite, m ont semble les plus importants.
Apres avoir rappele les pourparlers que nous > avons entames a V 7 ienne sur cette question dans les derniers temps, et Faccueil favorable que nos vues ont rencontre aupres du cabinet iinperial et royal, S. E. le comte de Beust recommit
" que, dans les circonstances extra ordinaires dans lesquelles se trouvait 1 Europe, 11 n y avail des lors pour nous qu un soul moyen de veiller efficacement a la securite du Chef de FEglise, celui " d occuper certains points de territoire. Aujourn d hui le gouvcrnement austro-hongrois , sans chercher a entraver la liberte de uos decisions " dans une question qui 1 interesse cependant an >< plus haut degre, s adresse aux sentiments du >- gouvernement italien et appelle noire serieuse attention sur la necessite de ne point augmenter les alarmes et de contenir les passions hostiles au Saint-Siege. S. M. 1 Empereur et Roi ne pent voir sans emotion ce qui se passe a Rome. Le gouvernement d Autriche-Hongrie se doit done a lui-meme d elever la voix et d insister pour que le gouvernement du Roi lui donne les assurances tranquillisantes pour ce qui concerne L inviolabilit^ du Saint-Pere et le libre exercice de ses fonctions spiritnclles. Ma reponse au baron de Kiibeck a tke conforme aux arguments >- que je vous ai exposes dans mes depeches du " 21) aout et du 7 septembre. Ainsi que le rappelle S. E. le chancelier, des le commencement des complications actuelles , nous nous sommes > rendu comptc de 1 impossibilite de laisser la M question romaine dans les termes ou 1 avait
laissee la convention du 15 septembre 18G4.
Cette stipulation, faite en d autres temps et pour une situation tout a fait differente, devenail n inapplicable an fur ct a mesnre que le con/lit entre la Prusse et la France prenait un caractere plus grave et menarait d acquerir de plus vastes proportions. Nous sommes profondement reconnaissants au gouvernement de S. M. I empereur et roi d Autriche-Hongrie d avoir bien voulu tenir compte des difficultcs toutes speciales de notre situation, et appuyer par ses bons offices nos vivcs et pressantes reclamations aupres du cabinet de Paris.
Le ministre explique ensuite comment le gouvernement italien, ayant epuise tout moyen de conciliation avec le Saint-Siege et ne pouvant lui faire accepter aucune des combinaisons que certaines puissances catholiques appuyaient , s etait vu dans la necessite de ne pas differer davantage la solution d une qiiostion qui mettait ses interets en peril. II ajoute que la fin du pouvoir temporel sera celle de 1 antagonisiue malheureux qui exisle entre le clerge et le sentiment national, et que 1 It.alie, en achevant cette oeuvre, aura travail]* autant a la paix de la religion qu a la grandeur de la patrie. C est dans ces termes qti il en appelle a 1 Europe, et Janettetede ses declarations ne pent
laisser aucun doute sur le but qu il s ? agit d atteindre.
Ge but, dit-il, n cst pas { acquisition d tm " territoire, la possession d une ville quclque illustre qu elle soil. Nous sommes animes d une ambition plus haute. La separation complete de " I Eglise et de 1 Etat, le developpement barmo- " nique des forces sociales et religieuses pour mo- " raliser les classes populaires , 1 accord entre la " liberte et Fautorite, voila les maximes que nous nous proposons de proclamer a Rome.
Nous faisons appel avee confiance aux goti- " vernements qui nous bonorent de leur amitie , > nous leur demandons de s associer a nous pour " une ceuvre qui ne sera pas sterile pour la civili- " sation europeenne. Nous esperons qu ils voudront prendre acte des garanties que nous - sommes prets a offrir an Saint-Pore. Elles sont de nature a sauvegarder largement son inde- " pendance et sa haute position dans le monde. Je me reserve de vous envoyer a ce sujet des instructions plus dolailloes. Pourle moment, il suffira de rappeler qu<^ le privilege d extraterritorialite mettra le Saint-Pere dans la con- > dition d un souv(>i-ain, en le plaraut dans une sphere inaccessible a toute influence politique ; (fue des ambassadeiin continueront. a repn ; -
senter pres cle lui les puissances el, qu il continuera d avoir des nonces pres dc celles-ci; que le meme privilege d extra-territorialite couvrira ses palais et ses residences; quo les cardinaux conserveront leur rang de princes et les honneurs qui y sont attaches; enfin, qu une liste civile, garantie au besoin par vin traite public, meltra le Saint-Siege en mesnre d exercer avec In meme splendeur qii auparavant ses fonctions n spirituelles.
" II est digne des sonverains catholiques et des * gouvernements eclaires de s associer a nous pour nous aider a mettrc hors de discussion >! Tefficacite et la portee reelle des garanties que nous offrons au Saint-Fere. Les bons offices reussiront peut-etre a persuader au Pape qi.i il >; a rempli jusqu au scrupule ses devoirs de con- " science, et que la conciliation repond aux veri- ) tables interets de FEglise. Quand bien meme ;) le Pape resterait sourd a ces prieres, les gouvernenicnts ayant des sujets catholiques remr. pliraient une noble mission en faveur du Chef de 1 Eglise en acceptant des garanties qui rassureraient completement les consciences. Ce serait la, nous en avons la conviction, une politique feconde en resultats utiles pour la religion et pour la civilisation de [ Europe.
ET LA P.EPUI5LIQUE FRASOA1SE.
L Europe a done etc non-settlement mise en demeure d agir on Jo protester en faveur clu pouvoir temporal Ju Saint-Siege, mais encore elle a etc avertie des desseins de lltalie devenue inaitresse de Rome, et par la meme du sort de 1 etablissement terrestre de la papaute. Eh bien, I Europe n a ni agi ni proteste, elle ne s est poinl avisee de pretendre qne le pouvoir spirituel ne pouvait exister qu a la condition de la restauration et de la conservation du temporel ; elle s est au contraire associee a la politique italienne. Entre la papaute qui demandait du secours et I Italic qui revendiquait sa liberte d action , elle a donne raison a I ltalie, et la nentralite dans laquelle elle s est enfermee n a etc en realit( ; qu une adhesion.
Je viens de citer la depeche de M. Minghetti qui prouve que tellc a etc la conduite do 1 Autriche. La depeche memo de M. le comte de Bcust acheve la demonstration. En voici le texte :
Son Excellence le comte de Beust a Son Excel lence le baron de Kiibeck.
u Vienne, le 13 scpteinbre 1870.
> Monsieur le ministre,
Au iiioincnt on les troupes italiennes franchis- " sent la frontiere romaine, nous ne pouvons
;< nous dispenser de faire appel aux bons senti- > ments du gouvernement italien, et d exprimer >< le ferine espoir qu il nsera envers le Saint-Pere de tons les egards compatibles avec les mesures " adoptees. Nous nous croyons d autant plus autorises a agir dans ce sens, que le cabinet de Florence n ignoFe pas combien nous nous sommes montres disposes a prendre en consideration les diffieultes que lui creait la question romaine dans ces derniers temps.
Votre Excellence connait les pourparlers en- > tames ici a ce sujet par M. le chevalier Artom. Nous etions alors prets a interposer nos bons offices aupres du gouvernement francais, afm qu on put regler, sur des bases plus conformes a la situation nouvelle, les cjaranties dont la con- " vention de septembre entourait le Saint-Siege. Tenant compte des diffieultes en face desquelles 1 Italic allait se trouver placee, et voulant d un autre cote assurer au Saint-Pere son independance et sa securite personnelles, nous pensions que si le gouvernement italien faisait occuper militairement qnelques points du territoire romain , il serait en mesure d accepter et d observer scrupuleusement le devoir de veiller a la surete du Chef de 1 Eglise. Votre Excellence sait par suite de quellcs circonstances notre
" bonne volonte a ete paralysee. L a fausse inter- " pretation donnee a. notre conduite et le retour pur et simple a la convention de septembre
nous ont obliges a nous abstenir entierement de v toute immixtion dans les decisions prises a Paris et a Florence.
" Le ijouvernement italieu nc pent doitter de nos intentions amicales a son eijard. Nons aurions volontiers contribue a diminuer les embarras de la situation, et encore aujourd hui > nous ne clierchons point a entraver la liberte de ses decisions dans une question qui ccpendant " nous interesse a un hant degre. En effet, 1 Em- -> pereur, notre auguste maitre, doit a ses senti- > ments personnels ainsi qu aux convictions reli- Reuses de la majoritoj de ses sujets, d apporter -> la plus vive sollicitude a tout ce qui tonche a la situation du Saint-Siege.
" Sa Majeste et Royale Altesse ne pent voir " sans emotion ce qui se passe dans ce moment a Rome, et je dois insister aupres du gouvernenient italim pour cju il nous donne des assu-
ranees tranquillisaiites.
Nous pouvons compter certainenieni sitr I esp prit de moderation ffni anirne le cnhinrl dr Florence et sur iintention quit a sonvenl an- >: nonc( : r ilr ne pas resoudre seal la (juestiou
romaine. Nous avons foi dans ces promesses, mais nous devons a notre conscience et a nos >i sympathies pour le Saint-Pere d elever notre voix, afin d appelerla plus serieuse attention du cabinet de Florence sur la necessite de ne point >! augmenter les alarmes que ressentent en ce moment to us les cath cliques.
En prenant sur lui la responsabilite de faire >< cntrer ses troupes sur le territoire remain, le fjouvernement italien n en sera (fiie plus pene tre de la necessite de contenir toutes les passions Iwstiles au Saint-Siege, et d ohserver le plus grand respect pour la personne du Saint-Pere.
Ce sont la deux points qui nous tiennent particulierement a cceur , et jc ne doute pas que ce que Votre Excellence nous mandera sur les entretiens qu ellc aura ens a ce sujet avec M. Viscontl-Venosta, ne soit de nature a nous rassurer completement sur les intentions du gouverne- " ment italien .
Recevez, etc.
Sicjne : DE BEUST.
Faut-il attribuer cette attitude si decisive de 1 Europe au trouble que pouvaient Jeter dans 1 esprit de scs homines politiques et les perils et les incertitudes qui etaient la consequence inevi-
ET LA REPUBLIQUE PR ANf: A JSE. 281
table de la luttc terrible engagee entre la France et 1 Allemagne? Les fails ne permettcnt pas de s arreter a cette supposition. Les documents que je viens de transcrire suffiraient seuls a la repousser. On n y rencontre, en effet, aucune expres sion de regret ou d alarme pour la disparition du pouvoir temporel. La Baviere et L Autriche font des reserves, mais ces reserves ne portent que sur la necessite de garantir 1 independance du Saint-Siege, et quand 1 Italic repond qu elle y pourvoira largement, MM. de Bray et de Beust temoignent leur satisfaction. C est done a des causes plus generales et plus profondes qu il faut attribuer i abandon d un principe que la papaute soutient encore lui etre indispensable. (Test a la conviction que ce principe a fait son temps, que loin d etre necessairc , il est plutot nuisible, et que, dans tons les cas, il est tout a fait impossible de le faire revivre malgre la volonte des Italiens, qui le rejettent apres 1 avoir subi pendant des siecles. An surplus, 1 Europe a en nne secondc oc casion de se prononcer , et cettc fois apres la ces sation dc la guerre, lorsque deja un calnie relatif avait apaise les esprits; elle n a j>as ( (( alors moins categoritjuc.
Je veuxparlerde I envoi a Rome par Lesdiverses puissances de leurs ministres accredites pres 1^
cabinet italien , au moment ou eelni-ci prenait officiellement possession de sa nouvelle capitale. Je ne reviendrai pas sur les details dans lesquels je suis entre a ce sujct en racontant nos negociations. Mais il n est pas inutile de rappeler 1 importance que la conr du Vatican attachait a cette resolution. Elle etait a ses yeux la reconnaissance positive et formelle de 1 nsurpation italienne, el par consequent de la chute du pouvoir temporel. Toutes nos depeches mentionnent le recit des ef forts faits par cette cour pour empecher ce resultat . Des le 25 fevrier notre representant a Rome nous ecrivait : Le Pape a accorde line audience a " i ambassadeur d Autriche, le 18 de ce mois, deux v jours apres que j avais en moi-nieme Fhonneur d etre recu par Sa Saintete. La situation de la ;- papaute vis-a-vis des puissances a ete I objet principal de leur cntrelien. Le Pape lui a repete v ee qu il m avait dit deux jours auparavant, qu il ) comprenait Fimpossibilite d une intervention armee en sa faveur; mais qu il esperait que les gonvernements, appreciant le dommage cause " a Jeurs sujets catholiques par les precedes de " 1 Italic , si attentatoires a 1 independance dn gouvernement spirituel de 1 Eglise, ne sanc- > lionneraient pas les pretentious tons les jours croissant.es du cabinet de Florence, et n autori-
ET LA KEPUBL1QUE FRAXCAfSE. 283
> seraient pas les agents qui les representent pres > <lu roi Victor-Emmanuel a le siiivrc a Rome, on d ailleurs il serait sage et opportun de fain: :- compreudre an gouvernement italien qu il a tort de vonloir transporter sa capitale.
Le 23 mai, la derniere fois quo j ai en 1 hon-
. nenr de voir le Saint-Pere, il m a paru tres-
attriste. Le langa^e si reserve de I empereur
d Antriche lui a cause unc impression pe-
> nihle. ... La conversation etant venue a toinber
" sur le transfer! de la capitale, le Saint-Pere
a manifesta son sentiment a pen pres en ces
< tcrmes : Si les Cbambres viennent a Rome au
mois de juillet, il faudra bienqueje le supporte,
mais au moins qu on ne laisse pas venir ici le
corps diplomatique de Florence.
Le temps marche , le denoument approche.
fja circulaire du 8 juin de M. Visconti-Venosta avertit tons les (jouvernements que la translation aura lieu le 1" juillef. Malgre les bruits mis en > circulation par les organes du cabinet de Flo- " renre, <lii un telegramme du 14 j>tin, on etait Join de penser a Rome (pie la question du trans-
port des legations allait etre si rapidement pose el etait si pres d etre resolue. . . . On croyaitque
v les puissances se rediseraieiit a prendre une > determination avani que la cour, les ministeres,
" Ics Chambres, les administrations, eussent a > Rome une installation effective; que par suite " ties diffieultes materielles de la saison d ete, toujours si redoutee ici , 1 installation effective serait facilement ajournee au mois de novembre, > et que par suite le statu quo serait maintenu.
" Ces previsions ne se sont pas realisees, puis- " que le parait vouloir se pronoucer 11011
pas en presence d un fait accompli , mais en " presence d un fait annonce. Conformement a vos instructions , j ai laisse pressentir au cardi- " nal Antonelli ce qui allait se passer. Le cardinal " a paru tres-impressionne de cette communication et m a tenu a pen pres ce langage : Les Italiens sont entres a Rome par la violence , ils " out mis de cote pour y arriver le droit, le respect des engagements internationaux , la bonne foi. Au mois de juillet dernier le gouvernement francais , en me prevenant qu il retirait ses troupes de Rome et de Civita-Yecchia, m a fail
dire qu il s etaitprealablement assure que F Italic executerait fidelement les clauses protectrices " de la convention du 15 septembre. Vous savez
comment elles ont ete observees. Apres Finvasion de Rome , quelle confiance peut-on avoir " dans les declarations du gouvernement italien ? f^a meillcure protection a accorder au Saint-
ET LA REPUBLlorE FHA3CAI8E.
Pere, la seule qni puisse lui etre donnee en ce moment, est cle ne pas appronver les spoliations > dont il a etc victime. Si les puissances consen- " tent a ce que leurs ministres quittent Florence " pour venir ici, elles consacrent la spoliation et prennent nne sorte tie complicite dans les evenements qui ont eu lieu. L ordre donne aux
- legations accreditees pres du roi Victor-Emmauuel de se rendre a Rome serait une mesure d nne grande portee et sur laquellc je vous demande d appeler 1 attention de votre gouverr- nement.
En recevant ce telegramme, je repondis par celui-ci :
Les protestations que le cardinal vous a fait
entendre dans la conversation que me rapporte votre telegramme d hier sont naturelles, mais
n ne peuvent nous atteindre. Nous n avons pas juge que la conduite du gouvernement italien, entrant a Rome le 19 septembre, nous fit im devoir de rompre avee lui : nous ne pouvons songer a le faire, quand il accomplit nn aetr qui n est que la consequence rigourense du premier. Nous nous hornons a suivre 1 Europe qui > accompagne a Rome le ministre des affaires etrangeres. Nous n avons pas voulu etre les premiers J ai donne a M. de Ghoiseid
2 e -6 ROME
n 1 ordre de n agir qn avec les autres puissances ) catholiqucs. Le Saint-Pere ne pent nous de- >- mander davantage.
En effet, dans la situation critique on nos revers nous avaient places, nous nepouvions fairc mienx que de nous unir a celles des puissances catholiques qni avaient conserve leur liberte d action. Peut-etre aurions-nous etc excusables de les devancer dans nos empressements pour 1 Italie. Car nous avions un grand interet a ne pas la pousser dans les bras de la Prusse. Eh bien, on le sait, c est precisement le contraire qui a eu lieu : nous avons laisse le pas a ceux qui auraient pu inontrer inoins de zele que nous , et a 1 exception de 1 Autriche et de la Belgique que nous avons retenues, les representants de toutes les puissances se sont piques de la plus correcte exactitude. C est done en complete connaissance de cause, apres avoir, grace aux avertissemcnts du Vatican, mesure la portee de ses resolutions , que 1 Europe a reconnu vis-a-vis de V Italic et du Saint-Siege 1 autorite du fatt accompli.
Seulement, cette reconnaissance n a pas ebranle le monde , ainsi que le croyaient beaucoup d hommes eminents places trop pres de la scene pour en bien juger les effets. II faut, nous ecri- " vait notre arnbassadeur a Rome, laisser autant
> que possible a d autres hi responsabilite et 1 ini- > tiative d une mesure qui, si ellc est prise, auraun immense retentissement. " Je lc crovais conime lui, et comme lui je me trompais. Vivement preoccupes flu desir d e viler nne faute nuisible a noire pays, nous ne tenions pas assez comple des progres lents, mais surs de 1 opinion publique. Elle etait fixee sur la question , et vraiment ce dont il faudrait s etonner, c est qu elle cut pu etre serieusement indecise. Tl n y eut clone en Europe ancune emotion veritable. Les fcuilles ultramontaines tonnerent. Le Vatican se resi^jna sagement, et Fltalie eut le bon sens de ne pas faire Irop de bruit de sa victoire.
II etait pour elle (run plus grand interet de la consolider. Six semaines uuparavant elle avait promulgue la loi dite des garanties, qui statue sur le reglement dos prerogatives du Pape et du Saint- Siege et des rapports de Ftfglise et de 1 Ktat. Cette loi 1 assure an Pape le rang et les honneiirs souverains et tontes les immunites qui en decoulent, le droit d envoyer el <!< recevoir des ambassa-
tt
deurs , de correspondre librement avee Fimivers entier, de rruuir des assemblees et des conciles, inviolables conime lui. Les palais du Vatican etde
1 Voir aux Pieces jnstificatives.
Latran, la maison de campagne dc Castel-Gandolfo ainsi que toutes leurs dependances, lui sont attribues , avec une liste civile de trois millions deux cent vingt-cinq mille francs de rente annuelle ; la loi reconnait et proclame son independance absolue dans 1 exercice de ses fonctions spiritnelles , tanl pour lui que pour les ecclesiastiques et religieux qui relevent de lui. Elle retire au gouvernement duroile droit de placet ou d exequatur pour la collation des benefices et la nomination des fonctionnaires de 1 Eglise , en meme temps que le controle sur tons les actes du clerge en tant qu ils touchent a Fordre spirituel. Enun mot, elle consacre de la maniere la plus bardie et la plus complete le principe de la separation de FEtat et de 1 Eglise. Je ne sachc pas de gouvernement en Europe qui consentit a offrir au Pape de semblables garanties de liberte.
Le Saint-Pere a cependant energiquement proteste centre elles dans son Encyclique du 25 mai 1871 l . II les denonce comme une ceuvre derisoire, que le gouvernement subalpin s est donne la peine de composer et de fabriquer pour eblouir les catboliques et calmer leurs anxietes... Nous avons, ajoute le redacteur de
1 Voir aux Pieces justiticatives.
ce document, signale 1 absurdite et 1 astuce qui " caracterisent cettc loi ; mais le propre du gouvernement subalpin est de joindre une continuelle et honteuse dissimulation a un impudent mepris de notre dignite pontificale, et de montrer par ses actes qu il compte pour rien nos protestations, nos reclamations, nos censures...
De tels anathemes n ont rien qui puisse surprendre, et en les lancant la cour du Vatican reste fidele a ses principes. Elle ne peut accepter aucuiie transaction, aucune diminution du pouvoir temporel, dont elle a fait un dogme. Le Pape infaillible ne peut rien recevoir d un prince de la terre. Nous, dit 1 Encyclique, a qui a etc donne " par Dieu le pouvoir de porter des lois relatives a 1 ordre moral et a 1 ordre religieux , nous qui avons etc etabli interprete du droit naturel et divin dans toute 1 etendue de l univers..., nous declarons que nous n accepterons et n admettrons jamais les immunites ou garanties imaginees par le gouvernement subalpin , quelle que soit leur teneur, ni aucune autre de ce genre, de quelque sanction qu ellcs soient revetues; en 1111
1 Nobis quibus data divinitusauctoritas cst leges ferendt ordinem moralem et religiosum spectantes, nobis qui naturalis ac divini juris interpretes in toto orbe constituti
-SlUUUS.
mot, que nous n accepterons et n admettrons jamais aucune immunite ou garantie, quelle qu elle puisse etre, qui, sous pretexte de proteger notre puissance sacree ef notre liberte, nous -A serait offerte en echange et pour nous tenir lieu de cette souverainete temporelle dont la divine Providence a voulu que le Saint-Siege apostolique fut pourvu et fortifie, et que nous assurent des titres legitimes et inattaquables et une posii session de onze siecles.
Ainsi le probleme est nettement pose; cc que -Jemande le Pape, ce que les auteurs des peti tions renvoyees an ministre des affaires etrangeres et les rapporteurs de deux commissions ont mis le gouvernement francais en demeure d entreprendre au moins par des negociations , c est la reconstitution du domaine pontifical, c est la restauration du pouvoir theocratique ; je viens <le demontrer par des preuves irrefutables que si la France avait la folie de tenter une pareille aventure, elle serait isolee an milieu de 1 Europe, qui s ecarterait d elle avec dedain. Ceci bien constate , qu y a-t-il a faire? Si le gouvernement n avait point etc provoque , il aurait pu continue! 1 la politique qui en menageant toutes choses laissait aussi toutes choses s accomplir. Mais ayant ^ccepte les seminations qui lui etaicnt adressees ,
il ne pent plus rester dans la reserve qui inspire a ITtalie line arriere-pensee de defiance, a la comde Rome une esperance secrete de laquelle penvent sortir mille daugereuses intrigues. II doit la verite a ces deux puissances rivales, qui apres s etre combattues pendant onze siecles, finiront par se rapprocher, lorsqne chacune d elles sera a sa place, pour me servir de 1 expression de sain I Bernard. Il depend de lui de rendre ce service signalc a la civilisation enropecnne qui Fattend , a la papaute elle-meme, qui malgre ses protesta tions officielles ne se fait plus d il fusions.
Elle a recu en effet sans etounement et sans irritation les communications que jc croyais de voir lui faire, tenant avant tout a lui parler avec tine complete franchise. Jepourrais citer les nombreuses depeches que j ai redigees snr cette matiere, a laquelle j attachais un interet de prcmirr ordre : toutes sont empreint.es du meme esprit. J en choisis deux, rune u la date du 21 avril , a M. Lefebvre de JJcliaine, 1 antre a la date dn 27 mai, a M. d llarcourt. Klles resnnicnt la politique que j ai constamment praliquee el qui a an moins aujonrd hui le mih-ilc d rlre en harmonic parfaite avec celle que 1 Europe a definitivement adoptee, de 1 aveu du Vatican hii-meme :
Le ministre des affaires etrancjeres a M. Lefebvre de Behaine , charge d affaires de France a
Rome.
a Versailles, ce 21 avril 1871.
Monsieur, plus les difficultes se multiplient a Rome , plus les amis de la papaute doivent lui conseiller la moderation et la prudence. Quelques-unes du reste, et peut-etre les plus graves, ont une origine etrangere a la politique. Elles ne s y rattachent que par le calcul des hommes d Etat , dont Fhabilete consiste a faire tourner >> tous les incidents au succes de leurs desseins. Ainsi la levee de boucliers du chanoine Dollinger n aura surpris personne, elle est la consequence delalutte conciliaire, qui aurait certainement eu un eclat bien plus considerable qu il n a ete, sans les evenements qui sont venus 1 effacer en absorbant les forces et 1 attention de 1 Europe. Mais ici la papaute ne recueille que ce qu elle a seme, et nous ne pouvons que demeurer spectateurs du debat qu elle s est attire. Que ses adversaires s en emparent, que la Prusse en fasse un levier destine a detacher la Baviere , cela est dans 1 ordre des choses et nous n y pouvons rien.
Nous ne devons pas nous departir de notre ligne de conduite, qui se resume par ces mots : protection de la personne et de la liberte spirituelle
du Saint-Pere. Les querelles iheologiques ne nous regardent point, et y intervenir, meme sous pretexte de politique , serait precisement violer en faveur du Pape le principe sous lequel nous le couvrons. Du reste, je crois le cardinal Antonelli trop sage pour ne pas le comprendre. Nous restons respectueux, reserves, attentifs a ne laisser entreprendre aucune chose qui amoindrirait cette influence, mais fort decides a ne pas sortir de notre role de puissance laique et liberale. Toutefois, et par la meme raison, c est pour nous une obligation etroite de ne rien faire directement ou indirectement qui soit de nature a accroitre les embarras du Saint-Pere.
C est par cette conduite prudente et ferme " que nous conserverons au Vatican le peu d influence qui nous reste, et que nous en userons pour lebien du Saint-Pere et de 1 ltalie. Je n ai " pas la prevention de les reconcilier. Je m estimerais heurcux de contribtier a empecher une rupture violente , nuisible a tons deux et a la catholicite. C est pourquoi je conseille a 1 un et a 1 autre une patiente et reciproque tolerance.
Ce n est que par des concessions mutuelles qu on resout des difficultes delicates; recom-
mandez-les an cardinal, et dites-lui bien quo dans 1 ordre d idees qiiojc vons aisonvcnt exposees, ami de 1 Italic et de la liberte, persuade que la religion grandira dansl epreuveque subit la papaute, j ambitionne pour la France republicaine le role de moderateur apaisant les ressentiments, dissipant les matentendus , et rapprocbant sans secousses les venerables traditions du passe des necessites imperieuses qui entrainent le moiide moderne dans des voies d oii il sera impossible de le detourner.