‹ Rome et la République françaiseChapitre 23 sur 30 · NO · texte numérisé non relu

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Rapport de M. Pajot, lu a la seance de I Assembled nationale du 2,2 juillet 1871

Messieurs, le cardinal archeveque de Rouen, I evequr d Alger, les eveques de Seez , de Coutances , de Bayeux et d fivreux, 1 archeveque de Ganibrai et son suffragant, I eveque d Arras, adressent a 1 Assemblee nationale deux petitions sur la situation intolerable que le gouvernement italien a faite au Souverain Pontife, et sur la necessite d y apporter un prompt rernede.

Depuis, se sont joints a leurs collegues I arelieveque de Bourges, I eveque d Autun et un grand nombre de membres de 1 episcopat.

Par 1 importance des sujets qu ils traiteiit, par la posi tion elevee des petitionnaires, ces documents ne manqueront pas d attirer la sericuse et bienveillante attention de l Assemblee. Et, batons-nous de le proclamer, si le malheur du temps ne vous avail impose une douloureuse reserve, Tinitiative de l Assemblee nationale eiit deja attire, nous en avons la confiance, [ attention du j;ouvernement sur une cause toujours si intimement lice, a tia-

vers les siecles, a celle de notre pays, sur la cause de Pie IX, si aim6, si venere des catholiques francais.

A droite et an centre. Tres-bien ! tres-bien !

M. LE RAPPORTEUR. Les eminents prelats qui s adressent a vous out pense qu en presence de 1 occupation de Rome et des mesures qui en ont ete la consequence im mediate , il ne leur etait pas permis de garder plus longtemps le silence ; organes naturels des catholiques qui reclament sous toutes les formes la liberte du Souverain Pontife pour assurer la liberte de conscience de deux cents millions d ames, ils tournent leurs regards vers cette Assemblee , ils lui expriment les douleurs des catholiques T ils esperent en elle, parce qu elle represente la France.

G est I honneur de la France, disent-ils, et sa gloire la plus pure, d etre demeuree toujours fidele, au milieu meme de ses plus cruelles epreuves , aux nobles causes qu elle a prises sous sa protection. II est dans son histoire des traditions de devouement et de loyaute qu elle ne repudie jamais, et qui lui ont assure dans le monde une mission providentielle.

Ainsi, depuis qu elle a pris, avec Glovis, le premier rang parmi les nations chretiennes, elle a toujours ete considered comme la protectrice naturelle de 1 figlise , en meme temps qu elle a prouve maintes fois qu elle etait la sauvegarde des Etats faibles et opprimes.

Les malheurs qui sont venus fondre sur elle ont ebranle, pour un moment, sa puissance, mais ils n ont pu atteindre son ame, qui sera d autant plus grande et plus forte qu elle sera plus profondement devouee aux interets eternels de la conscience, de la justice et de la vraie civilisation. (Tres-bien! tres-bien !)

Et quelle etait , Messieurs , la sauvegarde de ces graves

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interets? Nous 1 affirmerons sans hesitation, apres 1 experience de plus de dix siecles, apres [ affirmation des hommes politiques les plus considerables, apres la decla ration des eveques reuuis a Rome le 8 juin 1862 et representant les nations les plus diverses, c etait la souverninete teuiporelle du Pape.

Gette souverainete, disent encore nos eveques, nonseulenient repose , comme toutes les autres , sur la garantie du droit, des traites et des lois internationales, mais elle touche encore aux interets les plus eleves et les plus vastes qui soient dans le monde, parce qu elle couvre le chef spirituel de deux cents millions d ames et avec lui leur liberte de conscience. II ne s agit done pas d une question locale ou d une institution etrangere, la papaute n etant pas plus italienne qu autrichienne , espagnole ou francaise, mais d une institution de clroit public et universel , dont le maintien importe au maintien meme des interets religieux et moraux de 1 humanite. (Approba tion au centre et a droite. )

Ge ne sont pas seulement, Messieurs, les eveques, les catholiques fervents qui proclament cette verite. Voici ce que disait aux politiques du Piemont, en 1861, uii ecrivain intelligent et honnete, mais peu sympathique a PEglise, M. Prevost-Paradol : Entre vous et la posses sion de Rome, il y a toute Tepaisseur du problcme qui consiste a assurer aux nations catholiques et a leurs gouvernements la pleine independance du Pape , devenu J hote et le premier sujet du roi d ltalie.n Je ne pense pas, ajoutait-il , qu un pape possedant uu chateau ou meme tout un quartier dans la capitale du roi d ltalie, paraisse assez independant dans ses actes et dans ses choix pour que les Eglises d Autriche, d Espagne, de Por tugal et de Baviere acceptent ses decisions. Qu est-ce

done , si 1 un de ces Etats est en querelle avec le roi d ltalie, il n en est pas moins force de s entendre tous les jours avec le Pape son hote , pour la nomination des eveques et pour 1 administration de 1 Eglise.

Permettez-nous , Messieurs, une derniere citation, et celle-la vous ne pouvez en recuser la valeur et 1 importance, car elle emaiie de 1 eminent homme d Etat qui a toute notre confiance, et a qui vous avez justement remis dans ces temps difficiles la conduite des affaires du pays.

Que fera-t-on , Messieurs, disait M. Thiers au Corps legislatif de France en 1865, quand on aura consomme la revolution qui se prepare? On fera descendre le Pape du trone pontifical , et alors Pautorite centrale de FEglise universelle sera brisee. On dit, on repete, je le sais, que

le Pape descendu du trone restera independant Selon

moi , quand le Pape sera descendu du trone, il ne sera plus libre. Aucune nation n acceptera 1 autorite romaine devenue dependante , ou settlement supposee 1 etre : 1 unite du gouvernement sera brisee, les debris de cette autorite se transporteront pour I Espagne, a Tolede ; pour la France , a Paris ; pour 1 Autriche , a Prague , a Gratz, peut-etre a Vienne.

Ge serait, en verite, pour les amis de la liberte une singuliere solution de la question romaine que de voir I autorite religieuse transportee a Paris. Quant a moi, j ai eu I honneur de connaitre presque tous les prelats qui ont siege dans notre temps sur le siege archiepiscopal de Paris, presque tous; j ai meme eu I honneur de connaitre celui qui est mort sur les barricades en 1848. Je professe, pour eux tous, pour 1 elevation de leur caractere, pour leurs vertus, pour leurs talents, un grand respect, et cependant je n aurais voulu voir aucun d eux cbef de

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I Eglise catholique en France, et savez-vous pourquoi? parce qu il y a trop pres de Notre-Dame aux Tuileries.

Un wembre a gauche. II n y a plus de Tuileries.

M. LE RAPPORTEUR. Vous le voyez done, Messieurs, le pouvoir temporel est une necessite pour assurer la liberte de la papaute et, eu meme temps, la liberte du catholicisrne; et aussi un gage de paix et de securite pour les Etats de 1 Europe , qui tons renfermeiit dans leur sein des sujets catholiques.

Si le pouvoir temporel est necessaire, il n est pas moms- 16gitime. Le Pape regnait sur les Etats remains au meme titre que les autres souverains sur leurs propres Elats ; il ne commandait pas , il est vrai, a de nombreuses armees, mais il avait pour lui la force du droit : ou en seraient les faibles, si la maxime contraire pouvait jamais prevaloir? (Tres-bien ! tres-bien!) II y a plus, messieurs, ce pouvoir, le Pape ne pouvait pas en consentir 1 abaudon, il 1 avait recu, non pas pour lui, mais au profit de la chretiente, et j en trouve encore la demonstration dans le discours de i homme d Etat que je citais tout a 1 heure.

Le Pape a recu la tiare a quelle condition vous counaissez son serment a quelle condition, dis-je? A la condition de maintenir au profit de la chretiente I nutorite temporelle jointe a I autorite spirituelle. Voila la condition.

II a prete serment de maintenir cet etat de choses en montant sur le trone pontifical.

Eh bien , vous venez demander au Souverain Pontife , qui a des droits au moins egaux a ceux des autres souverains de 1 Europe, car il est le plus ancien d entre eux, vous venez demander au souvenain temporel d abandon-

ner tous ses Etats, et puis vous demandez, en outre, au

souverain spirituel d abandonner la loi , de violer son serment. n

Cependant , Messieurs , ces droits sacre"s ont ete foules aux pieds, la politique astucieuse et fatale du gouvernement dechu a amene pour la papaute une situation into lerable et pour les catholiques de graves apprehensions et de grandes douleurs.

Des traites avaient 6te solennellement consentis , traite de Zurich, convention du 15 septembre; ils portaient la signature de la France , ils ont ete violes , et le gouvernement italien, qui devait tant a la France, profilant des malheurs qui accablaient notre pays , s est empare de cette ville de Rome que les siecles avaient assignee commepatrimoine et comme residence a la papaute. A la verite, nous n etions plus la; 1 Empire, continuant jusqu au bout, la meme politique, avait rappele les quelques mille homines qui formaient I arm6e d occupation. Quel fruit en avonsnous retir6? Vous le savez, messieurs, et ici nous ne pouvons nous empecher de remarquer avec tristesse que dr ce rappel datent nos premieres d&faites. (Sensation.)

Quel est cependant, Messieurs, le souverain que 1 on abandonnait ainsi? G est Pie IX, celui qui a donne a la France tant de preuves de si profonde affection, et qui, alors que nous etions abandonn^s de tous, alors que les autres puissances ne nous manifestaient qu indifference , seul elevait la voix et conjurait le vainqueur d arreter I effusion d un sang precieux. (Applaudissements.)

Et en faveur de qui cet abandon etait-il consenti? En faveur de ce royaume d ltalie qui nous a coute tant d or, de sang et de si cruelles defaites , et de qui nous n avons recu jusqu ici que deloyaut^ et delaissement. (Tres-bien !)

Victor-Emmanuel est done a Rome, le Pape est depouille de ses Etats , il ne lui reste plus rien , la porte de

1 exil est ouverte devant lui. A la verite, le parlement italien et le senat ont vote une loi dite de guaranties, qui concede a Sa Saintete la jouissance des palais du Vatican et de Latran , plus la villa de Castel-Gandolfo, avec une pension. Mais outre que le Pape ne peut accepter ces conditions, vous savez pourquoi, cette pretendue loi de guaranties ne garantit rieri absolument, car les pouvoirs publics qui les ont consenties pourront, quand ils le voudront , au moindre dissentiment qui pourra naitre, et les causes en seront faciles a trouver, la modifier on meme 1 abroger dans toutes ses parties.

Et quant a rinviolabilite de la personne du Souverain Pontife , elle sera sauvegardee par un recours a des tribunaux dont le gouvernement italien reglera la composi tion. Nous croyons en avoir dit assez sur cette loi, qui ne saurait rassurer les consciences, maintenir les libres rap ports du Pape avec la catholicite, ni surtout empecher les cris de mort qui deja retentissent aux portes du Vatican.

A cette heure supreme, la France ne saurait abandonner la papaute. II y a la pour elle une question de devoir, une question d interet superieur, une question d honneur et de dignite nationale. (Tres-bien! tres-bien ! a droite et au centre droit.)

La France est faible, sans doute, en ce moment; et qui de nous pourrait ou voudrait I oublier! Mais elle reste assez forte pour ne pas renier le droit et la justice.

Laissant a d autres 1 exernple des defaillances et de la desertion , la France a en meme temps pour s en defendre ses souvenirs anciens et ses souvenirs recents. Elle a le souvenir de ses quatorze siecles pendant lesquels, bouclier de la papaute, elle a trouve dans cette haute mission 1 element essentiel de sa vitalite et de sa grandeur. Et

dans ses souvenirs les plus rapproches , n a-t-elle pas ceux meme que nous a laisses la republique de 1848, se le vant a la voix de Cavaignac pour la delivrance de Rome et du Pape (Tres-bien !), ceux de ces dignes enfants, vos fi!s peut-etre, qui 1 ont si noblement represented, et qui, derniers defenseurs de la souverainete pontificate, ont *nontre a leur pays comment on salt combattre lorsqu on porte sacree dans son coeur cette devise : Dieu et Patrie ! (Tres-bien! - - Applaudissements a droite.)

La France a d ailleurs un devoir tout particulier de ;reparatiori a 1 egard de Rome. N est-ce pas elle qui par son gouvernement a appele sur la papaute les malheurs et les catastrophes, et ne serait-ce pas ajouter a nos propres infortunes que repondre par des paroles d abandon , .alors que les regards sont tournes vers notre pays?

Mais nous 1 avons dit, il y a, Messieurs, une question <le dignite et d honneur pour la France, nous ne pouvons la resoudre par une abnegation absolue. Entre la lutte armee qui ne nous est pas permise , que personne ne reclame, et une resignation inerte, il doit se presenter une autre solution. (Mouvement.)

Est-ce que de nos malheurs, de notre faiblesse metne ne peuvent pas sortir le droit de la plainte, I accent plus ecouttj de nos protestations, alors qu il sera entcndu de 1 Europe tout entiere, a qui nous ferons appel, pour resctituer a la question romaine le caractere qui lui appartient en realite, a savoir : le caractere d un interet universel auquel aucun gouvernement de 1 Europe ne saurait etre etranger, ni refuser son concours. (Tres-bien !) Il raut quitter ce terrain d isolement ou nous a entraines une politique astucieuse et ou toutes perfidies et trahisons ont pu. s accomplir de la part d un gouvernement qui , on ne ,Je sait que trop aujourd hui, ne se posait en dcfenseur

exclusif et jaloux de la papaute que pour mieux la livrer. (Trcs-bien !)

H faut substituer a cette action isolee 1 action collec tive des puissances; c est le champ ouvert aux efforts de notre diplomatic , c est a elle qu il faut confier la solution des questions qui interessent a un degre si eleve , si intime, Ja France et 1 Europe, Tindependance absolue clu Souveraiu Pontife.

Ce sera notre conclusion, sous 1 empire des circonstances que le pays subit en ce moment ; et sans engager 1 avenir, elle sera acceptee par les eminents petitionnaires qui remettent avec confiance a 1 Assemblee une cause qui leur est si chere ; ce sera, Messieurs, la votre.

La quatrieme commission des petitions vous propose en consequence de renvoyer les petitions de NN. SS. les eveques a M. le ministre des affaires etrangeres. (Tresbien . tres-bien ! Applaudissements sur plusieurs

banes. )

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