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Rapport de M. de Tarteron.
Messieurs , votre cinquieme commission des petitions a dii examiner et vous presenter aujourd hui le rapport d un certain nombre de petitions exactement semblables , quant a leur objet , a celles qui viennent de vous etre soumises, afm que vous puissiez par un seul vote manifester 1 accueil que vous croirez devoir leur faire.
Ces petitions sont au nombre de vingt et une. Huit emanent des archeveques et des eveques des provinces ecclesiastiques suivantes : Tours, Toulouse, Auch, Chambery , Rennes , Sens , Aix , Bourges , Bordeaux , une de I eveque de Versailles. Les autres sont signees presque exclusivement par des lai ques. Elles seront mentionnees par leur numero a la suite du rapport.
Toutes ces petitions se fondent sur les memes motifs et tendent aux memes conclusions. L analyse de 1 une d elles devant les faire connaitre toutes, elles peuvent etre pre sentees par un seul rapport.
Les eveques et les autres petitionnaires signalent avec une profonde douleur la situation du Souverain Pontife et temoignent des vives alarmes qu elle leur inspire, soit pour 1 independance et meme la surete du monarque, soit pour la liberte des membres de la societe catbo- I ique .
Pie IX a cesse d eh^e un souverain et n est plus qu un prisonnier. (Mouvement.) II est reduit a la possession, tout a 1 heure contestee, d un palais et d un jardin, d oii
il n est pas sur qu une active vigilance sache toujours eloigner les manifestations coupables.
Les garanties promises au Pontife supreme sont insuffisantes, mal observees, a coup sur illusoires; ses relations avec les nations chretiennes ne sont plus libres, elles ne peuvent s exercer que sous le controle et avec la tole rance d un pouvoir depourvu de toute autorite legitime en ce qui louche la direction des ames.
Le chef d une religion universelle, independante de toute forme politique, pour laquelle tout ce qui divise les peuples n existe point, ni les frontieres, ni les institu tions, ni la langue, dont les membres peuvent vivre avec la meme liberte dans la republique et dans la monarchic. (Tres-bien!), devient lui-meme le sujet d un gouvernement qui acquiert, par la, 1 intolerable privilege d elendre indirectement sa main sur des citoyens de toutes les nations du monde. (Tres-bien ! tres-bien !)
Aussi les eveques protestent au nom de la liberte de conscience compromise, de ce droit qui louche aux regions les plus intimes de 1 ame, et de la defense duquel c est la preoccupation de notre lemps de se monlrer particulieremenl jaloux.
Us proteslent contre 1 invasion de ce domaine de la conscience, inviolable et sacre, contre la spoliation qui en est la cause et I origine, et ils demandent a 1 Assemblee de s associer a cette proleslalion. Ils le demandent au nom des promesses qui n ont point ete tenues, au nom de la foi des trailed qui n a pas ete respectee , au nom du droit des nations qui est lese , au nom de la liberte de 1 Eglise qui est la liberte religieuse elle-meme dans sa plus haule el plus feconde manifeslation. (Tres-bien !)
Le gage indispensable de cette liberte pour le monde , c est , suivant une parole celebre qui , si elle 6tait contre-
dite ici, y trouverait sans doute un eloquent defenseur, la reunion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel a Rome , afin que ces deux pouvoirs puissent etre separ^s ailleurs. (Vive approbation au centre et a droite.)
Avec la protestation, les petitions out encore un autre objet. Elles supplient 1 Assemblee d inviter le gouvernement a se concerter avec les puissances etrangeres, afin de retablir le Souverain Pontife dans Jes conditions necessaires du Jibre gouvernement de 1 Eglise catbolique.
II n est pas une seule de ces petitions qui sollicite une intervention d un autre genre. Si elles ne dissimulent pas une vive emotion devant les attentats dont la souverainete de Pie IX est 1 objet , si elles expriment une douloureuse anxiete pour 1 avenir de 1 Eglise, pour ses droits et sa liberte , elles temoignent aussi que les difficultes et les complications de la solution desiree ont ete jugees d un ceil aussi ferme que clairvoyant. Les eminents prelats de qui ces petitions emanent , unissent a leur devouement a 1 Eglise un ardent amour pour la France, et, chez eux, nul entrainement, nulle illusion du zele religieux ne trouble lejugement, n egare le patriotisme. (Nouvelles marques d approbation.) Tons apprecient justement que la ques tion de 1 independance du Pontife supreme n est pas une question uniquement francaise , qu elle est universelle ; qu impliquant le droit de toutes les nations chretiennes , elle doit etre resolue par leur universel concours, afin qu elle le soit pour toutes et pour toujours.
Tous manifestent qu a leurs yeux il est un autre droit que celui de la force, et, fideles a la doctrine dont ils sont les ministres , ils mettent plus fermement leur confiance dans la puissance de la verite et de la justice que dans celle du glaive. Par ou Ton peut voir combien ont man que d intelligence ou de loyaute ceux qui ont accuse les
membres de 1 episcopat et les catlioliques de vouloir pousser de nouveau la France dans des hasards et des epreuves qu ils sont les plus ardents a prier Dieu de lui epargner. (Tres-bien ! tres-bien ! Applaudissemeuts au cen tre et a droite.)
Non, ce seraient des nations bien abaissees et des temps bien obscurris, ceux ou Ton en viendrait a douter si le droit peut triompher seulement par sa force intime et le respect qu il impose, dans le secret de leur ame, a ceux-la qui le pretendent nier. (Tres-bien !)
G est du moins le devoir, et c est aussi 1 honneur de ceux qui croient a sa puissance, d oser la proclamer bautement, sans illusion comme sans faiblesse. (Tres-bien! tres-bien ! )
Ge devoir est ici plus rigoureux et a la fois plus facile, si Ton se souvient qu il s agit de Pie IX, de ce souverain toujours ami de la nation francaise, et dont le trone fut cependant ebranle par la politique aveugle et funeste qu irnposait a cette nation un chef, esclave lui-meme d un pouvoir occulte et inflexible (Mouvements divers), de Pie IX, le seul parmi les souverains qui ait eleve la voix pour la France pendant qu elle etait accablee sous les revers.
Lorsque Pie IX, encore a 1 apog^e de sa puissance, s efforcait, a travers des obstacles, des resistances, des perfidies de plus d un genre, d initier son peuple a la Iibert6, une voix illustre lui criait : Courage, Saint-Pere ! courage! (Mouvement marque. Tres-bien!) Ne serait-ce pas 1 bonneur de la France, qu au milieu des malheurs et des tristesses qui 1 accablent, le noble prisonnier du Vatican entendit encore au moins comme un echo de cette voix aujourd hui plus autorisee et plus respectee quejamais, lui re"peter : Courage, Saint-Pere, courage!
316 PIECES JtTSTIFICATIVES.
(Tres-bien ! tres-bien ! - - Vifs applaud issements sur plusieurs banes.)
La commission , en presence de petitions qui soulevent une question aussi grave , vous propose de les renvoyer au ministre des affaires etrangeres, par respect pour la liberte des consciences et la foi des traites. (Tres-bien! tres-bien ! Nouveaux applaudissements sm ; les memes banes !)
PIECES JUST1FICATIVES. 317
Discours de M. Thiers.
M. THIERS, chef du pouvoir execuiif. (Mouvement general d attention. Profond silence.) Messieurs, je suis trop sincere pour ne pas vous exprimer le regret que j eprouve d etre oblige de trailer aujourd hui la grave question qui vient de vous etre soumise de nouveau ; non pas que j aie a desavouer aucune de mes opinions passees; vous allez voir que ce que j ai pense, je le pense encore et le penserai to uj ours (Tres-bien ! tres-bien!); non pas que j aie a renier aucun de mes actes, a cacher aucune de mes intentions. J agis devant mon pays, j agis devant des honnetes gens, je puis tout dire et a mon pays et aux honnetes gens qui m entourent. (Tres-bien!) Cependant, vous etes tous trop expe"rimentes pour ne pas comprendre qu il est de grands interets que, dans certaines circonstances , on sert bien plus par le silence que par la publi cite. (Assentiment a gauche.) Et cependant, messieurs, comme apres tout nous sommes obliges de faire , il faut que nous puissions tout dire ; puisque 1 on m y contraint, je vais dire ce que fait le gouvernement.
Peut-etre , Messieurs , si vous appreciez la necessite , vous ne me demanderez pas davantage; si vous ne 1 appreciez pas, meme avec une parfaite bonne foi, je le reconnais, vous 6prouverez du deplaisir; mais quand vous connaitrez toutes les raisons de mon patriotisme, vous me pardonnerez le deplaisir que vous ressentirez, parce que vous saurez que ce n est pas a moi qu il faut 1 imputer. (Mouvement.)
Oui, Messieurs, je puis declarer que je n ai rien a dissimuler de mes opinions passees , car elles etaient sinceres, et de terribles resultats en ont proclame bien baut, je crois, le modeste bon sens.
J ai souvent fait a mon pays, que j aime, et que j aime assez pour pouvoir quelquefois lui infliger le blame qui sort de ma conviction et de ma conscience; j ai souveni fait a mon pays le reproche d etre sous le joug de 1 opinion du moment. Oui , disons-nous cette veiite : lorsqu en France une opinion s eleve , presque personne ne sait y register. (G est vrai.)
II faut vous le dire aujourd hui, messieurs, car tous les jours nous avons 1 exemple, le funeste exemple de I empire irresistible des idees du moment. G est a cet aveugle empire que nous devons 1 abandon de la politique traditionnelle de la France, abandon puni aujourd bui par de cruels revers. (Mouvement.)
Oui, j ai vu un moment ou cette vieille politique de Fequilibre europeen, qui etait la conclusion de toute notre histoire, I oeuvre de nos plus grands liommes, a ete vouee au plus absurde ridicule. (Tres-bien ! tres-bien !)
On nous disait a pi-opos de cette politique, qui etait 1 oeuvre de Henri IV d abord, le plus profond et le plus attrayant des bommes, qui etait I oeuvre de Richelieu, le grand homme d Etat de la force; de Mazarin, le grand homme d Etat de la patience ; de ces grands hommes qui avaient conduit la France a cette admirable paix de \Vestpbalie, on nous disait que cet equilibre, retabli en 1815 par les coups de la Providence , qui semblait vouloir nous dedommager de nous oter la puissance du territoire en nous donnant celle de 1 influence... (Tres-bien! tresbien!), que ce grand et bel equilibre mettait la France non pas en mesure de dominer le monde, mais de le
contenir, de le moderer par son influence pacifique , mais irresistible.
Sur le continent, elle etait placee entre la Prusse et 1 Autriche; elle pouvait, en se portant vers 1 une ou vers I autre, maintenir la paix du continent.
Dans I ensemble de 1 Europe, elle etait placee entre I Angleterre et la Russie : en se portant vers 1 une ou vers I aulre, elle pouvait arreter des projets ambitieux.
Telle etait la situation, qui etait 1 oeuvre du temps, du genie de nos grands gouvernants, de nos rois, de nos ministres, et que le spectacle de la puissance de la France, vaincue mais toujours redoutable, avait fait renaitre dans le congres de Vienne. (Tres-bien! tres-bien!)
G est cet equilibre que, par un moment de folie , nous avons voue au ridicule et que nous avons tous coritribue a detruire. (Nombreuses marques d assentiment.)
Eh bien, Messieurs, j ai pense alors que changer cet etat de 1 Europe pour ceder a une doctrine puerile et funeste, celle des nationality s, que c etait preparer a la France des jours funestes et a jamais deplorables. (Appro bation sur un grand nombre de banes.)
Je ne lais aucun reproche a 1 Italie de vouloir devenir une puissance une ; je ne lui ai pas conteste le droit de le devenir par sa propre force; mais j ai trouve que, pour la France, c etait une faute insigne de vouloir faire de ces Etats separes une puissance unique. (Assentiment.)
Que les Italians voulussent creer I unite, c etait leur droit et nous n avions pas de reproche a leur en faire; mais employer le sang de nos soldats et nos tresors a de truire en Europe cet equilibre, qui semblait fait pour nous, c etait insense et aveugle tout a la fois. (Vive appro bation et applaudissements sur un grand nombre de banes.)
Je n ai jamais su incliner ma raison ni devant 1 opinion regnante ni devant 1 opinion de mes amis. Les hommes assis sur ces banes (1 orateur designe le cote gauche de 1 Assemblee) et qui, avec moi, combattaient le despotisme imperial, je n ai pas craint de me separer d eux et de leur dire : La politique des nationalites sera un jour la perte de la grandeur francaise ! (Marques d approbation a droite et au centre.)
Je n etais pas d avis de 1 unite italienne, je 1 ai dit recemment a 1 Italie elle-meme, non-seulement parce qu on ne doit pas creer volontairement a cote de soi une grande puissance, mais parce que j etais certain que 1 unite italienne engendrerait 1 unite germanique par 1 exemple et par le secours materiel.
II y avait encore une autre raison, c est que, pour moi, toucher a une question religieuse est la plus grande faute qu un gouvernement puisse commettre. II etait impos sible de creer 1 unite italienne sans renverser le gouverne ment temporel du Saint-Siege. Eh bien, pour moi, affliger quelque nombre que ce soit de consciences religieuses esL une faute qu un gouvernement n a pas le droit de com mettre. (Tres-bien ! tres-bien !)
Le plus haut degre de philosophic n est pas de penser de telle ou telle facon, 1 esprit humain est libre, heureusement; le plus haut degre de philosophic, c est de res pecter la conscience religieuse d autrui, sous quelque forme qu elle se presente, quelque caractere qu elle revete (Bravo ! bravo ! Applaudissements sur un grand nombre de banes.)
Quant a moi, desoler les catholiques, desoler les protestants, est une faute egale : les protestants ne veulenl pas qu une seule communion chretienne puisse dominer les autres : c est leur croyance et c est leur droit.
Les catlioliques croient qu une seule communion dans le ehristianisme doit dominer les autres, pour mainlenir ce grand et nol>le phenomene religieux, I unite. de croyances; ils le croient et ils ont raisori ; c est Jeur droit, et tout jjouvernement qui veut entrcprendre sur la conscience d uue partie quelconque de la nation est un gouvernemenf impie au\ yeux memes de la philosophic. (Tres-bien! tres-bien! Applaudissements.)
J ai dit au gouvernement imperial, sans esprit d opposition, je ne fais d opposition que sous ( impulsion d une conviction prolbnde et ardente comme il est inevitable que je le fasse avec la nature que Dieu rn a donnee. Dans les derniers temps j ai fait de ( opposition, non pas a la dynastie ; on pourrait se vanter aujourd hui de lui en avoir fait; il a cotnmis assez de fautes et assez d erreurs. Eh bien, je lui ai dit, vous le savez tous, et je ne le repete que pour prouver a ceux qui m ecoutent et au pays que mes opinions passees sont presentes a ma memo ire et a ma conscience, ct qu ii cette heure je n en desivoue aucune, pa roe que je les crois justes; et qu aujourd hui, comprenant les interets de mon pays comme je les comprends, je n oublie pas mes opinions passees, je les ai presenter; j ai done dit au gouvernement imperial : Vous detruisez I equilibre europeen : en fjisant I unite italienne, vousfaites naitre Tunile j;ermanique. Vous allez toucher a une grande et redoutable question religieuse; vous allez affliger les consciences, ebranler peut-etre le catholicisme, et de plus vous portez une ntteinte a la vieille politique de la France, qui etait de conseiver soigneusernent la vieille clientele calholique. n
Messieurs, nous voyons tous les jours une grande puis sance, la Russie, faire entrer comme un des principaux moyens de sa politique la protection des Grecs ; vous
savez tout ce que font les Anglais pour la protection clu protestantisme ; depuis que I Autriche n etait plus I empire de Charles-Quint, c etait a nous, messieurs, qu etait echu le role de protecteurs du catholicisme. (Trcs-bien ! tres-bien!) Le gouvernement imperial a abandonne mi des plus grands moyens d influence et des plus efficaces de la politique francaise. (C est vrai!)
Eh bien, messieurs, tout ce que j ai dit alors a du succomber devant 1 idee du moment. L idee du mome))t etait comme une fatale ivresse inontee a la tete du pouvoir ; en descendant des Alpes pour faire celte campagne glorieuse pour nos armes, deplorable pournotre politique, on a dit que la France avait toujours du sang a verser pour une idee. Eh bien, le fruit du sang verse pour cette idee, le voici : 1 Italie est devenue une. Soyons justes, impartiaux, c etait sa destinee a elle, et elle faisait l)ien de la poursuivre, ce n est pas a nous de lui en faire un reproche, je le repete, c est a nous qu il faut le faire. (G est cela! - - Tres-bien!)
L ltalie a conquis I unite, et non-seulement elle a apporte a I Allemagne la puissance de I exemple, elle a fait plus, elle a apporte le secours de son bras a la Prusse, el dans le moment ou la Prusse hesitait a tenter cet acte si hardi d agression contre I Autriche, elle lui a offert de diviser les forces de I Autriche en s unissant a elle, et, apres avoir enfante I unite germanique par son exemple , elle 1 a elevee par son bras; la Prusse a du la victoire de Sadowa an genie de ses goneraux, a la bravoure de ses soldats, et aussi a la diversion qu a faite 1 Italie. (G est vrai! c est vrai!)
II est done vrai que I unite italienne a fait I unite ger manique ; et de plus elle a souleve cette grande et redoutable question religieuse dont il etait si facile de prevoir
I avenement. Oui, cette question s est levee sur [ Europe, et vous pouvez voir ce qu elle produit deja. Je le dis tous les jours aux Italiens , car c est le meilleur moyen de di plomatic a employer aupres d eux, je leur dis : Prenez-y garde, la conscience religieuse est une des plus formidables puissances de ce monde, et c est 1 honneur de 1 humanite que ce ne soient pas seulement les interets materiels qui la meuvent, mais que ce soient aussi des ques tions religieuses, des idees profondement desinteressees. (Bravos et applaudissements.)
Eh bieri, cette immense question s est elevee ; le roi d ltalie est a Rome; il est dans la capitale de la Peninsule, et Pie IX, le chef de cette grande Eglise catholique , est au Vatican; il est entre le Vatican et Saint-Pierre, sejour sublime sans doute; mais le Pontife est la entoure de la douleur des catholiques et du respect du monde entier ; enfin, il est enferme dans cet asile, et tous les catholiques se demandent avec raison , avec un droit incontestable , s il y est libre. (Sensation.)
Eh bien, messieurs, soyons francs; ne nous imposez pas, sous des termes couverts, une tache que notre loyaute ne nous permettrait pas d accepter, que vous n arcepleriez pas vous-memes, une tache qui, pour etre ardemment veligieuse, pourrait courir le danger d etre peu patriotique. (Tres-bien ! tres-bien!)
Voyez notrc situation. J aurais bien airn6, messieurs, a n etre pas trop sincere, quoique, pour ce qui me regarde, ce soit un grand soulagement qu une entiere sincerite; mais voyez bien notre situation. Cette Italic, je 11 -n suis pas Tauleur; je puis avec verile le dire au monde, de tous les hornmes du temps, je suis celui qui aura le rnoins contribue a cette united (G est vrai.) Mais enfin elle existe, elle est faite; il y a une Italie, il y a un
royaume d ltalie qui a pris place panni ies puissances considerables de FEurope. Que voulez-vous que nous fassions? II faut parler net; il ne faut pas nous irnposer une diplomatic qui aboutirait a ce que vous desavoueriez pu- Uiquement, e est-a-dire la guerre. (Mouvement.)
Gette Italie , voye/ le spectacle que donne 1 Europe a son egard : la Russie, cette puissance qui a peu a craindre en ce monde, cette puissance, elle est tlatteuse pour I ltalic depuis que la cour de Rome, par uu entrainement genereux, irreflechi peut-etre, a louche a la question polonaise ; la Russie , essentiellement conservative , a delaisse Rome; elle est parfaitement courloise avec I ltalie: 1 Angleterre Fa toujours ete; elle n a pas etc fachee ce n est pas un reproche que je lui adresse, elle n a pas ete fachee de voir s elever dans la Mediterranee une marine qui pourrait par des raisons de voisiuage etre non pas la rivale, inais I ennemje de la notre.
L Autriche, certes, I Autriche est une puissance eminemment catholique, mais elle a reflechi a s: situation, et riiomme d Etat sage et habile qui la gouverne s est dit que, quoique la grandeur ilalienne se soit faite des depouilles de 1 Autriclie, la sagesse etait de se rapprocher d elle; le cabinet de Vienne a compris que Ies province* italiennes n avaient jamais etc pour I empire d Autriche qu un fardeau qui lui coutait plus qu il ne lui rapportait j et avec vine sagesse que, pour rna part, je reconnais et que je proclame hautement, il s est dit : Puisque nousne devous pas ambitionner de retourner en Italie, d y reprendre ce que nous y avons perdu, il faut vivre bien avec I ltalie. Et la Prusse, qui n est pas vaniteuse, mais victorieuse, la Prusse cbercbe a s ouvrir des pass tges dans Ies Alpes pour se rapprocher elle aussi de I ltaiie. L Espag ne a pris un roi de sa main.
Voila done toutes les puissances, protestantes, selnsrnatiques, callioliques meme, cjui vivent dans les rneilleurs terines avec 1 Itnlie, et les motifs de cette bonne harmonic vous les devinez tous , vous devinez eeux de I Autriehe, vous devinez eeux de )a Prusse : il n est que faire d y insisler.
El bien, que nous demanderiez-vous? Mettez-vous a la place d un homme qui pense ce que j ai pense, ce que je pense encore, qui regarde coinrne une faute du gouvernement passe d avoir change et bouleverse la face de 1 Eu rope, d un homme qui regarde coiume uri malheur d affliger les catholiques de France, lesquels, aprcs tout, sont 36 millions sur 37, et representent le grand culle national. Oui, messieurs, mettez-vous a la place de I hoinme qui pense tout ce que je pense sur ce sujet et a qui vous avez donne votre confiance, et interrogez-vous : Ouand loutes les puissances entretienneut de Imns vnpj)orts avec 1 Italie, que voulez-vous que je fasse? J<> m adresse a vous tous, je vous pose cette question : vous catholiques les plus fcrvents, que je respecte profondement, car je suis heureux de trouver dans I etat moral du monde des bommes qui croient sincerement et profondement... (Tres-bien ! tresbien! Applaudissemenls.)
Je m adreste a vous, et vous mettant a ma place dans ces lieux oil je vis de soucis , je vous intrrroge a mon tour: que feriez-vous? Vous me dites de ne pas accepter cette doctrine avilissanle du fait accompli Gomme vous, ma conscience se revoke con t re. cette doctrine du fait accompli; mais lorsque toute I Europe, les yeux sur I avenir, compte avec; une dcs grandes puissances que le uiallieureux aveuglemenl du gouvernemenl declm a creee; lorsfjue tout le monde comple avec elle, vous voulez que, seul, je prepare contre elle des rapports qui pourraient
comprometlre 1 avenir ! Eh Lien, messieurs, non, je ne puis pas en prendre 1 engagement. Gertainement vous ne me demandez pas la guerre, inais vous me conseillez une diplomatic doiit le resultat serait de tenir en defiance, en eveil une puissance qui, dans 1 avenir, peut jouer un role considerable ; oh ! ne le demandez a ma prudence ni a mon patriotisme ! Yous avez autre chose a me demander, et je vous le dirai tout a 1 heure ; mais compatissez, j ose employer ce mot, avec les necessites de ma situation : abstenez-vous de me demander une politique qui ne serait pas consequente , si je voulais la pousser jusqu au bout. (Tres-bien ! tres-bien !)
Oue Ton ne croic pas , comme on le dit imprudeminent en France, mechamment hors de France, que dans tout cela il entre des pensees de guerre prochaine, ou future; non, messieurs, je le dis pour que cela soil enlend u partout. Oui, la politique du gouvernement auquel vous avez accorde votre confiance, qui ne veut la conserver qu autant que ses actes la lui meriteront , pas un jour, pas une heure de plus, la politique de ee gouvernemenl, c esl la paix. (Tres-bien! tres-bien!)
Ah ! sans doute on nous verra, mettant a profit les lecons du malheur, emprunter a nos vaiuqueurs ce qu ils peuvent avoir de bon, - - non pas autant qu on le voudrait dans certaines eeoles, - - mais nous saurons emprunter a nos voisins, partout oil il le faudra, des lecons utiles.
On nous verra - - et je le dis bien haul appliquer tous nos soins a reorganiser 1 armee francaise, et tucher de reunir en elle , a ces qvialites admirables qui n ont pas flechi, I applicalion , 1 etude et la discipline. On nous verra essayer de suppleer ce qui lui manque sous le rapport du materiel; on nous verra, zeles et confiants , accomplir
PIECES JUST1FICATIVES. 327
la tuche de refaire la veritable arrnee fi-aiicai.se. (Trcsbien ! tres-bien !)
C est la notre droit de grande nation qui veut conserver sa grandeur ; ce n est pas la politique astucieuse de ceux qui voudraient, au premier prelexte, recommencer une guerre intempestive. Non ! non ! (Vives et nombreuses marques d approbation.)
Nous ne voulons pas rouvrir le champ des combats, mais nous voulons rendre la France digne du role qu elle a (oujours rempli dans le inonde, qu elle est capable d y remplir; car, si elle a fait des pertes, je le declare en toute sincerite , sans arrogance , sans vanterie , avec la plus serieuse conviction , le fond de la grandeur de la France reste intact. La France a encore tout ce qu il faut pour etre toujours la France ! (Bravos et applaudissemcnts.)
Si nous suivons une politique de prevoyanee , ce n est pas pour cela une politique de guerre. Et quaiid je pense , et quand je vous fais penser avec moi a toutes les cventualites de la politique, ce n est pas que je cberebe h\ de dans des cbances de guerre, ni que je veuille vous y pousser ; c est parce qu il faut que vous vous rnettiez comme nous, comme votre gouvernement , en presence de toutes les eventualites possibles. Eb bien, aujourd bui , entretenir de mauvais rapports avec une puissance voisine qui pourra avoir sur 1 avenir une influence derisive, ce serait une politique malhabile; il ne suffit pas, pour entretenir la grandeur d un pays, de reorganise!- son armee ; il faut avoir une politique senate et qui se procure, partout on die pourrait en avoir besom, des appuis qui ne lui manquent pas.
Voila pour moii devoir de citoyen.
Main tenant, voici nos devoirs envers les catboliques , et
quand je dis envers les catholiques , je dis envers la plus grande parlie, la presque totalite de la nation.
Eh bien, oui, nous avons un appui a donner au chef de ce grand culte, le plus noble que les homines aient professe; oui, il reste des devoirs a remplir envers lui, et nous en avons de plus d un genre. Tous nos respects, nous Jes prodiguons a son siege, a ses malheurs, a ses vertus. II y a quelques jours, Pie IX a presente ce grand phenomena historique du seul Pape dont le pontifical ait depasse en duree celui du premier Pontife.
Toute [ Europe 1 a felicite, et j ai saisi cette occasion pour lui rendre hommage. La France n a pas ete en arriere ; et , en votre noin , je lui ai temoigne nos respects , notre gratitude pour sa bienveillance , pour cette affection dont on parlait tout a 1 heure avec verite ; car, dans le moment oil nous recevions peu de temoignages ce serait ime ingratitude de dire auciin Pie IX a, clans sa detresse, trouve le denier de Saint-Pierre pour secourir nos blesses. (Acclamations et applaudissements a droite.) Dans sa fail)lesse materielle, il a du moins eleve la voix pour demander la paix. Je lui ai exprime, avec un profond respect, les sentiments de la France; mais je n ai pas ecrit la lettre etrange qu on m a pretee. (Marques nombreuses d assenliment.)
Je veux, Messieurs, vous faire connaitre les details de nos relations, pour que vous puissiez juger si le gouvernement s est conduit d une rnaniere conforme a vos senti ments. (Parlez! parlez!)
Non-sen lenient je n ai pas ecrit au Pape une telle lettre, mais je ne me crois pas, meme quand je vous represente dans une question si grave, je ne me crois pas le droit de donner un conseil au Gh.f de 1 Eglise catholique. Aucun souverain en Europe, aucun gouvernement representant
PIECES JUSTIl- IC ATIVES. ;}2)
pour le moment, la souverainete iiationale, no doit clever la voix pour donner un conseil sur un sujet de eet ordrc.
Toutefois, si je me perrnettais, non pas de donner un conseil, inais d exprimer le sentiment de la France, je ilirais : Si ee prisonnier, comme on 1 a qualifie, devenail un exile, oh! je me bornerais a lui declarer a la face du inonde : La France vous sera toujours ouverte ! (Trcshien !)
Mais Dieu me garde de lui insinuer, a quelque degre <jue ce soil, un conseil ! Ge serait manquer de respect, el. je n en manquerai jamais, a colic puissance si venerable. Je lui dirais seulement : Menace/, la paix des times, car nous avons besoin de la paix, de la paix religieuse, comme <le la paix politique.
Ainsi nous adoptons et nous pratiquons tous les jours la politique la plus respectueuse et la plus conciliante : nous avons a nous entendre sur des cboix d une grande importante, et nous mettrons toujours un so in extreme a res pecter toutes les convenances dans nos cboix, a n en fainaucun qui puisse blesser une aulorite qu il faut d autanl plus respecter qu eile est moins beureuse et rnoins puissante aiijourd luii. (Tres-bien ! tres-hien !)
Mais ce n est pas tout, il y aussi, messieurs, a mnintenir I independance reli{jieuse du Chef du eallmlieismc. ; oui, en cela il y a un grand devoir a remplir, un devoir superieur que nous ne n^gligerona point.
Nous somrnes assez heureux pour el re lies avec 1 Kgli.se par un traite, le [)lus sage que les puissances catho iques aient jamais conclu avec le Saint-Siege : je veux parler du Concordat.
Ce tr;iite, il existe, il nous lie : il faut savoir en etre heureux, car tonics les puissances i|iii n ont pas un Iraile semblable out lous les jours avec la cour dc Home des
:j:il) PIECES JUSTI FIGATIVES.
difficult^ presque insolubles ; les notres , au contraire, sont presque resolues d avance par ce traite du Concordat.
Vous le savez, le Concordat a etabli que, lorsqu il y a des prelats a nommer, le souverain territorial , quel qu il soit, depuis le souverain dynastique et liereditaire jusqu au depositaire passager de la souverainete , a le droit de designer les citoyens francais qui joignent aux vertus de 1 honnete homme et aux vertus du pretre les qualites de 1 administrateur religieux. Le gouvernement ne presente pas, il est utile que je le disc hautement aujour- <rimi, le gouvernement ne presente pas, il nomine les eveques et les archeveques. Mais, d apres le traite qui nous oblige, lorsque nous avons fait le choix de ce bon citoyen, de 1 habile administrateur, du bon pretre, 1 Eglise prononce et declare que le candidat que nous avons nomine, que nous avons fait eveque, reunit les qualites d orthodoxie, les vertus chretiennes que 1 Eglise seule peut admettre dans son vaste gouvernement. Les deux autoriles concourent done; de la, Messieurs, il resulte la necessite pour nous, non-seulement la iiecessite, mais le droit de veiller avec une defiance jalouse a 1 independance du chef religieux dont nous acceptons a ce degre le cdncours dans le gouvernement moral de la France.
Le Concordat est I ueuvre du grand lioinme qui a verse sur nous tant de gloire et tant de malheurs ; mais il est aussi i oeuvre morale de liossuet. Je lerepete, ce traite, eu reglant ainsi la nomination des prelats, nous cree le droit et le devoir de veiller avec un soin scrupuleux, avec un soin defiant, a 1 independance du prince religieux avec lequel nous concourons a une oeuvre aussi delicate et aussi difficile.
Aussi , Messieurs , nous n avons cesse de demander que cette independance fut garantie. On nous I a promts ; on
PIECES JUSTIFICAT1VES.
nous le promet tous les jours ; mats ( experience seule peut decider si eette independance est reelle, ou si elle n est qu un mot, et si elle deviendra un fait au<[uel 1 Eu rope catliolique puisse avoir confiavice.
Messieurs, comme dans une oeuvre aussi difficile, aussi delicate, etre seul n est pas la meilleure des positions, nous nous unirons a toutes les nations catholiques pour que cette independance soit defendue non pas seulement par la France, je parle de 1 independaiice religieuse, inais par la catbolieite tout entiere. (Tres-bien !)
Fiez-vous-en done a notre patriotisrne et au respect que nous devons au grand culte national. Nous tacherons de remplir, comme je viens de vous le dire, le double devoir qui nous est impose.
En deux mots, je resume cette courte allocution que je tache d abreger autant que je puis, car a chaque in stant, sans le vouloir, avec la plus parf aite intention, on peut cominettre une faute, j abrge cette allocution et je la resume en deux mots.
Une grande puissance s est elevee en Europe : ce n est pas rna faute, ce n est pas la vol. re elle existe. Mon de voir de Francais, de citoyen , de representant du gouvernement francais, est d entretenir de bons rapports avec die et de ne soulever aucune ([uestion qui pourrait les allerer. Mais nous avons dc grands interets religieux a sauvegarder : ces grands iutci-ols, je <!rois les connaitre, je crois les cornprendre, je les dcfcndrai, cux aussi, dans la mesure des ressources que la situation me fournira. Je ne vous prornets pas de Iraverser licureuseinent , <-omme tous vous le souhaiteriez, loutes les difficult^ de cette situation ; je vous promctsde faire de mon mieux ; je vous promets d apportei 1 dans ces relations ce qu y doit apjxirter un gouvei uement de i.iison; nous n avon.s pas l.i |>re-
tcntion d etre autre chose. Issus de la necessite qui nous domine dans le moment, produit modeste maisdevoue de cette necessite, nous ne pouvons nous vanter que d une chose, c est, je le repete , d etre un gouvernement de raison, etnous taehons de nous conduire sous cette inspira tion , qui, je le crois, est celle que les gouverneinents dans le monde entier devraient toujours prendre pour leur guide etleur directrice. (Bravos et longs applaudissements.)
Letlre de demission clu ministre des affaires etrangercs.
A MONSIEUR J.E CHEF DU POUVOIU EXECUTIF, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE.
Versailles, 23 juillet 1871.
Monsieur le President,
En renvoyant au departemenl des affaires etrangeres la petition des eveques catholiques qui deinandaient la reinteg ration du Saint-Pere dans tous ses droits de souverainete temporelle, ou, tout au moiiis, une protestation <-vi faveurde ees droits, I Assemblee nationale s est associee a une politique absolument contraire a celle que j ai eonstamtnent defendue et que j avais fait accepter.
Des le premier jour, j ai etc simple et sincere avec le Saint-Siege, et je crois par la avoir plus efficacement servi ses interims qu en suivant la voie ou 1 Assembliie s engage.
Lorsque le 6 septembre le ministre d ltalie est venu me demander de denoncer la convention du 15 septembre 1864, il m a rappele que cette convention avail ele constamment altaquee par moi et que je ne pouvais la maintenir.
<( Vous avex raison , lui ai-je repondu, si la France etait maitresse d elle-meme, je n hesiterais point, en prenant toutefois les mesures neressaires a la garantie i) de la liberte personnelle et de 1 independance religieuse du Souverain Pontil e. Mais la France est vaincue, envaliif, je suis trop malheureux pour avoir l<- courage de faire au Saint-Pere cet inutile chagrin el pour contrister
>< en meme temps le coeur de mes cornpatriotes catho- ) liques. Je ne denoncerai pas la convention de septernbre. ;> Je ne puis vous empecher d aller a Rome. Vous y irez sous votre responsabilite.
Les instructions que j ai donnees a M. Lefebvre de Behaine, et qui ont etc executees par lui avec autant de tact que de fidelite, ont ete conforrnes a ce premier acte.
Je 1 ai charge de tenir au cardinal Antonelli , pour etre rapporte au Saint-Pere, le langage suivant :
J ai toujours etc 1 adversaire resolu et convaincu du > pouvoir temporal , comme contraire aux interets de la religion, de 1 Italie, de la France; je ne change pas de sentiment.
Mais j ai 1 honneur de representer la France; je ne > ferai rien sans elle. Son opinion, et non la mienne, i tranchera cette question, que je m appliquerai a reserver. La France, je le crois au moins, est en majority favo- ) rable au pouvoir temporel; mais je crois aussi qu apres ) les lecons du passe, elle ne veut pas, quand il est i abattu, le retablir par la force; dans tous les cas, jene me preterai jamais, ni directement, ni indirectement, a > nne pareille entreprise.
)> Mon devoir, et j essayerai de le rernplir sans faiblesse, > ronsiste a proteger la liberte personnelle et 1 indepenj> dance spirituelle du Pape ; je n ai besoin d aucun effort pour y demeurer fidele.
Le Saint-Pere a bien voulu me faire dire qu il approuvait cette ligne de conduite, et depuisje n en ai pas devie.
Les nornbreuses depeches que j ai adressees a Rome, a Florence, a Vienne , sont la pour 1 attester.
J espere que lorsqu elles seront publiees, elles prouveront ma sollicitude a ne pas laisser s amoindrir entre mes mains les interets et la dignite de la France.
PIECES JUSTIFIGATIVES. 335
Je retardais cette publication par une raison de pru dence facile a romprendre; cependant je tenais tous ces documents a la disposition des commissions et de la Chambre, qui n ont pas cru necessaire de me les demander.
Quant a mes obligations vis-a-vis du Saint-Pere, je m en rapporte a son jugement, j en conserve avec reconnais sance la touchante expression.
Je desire de toute mon ame qu un autre fasse mieux que moi. Je puis dire, sans forfanterie, que nul n y aura mis plus d application , de conscience et de respect.
Je croyais, je crois encore nos bonnes relations avec I ltalie indispensables a 1 oeuvre de protection et de con ciliation ii laquelle je m etais voue; je croyais, je crois encore que la plus vulgaire prudence nous fait une loi de les rendre aussi etroites que possible.
Aussi, quand il s est agi de la petition des eveques, je ne vous ai pas dissimule le chagrin et I apprehension avec lesquels je voyais cette discussion. Elle me paraissait de lous points dangereuse et prematuree. Get avis etait celui du cardinal Antonelli, et certainement le votre.
J ai eu I honneur de vous dire que je n accepterais pa.s le reuvoi de ces petitions a mon departement, ce renvni ne me permettant plus de continuer la direction que jusque-!;i j avais suivie.
Vous en avez juge autrement. Je m incline avec respect devant votre opinion, devant le vote de TAssemblee; mais je ne puis plus rester rninistre des affaires ch-angeres.
Vous le savez mieux que personne : loin d ambitionner, j ai toujours redoute ces hautes fonctions. J aurais ete heureux de Jes resigner au moment oil I Assemblee s est reunie.
Je vous conserverai ime eternellc reconnaissance de la confiance qui vous a fait rnc prier de les conserver.
Je ne le regretterais que si I interet de mon pays avail pu en souffrir; car j ai etc plus que recompense de mes efforts par Fhonneur de partager vos perils et vos travaux. Je pourrai dire, ee que nul, hors les temoins de chaqliejour, ne saurait deviner, tout ce qu il y a eu de votre part de grandeur d ame, de devouernent intatigable,. de desinleressement patriotique dans I acconiplissement de votre oeuvre qui a etc le salut de la France. Vous avoir vu de pres, avoir pu se dormer tout entier a vous dans ces jours inemorables, suffirait a la plus haute ambition. Ce souvenir restera le plus grand de rna vie. Mamtenant je n ai plus d autre desir que de voir le succes complet de votre noble enlreprise, la France, relevee par vous et par TAssemblee, se regenerer cornpletement par la sajjesse et la liber te.
J ai J honneur, Monsieur le President, de deposer entre vos mains le portefeuille des affaires etrangcres, et de vous prier de recevoir 1 assurance des sentiments d affeclueux respect avec lesquels je suis, Monsieur le President,
Votre Ires-humble et tres-obeissant serviteur,
JULES FAVIVF.
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Discours tic M . Jules Favre snr In declaration de querre confre I Antriche dans la seance du Corps Idyislatif du 30 ftvril 1859.
Jo remercie M. le President de 1 inteution bien veil- Ian te ties paroles qu il vieut de prononeer; je sais en effrt a quoi m oblige la yiavite di s eireonslanees presentes; rnais je n entends pour eela rien abdiquer de men independauee. Si je sors de la reserve sileneieuse que je m elais irnposee dans cetle Assembler, c est pour vous dire, pour dire a mon pays el a I llalie, que je n en separe plus, ee que je crois etre la verile sur la phase nouvelle dans laquelle enlre le {jouvernement de la France. Le debal q.ii s ayile iei est utile, il est indispensable, et il doit etre conduit plus avanl. C est le seul moyen qui nous restc d eclairer nos consciences. II ne nous a pas etc donne en efi et de puiser a la source des documents officiels, et les communications que M. le ministie des affaires etran- Ijeres nous a Iransmises, celles meme que >F. le president du Conseil <FElat nous a fail tout a I heure I honneur de
1 J<; crois utile do publior les deux discours qu on va lire, et qui nt ele prononres, le |>ri-mier an moment de la declaration de la j;u>-rre d ltalie, le second aj>ivs la jiaix de Vill.ilrutica. L< textc ne s en houve pas au Moititt-ur, qui ne donnait a ceite eooque qu une analyse des debats du Corps l<{;islaiil. Il a t -t<* tidelement recueilli et revu par moi sur des notes que, dans ce hut, j avais faitc.s aussi detaille s (jue possible. Ces d^ux discours pn -cisi-nt netiem nt 1 attitnde prise par I opjiOiation et prouvcni une fois de plus (pie si I Kmpiie avail suivi nos conseiU, il n aiuait pas plonye la li.iuc. I uis I ahime de m.iux ou il 1 a laissee.
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nous adresser, ne nous ont rien appris de plus que ce que savent les personnes les plus 6trangeres aux affaires publiques. On nous demande des votes, on ne nous consulte pas. Dans Pimpossibilite ou nous sommes de prevoir, d avertir, d empecher, nous n avons plus d autre liberte que d enregistrer une volonte superieure a la notre. Gertes, Messieurs, c est un spectacle nouveau pour la generation a laquelle j ai 1 honneur d appartenir, spectacle plein d enseignements qui, je I espere, lie seront pas perdus, que de voir une grande et puissante nation dependre de la resolution d un seul homme , maitre de la precipiter dans les hasards du jeu terrible qu on appelle la guerre, d embraser 1 Europe entiere , sans que nul dessein, nulle sagesse, nulle prudence, pas meme celle des grands corps de 1 Etat, puisse le moderer. Cc spectacle ne saurait vous choquer, vous, Messieurs, qui etes les approbateurs et les soutiens du systeme qui 1 a rendu possible, et dont vous etes condamnes a epuiser les dernieres consequences. Pour nous, qui le subissons , nous en constatons les resultats, d abord pour degager notre responsabilite, puis pour eclairer le grave debat qui s agite au milieu de nous.
Si nous n avons aucun moyen , aucun droit de diriger ni de dorniner les evenements qui vont s accomplir ; s il ne nous est pas perrnis , la France une fois engagee sans notre participation, de lui refuser les ressources qui doivent la faire paraitre avec bonneuv, avec eclat, sur Ittheatre ou on la convie , nous avons du moins une obli gation imperieuse a remplir, celle de preciser le sens, le but. et la inoralite de I entreprise vers laquelle on 1 entraine.
A cet egard, les organes du gouvernement nous vienneni peu en aide. Lorsque mon honorable ami Emile
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Ollivier les priait, 1 autre jour, cl expliquer leur pensee, de manifester leurs intentions, nous les avons vus se renfermer dans un silence equivoque et qui me parait meme exceder les limites du roleassigne a cette Gharnbre. Quant aux declarations que 31. le president du Gonseil d Etat vient de faire entendre, je ne crains pas de dire que beaucoup de membres de cette assemblee les ont jugees insuffisantes.
On vous a lu cependant un manifeste qui a la pretention de resurner la situation. Je ne lui reproclierai ni ses reserves ni meme ses reticences; je coinprends les necessites politiques qui les imposent : mais je 1 accuse de manquer de franchise, et ce manque de franchise dans les circonstances solennelles ou nous sommes est une faute et un danger.
Nous sommes en effet a la veille d une guerre dont nul ne pent prevoir ni 1 et.endue ni la duree. Tous, taut que nous sommes ici, nous la vouloiis heureuse et courte; mais, pour qu une guerre reussisse, pour qu elle soit conduite avec vigueur, il faut qu elle enflamme les courages, pour qu elle enflamme les courages, il faut qu elle soit comprise, et que son but, sa cause sainte et morale la justifient a tous les yeux.
Nous ne sommes plus, Messieurs, au temps ou les chefs des peuples pouvaient jouer aux batailles pour assouvir leur ambition ou pour satisfaire leurs caprices et leurs rancunes. Les societes modernes , transformers par le travail, sentent trop energiquement les bienfaits de la paix pour les risquer dans les hasards de la guerre, si 1 enjeu ri en est pas un grand interet national a sauver, un principe fecond et civilisateur a faire triomplier. Telle doit etre aussi la preoccupation des homines d Etat le jour ou ils remplissent la mission redoutable qui Jeur
34 PIECES JUSTIF1CATIVES.
perrnct d appeler aux sacrifices hero iques, nux devouemeists sub imes, aux miscres de toute nature, les peupies qui out reinis leurs destinees entre leurs mains.
Ce n esi done pas sans raison que je deiriande que la France, que I ltalie sachent enfiii quelle est la cause de la guerre, quel doit el re son hut, quelle sera sa ponee. Sur toui.es ces questions, Messieurs, nous devons nous interroger nous-inernes, comme ii convienl a des hommes politiques, au moment oil Ton sollicite notre adhesion a des faiis accomplis.
J^> reproche au manifesle qu on nous a fait connaitre, aux explications de M. le president du Consul d Etat, leur manque de franchise, pure que, s il les en faut oroire, le gouvernement a to.ijours voulu la paix et la veut encore, et que c est a la resistance inattendue et pres (ue factieuse de I Autriche aux desscins des chancel leries qu il faut altribucr !a r/sponsabilite du trouhle prof ind qui menace le repos de I Europe.
Je dis que telle ii est pas la politique du cabinet des Tuileries, je dis que de telles affirmations sont fausses e( dangereuses, qu elles peuvent e^prer vos consciences, Jeter I hesitalion parrni nos auxiliaiies, 1 incertitude dans les rangs d. j nos soldats. Quant a in i, j aFfirme hardiment iju< j le cabinet des Tuilerii-b veut la guerre; car Jes condi tions qu il pose a I Autriche sont telles que la guerre en doit noivssairement soriir. A lui done et a lui seul revient la iT.sponsabilile des evenements qui vont s accomplir. (Ueclamations.)
Est-ce de bonne foi qu on le conteste ? Je vous prie, Mc ssii urs, rappelez vos souvenirs, reportez-vous a une anuee en arriere. Qui provoyait ces agitations dont nous sounnes aujourd hui les temoins ? Au lendemain d une paix glorieuse pour la France, le monde ne jouissait-il pas
d une seeurite profonde? Et vous-inemes, loin de rr^urdei a I exterieur, n etie/,-vous pis pieorcupes uniqucmcnl des factions de I interieur, au point de livrer au pouvoir I anne toujouis regrettable des lois exceplionnelles, et vous doutiez-vous qu un grand conflit allait eclater sur I Europe? G est au milieu de ce calme que le cabinet des Tuileries a exprime avec reserve, avec mesure, son interet, sa sollicitude pour les destinees de I ltiiie; il a temoigne le desir devoir s opererdes rei ormes dans divers Elais de la Peninsule, de limi.er la preponderance envahissanle de I Aulricli ; si bieii que par son attitude, ses discours, les publications qu il a au inoins tolerees, il a mis en question la legi.im te de la domination elrangcre dans la Peninsule; parions net, il a sape par leur base les trailes de 1815.
Est-ce (jue ces manifestations, si moderees qu elles fussent, si prudent que Alt le voile dont on les eulourail, pouvaient passer inapen;ues ? Ne pouvaient-elles pis avoir ce double resultat de remuer profondement Tltalie, e( d inquieter le cabinet tie Vienne, de le pousser a exa|;erer la compression et a rend re formidables ses moyens de def.-nse? L Autriche a recu la haute Italic des mains des plenipoteniiaires reunis aux congrc s de Vienne, de Verone et de Laybach Qu en a-t-eiie lait? Oh! je ne veux pas ici laisser aller mon (vrur a des elans tjui sans dotite vous paraitiaieiit deplaces. J en veux comprimer les revoltes et ne laisser parier que ma raison, et ma raison repond que pendant ces quarante annees rAutriehe a domine. le sol, opprmiii ies intel.igen -es , regne par la terreur, la proscription, la confiscation, rimjuisition el la police. El. e a construil des !ortei\ Sses qd elle croit imprenable.el dcrriere lesijudles elle abrite son impopalante; elie a entasse sur ce maiheureux pays les instruments de des-
tvuction et d esclavage; elle a tout subjugue, sauf !es ames, qui echappent a sa tyrannic et qui protestent, par la perseverance de leurs haines, centre la violation des lois eternelles qu elle a foulees aux pieds. La puissance de PAutriche en Italie n est pas mieux fondee qu au premier jour, elie sera brisee au bruit des acclamations enthousiastes des populations qu on lui a livrees et qu elle ne s assimilera jamais, afin de donrier au monde un exemple eclatant de cette grande virile morale, que la violence qui asservit les ames n enfante aucun pouvoir durable, et qu une societe qui aurait la coupable folie de chercher ses garanties dans le despotisme , d y abriter son repos et ses richesses, creuserait sous ses pas un abirne ou tot ou tard elle serait engloutie.
Non-seulement 1 Autriche ne conserve 1 ltalie que par la force et grace a une oppression qui la compromet, la discredite et la ruine , mais elle a vu s elever a cote d elle un rival dont la seule existence est pour elle une menace et un danger. Ge n est pas dans 1 ombre et par ces moyens familiers aux societes secretes, dont un desespoir patriotique est la seule excuse , c est au grand jour qu elle est attaquee, du baut de la tribune, dans la presse et par le fait de la libre expansion de la pensee , par cet epanouissement de la dignite humaine, dont le seul spectacle est mortel au despotisme. L Autricbe !e sait, elle le sent, et elle n a qu un but, c est de se defaire du Piemont par une guerre sourde et intraitable. Mais comment y parvenir? Son jeune rival a pour lui la saintete d une cause juste et nationale , 1 appui moral de tous les coeurs genereux , la conspiration permanente et contagieuse de tout ce qui souff re, de tout ce qui espere, de tout ce qui n est j)as dessecbe au souffle impur de 1 egoisme. Son parti grandit de jour en jour. Le jeune
roi qui s en esL declare le chef et qui a jure de vender son genereux, illustre et malheureux pere, est devenu 1 idole et Forgueil de son peuple; il a rencontre un homme d Etat modeste d abord, mais qui a grandi par cette pensee qu il devait delivrer 1 Italic et que ce serait 1 ceuvre de sa vie, un homme d Etat qui n a pas hesite a s engager courageusement dans cette voie ou le Piemont deploie, aux yeux de I Europe, son drapeau tricolore , sur lequel est ecrit : Independance de t Italic , c est-a-dire expul sion de 1 Autriche au dela des Alpes. Ges vocux, ces aspi rations, le cabinet des Tuileries les accueille ; ce sont ces desseins qu il encourage, ces declarations auxquelles il s associe; il resserre par un traite, par une alliance de famille, les noeuds seoulaires qui attachent la France a la maison de Savoie et qui relient la politique actuelle a la politique traditionnelle de la France.
Et quand le chef d une grande nation, d une nation comme la notre, prend une semblable attitude, on ose dire qu il ne veut pas la guerre, qu il n a pas cherche et provoque la guerre, et si la guerre delate, on peut hesiter sur sa cause, son but et sa portee !
On a parle de congres, je le sais, et je veux croire que d honorables diplomates - - les diploinates sont capables de tout - - out serieusement concu I espoir d un rapprochement par le seul effort des chancelleries. Mais qui ne voit que les questions soulevees sont de celles que la sagesse des m -gorialinns nc pent resoudre et qui ne se Iranchent que par les armes? Qui ne voit que le congres ii est possible qu avec Fadmission du Piemont, que pour FAutriche admettre le Piemont c est reculer, et que si FAulriche recule dans I etat des choses, elle esl. perdue? Le flot montera contre elle et Fengloutira, landis quo les temperaments et les demi-mesures, ne donnant qu une
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satisfaction incomplete <m\ voc-ux de Tltalie, laissant le Piemont coinproinis, ne fc-rriient que rendre plus grands les dangers de la situation presente. Et tel serai t ie resultat d une guerre purement defensive; elle f era it de la France Palliee indireete de 1 Autriehe, elle fort ifi era it la domination etrangere, elle expuserait 1 ltalie a toutes les reactions.
Nous sommesdone en face de eedilernme : abandonner le Piemont et 1 Italie ou les affraneliir, cVst-a-dire arracher la Peninsule a I Autricbe : voila la situation, au vrai, voiia le sens et la portee de la guerre, et s ils sont bieti compris, le succes n en est pas un seul instant douteux.
Mais que valent ici mes paroles? Je ne puis que proclamer des principes, faire eclater 1 evidence des conslatations qui ressortent des fails. Mais je n ai pas le droit d parler au nom du go-ivemement. Que ceux qui le representent ici sVxpliquent done, qu ils sorteut de cette impassibilite silencieusc <{ui n est pas digne de cette Gbathbre et qui peut conipromeltre les h>lerets engages dans la guerre. li fiut qu on sachc pourquoi le sang va couler, quel prineipe nos soldats vont defendre en Italic, quel prineipe i!s vont y faire trioiupher.
Sans doute, si je prete I oreille aux acclamations qui les accueillent, a ces cris passionnes qui les suivent, a ces ov.U ions patriotiques, toute hesitation m esl impossible. Alais puis-je oublier les enseignemenls du passe, puis-je perdre le souvenir de ce terrible episode d une recente Insioire? liyadixans, Messieurs, a pareille lieure, devant une Assembiee, celle-la souveraine, on (iisait aussi : L ltaiie est rnenacee dans sn plus noble, sa plus glorietise y sa plus antitjue cite; 1 Autriche est aux poites de Rome, il fa ut 1 y devancer, pour preserver la \ 7 ille eternelJe de sa souillure. Pour inoi, a qui le basard avail donne uu
PIECES JU STfFICATIVES. :)V~>
role dans oe drame, j hesilais, plein de je ne sais quelles vagues defiances el d indefinissibles pressentirnents. Deux ministres de M. le President de la Republique me donnaient leur parole d honneur que I integrite de la Repu blique rornaine serait respeetee. Vous savez le resle, vous savez ce que le canon franeais faisait peu apns de ces serments. Les soldats de la France renversaient la libeile romaine et retablissaient cegouvernement clerical qui est aujourd hui dihionce par la diplomatic europeenne roinine le fleau des populations qui le subisscnt. Je ne veux dire que ce mot d ailleurs du gouvernemeut roinain, pour lequel riionorable M. Lemercier manifeslait tout a I lieure une si vive sollicitude. Mais si je le voulais, je proirverais sans peine que subordonner [ existence du Saint-Siege a son pouvoir temporal, c est supprimer les buit plus beaux siecles du cliristianisrne, durant lesqu -ls ce pouvoir n manque a la papaule, les siecles qui onl fonde ce que le catholicisme a d inattaquable. Si les evenemenis (jui vont c engager amenaient des changementa imporlants dans les Etats rornains, j y verrais I action d une puis sance sup.irieure et irresistible Pauvres vertnisseaux que nous sommes, nous nous agilons en vain sous cette main invisible : I bomme croit prendre les resolutions les plus sages pour arriver a un but, et c est un but (out contraire qu il alleint. II y a dix ans que Rome etait attaquee et prise de vive force, et ces Iroupes qui violaient la liepublique romnine vont devenir aujourd hui [ avant-garde de 1 armee d affranchisseinen t.
Et ne voyez-vous pas dtija cette noble ferre fremir an pas de nos yuerriers, s agiler en patriotiques elans, ct rcuverser les I rones des lieutenants de I Autni-he? Eli bien ! je le deminde, est-ce que vous aiderez ce mouvement, ou bien le comprimeiez-vous ? Si Tltalie tout entiere se sou-
love, si les vieilles monarchies s ecroulent, les relcverezvous, tournerez-vous vos armes centre vos allies, detruirez-vous les libertes de ceux dont vous pretendez defendre Findependanee? Et si le gouvernement, des cardinaux est brise, versera-t-on le sang des Remains pour le retablir? Repondez, que ferez-vous?
Voila la question que je vous pose etque vous vous obstinez a laisser sansreponse. Avec 1 autorite desfaits,j y reponds, et je dis que la guerre a pour cause I oppression de 1 Italie, parce que 1 oppression de ITtalie porte prejudice a la France; je dis qu elleapour but 1 independance de 1 Italie, et que la France ne peut, sans etre deshonoree, remettre 1 epee au fourreau tant qu il y aura un Allemand au midi des Alpes.
J eusse aime que M. le President du Conseil d Etat declarat hautement ces choses; mais je me contenterai qu il ne les demente pas. Pour croire que telle est la poli tique veritable du gouvernement, il me suffit de son si lence, et alors jesuis avec vous. En ce qui concerne votre politique interieure, iln y a entre vous et nous aucun pacte possible. Tant que la France sera sous le joug de votre systeme, nous serons vos adversaires, vos ennemis irre-
conciliables. Tant que la France demeurera courbee
(Violents mur mures. Tumulte.)
M. LE PRESIDENT. Je rappeile a Monsieur Jules Favre que le gouvernement de 1 Empereur a ete acclame par une majorite assez imposante pour qu il ne soit permis a personne de dire que la France est courbee.
M, JULES FAVRE. Ce n est pas a un membre de 1 Assemblee qui a ete arracbe de son siege par la violence qu il faut faire une pareille reponse. Je dis qu entre vous et nous, sur la politique interieure, il iTy a aucun pacte pos sible. Mais si vous voulez detruire le despotisme autri-
chien, delivrer 1 Italie de ses atteintes, mon coeur, mon sang, tout mon etre sont a vous; me reservant seujement, aprcs la victoire , cle demander au triomphateur covnpte des principes eternels qui auront fait sa force au dehors et qui feront la notre contre lui, au dedans, s il ne rend pas a son peuple la liberte qu il aura restauree chez une nation amie.
:iV8 PIKCF.S JUSTIFICATIVES.
Discmirs lie M. Jules Favre apres la paix de Villafranc a, dans la seance du Corps Idnislalif du 12 avrit I860.
Messieurs ,
Les orateurs quo vous avez en tend us dans Ja seance d liier, ont paru eviter de preeiser les questions que soulev.- le cle-bat porte devant la Chnmbre. II semhle pourtaut que nous ne soyons pas maifres de les eluder; car elles naissenl foreement de la situation faite a la France par une entreprise dans laquelle son lionneur et peut-etre aussi sa Fortune sont engages. Nous manquerions a noire devo r, si nous ne cherchious a indiquer, d apres les I Li mit res de iiotre conscience, les solutions que eoimnandenl I interet et la dignite du pays.
Je sais qu un p:ireil langage peut ressembler a une teinerite, en presence d vme constitution qui nous fait une part si modeste, tindis qu elle en reserve une si vaste a une volonle toute-puissante, d une constitution qui ne sourfre meme pas que nos paroles sortent decette enceinte sans avoir a suhir I humili ition d uri droit de visite et souvent Tinjure d une mutilation.
Neinmoins, I occasiori nous est donnee d exprimer notre pensee; permettez-moi de le faire avec une com plete independance.
Nous avons a rechercher quels ont ete les fruits, quelles doivent etre les consequences de la campigne glorieuse brusqucmentarretee sur les Lords du Mincio par une paix inattendue. Vous ne 1 ave/ pas oubiie : lorsque 1 annee
PIECES JUSTIFICAT1VES.
derniere, a pareille epoque, nous eumes a preciser le hut politiqiie de la guerre, nous n hesitames pas a, afSrmer que ce hut ne pouva t ctre que raffranchisseinent de I l talie. Les organes officiels du gouvernement gardcreut le silence devant vous; mais i! fjt hientot rompu, et la scale voix a l;iquelie il soit donne de se faire entendre dans ce pays, avec I auloiite attadiee a la puissance, vint apprendre au monde que nous ne nous etions pas trompes dans [ appreciation des causes et de la portee du grand eveneinent qui allait ehranler I lLurope. La proclamation du 3 inai 1859 ne laissait aucun doute a ce( qjard; voici comment elle s exprimait : L Autriclie a arnene la chose ii celle extremite qu il ftut qu elle domine ju-qu attx A pes, ou que I ltalie soit lil^re jusqu a I Adrialique; car, dans ce pays, tout coin de terre demeure independant est un danger pour son pouvoir. Et plus loin : Le hut de cette guerre est done de rendre I ltalie a ellememe, et non d^ la faire changer de inaitre, et nous )> aurons a nos frontieres un peuple ami qui nous devra son independance.
Ainsi, refouler 1 Aulriclie derriere les A pes et rendre I ltalie a elle-meme, tel est le programme propose a la France dehout et en armes, prete a prodiguei ses tresors et son sang.
II faut I avouer, ce programme, malgre sa grandeur, etait a ors peu compris et mal accepte. Les partisans de i ltalie claient rares ct peu accredit es ; ropinion commune les jugeait severemcnl; elle accucillait nvcc Irop de f fcilile les accusalions d inconsislnnce et dr legrrete prodiguces a cette nation genereuse et sacrifice, et il semhlait a heaucoup d esprils, qu en sc devouaiil pour elle la Francr al.at accomplir une vuvre chevaleresque el sterile. Jc me hate d ajouter, Messieurs, que les Italiens ont nohlernent
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repondu a leurs detracteurs. Us ont montre, comme on Je rappelait hier, de queUe abnegation le patriotisme est la source ; ils ont su imposer silence aux vieilles rivalites qui les avaient jusqu ici divises, contenir les ambitions individuelles, apaiser les passions, relablir 1 ordre au milieu de 1 effervescence de la victoire populaire, discipliner enfin sous le niveau d un systeme qui n a rien d effrayant pour 1 Europe, des partis qu on avail toujours represented comme prets a s entre-dechirer.
Gette ceuvre d assimilation pacifique, sceau veritable de la regeneration italienne, n est pas seulement une conquele morale qui bonore la France, a Fintervention de laquelle elle est due, elle est encore pour notre grandeur actuelle et future, pour la securite de notre avenir, un resultat immense et fecond, qui assigne a la guerre son caractere veritable, et qui permet de dire qu elle a ete entreprise nori pas seulement pour le ( riomphe d une idee genereuse, mais pour la defense et la consolidation d un grand inleret national.
Ouvrez en effet les annales de 1 histoire, et vous verrez que depuis la chute de 1 empire roinain deux influences rivales n ; ont cesse de se disputer I empire de 1 Europe ; leur lutte a outrance est celle de deux races, de deux principes personnifies, l nn par FAllemagne, 1 autre par la France. L ltalie a ete leur champ de bataille et leur enjeu, comme si Dieu lui reservait ce chatiment pour lui faire expier la servitude sous le poids de laquelle elle avail , huit siecles durant , ecrase le monde Or, au moyen age, la France pouvait avoir interet a imposer a la Peninsule sa domination pour s en faire un boulevard contre le Nord, et c est vers ce but que tendirent les ef forts des representants les plus glorieux de notre monar chic; aujourd hui, si 1 interet est le rneme, les moyens ont
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change; ce qui garantira le mieux la grandeur et la securite de la France , c est 1 independance et Tunite dc 1 Italie. Et si je n avais entendu hier manifester des inquie tudes qui m ont etonne, je n hesiterais pas a qualifier de pusillanime la politique qui s effrayerait de voir dans ce beau pays ressusciter une libre et forte nation. Pour moi, quand je jette les yeux sur la carte de 1 Europe et que j apercois ce vaste triangle dont la Mediterranee est le centre, dont les cotes sont 1 ltalie et 1 Espagne, dont la France est le somrnet, avec leurs clouze cents lieues de rivages commandant a 1 Ocean et a I Adriatique, il me semble que ces trois pays, unis non par un lien de domi nation, mais par une federation intelligente, developparit par leur accord les richesses infinies de leur admirable sol, confondant les tresors de leur genie artistique, industriel, militaire, scientifique et navigateur, sont destines non a courber 1 Europe sous leur joug, mais a faire briller sur elle une ere de civilisation et de prosperite dont nul ne peut soupc^onner 1 eclat. (Vive sensation.) La France, en marchant a la delivrance de 1 Italie, ne poursuivait done point la realisation d une sentimentale utopie, elle accomplissait un acte de sage polilique et demeurait fidelc aux traditions de son passe, a la loi de son avenir. C est la ce qu apercevaient clairement les esprits serieux attentifs a ces grands evenements. Ouant au gros de la nation elie-meme, elle comprenait que le but etaiit indique, 1 honneur faisait une loi de 1 atteindre. Refouler 1 Autriche derriere les Alpes, elablir en Italic une nation independante et libre, telle etait la promesse faite en face du monde. Vous savez, Messieurs, comment ces nobles esperances out ete decues. Grace au courage impetueux de nos legions, a la bravoure des troupes piemontaises, I Autiiche n a pu tenir sur aucun champ de bataille; cul-
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butee par trois grandes victoires et par une serie de brillants combats, elle s est repliee en loule hate derriere ses forteresses ; inais prise a revers par 1 arrnee de debarquement que portait notre floite, a dYoite par les reuforts toseans qui brfilaient de se montrer dignes de leurs glorieux ernules, a gauche par le vaillant monarque du Pied mont, au centre par le gros de nos forces, elle ne pouvait resistor. Sans doute, elle avail h ressource de se faire assiegrr derriere ses murailles; nriis c etait la une periileuse exlremite en face d un enneini enflamme. par le succes, au milieu de populations I remissantes, qui n attendaient que I heure favorable pour se soulever. Avec un dernier effort la guerre etait glorieust-rnent terminee, et la pnrole donnee au uom de la France etait lenue. Je ne crains pas d affinner que nul alors nedoutait du succes; les homines les plus opposes au princip de la guerre comprenaieiit que I Ltonneur de la France etait engage a ce que I entreprise annoncee fut accomplie, qu il etait impossible non de reculer (ce mot n est pas de notre nation), inais de s arreier, et que les soldats de noire armee descendus en Itaiie avec le drapeau liberaieur ne pouvaient pas remeltre 1 epee au tourreau , tant ijue ce dripeau ne ilolterait pas sur loutt s les parties du territolre occupe par I Auli iche. II n en fut rien cependant. De meme qu il avait dependu d une seuie volonte de decreier la guerre, il dependit de celte meme volonte d encbainer la victoire et de laisser inachevee l <Euvrc a iaqtielle elle avait associe la dignite et les inlerots du pays. Je ne dis point cela, Messieurs, pour crihquer ce qui est au-dessus de mon droit, rnaiftje considcre comme un devoir de ne laisser echapper aucune occasion de signaler le sort qui est fait a mon pays, el de lui fiire oompiendre qu il s est mis dans Ja main d un maitre. ( \ r ive agitation.)
II importe d aj outer an point de vue politique, quo cette paix laissait toutes les questions indecises : elle aggravait la situation du Piemont tout en agrandissant son territoire; elle humiliait et irritait I Autricbe; mais loin d aneantir sa puissance dans la Peninsule, elle la consacrait en droit en reconnaissant sa souverainete sur le Milanais qu elle abandonnait, en fait sur la Venetie qu elle conservait avec 1 assentiment de la France viclorieuse. Eile la fortifiait meme en arretant nos soldats aux pieds de ses citadelles intactes, a I ombre desquelles elle pouvait reorganiser son arrnee et choisir son heure pour frapper le Piemont livre sans defense a ses coups. Le cabinet de Turin ne s y est pas trompe, et voici ce qu ecrivait, le 28 septembre 1859, le ministre des affaires etrangeres du Piemont aux agents diplornatiques de cette nation : Dans 1 etat actuel des choses, il n y a personne qui puisse se refuser a reconnaitre que si la puissance de I Autriche en Italic a ete diminuee en extension, elle n a rim perdu en force offensive et envahissante. Elle conserve les grandes forteresses de la Venetie, et, ce qui est plus, PeschieraetMantoue, qui appartiennent, a la Lombardie et qui en forment la defense naturelle; cette province est demantelee et partout exposee a uri coup de inn in.
L ltalie n est ni garantie ni rassuree sur 1 ave-
nir, car il n y a point equilibre eutre les forces nationales organisees et I Autricbe retranchee derriere les boulevards du Mincio et de I Adige. Non-seulement, Mes sieurs, le Piemont demeurait expose a ces perils, mais I ltalie centrale devait, aux termes des conventions de Villafranca, se resigner a reprendre les princes qu elle avail chassis, et qui se presentaient couverts encore de la poussiere du cbamp de bataille ou ils s etaient places sous le drapeau de I Autricbe. Les fers de I ltalie centrale etaienl
done rives de nouveau, et la domination de la maison de Habsbourg solennellement reconnue. Enfin la conception bizarre d une confederation italienne, dont Ie Saint-Pere cut ete le president honoraire , mettait le sceau a cet asservissement , en assurant a I Autricbe une inevitable suprematie.
Je Ie dis hautement, la paix de Villafranca etait le de menti de la proclamation du 3 mai. Aussi 1 Italie n en a pas accepte les combinaisons ; elle n a pas consenti aux restaurations qu on voulait lui imposer. Malgre les sommations de notre diplomatic, malgre les menaces des notes ofFicielles, elle a marche d un pas ferme et resolu vers cette grande ceuvre d unite, pour laquelle notre gouvernement ne lui accordait plus son concours ; eile a place son independance sous la protection de la loyaute militaire de Victor-Emmanuel, et aussi sous la sauvegarde de I honneur francais, et Ton peut aujourd bui considerer cette transformation importante comme un fait accompli. Mais ce n est la, a vrai dire, qu une etape dans la route ou la France s est engagee et qu elle ne peut abandonner sans faiblesse. L ltalie libre des Alpes a 1 Adriatique, voila la promesse; on ne s est pas contente de la faire en commencant la guerre , a la tete d une armee fremissante d ardeur belliqueuse, rnais plus tard apres la victoire. Le 8 juin 1859, on adressait de Milan aux Italiens une pro clamation restee celebre : u La Providence, disait-on, favorise quelquefois les peuples comme les iridividus en leur dormant 1 occasion de grandir tout a coup, mais c est a la condition qu ils sacbent en profiter. Profitez done de la fortune qui s offre a vous : votre desir d independance si longtemps exprime, si souvent decu, se realisera, si vous vous en rnontrez dignes. Unissez-vous done dans un seul but, Taffranchissement de votre pays.
D Organisez-vous militairement Ne soyez aujouvd hui
que soldats, demain vous serez citoyens libres d un grand pays. Les Italiens, Messieurs, ont cru a ces paroles. La noble cite de Venise, si grande par ses souvenirs et par ses malbeurs, illustree par son beroique defense de 1848, a vu apparaitre a 1 horizon le pavilion de nos batiments, deja ses fils saluaient avec enthousiasme 1 arrivee des cohortes libeVatrices. Mais soudain, le pavilion francais s est retire, et la glorieuse captive est retombee plus lourdemerit sous le poids de ses chaines. Pretez 1 oreiIIe a ses gemisseinents, ouvrez vos coeurs au recit de ses miseres, comptez le nombre des illustres fugitifs s eloignant Fame navree de la patrie agonisante, et vous n aurez pas besoin de vous demander si la France peut avec honneur nier sa responsabilite et se retrancher dans I indifference. II y a ici , Messieurs , un dilemme dont on ne peut sortir : Si la guerre de 1850 a ete legitime, elle n a pu 1 etre qu a la condition que la domination de 1 Autriche ne le fut pas ; si la domination de 1 Autricbe en Italic etait legitime, la guerre entreprisepar la France etait impie et contraire au droit des gens; si c est 1 Autriche qui accomplissait en Italic une osuvre de violence, nous devions la cbasser de 1 ltalie : elle y est encore. (Mouvement.) La question ainsi posee, que trouve-t-on? Une situation indecise, et par consequent intolerable, une inquietude qui paralyse toutes cboses. Gette inquietude doit cesser sous peine de compromettre I honneur de la France, car la France ne peut restcr sous le coup de 1 inex^cution de ses promesses. II y a d ailleurs, Messieurs, deux entrainements logiques auxquels on ne peut 6cbapper. Ce qui se passe dans le nord de Tltalie doit, par une consequence necessaire, s accomplir au centre. Ge sont les memes raisons qui prescrivent a la France sa politique vis-a-vis du Saint-Siege.
Je suis d autant plus autorise, Messieurs, a m expliquer avec franchise sur cette question romaine qui a ete soulevee hier, que les faits me paraissent avoir une significa tion plus precise. II suffit de Jes interroger pour reconnaitre notre situation veritable. On a beaucoup parie des variations de la politique du gouvernement franca is vis-a vis du Saint-Siege; je crois, pour mon compte, que ces variations ne sout qu apparentes. Je ne nie pas sans doute que, depuis la paix de Villafranca, le cabinet des Tuileries n ait fait ou paru faire des efforts pour replacer les Romagnes sous le joug patemel de la papaute, eomme disait hier un honorable orateur ; mais tout le monde me coneedera qu il s est assez facilement resign e a 1 insucces de ses negociations, et qu i.1 en a ete mediocrernent surpris. Et ici, je vais droit au fait : j ecarte tous les ambages, tous les subterfuges, les ruses diplomatiques, et j arrive a cette conclusion : Le cabinet des Tuileries a prononce la condamnation du pouvoir temporel tie la papaute. Pour le prouver, il n est pas meme indispensable de remonter au souvenir de 1831 et de parler du sang d un Bonaparte verse par les mains pontificates. J aime mieux m en tenir aux faits generaux dont la portee ne peut echapper a personne. A la grande surprise du monde entier, il a paru a la fin de 1 annee 1859 une brochure, dont je ne recherche pas i auteur mais qui a librement circule, et dont le gou vernement a pu laisser dire qu il en etait responsable. C est done la qu il faut chercher sa pensee. Or, cette pensee n est pas douteuse, et j admirais hier la confiance chevaleresque de ceux qui affirment encore que le gou vernement veut le maintien du pouvoir temporel de la papaute. Les dernieres lignes de cette brochure auraient du cependant ebranler leur confiance; ce passage par exemple : A quoi servirait de se faire illusion ? Par un
concours de circonstances diverses, par un enchainement de causes qui remontent bien loin, le pouvoir temporel y du Pape est serieusement menace dans les conditions ou
il s exerce aujourd hui Le Saint-Siege est pose sur
un volcan, et le Pontife , qui est charge par Dieu d entretenir la paix dans le monde, est lui-memesanscesse menace n d une revolution. Lui, le representant auguste de la plus haute autorite morale de la terre, ne se maintient que ) sous la protection des armees etrangeres. Ces occupa- " tions militaires ne le protegent qu eri le comprornettant; elles excitent centre lui toutes les susceptibilites du sentiment national, elles temoignent qu il ne peut se Conner a 1 amour et au respect de son peuple. La politique du gouvernement est ici assez clairement exprimee pour que je n aie rien a y ajouter.
M. LEMEUCIER. Je demande la parole.
M. JULES FAVRE. Je sais, Messieurs, que cette attitude a provoque de violentes coleres et qu on a essaye de soulever centre elle dans le pays une agitation qui ne me parait pas serieuse. J avais pourtarit, je 1 avoue, 1 esperance de retrouver liier dans le discours prononce par I honorable M. Lemercier quelques traces de crlle <MIIOtion. Mais cet honorable inembre a garde vis-ii-vis du gouvernement une reserve qui a etc jusqu a rindulgt-nce, bien que rigoureusemenl on ne lui en doive pas. L honorableM. Lemercier etait peut-etre plus que personne degag6 de ces egards par la situation particuliere ({tie I ad- Tninistration lui a recemment faite. Je n ai pas sans douto a mefairejuge des impressions de I honorable membre; inais il me sernble <jue, dans ces circonstances, la dignih: du Corps legislatif a ete blessee; c est du moins ainsi que je 1 ai compris, et jYri ai pris ma part. (Rires.) J ai dit ([lie les tentatives d agitation etaient peu serieuses; le gou-
vernement s eii est pen emu, et il a bien fait; mais hi pensee qui dirigeait cette agitation a penetre hier dans I enceinte du Corps legislatif a travers les arguments qui se sont produits. On a entendu, dans une Assemblee francaise, celebrer le pouvoir temporel comrne le modele des gouveraements , et dire que ceux qui portaient la main sur le Saint-Siege etaient perdus dans le monde temporel. Je renverrai les auteurs de eette argumentation a 1 Allemagne et a FAngleterre, dont la puissance a resiste apparemment a une semblable lutte. Je voudrais non pas pour la punition, mais pour Fenseignement de mes contradicleurs, qu ils fussent condamnes a vivre seulement une annee sous le regime dontils se declarent les admirateurs. La principale raison qui, a mes yeux, fait du gouvernernent temporel de la papaute le plus detestable des gouvernements, c est precisement que cette combinaison confond dans les memes mains la puissance temporelle et la puissance spirituelle, elle ti^ansporte 1 infaillibilitereligieuse dans 1 ordre civil, elle ne vit que par 1 absence de toute garantie pour les gouvernes, elle fait du Prince non le representaut de ses peuples, mais le representant de Dieu, et transforme toute attaque contre son autorite en sacrilege. La brochure proclame les resultats d un tel systeme, quand elle montre le pouvoir temporel repousse par le peuple remain, et soutemi seulement par les forces etrangeres.
Gonsidere dans son origine, il me serait facile de le demontrer avee 1 bistoire, le pouvoir temporel est un fait analogue a une foule d autres du meme genre que 1 etablissement de la feodalite explique. Completement etranger au dogme, il ne merite en rien les respects dont 1 entourent ccux (|ui af fee tent de le ci oire necessaire a 1 exercice de Fautorite spiritueile. Etabli vers le douxieme siecle, il
PIECES JUSTIFICAT1VES. 35 j
a reinpli I histoire tour a tour de 1 eclat de ses services du bruit de ses intrigues et du scandale de ses crimes. Toujours trop faible pour se defendre !ui-meme, constamrnent reduit a s appuyer sur 1 etranger, il est aussi devenu une cause permanente de divisions, de troubles et d<guerres en Italie. Yoila la demonstration qu on trouve eerite a cliaque page de I histoire ; on y trouve aussi un enseignement precieux a rappeler dans cette discussion, a savoir que le pouvoir temporel de la papaute, reclame comme une garantie de son independance spirituelle, a ete au contraire pour elle une cause de long asservisseinent. Au surplus, a quoi bon parler du passe"? Le spec tacle que nous avons sous !es yeiix n e suffit-il pas? N estil pas avere que I autovile (emporelle du Saint-Siege ne subsiste qu a la condilion d etre soutenue tantot par 1 Autriehe et tantot par la France, et ceux qui 1 exercent ont si bien conscience de leur impopularite, qu abandonnes a eux-memes, ils n attendraient meme pas un soulevement et se haleraient de se faire justice par la fuite, aussitot que 1 occupation etrangere cesserait de prot(ger leur lyrannie. Pourquoi done parler sans cessc de cclte independance ternporelle, cjui n est. plus qu une fiction ? Et s il rn etait permis de developper ma pensee, je prouverais sans peine que 1 Eglise elle-merne, degagee des soucis et des perils dc sa puissance temporelle, n en scrail que plus grande aux yeux des peuples, et son aulorite dans le mondc s accioitrait en s epuranl. Mais ces bautes questions ne sont. pas de notre competence. Le domaine oujedois nreuf ermer est celui de la politi(jue, H la se pressenf (rinflexibles conse(^uen<-es. Eb bicn , s il es( vrai (jue 1 unite italicnne soil pour la Fi-ance une qiK-siioii (rinh-rol el. d lionneur; si en meme Icinus !,- jiouvoir leinporel est un obstacle per manent a cette unite, cc pouvoir doit disparaihr. Je ne
dis pas qu il faille y employer la force tie nos armes, inais au moins il ne faut pas les faire concourir a son maintien. II esfc temps de mettre un terme a ce double jeu qui se joue sur les bords du P6 et sur ceux du Tibre. Emancipateurs aunord,nous ne pouvons asservirau inidi; et si 1 on objecte que nos soldats protegent le Saint-Pere a Rome, je reponds que la protection sans 1 obeissanee n est qu une derision ou une oppression deguisee ; si nous sommes les defenseurs de I autorite temporeHe. niarcbons sur Cologne revoltee, envabissons les Romagnes, retablissons le pouvoir du Pape sur des mines, etouffons la liberte dans le sang itaiien, c est le complement de 1 expedition de Rome. Mais si nous reconnaissons le droit du peuple de Bologne, par cela meme nous proclainons celui des Remains, et la pre sence de nos troupes qui le complement n est plus qu une insulte a notre politique.
Messieurs, c est avec une douleur veritable que j ai entendu, dans cette enceinte, glorifier 1 acte d un general francais qui vient de meltrc son epee au service du pou voir pontifical. Je ne crains pas de dire que cette opinion Irouvera peu d eebo au dehors, et le plus grand nornbre des anciens amis de cet officier s affligeront autant qu ils ont ete surpris de son etrange resolution (Delegations sur certains banes); inais ce qui mettra le comble a 1 etonnement general, et ce qui m a cause une profonde surprise, c est le signe affirmatif par lequel M. le president du Gonseil d Etat faisait oonnaitre bier qu une autorisation, apparernment demandee (signe affirmatif de M. Baroche) avait ete accueillie favorablement par le gouvernement francais, et qu il etait permis a eel, officier de servir dans 1 armee poiitificale sans perdre sa nationalite. (Nouveau signe affirmatif de M. Barocbe.) Ainsi le fait est officiel, inais il y a des consequences morales
plus fortes que tous les aetes administratifs. Ou la mis sion de cet officier est derisoire , ou elle 1 oblige a prendre le commandement de cette armee de mercenaires suisses, allemands ou creates qui vendent, leur sang a la papaute, a marcher a leur tete a la eonquete des Romagnes et a cueillir dans les murs fumants de Bologne les sanglants lauriers du colonel Schmidt. Mais ce jour-la il aura en face les allies de la France, et peut-etre derriere les lignes piemontaises trouvera-t-il ces vaillant.es legions qu il a lui-meme souvent conduites a la vicloire: et alors il en sera reduit a cette alternative, ou de resigner son commandement, ou de tirer 1 epee centre sa patrie. Quant a moi, je demande au gouvernernent de fa ire cesser enfin tant d equivoques indignes d une nation comme la France, de mettre un terme a ces malentendus qui sont la conse quence forcee d une politique de dementis et de voileface inacceptables pour le pays.
M. LE PRESIDENT. La Chambre me rendra cette justice de reconnaitre que j ai laisse M. Jules Favre exposer son opinion en toute liberte ; mais je ne puis permettre de prononcer des paroles qui s ecartent des convenances et qui manquent au respect du au Souverain. Vous faites reproche a TEmpereur d un acte qui I honore; ce sera un de ses plus beaux titres devant 1 histoire de s etre montrt; inodere dans la vicloire et de n avoirjamais perdu de vue les interels de la France.
M. JULES FAVRE. Je respecle ( appreciation que vient de faire M. le President el. qui cst assurement dans son droit; mais je crois elre dans le mien lorsque je caracterise la polilique (jui gouverne les interets du pays, lors que je rappelle les prornesses faites et inexecutees, lorsque je demande qu on dissipe les nuages qui obscurcissent la situation. Je pose ces questions au norn du pays qui souf-
fre ; car un etat aussi inal defini que celui dans lequel se trouve aujourd hui la question italienne est pour le pays une veritable souffrance.
J adjure done les organes du Gouvernement d expliquer clairement la politique qu a suivie et qu entend suivre le gouvernement en Italic. Je me demande cependant si M. le president du Conseil d Etat, auquel seul je puis adresser ces questions, est en mesure d y repondre. Quelque haute que soit sa position dans 1 Etat , quelques legitimes droits que lui donne a la confiance du gouverne ment son inalterable fidelite, encore ne peut-il etre ici que 1 echo de cette volonte solitaire qui plane au-dessus de la nation et qui courbe toutes les existences sous 1 inflexibilite du meme niveau. (Une voix : Personne n est courbe.)
Dans les pays libres, les ministres peuvent eclairer les representants de la nation par [ expression spontanee de leurs sentiments, leur responsabilite garantit la sincerite de leurs declarations. Ici on ne peut nous transmettre que des revelations. Ge qu un tel etat de choses { ait naitre de pensees douloureuses dans le coeur des hommes qui ont connu et pratique^ la liberte, je n ai pas besoin de le dire a vous, mes collegues, qui ne demeurez pas etrangers a ces preoccupations. Vous me pardonnerez done d avoir laisse deborder mon coeur. Au surplus, je souhaite que ces amertumes soient contagieuses, qu elles penetrent de plus en plus les ames, et que I on apprenne de plus en plus qu une nation qui renonce a 1 exercice de ses dibits s expose a tous les perils et a toutes les aventures.
N 7. 29 aout 1870.
Circulaire du minis tre des affaires etranqeres cf Italic aux ayents diploftiatiques.
Monsieur ,
Les evenements actuels ont avec la question romaine des rapports sur lesquels plusieurs gouvernements ont cherche a connaitre nos vues. Us reconnaissent les difficult.es inherentes a la situation anormale de la papaute; ils prevoient les eventualites qui peuvent s ensuivre, et ils doirent connaitre les idees adoptees a ce sujet dans le pays qui est appeie a regler avec le monde catholique les (onditions de la transformation du pouvoir pontifical, consequence inevitable du progres des temps et des cliangements pratiques accomplis dans la Peninsule.
Le gouvernement du Roi n a aiicune difficulte de s expliquer sans reticence a cet, egard. Nous le taisons d autant plus volontiers que la question rornaine, personnc ii en est plus convaincu (jue nous , n est pas de cellos que Ton peut supprimer en les entourant d un silence factice; le respect meme professe par tons les gouvernemenls ! par tous les esprils vraiment religieux et liheraux pour les grands interi-ls (jiii y sont en{;;ij;( ;s, doil t aire sentir a chacun qu il csl du devoir commun de lie pas en abandormer le sort a une aveugle fatalite.
L ltalie n a jamais ccss< ; dc maintcnir la (jiiestion roinaiue dans la sphere qui lui nppartient , au-dessus de toul autre interet plus particulier et plus variable. Kile s est
toujours montree disposee a y reconnaitre deux elements qu il faut concilier, sans sacrifier 1 un a 1 autre : d une part, les aspirations nationales de 1 Italie, le droit du peuple remain de regler les conditions de son gouvernement; de 1 autre, la necessite d assurer Findependance, la liber te , 1 autorite religieuse du Pontife. Notre but con stant, depuis que la question roinaine est posee, a ete de rassurer le monde catbolique sur les garanties de security et de dignite que 1 Italie , plus que tout autre Etat, est en mesure d assurer au Saint-Siege. Aujourd hui, comme Joujours, F Italic cherche a sauvegarder la question ro inaine vis-a-vis des passions des partis politiques et a lui donner une solution qui tranquillise les consciences , en donnant satisfaction aux voeux legitimes du pays, et ecarte le danger toujours renaissant de violences auxquelles 1 etat actuel du territoire pontifical semble inviter, tour a tour, chacuii des partis extremes.
Si le cote religieux de la question, qui devrait etre le seul important, est desormais resolu dans la conscience des catholiques les plus eclaires, les plus graves difficultes sont encore malheureusement soulevees par des interets d un autre ordre qui s y sont artificiellement meles , et auxquels se trouve ainsi subordonne ce qu il y a d essentiel dans les affaires de Rome.
La convention du 15 septembre 1864 a eu precisement pour objet d ecarter le principal de ces obstacles de fait <jui ne proviennent pas du fond meme de la question romaine : je veux parler de 1 intervention de la force etran- {jere. Get acte visait a realiser une situation degagee de toute complication exterieure et dans laquelle les interets du Saint-Siege et ceux des Romains et de 1 Italie se trouveraient place s en face les uns des autres , en sorte qu une conciliation entre eux put s effectuer. En acceptant les
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obligations de la convention, 1 Italie restait fidele au de voir de lie pas abandonner cette question d ordre morrl et religieux aux surprises de la violence ; quelle que fut du reste la marche des evenements , une application reguliere de la convention devait garantir que ni 1 einploi de la force, ni les accidents politiques du dehors, ne reviendraient troubler le cours paisible et normal d une trans formation inevitable de la situation respective des Romains etdu Saint-Siege.
Les accords du 15 septembre 1804 ii etaient done pas la solution de la question romaine. Us posaient seulement cette question dans des conditions telles qu elle piit aboutir sans secousse a son denoumeiil.
Par une consequence de la situation troublee qui existe en Europe depuis 1866, la convention n a pas suffi a ecarter les causes exterieures qui empcchent la solution naturelle de la question romaine.
Encourage par les incertitudes de 1 avenir et par le retour de Pintervention etrangere, et obeissant a des ten dances qui, du reste , sont les consequences inevitables de son systcme , le Gouvernement pontifical continua a appliquer a ses sujets ces memes principes de gouvernement dont la simple enunciation a souleve les protestations.de tous les Etats catholiques. Dans ses rapports aver 1 Italie , la cour de Rome a cru devoir se refuser meme aux tem peraments les plus transitoires et de simple administra tion. Kile a pris ( attitude d un gouvernement ennerni etabliau centre de la Peninsule , clierchant dans les com plications earopeennes la possibilite d amener de nouvelles interventions mililaires, onrdlant des forces etrangeres, et leur donnant, contrairement a 1 esprit de la convention, non pas la simple mission de la conservation de 1 ordre interieur, mais le caractere d une armee de la r6action,
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d un noyau pour une pretendue croisade. Les provinces romaines sont ainsi devenues pour nous le centre d action du parti qui specule sur des interventions pour restaurer un autre etat de choses dans la Peninsule , et en meme temps un terrain tout prepare pour servir a une propagande anarchique centre 1 ltaiie.
Les consequences d une pareille situation , en presence tie la guerre actuellement engager et des complications qui pourraient encore s ensuivre, sont graves pour nous.
II n est de 1 interet d aucune puissance que 1 Italie , Etat eatholique , et neutre dans le conflit actuel , demeure exposee a ce que sa tranquillite et ses rapports exterieurs puissent dependre du parti que tireront des affaires ro maines les manoeuvres de la reaction ou de la revolution. Le sentiment national froisse , notre politique conciliante en Europe en butte aux soupcons, notre action au dehors paralysee ou sollicitee par des pressions factices, 1 ordre dans la Peninsule rendu precaire, tels sont les effets d une situation pareille.
G est la force des choses qui , a cliaque phase nouvelle des affaires de 1 Europe , fait sentir plus imperieusement la necessity de resoudre la question romaine. Nous croyons que c est faire acte de prevoyanee et de sagesse que d ecarter les considerations transitoires qui ont fait suspendre jusqu ici une solution, et, d aborder pratiquement, dans ses conditions essentielles , un problcme qui touche aux destinees d un peuple et a la grandeur du catholicisme.
A ce point de vue, il sera plus facile de determiner les bases d un accord , et de realiser cette adhesion mo rale des gouvernements catholiques ou 1 Italie a toujours vu le gage le plus efficace d une bonne solution.
Nous n apportons aucune vue arbitrage dans le choix
des moyens d assurer a la papaute une situation independante, sure et digne. Depuis dix ans, dans le cours de negotiations souvent reprises et toujours interrompues par les evenements politiques, les bases possibles d une solution definitive de la question romaine ont ete eonfidentiellement reconnues, en priricipe, et subordonnees seulement a des considerations d opportunite et de eonvenance politique , par la France aussi bien que par d autres puissances.
Lorsque cette solution sera realisee, les heureux cffels s en etendront bien au dela de nos frontieres ; car ce n est pas seulement en Italic que 1 antagonisme entre le senti ment religieux et 1 esprit de civilisation et de liberte trouble les consciences et jette le desordre moral parmi les popu lations.
Agreez, ecc.
Finn. VJSCONTI-VENOSTA.
7 scptembre 1870.
Cir culture du me me.
Monsieur,
Le gouvernement du Roi n a eu que trop d occasions Je signaler, dans ces dernieres annees, les dangers de I antagonisme qui existe entre le gouvernement pontifical et 1 Italie. Ces dangers, qui ont te reconnus souvent par Jes puissances , n avaient cependant pas alors le caractere de gravite decisive qu ils prennent aujourd hui , et dont je vous ai prevenu par ma circulaire du 29 aout dernier.
S il est une maxime reconnue par toutes les autorites en droit positif , c est que chaque gouvernement a le droit et le devoir de pourvoir a sa propre secimte, et de s opposer a ce qui peut constituer pour lui un peril et un empechement a la protection qu il doit aux interets essentiels de ses nationaux. Aussi, la convention de septembre a-t-elle laisse au gouvernement du Roi sa liberte d action pour les cas , prevus ou noil , dans lesquels 1 etat de choses existant sur le terriloire pontifical constituerait un danger ou une menace centre la tranquillite ou la surete de 1 Italie.
Or, si en septembre 1864, lorsque rien n autorisait a prevoir que 1 epreuve de la conciliation des interets des Remains avec ceux du Saint-Siege ne s accomplirait pas en pleine paix , une reserve de ce genre a etc jugee contonne a la justice , il semble superflu de remarquer combien 1 application en est legitime en ce moment.
L ltalie , en effet, obligee, comme les pays voisins des
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deux nations belligerantes , de ne rien negliger pour sauvegarder sa securite, en est empechee par 1 etat de clioses que maintient dans vine enclave de la Peninsule un gouvernement theocratique en bostilite deelaree centre le royaume, ne pouvant, de son propre aveu , subsister que par des interventions etrangeres, et dont le territoire offre une base d operatkm a tous les elements de desordre.
Aujourd bui que la guerre entre la France et 1 Allemagne a pris un caraetere extreme , et jette une grande incertitude dans les relations internationales , il ne s agit plus settlement pour nous , dans la question romaine , d une revendication l^gitime de nos droits et de nos interets , mais de la neeessite de remplir les devoirs imperieux qui sont la raison d etre des gouvernemenls.
Sa Majeste le Roi , gardien et dcpositaire de I lntegrite et de 1 inviolabilite du sol national , interesse comme souverain d une nalion catbolique a n abandonner a aucun accident le sort du cbef de 1 Egiise , prend , comme il le doit , avec confiance, eii face de 1 Europe et de la eatholieite , la responsabilite du maintien de Fordre dans la Pe ninsule et de la sauvegarde du Saint-Siege. Le Gouvernejnent de Sa Majeste se reserve de ne pas attendre, pour prendre des resolutions en conse<juence, que i agitation signalee sur le territoire pontifical , suite naturelle des eveements du deliors , ahoutisse a des effusions de sang entre les Remains et les forces etrangeres. Ce serait sacrifier nos devoirs a un trop facile allegement de rosponsahilile, que de laisser s exposer aux ristjues de deplorables eonttits le Saint-Pere, in6branlalle <lans sa resistance, les Romainsqui nous declarent s appreter a revendiquer leu is tlroits, la surete , enfin, des personnes et des proprietes
dans ces provinces. Nous occuperons done, quand nos
informations nous le feront juger opportun , les points necessaires pour la seeurite commune , en laissant aux po pulations le soin de leuv propre administration.
Le gouvernement du Roi , en maintenant expressement en principe le droit national , se renfermera toutefois dans les limites d une action conservatrice et tutelaire a 1 egard du droit qu ont les -Remains de disposer de leurs destinees , et des interets qui reposent pour chaque Etat ay ant des sujets catholiques , sur les garanties d independance souveraine qui doivent etre assurees a la papavite. Quant a re dernier objet , .1 Italic , je le repete , est prete a prendrc de.s arrangements avec les puissances sur les conditions a determiner d un commun accord* pour assurer 1 independance spirituelle du Pontife.
Agreez , ccc.
Finn. VISCONTI-VENOSTA.
8 septeinbre 1870.
Depeche du minisire du roi d halie a Munich.
Signer ministro ,
Esco in questo momenta dal conte tli Cray. Egli mi disse riconoscere la connessione die hanno i gravi avveniinenti politic! eompiutisi in Francia colla soluzione della questione romana e col dovere die lia il governo del Re di impedire i disordini die possono accadere nella Peni- -sola ; che fa voti perche il principio monarchico possa essere da noi mantenuto intatto, rnppresentantlo quesiu una questione d ordine sociale die pur troppo minaccia molti paesi. II ministro degli affari esteri mi disse che le J.asi die proporrebbe I ltalia alia Santa Sede, onde addiveniread una soluzione definitiva della questione romana, gli sembrerebbero tali da dover cssere accettate a Roma , e die per parte sua , nell interesse della reiigione come del Papato-, ravvisa cbe il Pontefice dovrebbe eliminare dall animo suo 1 abituale resistenza del non possumus; che egli fa voti, tanto nell interesse del Papa, quanto ddl Italia , perche una conciliaziorie abbia luogo.
Ove pero un lal voto non pok-ssc (lisgrazialaincnte realizzarsi, e che il governo italiano , innanzi IVspt-rirn/a acquisita colla corte di Roma , la quale iiu-lina forse meglio a sottoporsi ai fatti compiuti , reputasse opportune di passar oltre, il conte di Bray , rinnovandomi la dichiarazione chelaBaviera rion s iiniiiisduera rielle nostre faccende , voile pero fare per quel easo le sue riserve. Gli atti ostili ,
soggiunse egli , che si compirebbero contro un sovrano col quale viviarno in buoni rapporti , c impongono una risei-va che mi costringe a non esprimere alcun concetto re lative ad essi.
lo sono pertanto d avviso che , ove colla sua attitudine la corte pontificia persistesse ad osteggiare il compimento del programma nazionale, noi troveremo nuovi titoli alia simpatia dell Europa se potremo far conoscere di nulla aver lasciato d intentato da parte nostra, anche in questo supremo momento , per arrivare ad un accordo ragione-
vole.
Mi chiese nuovamente il conte Bray se e esatto che le truppe italiane passarono la frontiera. Risposi che non. avera avuto alcuna comunicazione officiale in proposito.
Gradisca , ecc.
Firm. MIGLIORATI.
6 septernbre 1870.
Depecke du ministre du roi d ltalie a. Berne. Signer ministro ,
In cornpimento del telegramma , mediante il quale io ho risposto oggi a quello con cui ieri sera 1 E. V. mi informava delia risoluzione die il regio governo ha stimato di dover prendere per ridurre in atto i decreti del parlamento che fanno di Roma la capitate del regno, debho aggiungere quanto segue :
II presidente della confederazione , al quale io ho esposto questa mane i motivi della grave risoluzione, mi ha assicurato che egli ed i suoi collegia si aspettavano gia die I ltalia si sarehhe determinata per simile partito , cui la spingeva il principle) di propria conservazione e legittimavano per molti rispetti le condizioni augurose nelle quali si trovano presentemente il regno e gli Stati vicini ; che percio si rendeva conto delle cagioni diverse onde noi siamo costretti ad affrontare i cimenli di un impresa che in altre condizioni avrehbe potuto essere ritanlala; e pensava che gli altri governi , avuto riguardo ai pericoli che nella presente conflagrazione ci assediano d ogni intorno , si sarehhero acconciati a riconoscere , nella occupazione di Roma per parte noslra, uri fat to die le esigenze della pace e dell ordine hanno imposto all Ilalia, senza die il mondo cattolico ahhia ad adornhrarsene.
LaSvizzera, sicura della efficacia delle sue leggi, < Frdele ai principii a cui esse s informano, soggiunse I eini-
nente magistrate , si era, non ha guari , dichiarata aperlarnente aliena dal voler intervenire a congress!, intimati all uopo di regolare gli affari di Roma a dispetto del sentimento nazionale italiano e cont.ro il voto del popolo romano. Essa non sara per cambiare quando fosse chiamata a pronunciarsi a simigliante rispetto. Mi fu fatto pero notare qui come il consiglio federate , rappresentanza di un paese in grande maggioranza protestante , non potrebbe mai avere sopra gli Stati di maggioranza cattolica , per cio die si riferisce alia soluzione delle questioni concernenti le condizioni di Roma, considerala come centro della cattolicita , se non un autorita iieccessariamente molto Hmitatadalla naturalesua incompetenza in simile materia.
Non devesi pero credere che la confederazione sia indifferente agli interessi religiosi delle sue popolazioni eattoliclie , che vorra anzi eoiivenienteinerite in ogrii caso tutelarli. E percio la potesta esecutiva federale prendeva atto della promessa, che il governo del Re faceva, di volersi eventualmente intendere colle potenze per porre in sodo le condizioni essenziali della liherta e deiriudipendenza spirituale della Santa Sede; condizioni, al mantenimento delie quali per parte del governo italiano non e mediocrem ente interessata la liberta di coscienza che la costituzione federale guarentisce nel paese a tutti gii Svizzeri, e seiiza cui ripugnerel)be del resto alle nazioni cattoliche il consentire che si traduca in un fatto compiuto la nostra sovranita sopra Roma.
I! signor Dubs most.ro di avere a questo riguardo la piu grande fidueia nei sensi liberali del governo italiano , a! quaie i detlati della prudenza civile consiglieranno di evitare i pericoli cui aprirebbe Tadito il fatto che Pio IX , per assicurare le coscieiize cattoliche , fosse costretto ad abbaiidonare la sua sede storica. Un Papa ramingo , e
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mendicante a cagion nostra sulle strade del mondo , sarehbc all Italia sorgente di pericoli assai piu gravi di quelli die possa reoarle mai la piu assoluta liberta die nelle sfere spiritual! gli sarebbe guarentita nella Citta eterna, in uno -<-olle rendite che si ritenessero necessarie al decoro del pontificato ed al governo della Ghiesa.
Gradisca, ecc.
Firm. MELEGARI.