‹ Rome et la République françaiseChapitre 4 sur 30 · DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE

Si mi instant, estimant qu il etait de son devoir de defendrc la societc religieuse et la soeiete civile centre de fnnestes errenrs, M. le conite Daru avait fait prevaloir dans le conseil la possibilite dn retrait de nos troupes, comment echapper a cette neeessite quand la fatale decla ration de guerre dn mois de jnillet nous mettait aux prises avec I Allernagne tout entiere ? Ici se montre dans tout son jour 1 inqualifiable imprevoyance du cabinet qui n avait su nous ])r( -parer aucnne alliance, et qni , par 1 isolement on il nous avait recluits, nous exposait aux plus grands perils et aux plus dures humiliations. T/experience de Sadowa n etait pas si ancienne qu il ne dnt mesurer la portee dn n>le que I ftalie etait appelerajouer dans la lutte qui allait s engager. Si le gouvcrnement imperial n eut sembl( : prendre a tache de la mecontenter en diminuant par d incxeusables maladresses les services qu il lui avail rendus, il anrait pu 1 avoirpour auxiliaire. Apres

Mentana, il risquait de 1 avoir pour ennemie; an moins fallait-il maintenir sa neutralite, et la ces sation de Focoupation du territoire italien en etait la premiere condition.

G est ce qu expliquait avec raison M. le due de Gramont, ministre des affaires etrangeres, dans sa depeche du 31 juillet, parlaquelle, confirmant son telegramme dc la veille , il chargeait M. le marquis de Banneville tie faire connaitre au cardinal Antonelli la resolution arretee en conseil de rctirer nos troupes.

u Assurement, ecrivait-il, ce n cst pas par tine necessite strategique que nous rappelons les quelques regiments que nous avons laisses jusqu ici a Civita-Vecchia, mais la necessite politique est evidente. Tant que notre drapeati " reste clans les Ktats pontificaux , ne fut-il garde que par un soldat francais, la convention du j> 15 septembre n est pas executee, nous nous exposons ct avec nous le Saint-Siege a toutes les complications qui en resulteraient en Italic ; " en adoptant la voie opposee nous lui assurons la scule chance de salut qui soit en notre " povivoir

La brigade francaise occupant le territoire romain n a d importance qu en ce sens qu elle " pent etre consideree comme une avant-garde

de notre armee prete a accourir, s il etait necessaire, au secours clu gouvernement pontifical. Quand notre armee cesse d etre disponible , ce petit nombre d hommes n est plus qu un corps isole dont la presence perd toute signification parce qu il n a plus de point d appui.

Si nous entrons en campagne sans avoir 1 Italie pour alliee ou sans etre du moins > assures de sa neutralite, ce n est pas cinq mille homrnes, mais cent mille qu il nous faut a Rome , car la prudence obligerait a prevoir un conflit avec le gouvernement italien, a qui nous aurions fourni un pretexte pour se croire degage de la convention et pour revendiquer la pleine liberte de ses actes. Or le gouvernement de 1 Empereur peut-il avoir dans les Ktats pontificaux une veritable armee et renoncer a >! un tel secours sur les champs de bataille ou

vont se decider de si grands interets?

De deux ehoses 1 une : ou bien le gouvernement italien parviendra a dejouer toutes les manoeuvres du parti revolutionnaire soudoye par la Prusse , et nous sommes certains qu il s y emploiera fermement; ou bien il ecbouera dans ses efforts, etle Pape subira le contre-coup du bouleversement general. Mais alors aussi se " presente une autre alternative : on la France

sera victorieuse, et le gouvernement cle Sa Majeste sera en possession d une autorite morale suffisante pour faire en sorte que toutes les stipulations de la convention de septembre qui protege le Saint-Siege soient remises en vigueur et que le Pape retrouve sa securite momentanement ebranlee ; ou nous serons vaincus, etalors la situation du gouvernement pontifical sera desesperee. A quoi servirait de lui avoir laisse quelques milliers d hommes qui seraient hors >. d etat de le defendre centre le courant qui emporterait toutes choses dans le desastre do notre pays?

Les destinees de la France et celles du Saint- Siege sont liees dans ces graves et solennelles D conjonctures, et la plus sure garantie pour le gouvernement pontifical, c est, avec la bonne entente de 1 Italic et de la France se replacant sur le terrain de leurs engagements mutuels , le triomphe des armees francaises dans la lutte a qu elles sont appelees a soutenir.

)> Voici en realite les faits sans deguisement : Nous sommes engages dans une guerre redoutable , et pour pouvoir compter sur la conservation de la tranquillite sur les frontieres romai- " nes, nous devons nous concilier les bonnes dispositions du cabinet italien. Or nous sommes

ET LA REPUBLIQUE EllANCAISE. :}3

en presence de la convention du 15 septembre inexecutee par nous , lorsqu iJ se declare pref a en observer toutes les clauses. Les garantirs materielles qu offre an Saint-Siege 1 occupation de son territoire par une brigade francaise sont insuffisantes pour atteindre leur but si nous sommes en disaccord avec le roi Victor-Emmanuel. II est done necessaire d y substituer pendant la guerre des garanties politiques, et le seul moyen de les obtenir, c est le retour aux " stipulations par lesquelles 1 Italie est liee envers nous. En un mot, 1 occupation devient inefficace et nuisible, 1 evacuation opportune et verita- " blement profitable a la securite des Etats du Saint-Siege. Toute autre politique lui susciterait les plus perilleuses difficultes et tournerait a sa " perte.

J ai cite cette depech(; capitale a peu pres dans son entier pour demontrer, ce qui d ailleurs est J evidence memc, que le gouvernement imjxjrial, enchaine par sa politique de concession vis-a-vis de la cour de Rome, n avait d autre moyen d< desarmer 1 Italie que de Jui remcttre les destinies du Saint-Siege, en reconnaissant que si la France etait vaincue, la papaute succombait fatalement avec elle.

Cette verite s imposait si bien a la raison qnr

le cardinal Antonelli lui-meme ne put la meconnaitre. Voici en quels termes M. le marquis de Banneville rendait compte, par sa depeche du 5 aout , des impressions du secretaire d Etat pon tifical a la lecture du document que je viens de transcrire :

Monsieur le due ,

Je n avais pas voulu differer d un jour la commimication que j avais a faire au gouvernement pontifical de la depeche de Votre Excellence du 31 juillct, et 1 heure clu depart du paquebot ne m a pas permis ensuite de vous rendre compte autrementque par le telegraphe de 1 impression qu avait recue de cette communication le cardinal secretaire d Etat. Elle etait attendue avec une impatience inquiete, et, ainsi que j ai eu 1 honneur de 1 annoncer a Votre Excellence, elle a ete bien accueillie. Le cardinal a ecoute avec une anxieuse attention la lecture cle la depeche, dormant parfois des marques d assentiment a ce qu il entendait. II n a ensuite conteste la valeur d aucune des raisons qui ont impose au gouvernement de 1 Empereur la determination a laquelle il a du s arreter. II les avait pressenties et comprises d avance , et les avait lui-meme indiquees en partie, m a-t-il dit,

> an cardinal Bonaparte , pour lui demontrer le

> pen de chances de succes des demarches que > Son Altesse, dans son devouement pour 1 Empei reur et pour le Pape , voulait tenter a Feffet n d obtenir que notre drapeau fiit maintenu a Givita Vecchia. Le cardinal Antonelli n a fait aucune difficulte de reconnaitre en termes tresexplicites qu une defaite de la France serait le point de depart d un cataclysme europeen dont -> les consequences seraient incalculables et dans " lequel le Saint-Siege aurait tout a perdre et x perdrait certainement tout. S il en est, m a-t-il " dit, qui ne le voient pas , qui revent pour nous un appui humain en dehors dc la France, ceuxla sont bien aveugles. Les revolutionnaires ne > s y trompent pas. La Prusse ne se fait pas faute d exploiter ce sentiment, et c estce qui lui rallie " dans ce moment les revolutionnaires italiens. Dans le meme ordre d idees, il ne pouvait qu etre " frappe cln passage dc la drpecho qui indique " 1 interet vital pour le Saint-Siege (pii s<> trouve lie a notre succes, et qui doit lui faire compren-

> dre que nous ne negligions aucun des moyens " qui peuvent aider a 1 assurer. 11 s est montre reconnaissant des esperances que nous 1 autorisons a rattacher a notre triomphe pour la consolidation de sa securite ulterieure.

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