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Le sacrifice etait consomme. Le clrapeau italien flottait sur le chateau Saint-Ange. Pie IX n avait pas quitte Rome, il cessait d etre souverain temporel, et M. Lefebvrede Behaine pouvait m ecrire le 28 septembre :
M inspirant de 1 esprit comme de lalettredes instructions que vous avez bien voulu m envoyer le 10 de ce inois, je considere que les faits qui se developpent a Rome depuis que les " troupes royales en ont pris possession sont entres dans le domaine exclusif de la politique " interieure italienne, et doivent ecbapper a 1 ac- >> tion de la representation diplomatique pres du Saint-Siege.
Ce sentiment etait juste. Apres dix siecles et un pen plus, la papaute venait de sc transformer, et pour cette transfiguration sublime , Dieu avait choisi la plus noble figure que 1 liistoire ait jamais eu a dessiner. Apotre tendre et convaincu de 1 independance nationale et de la liberte , essayant
de regenerer au souffle de 1 esprit nouveau 1 antique autorite de la tiare, fuyant bientot devant 1 assassin de son ministre, se roidissant alors centre les principes qu il avait glorifies avec tant d enthousiasme , s elevant par la foi au-dessus de tous les interets , et devenant par la grandeur naive de sa simplicite la personnification de 1 inflexibilite dogmatique et sterile , Pie IX semblait predestine au role qu il a joue en cemonde; et, je 1 avoue, quand je lisais dans les depeches que je viens d analyser le recit de cette scene pathetique de ses adieux a son armee, je le voyais consacre par le temps, dominant les ages, debout au point de partage de deux mondes qui se separent, 1 un qu on ne trouvera plus que dans le souvenir des hommes , 1 autre auquel appartiennent les mysteres de 1 avenir et le travail de notre regeneration.
Ce n etait done plus pour le prince , c etait pour le Pontife que desormais la France devait s emouvoir et stipuler. Mais ici, en s epurant, ses obligations grandissaient et devenaient plus imperieuses. Si je devais, si je voulais laisser a la nation , au moment ou elle pourrait etre consultee, toute liberte d appreciation et de decision sur ces questions capitales , je ne m en croyais pas moins tenu a prendre toutes les mesures pos-
sibles pour la protection de la personne et de 1 independance religieuse du Saint-Pere. A cet egard , je me suis toujours explique et j ai toujours agi avec la plus entiere franchise, et j ai eu la vive satisfaction d obtenir 1* approbation du Saint-Siege pour mon langage et pour mes actes. M. Lefebvre de Behaine m ecrivait le 5 octobre : Je ne recueille au Vatican que des temoignages de sympathie pour la France et 1 impression d une confiance absolue dans les sentiments " que , livres a eux-memes et en dehors de toute attache gouvernementale , les catholiques de notre pays sauront spontanement et efficace- " mcnt prouver au Saint-Pcrc. Chaque entretien que j ai avec le cardinal Antonelli me confirme dans la persuasion qu il a parfaitement accepte les declarations tres-nettes que vous m avez charge de lui faire le 10 septembre , a defaut " d une protection armee que les circonstances comme les principes du gouvernemcnt de la defense nationale ne nous permettent plus d offrir a Pie IX. Le Saint-Siege sait encore apprecier a sa haute valeur 1 appui moral qu<^ lui asstirent les sentiments religieux, chevaleresques et genereux de la France.
Ce n etaitdonc pas par des menagements equi voques, c ctait par notre parfaite sincerite que
nons avions gagne 1 estime clu Saint-Pere , c etait en lui repetant qu il n avait pas a compter sur nous pour le retablissement de son pouvoir temporel, mais que nous resterions toujours les defenseurs zeles et resolus de son pouvoir religieux. Aussi s adressait-il a nous pour obtenir de 1 Italie les suretes dont il croyait avoir besoin. En effet, j extrais ce qui suit de la depeche que je viens de citer :
La situation pent s aggraver sous 1 empire des circonstances d une manierc tout a fait imprevue et imposer au Pape 1 obligation de partir. En prevision de cette eventualite , le Saint-Pere a charge hier le cardinal Antonelli de me dire qu il desirerait que le gouvernement francais consentit a reclamer du cabinet dc Florence la garantie que Sa Saintcte pourra s eloigner de Rome en toute liberte par la voie de terre ou par la voie de mer, a son choix, si ellele jugeait
" necessaire Le cardinal Antonelli en s ac-
quittant de cette commission du Saint-Pere m a dit qu il ne voyait la rien d urgent , qu il espe- " rait que le Pape pourrait rester a Rome, et que la demarche pour laquelle il sollicitait nos bons offices n avait d autre objet que de se premunir centre les inconvenients d un depart clandestiu, dans 1 eventualite pen probable et d ail-
leurs eloignee ou le Pape se verrait oblige de se rcndre a line destination dont le choix n est meme pas encore discute.
A ce moment nous etions deja investis , et je lie connus cette depeche que plus tard par 1 analyse que m en envoya M. lecomte de Chaudordy, delegue du ministere des affaires etrangeres a Tours. Mais M. de Chaudordy avait recu mes instructions. II les a executees avec autant d intelligence que de fidelite. II ecrivait a M. Lefebvre de Behainc le 25 octobre :
Vous m avez communique la demande que vous avaitfaite le cardinal Antonelli pour assurer au Saint-Pere la liberte entiere de quitter Rome si Sa Saintete en prenait la resolution. Selon le dt3sir que vous en avait exprime Son Eminence, j ai ecrit a ce sujet a notre legation a Florence et j en ai entretenu M. le ministrc d ltalie. En reponse a cette communication, M. Nigra est venu , il y a pen de jours , me lire une depeche que lui avait aclressee M. le ministre des affaires etrangeres d ltalie, et dans laquelle le cabinet de Florence , en exprimant le voeu de voir le Saint-Pere rester a Rome, donnait les assurances les plus formclles qu il y conserverait la liberte la plus complete j>our parcourir la Ville eternclle, fixer sa residence dans les palais des
environs qui appartiennent an domaine du Pape, et meme quitter Rome et 1 Italie , si telle etait la volonte de Sa Saintete. M. Visconti-Venosta ajoutait que partout le Saint-Pere serait assure de trouver les egards ct les respects qui lui sont dtis , et que si jamais , centre le vceu du gouvernement italien , le Pape pensait a sortir de Rome et de 1 Italic, il etait a souhaiter que cela se fit ouvertement, pour que la dignite de sapersonne n eutpas a en souffrir. Vous voudrez bien transmettre cette reponse au cardinal Antonelli , en 1 assurant que le gouvernernent de la defense nationale sera tou jours pret a faire tout ce qui dependra de lui pour assurer au Saint-Pere tous les egards possibles.
Le gouvernement de la defense nationale ne s est jamais departi de ccs sentiments de sollicitude envers le Saint-Pere, il en a fait la regie de ses actes autant que le lui permettaient sa situa tion critique et ses difficultes de communications avec le dehors. La correspondance officielle constate sa vigilante fermete dans la question des pieux etablissements, dans le debat souleve par 1 alienation des biens ecclesiastiques, et surtout dans la discussion de la loi des garanties. En retour de ces bons procckles , le Saint-Pere n a ne glige aucune occasion de temoigner a la France
sa reconnaissance et son affection paternelle. Et quand tons les souverains de 1 Europe s interrogeaient les uns les autres pour savoir lequel donnerait le premier le signal d une demarche en notre favenr, le Pape ne craignait pas de se mettre a decouvert, il ecrivait spontanement an roi de Prusse, en novembre 1870, pour Fengager a cesser 1 effusion du sang en acceptant un armis tice de quinze jours avec ravitaillemcnt. Sa lettre resta sans reponse. Mais cet echec ne rend que plus mrritoire Felan de cceur du Pontife, surtout quand on le compare a la froide indifference contre laquelle se brisaient nos efforts incessants pour obtenir de nos anciens allies line assistance qu a defaut de syinpathie 1 interet personnel leur commandait. Je fus profondement toucbe en apprenant cettc intervention genereuse sur laquelle je n etais point en droit de compter, et, commeon va le voir, je m empressai, aussitot que les com munications fnrent retablies, d cn cxprimer ma vive reconnaissance.