‹ Rome et les barbares: étude sur la Germanie de TaciteChapitre 19 sur 31 · IX · texte numérisé non relu

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^ Eckhel, Docirina nummorum veterum^ VI, 380.

®uvre n'en forme pas moins un tableau général ^t complet de la lutte engagée entre Rome et la Gernaanie pendant une première période, qui s'étend jusqu'à la fin du premier siècle après l'ère chrétienne. Cette période est close par des travaux de colonisation et de défense auxquels, dans la région rhénane, Trajan lui-même a pris une active part.

Consul dès 91 , sept ans avant de devenir empereur, Trajan avait été investi d'abord du gouvernement d'Espagne, et ensuite de celui de la haute, puis de la basse Germanie. La récente expédition de Domitien avait irrité, tout au moins agité les tribus de la région centrale du Rhin. La politique de Trajan fut de renoncer à toute attitude offensive, d'employer la prudence et de se montrer vigilant. Adopté par Nerva le 27 octobre 97, il se trouvait à Cologne quand les envoyés du sénat vinrent lui apprendre son avènement à l'empire après la mort de l'empereur, survenue le 27 janvier 98. Il était aussi nommé à un second consulat pour cette dernière année. Les cinq années qu'il commanda sur le Rhin avant d'aller à Rome revêtir le pouvoir suprême furent consacrées à prendre possession du territoire des Mattiaques\ sur la rive droite du fleuve, et à élever des forts.

> C'est le pays de Wiesbaden ; Pline, H. N., XXXI, 20 : Sunt et Mattiaci in Germania foutes calidi trans Rheuum, quorum haastus triduo fervet. — Ammien Marcellin, XXIX, 4, 3 : Mattiacœ aquae. — Dès le règne de Claude, une légion romaine avait été employée aux travaux d'une miùe d'argent « in agro Mattiaco », ÀnnaUSt XI, 20. Toutefois la place antique de Mattium, Annales^ I, h6, correspond peut*étre, non pas à cette viUe, mais à quelque autre lieu située sur TEder.

112 HOMF. Kl LES llAHHAHl-.S.

Nous avons déjà eu occasion de nommer quelques^* unes des places précédemment fondées parles Romain =^î eu particulier sur la rive gauche, pour défendre 1 ^ passage du fleuve. Il y en avait deux principales dar^ ^ la région du Uhin supérieur : c'était Vindonissa, siM ^ TAar, lieu de campement de la légion XIV Claudia, d ^ la XXV Hapax, depuis la mort de Néron, et des co — lîortes rhétiques; aujourd'hui Windisch en Argovie-^ où se sont conservés des restes d'amphithé&tre e d'aqueduc. — C'était ensuite Augusta Ilauracorum, colonisée au temps d'Auguste, aujourd'hui Kaiser- Augst près de Bâle, où se trouvent aussi les débris d'un grand amphithéâtre, d'un temple et de bains romains. Le bourg de Rheinfelden, prèsd'Aarau, a paru construit en partie avec les pierres de la vieille ville romaine, et Badenv^eiler, dans le grand-duché de Bade, offre quelques fragments de ses bains antiques. — Plus bas, la rive gauche était occupée par les Triboques, les Némètes et les Vangions, trois peuples germaniques qui, après avoir fait partie de l'armée d'Arioviste, avaient accepté la protection romaine, et remplissaient le rôle de gardiens du fleuve. Argentoratum, chez les Vangions, paraît dans Ptolémée, vers le milieu du second siècle, comme quartier de la VIII* légion. Les noms de Strateburgum et Stratisburgum, désignant cette place, paraissent dans la Notitia dignitatum et dans le Géographe de Ravenne, c'est-à-dire au plus tôt au cinquième siècle, et marquent sans doute qu'elle était alors devenue le lieu de réunion de plusieurs routes. A partir du point où il reçoit sur sa rive droite le Mein jusqu'à l'embou-

chure de la Nahe sur la rive gauche, le Rhin coule, Qon plus du sud au nord, mais brusquement de l'est ^Touest, et puis de nouveau du sud au nord. Le preniier des deux coudes ainsi formés par son cours est ïïiarqué, sur la rive gauche, par la place de Moguntiacum (Mayence), et le second par celle de Bingium (Bingen en Hesse-Darmstadt). Ce qu'on appelle de nos jours dans cette dernière ville la Kloppburg est certainement une ruine romaine; quant h Mayence, nous avons déjà dit qu'on pouvait la faire remonter à l'ancienne fondation de Drusus. C'était le cantonnement des légions formant l'armée supérieure de Germanie et la capitale de la province correspondante. Elle marquait le point extrême d'une route commençant à Milan, et touchait aussi à la route de Trêves à Strasbourg. Son musée actuel d'antiquités, sous l'habile direction de M. Lindenschmit, réunit un très-grand nombre de débris romains, et l'on voit encore, dans l'enceinte réservée à la citadelle, la massive construction qui fut sans doute jadis le monument élevé à la gloire de Drusus par ses soldats aussitôt après sa mort. Depuis Bingen, le Rhin, resserré par le Taunus, coule dans un lit très-étroit entre des rives élevées et pittoresques, jusque vers l'embouchure de la Moselle, où ses rives s'abaissent. Les Romains n'avaient pas négligé ce dernier point, très-important; ils l'avaient fortifié sous le nom de Conflaentes (Goblentz). On rencontrait ensuite Ântunnacum, chez les Ubiens, sur la route entre Coblentz et Bonn. C'est cette ville qui, dans le Géographe de Ravenne, s'appelle Anternacha, et devient au moyen âge Ander-

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nach, avec sa grosse tour romaine où s'amarrent les bateaux. Tout près de là César jeta son célèbre pont du Rhin*. Drusus construisit le sien un peu plus bas, à Bonn, place mentionnée souvent dans Tacite, importante situation, et, à cause de cela, lieu de campement d'une légion romaine. C'est au sujet de C6llc ville qu'il y a dans Florus un passage fort difficile à expliquer. Drusus, dit-il, fit élever sur la rive du Rhin plus de cinquante châteaux forts; il réunit par un ou plusieurs ponts Bonn et Gesonia, et protégea toutes ces places par des flottes*. Qu'était-ce que que cette Gesonia réimie de la sorte à Bonn? On ne retrouve absolument aucune trace romaine sur la rive droite du Rhin en face de ce lieu et, de fait, le fleure est là trop large pour qu'on admette aisément une telle entreprise. Aussi a-t-on proposé diverses leçons pour expliquer le Gesoniam ctim que donnent les manuscrits. Enfin M. Lersch' a vu ingénieusement, quoique avec trop de hardiesse peut-être, dans le nom transmis par les copistes une corruption du vieux mot Verona ou Berona, désignant une sorte de faubourg situé jadis au sud-ouest de Bonn, et séparé de la ville par des fossés pleins d'eau, que Drusus, dans

' Guerre des Gaules^ IV, 17, 18.

^ Florus emploie (IV, 12) le pluriel pon^i^t», mais ce pourrait être pour signifier les diverses arcades d'un seul pont. Voir dans la correspondance familière de Cicéron les deux lettres de Plancus, X, 18, 23.

* On trouvera dans les premiers volumes des Annales de ia Société des amis de Vantiquité dans le pays rhénan plusieurs mémoires de BIM. Lerscb, Dûntzer, Osann, sur cette question.

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Cologne, de laquelle paraît avoir relevé tout le territoire des Ubiens ', était la métropole de la Germanie inférieure. Dotée du jus italicum, elle avait bientôt prospéré, et des monuments importants, surtout un temple de Mars, succédant peut-être à un temple barbare, s*y étaient élevés. Un peu plus bas se trouvait Novesium, souvent nommée dans les Histoires de Tacite, place forte du pays des Ubiens, sur la route de Cologne à Vétéra, sans doute la ville actuelle de Neuss, tout près de Dtisseldorf. Gelduba venait ensuite, peutêtre Gelb aujourd'hui; le fort élevé en ce lieu appartenait encore au pays des Ubiens. Quant à la fameuse ville d'Asciburgium, fondée, suivant la tradition, par Ulysse, et où se voyait un autel consacré parce héros, portant encore son nom et celui de son père Laërte (Tacite nous a conservé au troisième chapitre de sa Germanie ces mythiques souvenirs), on croit en retrouver remplacement dans le village actuel d'Asburg, voisin de Mors, en face de l'embouchure de la Ruhr : on a trouvé du moins en ce lieu un certain nombre de débris antiques. La table de Peutinger marque très-précisément, entre Gelduba et Vétéra, une Asciburgia qui doit correspondre à la ville mentionnée par Tacite ; d'autre part Ptolémée * et le Géographe de Ravenne placent une ville du même nom sur la rive droite du fleuve, probablement au lieu où

* Germanie, c. xxviii. Ubii, quanquam romania colonia esse meruerint.

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