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CHAPITRE SIXIÈME

De l'invasion et de la conquête de l'empire romain par les peuples germaniques. L'Ëcole romaniste et la théorie des races : Dubos et Montesquieu.

Ce qu'il faut entendre par l'invasion. —Ses diverses phases.— Quel compte on doit faire des traités conclus entre les empereurs et les barbares. — Invasion de la Gaule par les Visigoths, les Burgundes et les Francs. — Dépossession légale des vaincus. — Applications diverses du wehrgeld. — Résultats de la conquête. Opinions de MM. Littré et Guérard. — Lois l)arbares; leur caractère personnel. — Origines germaniques de la communauté des biens, du jury, etc. L'élément germanique devait se joindre à l'héritage du génie classique et au christianisme pour la formation des sociétés modernes.

Nous avons essayé de démontrer que le grand intérêt du livre de Tacite est d'avoir saisi et décrit, au principal moment de son premier essor, la civilisation d'une race appelée à jouer bientôt un rôle important dans rhistoire. Ce rôle historique des Germains, après s'être annoncé par leur progrès intérieur, que nous ont attesté César et Tacite, s'est révélé par l'invasion, par la conquête du monde romain. S'il est vr^i) comme quelques publicistes l'ont soutenu, qu'il n'y ait pas eu d'invasion ni de conquête germanique, mais seulement une juxtaposition et ensuite une

DE l'invasion (.KHMA.MMlh. '.VAn

(mon laissant subsister, sans niélanf;e nouveau d'élé- ' ments considérables, rascendant continué ou transformé de Tempire, si les barbares sont entrés non pas en conquérants, mais à la prière des Romains, ^i voulaient mettre à profit leurs services, si de plus, comme le pensent quelques-uns, les Germains n'ont apporté avec eux aucune idée, aucune institution, aucune influence nouvelle, le livre de Tkcite n'est plus d'aucun prix, et il ne reste qu'à s'étonner soit de l'inutile attention accordée par un si grand esprit à une barbarie qui aurait été sans règle et sans avenir, soit des vaines terreurs et des fausses prédictions que d'imaginaires périls lui auraient inspirées. Rome n'a-t-elle donc fait autre chose que de transmettre ses pleins pouvoirs aux barbares, sans cesser de les dominer eux-mêmes, ou bien demeure-t-il incontestable que son héritage, quel qu'il pût être, ne suffisait plus à lui seul, el qu'une race nouvelle devait être appelée à prendre part à l'œuvre de la civilisation ? La question est d'autant plus grave que l'histoire de nos propres origines y est engagée : c'est ce qui explique la persistance et l'ardeur du débat entre deux opinions opposées, représentées par deux écoles, ayant à leur tête, la première l'abbé Dubos, et la seconde Montesquieu.

C'est une chose singulière et peut-être assez humiliante qu'entre toutes les opinions humaines les opinions historiques se montrent particulièrement variables et chancelantes. Les vérités de l'ordre métaphysique sont placées si haut qu'on ne s'étonne pas qu'à les contempler l'intelligence des hommes puisse

se troubler et avoir à se reprendre ; mais il semblerait qu'eD face des réalités de rhistoire, une fois aequisesau domaine des souvenirs et du passé, le témoignage et le sentiment des contemporains, bientôt contrôlés, dussent sufflre en se transmettant à travers les âges. Loin de là ; ces réalités historiques, peut-être parce qu'elles sont les œuvres de notre liberté essentiellement vi- I vante, nous apparaissent comme douées d'une sorte de vie propre qui les transforme sans cesse, pendant que d'autre part la vue de chaque observateur se modifie suivant les sentiments et les idées de son temps. On ajoute, instruit ou ému par quelque ébranlement récent, aux observations des précédents historiens, ou bien on les réfute, ou bien on redit à son insu, en partie du moins, ce qu'ils avaient fait oublier : perpétuel travail de la pensée humaine sur les œuvres humaines, travail que nous ne devons pas après tout croire stérile, qui exerce^ fortifie, et sert finalement au progrès de la vérité.

Assurément c'était un homme d'esprit que l'abbé Dubos. Distingué dès sa jeunesse par M. de Torcy, il prit une part active aux négociations d'Utrecht et de Rastadt^ et continua ses utiles services pendant la régence. Il se fit connaître en même temps comme historien et homme de goût. Son Histoire de la ligue de Cambrai est un ouvrage sensé ; ses Réflexiom cri-tiques sur la poésie et la peinture ( J 719), où il montre une réelle liberté de principes littéraires, des vues multiples et quelquefois hardies, une double connaissance de l'antiquité classique et de la renaissance peu commune de son temps, lui ont mérité un sé->

rieux éloge de Voltaire. On pourrait lui faire bonoeur d'avoir, dans une brochure politique, prédit soixante-dix ans à l'avance la sécession des colonies anglaises d'Amérique, s'il n'avait annoncé du même eoup h la Grande-Bretagne, pour une époque prochaine, de funestes destinées. Membre de l'Académie française, secrétaire perpétuel après M. Dacier, il (XMDptait, cela est sûr, parmi les esprits actifs et éclairés de son temps. Les étrangers les plus attentifs au BQOuvement littéraire de la France, David Hume par exemple, prêtaient l'oreille à ses théories : il avait un des premiers affirmé l'influence des climats.

On sait de quelle réaction furent suivies les cruelles dernières années du règne de Louis XIY. La liberté des opinions se donnant carrière, on discuta bientôt avec ardeur sur l'autorité royale, sur les pouvoirs des princes ou de la noblesse, sur l'opposition des parlements et les droits des peuples. La vivacité des discussions enfantait les théories, l'esprit d'examen appelait là critique historique. Dubos ne resta pas à part; en face du comte de Boulainvilliers \ suivant lequel, par suite de la victoire formelle des Francs en Gaule au cinquième siècle, l'institution d'une aristocratie privilégiée continuait à peser de droit sur la nation, il publia en 1734 son Histoire critique de t établissement de la monarchie française dans les Gaules j ouvrage considérable, intéressant, mais paradoxal, où il soutint que croire à une conquête de la

< Hiitoire de l'ancien gouvernement de la France et des parlements, 1727.

Gaule par les Francs, c'était être victime d'une iliu-. sion historique. Les Francs étaient venus, disait-fl/ non pas en ennemis, mais en alliés, appelés par les; Romains eux-mêmes, et bientôt engagés par des traités formels à les servir, comme manœuvres pour labourer leurs champs, comme soldats pour défendre leurs frontières. Pendant plus de deux siècles, les Francs avaient ainsi vécu sous la domination de Tempire, qu'ils acceptaient et dont ils devenaient les appuis. Ils recevaient des terres et conservaient leur» institutions et leurs coutumes, sans aucun détriment pour la population gallo-romaine ; leurs chefs étaient fiers de recevoir les titres et les dignités que leur conféraient les empereurs. Quand donc Rome succomba épuisée, elle fit à ces barbares une cession bien en règle, par laquelle ils lui succédèrent légalement, en laissant subsister ses institutions et ses mœurs. L'abbé Dubos, aussi bien que le comte de Boulainvilliers , prétendait plier l'histoire à ses idées préconçues. Né dans les rangs delà bourgeoisie, il érigeait, à la place d'une aristocratie jalouse^ une royauté maltresse, qu'entouraient et servaient des citoyens égaux ; diplomate habile et délié, il apercevait en plein cinquième siècle on ne sait quelles chancelleries internationales par l'œuvre desquelles toute une série de conventions et de protocoles liait entre eux les chefs barbares et les empereurs.

Montesquieu revenait alors d'Angleterre. Le spec* tacle des libertés britanniques ne lui avait pas fait oublier l'antique gloire de Rome, puisque précisément en 1734 il publiait ses célèbres Considérations:

DE l'invasion germanique. 339

Polybe y est trop bien compris pour qu'on puisse rien conclure de l'ample développement qu'il a particulièlement donné aux causes de décadence ; mais Moniesquieu méditait en même temps son Esprit des lois, qu'il ne devait publier que quatorze ans plus tard, après ravoir préparc pendant vingt années. Scrutateur pénétrant des divers éléments qui ont constitué les sociétés modernes autant qu'admirateur sincère de l'antiquité, il fut blessé de la vue partielle que Dubos prétendait substituer à la vérité historique, et il s'en exprima vivement. « Son ouvrage séduit beaucoup de gens, disait-il, parce qu'il est écrit avec beaucoup d'art, parce qu'on y suppose éternellement ce qui est en question, parce que plus on y manque de preuves, plus on y multiplie les probabilités. Le lecteur oublie qu'il a douté pour commencer à croire ; mais, quand on examine bien, on trouve un colosse immense qui a des pieds d'argile ; et c'est précisément parce que les pieds sont d'argile que le colosse est immense. Si le système de M. labbé Dubos avait eu de bons fondements, il n'aurait pas été obligé de faire trois mortels volumes pour le prouver : il aurait tout trouvé dans son sujet, et, sans aller chercher de toutes parts ce qui était très-loin, la raison elle-même se serait chargée de placer cette vérité dans la chat ne des autres vérités. L'histoire et nos lois lui auraient dit : Ne prenez pas tant de peine, nous rendrons témoignage de vous. »

Que le système de Fabbé Dubos eût de faibles fondements, comme le dit Montesquieu, il est facile de s'en convaincre dès ses premières pages. Reprochant

aux historiens français qui l'ont précédé et même à plupart de nos anciens chroniqueurs d'avoir cru l'invasion germanique, il se demande comment ils o^ pu commettre une telle erreur, et, quand il en rei cherche les sources, il trouve que c'est un conlrw| sens de Frédégaire qui a seul fait tout le mal*!H rencontre ensuite certains textes parlant de conveH lions stipulées entre l'empire et les barbares, et vdll ses pierres d'assise, voilà les pieds d'argile pour le car losse en trois volumes in-quarto. Montesquieu, loii a considéré le problème avec une bien autre étendott de regard. Loin de s'enfermer dans l'unique qu concernant la Ganle, c'est dans son ensemble qu*il étudié le problème avec ses conséquences multi et lointaines. Il a cru, et presque toute notre historique moderne avec lui, qu'au commencemi de notre histoire, au début de celle de tous les Étal^ de l'Europe occidentale, on doit considérer, en y| attribuant une grande importance, les effets immé-l diats de l'invasion. A son exemple et à sa suite, mail chacun avec sa part d'originalité, nos derniers histo-i riens ont mis en relief le grand fait de la conqaôtai germanique ; ils ont dit ce qu'une race nouvelle avait: apporté de sentiments nouveaux, mais aussi ce qu'il ^^ y avait eu de déchirements et de soufifrances dans; une transformation sociale d'où la violence n'était pas exclue. Cette théorie édifiée sur la distinction enti«^

• Histoire critique de rétablissement de la monarchie /r«çoise, tome !•', page 16, et tome II, page 156. 11 s'agit d'une ïiime sur une expédition de Childéric, qui se trouve au livre II, chipitre 18, de Grégoire de Tours.

DE l'invasion germanique. 841

es races diverses, entre des vainqueurs et des vainus, a fait, nous le savons, son chemin depuis Monîsquieu, et trop hardiment peut-être. L'école libelle, au commencement du siècle, a cru pouvoir y X)uver des arguments politiques en vue des luttes u'elle avait à soutenir. C'était abuser de cette théorie ue de proclamer, comme faisait l'abbé Sieyès dès 789, que le tiers était une nation par lui-même, et ne nation complète, ou de répondre^ comme faisait I. de Montlosier en 1814, qu'il y avait en face du ers, sur le même sol, une autre nation complète jssi et plus ancienne et meilleure. Il est clair qu'on istituait de la sorte un dangereux antagonisme, 'extrême abus de la doctrine se produisait en 1848, lUS la plume d'un publiciste tel que Proudhon, aux îux duquel un prolétariat révolté contre la bour- ^isie était issu du sang celtique, et devait continuer revendication en souvenir de Vercingétorix, son icétre, ou bien sous celle d'un écrivain tel qu'Euine Sue, lorsque, au lendemain même des journées \ juin, il mêlait ensemble, dans ses intrigues romajsques, les haines de race aux excitations d'un hai- (ux socialisme. En vain la chanson populaire, rendiquant la cause du sens commun, avait-elle conillé l'union entre tous les enfants de la France, itre « Gaulois et Francs : y> il semblait que chacun It à t&che d'oublier l'immense et profond travail de sion qui avait fait avec assez d'éclat pourtant la puisnce et la gloire de la société française.

Assurément ce sont là des excès, mais si arbitraires si dénués de saine raison qu'on n'en saurait ren-

dre responsables Montesquieu et notre école hisU»-lir.^ que moderne. N'en serait-ce pas un aussi que km : ressusciter le système de Tabbé Dubos, de le dépasv 1^ même, de nier Tinvasion germanique, comme on fils fait, et de déclarer en outre que l'arrivée des 6e^ me mains dans Tempire a été ou bien un fait indifférent, winaperçu, absolument stérile et sans conséqueiMev pour l'avenir, ou bien un vrai fléau, une mise en pè- m ril de tous progrès et de toute civilisation? Voilà ca I' tout cas deux groupes d'opinions très-diverses ei B présence : avec Tabbé Dubos, l'école que nous poo* I vous appeler romaniste^ parce qu'elle ne voit guèn I dans le travail de la civilisation ultérieure, à moins de I se retrancher sur les effets inexpliqués de ce qu'on I appelle la force des circonstances, que la transforottr I tion de l'élément romain sous l'influence du chris- | tianisme; avec Montesquieu tous ceux qui croient qu'à ces deux éléments de la société moderne il en faut ajouter un troisième, apport direct et conséquence immédiate de l'invasion . Des deux côtés des noms éminents : d'une part Augustin Thierry, sans cesse préoccupé, par esprit de libérale équité, de b distinction des races, et M. Guizot, également éloigné des extrêmes ; d'autre part des savants tels que Sismondi, M. Guérard, le subtil commentateur du Polyptyque d'Irminon, et M. Littré, l'auteur àosÉtuAs sur les barbares. Le système romaniste, appuyé jusque dans notre temps par d'importants suffrages, r^ nouvelé avec ardeur et talent *, doit contenir une

* Voir particulièrement l'étude de M. Fustel de Coulanges, io-

DE L*I?rVASIO>' GERMAMQCE. 343

lotable part de vérité ; nous croyons toutefois qu*à c prendre dans toute sa rigueur il risquerait de mutiler Thistoire de nos origines. Recherchons en quelle mesure il est permis d^affirmer qu*il y a bien eu au commencement du moyen Age une double sorte d'invasion germanique et une véritable conquête, et voyons s*il n*est pas vrai que certains traits intimes et profonds, persistant jusque dans nos sociétés modernes, relèvent d'une autre influence que celle du génie romain ou du christianisme, et remontent en réalité jusqu'à cette conquête même.

S'il est permis à la critique moderne de mettre en question l'invasion et la conquête germaniques, les contemporains, eux, n'en doutaient pas : les principaux d'entre eux voyaient fort bien le fléau dont ils souffraient. Ammien Marcellin nous montre à la fois le progrès de la corruption dans la société romaine, celui de la discipline et de l'audace chez les barbares du Rhin. Saint Jérôme ne trouve la matière de ses prédictions sinistres sur la fin d'un monde condamné et maudit que dans le spectacle d'une barbarie païenne de toutes parts envahissante et victorieuse. Quand Salvien plaide la thèse d'une régénération possible des vaincus, s'ils veulent se convertir à certains exemples des vainqueurs, qui sont à son avis les uns, et qui sont les autres ? Plus impitoyable, saint Augustin montre le fléau de Dieu venant châtier des crimes irrémissibles. De la part de ces grands témoins,

Bérée dans \& Revue des Deux-Mondes da 15 mai 1872 : l'Invashn germanique au cUiquième siècle.

344 ROME Kl' LES BARBARES.

la vue de l'avenir et Tinterprétation du présent sont à quelques égards diverses, mais égales et pareilles sont leur impression de terreur religieuse, leur exaltatioB de foi patriotique, leur anxiété, comme à la vue de quelque grande révolution à la fois politique et morale, s'accomplissant par la loi de la guerre. Les Pères du désert, eux, quand ils aspirent à sauver, en se retirant du monde, le dépôt de la foi, ne font autre chose sinon d'attester qu'ils ne croient plus avoir rien à attendre de cette Rome, accablée sous les coups des barbares et sous le poids de ses propres fautes. Ce ne sont pas seulement quelques esprits supérieurs qui distinguent et signalent un grand danger : il a été pressenti, et, ce semble, annoncé à l'avance, soit par la voix populaire, soit par d'obscurs chrétiens. Dès la fin du premier siècle, le bruit courait dans l'empire, grâce aux prédictions des Druides, qu'en un jour prochain Rome perdrait la puissance, et que li domination passerait aux nations cisalpines \ Au milieu du troisième siècle, un poëte chrétien d'Afrique, Commodianus, auteur d'un poëme qui n'a été publié qu'il y a peu d'années, prédisait que les Goths passeraient le Danube sous un certain chef Apolion, prendraient et châtieraient Rome païenne, mais épargneraient leschrétiens ^Les principaux cheis barbares diront eux-mêmes qu'une voir secrète les

* Tacite, HUtoires, IV, 54.

' Voyez BuDsen, Hippolytus and hU âge, 2* édition, tome n« page 348. Le poème de Commodianus a été publié dans le SpMleghtm Soleêmense d*apri's le manuscrit conservé à Middle Hill. Voici le passage du chapitre 37 qui contient la prédicUon. Les

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poussait contre Rome, et les peuples les appelleront les fléaux de Dieu.

L'invasion et la conquête, ainsi prévues et proclamées, sont d'autant moins méconnaissables qu'elles occupent une large place dans l'espace et dans le temps. Nul n'a jamais cru ni enseigné que l'invasion germanique ait surpris le monde romain comme une subite avalanche. Une série de quatre ou cinq siècles, que dis-je ? une série de dix siècles, depuis Tapparition des Gimbres jusqu'aux ravages des Northmans, jusqu'aux croisades, qui continuent à certains égards un mouvement si vaste, d'innombrables infiltrations amenant la barbarie, tantôt humble et docile, tantôt indisciplinable et perfide, jusqu'au centre de la société organisée de l'empire, et y créant mille nouveaux foyers, — outre cela dés coups de violence, de grandes migrations de tribus qui, avec femmes et enfants, venaient occuper, parla force au besoin, des provinces romaines tout entières, et y dépouiller, soit brutalement, soit avec une apparence de légalité, les posses-

GothB venaient de faire une apparition dans la Thrace; TempMieur Dédus venait de succomber contre eux en Mésie, l'an 251.

Eccc Januam pulnt et Jam oognoscitur ense Qui dto trajidet, Gethls imimpentibus, amnem. Rex Âpolio erit cum ipsis oomine dirus Qui persecutionem dissipet sanctorum in armis Pergit ad Romain cnm malta millia geniis Decretoque Dei captÎTat ex parte subactos Muiti senatoram tnncenim capUvi deflebant El Deum cœlonim blasphémant a barbaro Ticti.

Hi tamen gentilet pascunt christianos abiqae Quo8 magis ut fratres requirunt gaodio plenK ^a^l luxuriotM et idola Tana coleotes Peneqomitiir en!m cl senatam sub Jugo mittont

seurs, — il a fallu ces phases diverses, réparties sur un si long temps, pour voir s'accomplir dans toutes ses parties une évolution historique qui a été en réalité profondément complexe et ne saurait être demeurée inféconde.

La première et la principale cause qui rendait TiiH vasion inévitable a été Tirrémédiable affaiblissement de l'empire. César, en passant deux fois de sa pe^ sonne sur la rive droite du Rhin, avait désigné de ce côté à ses successeurs Tespoir anticipé d'une nouvelle conquête, et Auguste en effet, après les expéditicos hardies de ses deux beaux-fils, Drusus et Tibère, avait cru réduire tout le pays jusqu'à l'Elbe : le désastre de Varus était venu le convaincre de son erreur. Gomme compensation de n'avoir pu s'assurer audelà du Rhin une autre province, Rome forma dès lors, nous l'avons vu, sur le sol même de la Gaule et sur la rive occidentale du fleuve, deux prétendues provinces de Germanie, en y comprenant tout au plus quelque étroit territoire de la rive doite, bientôt muni d'une ligne continue de fortifications. C'était marquer aux yeux de tous qu'après avoir pratiqué jusqu'alors une politique oiïensive à Tégard de ses voisins, elle ne prétendait plus, instruite par ses revers, qu'à une attitude purement défensive. Ces fortifications purent servir à prolonger sa défense, mais elles n'empêchèrent finalement ni le retour des incursions ennemies, ni les rapports d'autre sorte avec les barbares. Entre populations voisines, quoique différentes par le degré de civilisation et la race, il ne se peut en aucun temps qu'il y ait uniquement et à toutes les heures des rap-

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: ports hostiles. Peu à peu des rapprochements s'opèrent, un certain équilibre, au moins dans la région

- intermédiaire, s'établit ; des relations commencent, premiers liens facilement rompus par la guerre, renoués plus facilement encore après le départ des combattants. Des Germains étaient venus s'établir sur la rive gauche du Rhin, des Gallo-Romains avaient occupé plusieurs points de la rive droite. Les inévitables rapports de chaque jour appelèrent le commerce et les échanges. Ce qui nous a été conservé d'inscriptions parmi les ruines des villes romaines construites dans la région du Rhin témoigne de quelle activité commune ces riches contrées devinrent l'occasion et le foyer. II sembla que l'énergie et la vie, qui allaient abandonner les provinces intérieures, se réfugiassent en se multipliant aux extrémités de la Gaule. Tacite nous dit formellement que les Marcomans et les Hermundures jouissaient du jus commercii Siscc l'empire*. Ceux-ci avaient la permission de venir faire le commerce, non-seulement sur les rives du Danube, mais jusque dans ce que Tacite appelle la florissante colonie de la province rhétienne (probablement Augsbourg); ils passaient le fleuve et entraient, sans être soumis à la surveillance ordinaire. Quant aux premiers, lorsqu'on pénétra jusque dans leur ville royale, on y trouva des vivandiers et des marchands romains que le négoce y avait attirés, que l'espoir du gain y retenait, et qui avaient fini par oublier Rome au fond de la Germanie. Les conventions commerciales avec les

' Annales, H, 53. ^ertnanée, cbap. xli.

barbares s'étaient ensuite multipliées, non sans de prudentes réserves et de sévères précautions, en assignant aux Germains certains marchés voisins deb frontière que les centurions surveilleraient, et en multipliant les monopoles et les interdictions contre la sortie d'un certain nombre de produits fabriqués oo naturels. Gela n'avait pas empêché les échanges d^ètn fort actifs, principalement sur les bords du Rhin.

Les Romains y venaient demander aux barbares te chanvre et les sapins du Taunus, que des compagnies d'armateurs ou naiitœ dirigeaient par flottage vers les arsenaux maritimes établis dans l'île des Bataves. Us achetaient le bétail, les pelleteries, quelquefois le blé, et surtout un certain nombre de denrées très-^eche^ chées par le luxe et la sensualité de l'époque impériale \ Il y avait un fabricant de manteaux de guerre dans Timportante colonie de Sumlocène, un fabricant depourpreàÂugsbourg. Rome exploitait les carrières du Siebengebirge, d'où viennent les pierres à inscriptions que nous recueillons si soigneusement aujourd'hui dans les villes du Rhin. Nul doute qu'elle n'ait mis également à profit les salines, que les barbares eux-mêmes n'avaient pas négligées ^ Le monument romain qui subsiste de nos jours à Igel, près de Trêves, et dont Goethe admirait les intéressantes sculptures, montre quelle était la richesse de quelques-

* Voir Pline. Histoire naturelle^ VUI, 56, etc. — Voir la fin de notre chapitre premier.

> Tacite. Annales, XIH, 57.

DE L*iKVAS]ON GERMANIQUE. 349

unes des familles romaines établies dans cette région ^ Les Germains de leur côté venaient acheter les produits de Tindustrie occidentale, les étoffes, les ustensiles, les armes. Le Mercure des marchés, Meixurius nundiiiator, présidait à ces mutuels échanges ; autour de lui se raugeait (nous en jugeons par les inscriptions) la foule des divinités étrangères, asiatiques, égyptiennes, celtiques, romaines ou grecques, tant ces frontières de l'empire étaient devenues le centre d'une vie active, le rendez-vous de toutes les nationalités.

Le commerce est une force ; entre les mains d'un peuple énergique, il peut préparer et accomplir à moitié la conquête. Rome le pratiquait encore avec un apparent succès au temps des Antonins, alors que l'extrême Orient, le pays des Sères et Tlnde envoyaient leurs marchandises vers le port de Pouzzoles, où se rencontraient les navires du monde connu. Pourquoi, dans cette autre sorte de lutte, Rome ne trouva-t-elie pas les moyens de réparer ses premiers échecs en face de la Germanie, et d'obtenir, comme il lui était arrivé plus d'une fois en d'autres temps^ des soumissions volontaires se traduisant tôt ou tard par des acquisitions de territoire? L'explication en est simple: elle n'avait plus de vraie force que la majesté de son passé glorieux. Rome avait commis une grande faute, dont les résultats se sont montrés dès les premiers temps de l'empire. La conquête de l'Orient, celle de

* V. Schmidty Éandenlimale der rcemisehen Période und des Bttttelaliers iti Mermudder Vmg^bung, Trier, 184S, iD-4^

rÉgypte, lui avaient valu une aflluence considérable de métaux précieux. Au lendemain de la soumission de la Macédoine, elle s'était trouvée si riche qu'eDe avait affranchi ses citoyens de Timpôt de la capitation; plus tard, Tabondant trésor de Cléop&tre avait permis à Octave de larges et dangereuses distributions aux soldats et au peuple. Rome avait donc cru pouvoir se passer désormais d'un actif développement du travail libre et de la production. D'une part, elle avait demandé à tout TOrient ses plus précieux produits ; de Tautre, elle avait abdiqué presque tout travail entre les mains des esclaves. C'était tarir les sources de la fortune nationale dans le même temps où les métaux précieux étaient, Pline l'Ancien en témoigne *, reconquis par l'Inde, grâce à un commerce sans aucune réciprocité. Rome avait commis la faute d'un riche prodigue qui épuise son trésor; elle avait fait la même fatale méprise que l'Espagne du dix-septième siècle, à qui les lingots des Indes occidentales paraissaient devoir tenir lieu d'agriculture et d'industrie. Rome prolongea et aggrava son erreur. Après s'être reposée sur le travail servile, elle prit, en présence de la dépopulation et de la stérilité du sol, un parti désespéré : ce fut d'appeler ellemême les barbares, qu'elle n'avait pu vaincre, et de * recruter parmi leurs tribus des laboureurs et des soldats. Ces Germains ne se montrèrent d'abord ni assez nombreux ni assez fidèles au souvenir de leur nationalité pour devenir redoutables. Bientôt cependant

« Pline, Histoire naturelle, VI. 26; XII, 41.

DE L*mVASION GERMANIQUE. 35f

ce qui n'avait été d'abord qu'accidentel ou passager devint permanent, avec de plus graves conséquences : le nombre et l'importance s'augmentèrent des groupes barbares qui, soit vaincus et se livrant à discrétion, dedùiciij soit à titre de fédérés, soit comme le tes ou soldats des frontières, entrèrent dans l'empire ^ La multitude de ceux qu'on appelait les dediticii, dispersés par toutes les provinces avec leurs familles ^9 était destinée par Rome à être noyée dans la condition de ce qu'on appelait le colonat, classe considérable formée peu à peu de la dégénérescence de la population libre et du progrès de la population servile, et dont la condition, intermédiaire entre l'esclavage et la liberté, correspondait à la servitude de la glèbe. Ils ne devaient pas quitter la terre qui leur était assignée, sous peine de devenir esclaves. Us pouvaient être vendus avec elle, non sans elle. Le domaine se trouvait-il, par vente, divisé entre plusieurs propriétaires, on devait répartir les colons de manière h ne pas séparer les familles; car ces colons, s'ils n*avaient pas le droit de connubium avec les provinciaux romains, contractaient entre eux des mariages valables, ce qui était refusé aux esclaves; mais leurs enfants héritaient forcément de la condition paternelle. En général c'était, à la vérité, pour les proprié-

* Voir VEssai sur la condition des barbares établis dans Vempire romain au quatrième siècle ^ par M. Léotard, un volume in-8, Franck, 1873.

' Suétone dit de Tibère» cbap. ix : « Germanico bello quadraginta millia dediticiorum trajecit in Galliam juxtaque ripam Rbeni sedibus adaiiputis conlocavit. »

taires un avantage d* avoir de tels colons en vue des travaux de Tagriculture; aussi le gouvernement romain réserva* t-il d'abord pour les terres du lise et surtout les terres incultes ceux des barbares qu'il destinait à cette condition, sauf à en concéder plus tard aux villes pour leurs communaux, aux particuliers pour leurs domaines. Les charges du colon étaient, indépendamment de cette servitude héréditaire de la glèbe, le service militaire, qui seul pouvait Tcloigner, une redevance fixe, acquittée d'ordinaire en nature, et enfin la capitation, iributum capitisj puisqu^il n'était pas esclave. Le Germain, dans cet état, se distinguait du gros de la population en ce qu'il était considéré comme peregrinusj privé comme tel des principaux droits civils, exclu des fonctions publiques.

Autre était la condition des barbares alliés de l'em* pire, fœderati^ socii. Ceux-là n'étaient pas des vaincus subissant les dernières conditions de leurs vainqueurs. Ils avaient traité plus ou moins librement, quelquefois en stipulant des conditions expresses. On voit, par exemple, dans Ammien Marcellin* que, lorsque la jalousie défiante de Constance relègue en Orient le césar Julien, celui-ci recommande de ne pas mécontenter les barbares qui servent sous ses ordres : on s'est engagé, dit-il, à ne pas les faire sortir de Gaule. Les fœderaii ne sont pas soumis aux levées militairespour le service régulier, et fournissent seulement des auxilia temporaires. Les uns servent sans recevoir de terres, et se mettent à la solde soit de

« Livre XX, chap. 4.

, soit des chefs barbares : les Hérules ont longfiguré de la sorte dans les arn)ées de Tun et litre empire sans demander un établissement lais le plus grand nombre obtiennent des terres uverneraent impérial, et y vivent avec leurs ^s en y conservant leurs chefs et leurs coutumes ;nes. Comme ils sont des alliés, sociiy et non rangers, peregrini, ils jouissent du double droit nmercium et de connubium^ c'est-à-dire qu'ils nt légalement faire des transactions et contracàriage en-deçà des frontières. Du reste, selon les ides romaines, à la suite des années de service ire, la tabula honestœ missionis^ c'est-à-dire gé dans les meilleures conditions, confère avec civitatis le jus connubii. De la sorte beaucoup •bares entrés au service de Tempire deviennent ns et voient leur mariage antérieur devenir Comme les soldats, les auxiliaires alliés ne sut nul impôt, ni capitation, ni taxe foncière. >i peu de charges et tant d'avantages, on conçoit îS groupes de fœderati s'étendirent et s'augirent, et devinrent promptement de petits États .'État.

3 troisième condition , intermédiaire entre les :ii et les fœderati^ était celle qu'on désignait nom de Iseti. A partir du temps d'Alexandre Se- Rome avait pris le parti de confier entièrement vétérans, pour les cultiver et les défendre, les ices riveraines des deux grands fleuves qui lui ent délimites, milites limitatiei^ limitanei agri. U, les légionnaires n'étant plus sans doute assez

Dombreux pour les besoins multipliés de Tempire^ oq leur ayait adjoint des barbares, à qui on avait confié, sous les mêmes conditions, Une partie de ces terres^ frontières, désignées dès lors par le nom de terrœU^ ticœ. Les avis sont fort partagés sur le sens et l'origioe du mot iœti: c'est probablement la forme latine d'un mot germanique, lid ou led^ signifiant des troupes auxiliai^es^ La Notitia dignitatum adjoint à ce mot des noms de peuples gaulois, mais il n'en est pas moins certain que ces garnisons étaient purement germaniques, et ces indications désignent seulonmit dans quelles contrées de la Gaule les garnisons étalait cantonnées.

Il y en avait principalement, disions-nous, dans les provinces frontières pour la garde du limes et des castella. Ils devaient entretenir le bon état des fortifications, interdire rentrée dans l'empire, et se plier d'ailleurs au même service que les vétérans^ auxquels ils étaient adjoints. Les terres concédées leur appartenaient, mais ils ne pouvaient les transmettre quà des Lètes, et leurs fils héritaient de leur condition. Ils étaient personnellement libres et ne supportaient pas

1 L'abbé Dubos veut qae ce nom désigne des barbares joyeatf (Ueti) d'être les sujets de Tempire. C'est là une explication trop naïvement conforme au système du subtil abbé pour n'être pa> fort suspecte. Voir son Histoire critique de Vétabliisemeni de fo monarchie française dans les Gaules^ tome I, page 104, de TéditioB in-quarto. On peut consulter sur les lètes un chapitre de M. Gb.Giraud, dans son Essai sur f histoire du droit français au fnoyen âçt, dont un bon juge, M. Roth, Geschichte des Benefidalwesêns^ page 46, a dit qu'il épuise la matière : Eine sehr erschœ^fende Dat' stell ung.

DE L*lKVASiON GERMANIQUE. 355

d*impôts ; ils paraissent avoir joui du droit de connu- ^ 6ûim, et la loi de 370, qui leur interdit le mariage ■gvec les filles des provinciaux, loi purement tempo- P^ire, témoigne seulement de la crainte que finit par inspirer la présence de ces nombreux corps étrangers. Disposés par groupes de même origine, ils avaient fonv prœfecti des chefs de leur nationalité, et ils conservaient tout au moins les traditions de leur droit privé.

C'étaient là, à n'en pas douter, autant d'envahissement» successifs des barbares dans l'empire. Rome pouvait y opposer jadis une cohésion politique et une force d'absorption qui triomphaient aisément d'uùe barbarie encore confuse et peu disciplinée ; mais l'énergie romaine s'était depuis lors amoindrie, tandis que la Germanie, instruite par la lutte, s'était en quelque mesure organisée à l'intérieur, de manière à ne plus envoyer au dehors que des éléments résistants ou moins prompts à se dissoudre. Ces premières et lentes iufiltrations étaient bien le commencement de la conquête : l'ennemi prenait position au centre de la place, s'apprétant à donner la main aux prochains agresseurs. A la veille même de la grande invasion |. de 406, Tévéque Synésius, adressant ses doléances à Prempereur d'Orient, jetait dans son Discours sur la royauté un vrai cri d'alarme : « La garde de la patrie et des lois appartient, disait-il, à ceux qui ont intérêt à les défendre. Ce sont là les chiens dont parle Platon, prédestinés à la garde du troupeau. Que û le berger mêle les loups à ses chiens , il aura beau les prendre jeunes et chercher à les apprivoiser, mal-

heur à lui ! Dès que les louveteaux auront senti i& faible^se ou la lâcheté des chiens , ils les étrangleront, et avec eux le pasteur et le troupeau... Lonqu'on songe à ce que peut entreprendre dans un moment de péril pour TÉtat une jeunesse étrangère, nombreuse, formée par d*autres lois que nous, ayant d'autres idées, d'autres coutumes, il faut avoir perdu toute prévoyance pour ne pas trembler. La pierre de Sisyphe est suspendue par un fil sur nos têtes. Que le moindre espoir de succès se présente à eux^ nous verrons quelles arrière-pensées nourrissent en secret nos défenseurs d'aujourd'hui... Les barbares sont tout, qu'on les éloigne de partout ! Que les magistratures leur soient fermées et surtout la dignité sénatoriale, ce comble des honneurs romains... Quoil il n'y a pas une seule de nos familles où quelque Goth ne soit homme de service ! Dans nos villes le maçon, le porteur d'eau, le portefaix, sont des Goths!... » Voilà certes une curieuse page et un vivant tableau. Nous reconnaissons à cette propagande envahissante, à cette domesticité perfide, la première phase de l'invasion germanique : l'abbé Dubos a eu raison de mettre en lumière les relations pacifiques entre Romains et barbares, et l'on doit, pour avoir une juste idée de l'ensemble, y insister; mais il en faut comprendre le sens et en suivre les conséquences inévitables : il faut observer les efforts multipliés des empereurs pour contenir les groupes établis en-deçà des frontières, quand par exemple, dépassant les limites assignées, ces groupes empiètent sans scrupule autour d'eux sur le domaine public

DE l'invasion germanique. 357

\i\ les propriétés particulières. Cette période de l'inasion en suppose et en amène évidemment un autre, [uî est de conquête ouverte et souvent violente-

C'est ici qu'on oppose les traités conclus entre es barbares et la cour romaine. En effet, à la veille le presque tout établissement germanique dans Tinirieur de l'empire, les textes contemporains menionnent une sorte d'accoid ou même une cession im- 3ériale faite, suivant les apparences, en bonne forme )t du meilleur gré du monde. Le malheur est que, ians la réalité, ces alliances, dès le commencement le la lutte, sont prodiguées d'un côté, violées de 'autre avec une aisance égale, et qu'au lendemain de ^s bénévoles cessions de territoire plus ou moins luthentiques, les mêmes récits nous montrent presque toujours les barbares procédant à une dépossession des Romains. Prenons garde d'être dupes d'un CDot par lequel les écrivains désignaient simplement l'effort peu efficace des empereurs pour mettre la [nain sur ceux des chefs barbares qu'ils avaient le plus à redouter. Arminius, le héros de la Germanie, ivait, lui aussi, son fœdiis avec Rome, — il est appelé ians Tacite violator fœderis^ ; croit-on qu'il pouvait 5*agir d'un acte diplomatique bien sérieux? Pense-t- >n qu'on retrouvera quelque jour sur une plaque de Dronze les articles de ce traité avec les signatures et es ratifications? Il y a une scène (précisément elle )uvre la période des grandes invasions et de la conquête proprement dite) qui montre bien ce qu'étaient

I Annales^ I, 68.

358 ROME ET LES BAltDAKES.

ces traités. Elle a été parfois interprétée trop exclusivement, croyons-nous, dans le sens de Id thèse romaniste; il suffit de la lire dans Thistorien couteniporain qui nous Ta transmise, en prenant soin de la commenter lui-même, pour en avoir une impresàon assez différente et sans doute plus juste : il s'agit de l'entrée des Goths dansTempire en 375.

Chassés de leurs demeures par les Huns, ces ba^ bares se présentent en foule sur la rive gauche du bas Danube et demandent à être admis dans l'empire, s'oCFrant, bien entendu, comme faisaient déjà les Cimbrcs, à cultiver les terres qu'on leur concéderait et à servir en auxiliaires. Quand leurs messagers vinrent trouver l'empereur, dit Ammien Marcellin', les courtisans applaudirent; ils exaltèrent à l'envi le bonheur du prince, à qui la fortune apportait des recrues inopinément et des extrémités du monde. Vite il fallait un bon traité. L'incorporation de ces étrangers dans Tarmée romaine allait la rendre invincible; le tribut que les provinces devaient en soldats, converti en argent, augmenterait indéfiniment les ressources du trésor; l'empire y gagnerait sécurité et richesse*. L'empereur Valens conclut donc avec

^ Livre XXXI, chap. 4.

^ Ailleurs encore Ammien Marcellin exprime les mêmes senlimeats à propos d*une pareille concession de Tempire à une autre tribu barbare: On allait en finir, disaient les courtisans, avec toute guerre extérieure; Tempire gagnait un accroissement de population considérable, un fertile recrutement, et aussi un soulagement pour les provinces, « toujours pressées, ajoute Tbistorien, de racheter à prix d*or Timpôt du sang, transaction trop souvent préjudiciable à la chose publique; — au ru m gratanterpro-

DB l'invasion germanique. 3o0

les chefs des Goths une convention stipulant l'admission des barbares, une distribution de vivres aussitôt après la traversée, et la concession de terres en Thrace. On dépécha aussitôt de nombreux agents pour faire opérer le passage; on se donna beaucoup de peine pour que nul de ces destructeurs de Tempire, c'est Ammien qui parle, ne reBtàt sur Tautre bord, fût-il atteint de maladie mortdle, navabatur opéra diligens ne qui romanam rem eversurus dereliiiqueretur, vel ^uassatiis morbo lethali. Jour et nuit, en vertu de l'ordre impérial, ces Goths redoutables, ù^culenta plebs, entassés sur des barques, des radeaux, des troncs d arbre creusés, furent transportés en-deçà du Danube. La presse était si grande que plus d'un périt dans les flots. Tant d'empressement et de labeur pour introduire le fléau et la ruine du monde romain ! Jia iurbido insiantium studio or bis romani pemicies ducebatur! A-t-on assez remarqué ces expressions d'Ammien Marcellin? Voilà, il faut en convenir, un narrateur romain beaucoup moins romaniste que l'abbé Dubos. Il ne semble pas compter pour beaucoup le traité conclu avec les Goths; lui qui est mort vers 390, c'est-à-dire avant que l'invasion ne fût consommée, il prévoit fort bien la chute de l'empire, et De conserve aucune illusion. On ne saurait dire, après l'avoir lu, que les contemporains n'aient pas eu l'idée d'une conquête : ce serait d'ailleurs oublier le langage constant des Pères de l'église, les témoignages de l'émotion populaire, les singulières prédictions par

vincîaleBOorporibus dabuDt, quœ spes rem romaDam aliqaoties adgravavit »

OÙ elle se traduisait, les pressentiments enfin des chefs barbares eux-mêmes. Pour ce qui est des Goths, on sait ce qui suivit. Une fois le Danube franchi, la cupidité des fonctionnaires impériaux irrita les hnmigrants, qui se révoltèrent; en même temps, leur traité avec Tempereur ne les avait pas empêchés d'appeler de nouvelles tribus auxquelles le passage avait été précédemment refusé. 11 fallut que Tempereur Valens marchât avec son armée contre ses alliés d'un jour, si promptement rebelles. Il les rencontra près d'Andrinople et subit une entière défaite, qu'Ammien Marcellin place au-dessus du désastre de Cannes. Valens blessé s'était réfugié dans une cabane : ils l'entourèrent de paille et de bois, et la brûlèrent avec tous ceux qu'elle contenait*. Ce que devinrent les provinces romaines ainsi occupées, Jopnandès nous le dit assez clairement : « Les Goths ne furent plus là des étrangers ni des fugitifs, mais en citoyens et en maîtres ils commandèrent aux possesseurs de terres. Us tinrent ^ous leur autorité, suo jure, toutes les provinces septentrionales jusqu'au Danube... Us s'établirent comme ils l'eussent fait sur

* On peut voir dans Ammien Marcellin, XIX, xi, un autre exemple de pareille révolte suivant immédiatement un accord ou traité conclu eutre Tempereur et une tribu barbare des bords da Danube. — Les Vandales aussi accepteront des conventions et feront des promesses : on peut citer deux traités formels, en 435 et 442» entre eux et Tempère ur. Ces traités leur assignaient une partie seulement de la province d'Afrique. On n*en voit pas moins clairement par les deux récits de Procope et de Victor, évéque de Vita, qu'ils n'observèrent dans leur prise de possession aucune règle, et dépouillèrent sans pitié les habitants.

leur sol nata^. » De pareils témoignages sont formels: il est évident qu'il s'agit d'une prise de possession, d'une conquête véritable au lendemain d'un semblant de traité. On retrouvera, il est vrai, les Visigoths établis en des cantonnements assignés par l'empire; ils se conduiront quelquefois en dociles auxiliaires; leur chef Âlaric tiendra beaucoup à obtenir le titre de maître des milices; tout cela prouvera seulement que l'empire en détresse se prêtait de lui-même à l'invasion, et que certains chefs barbares savaient fort bien trouver dans ces dispositions un moyen de succès.

On verrait se représenter presque pour chaque province de rOccident le même aspect que nous a offert l'entrée des Goths dans la Mésie^ car l'invasion et la conquête ont procédé, peu s'en faut, partout de la même manière, suivant les traits généraux que nous venons de signaler. Une longue période d'infiltration a précédé ; non-seulement sur toute la ligne des frontières intérieures, mais au centre des provinces romaines, elle a multiplié les groupes de barbai'es, d'abord isolés et dociles, très-portés plus tard à l'indépendance, à l'usurpation, à la révolte. Une seconde période a couvert ses violences du prétexte perpétuel de conventions que les historiens contemporains nous

CœperuDt Gothi jam non utadvena; et peregrini, sedutcives et domini possessoribus imperare, totasque partes septentrionales Qsqae ad Danubium suo jure tenere... Tbraciam Daciamque hpensem, tanquam sologenitali positi, cœperunt incolere. i* Jornandès, De Geiarum sive Goihorum origine et rébus gestis^ chap. XXVI , à la fin.

attestent, il est vrai, qui ont pu quelquefois profitera i'erapire, mais qui n'avaient plus de réelle importance depuis qu'il était hors d'état de les faire respecter.Enfin la dépossession des vaincus, tantôt restreinte et légale, tantôt brutale et étendue, est venue confirmer et sceller le fait de la conquête. Voyons ces traits se vérifier dans la Gaule romaine parmi tout un ensemble de circonstances particulières qui ne sauraient les effacer.

Par sa situation géographique et par ses ressources infinies, la Gaule était devenue pour Rome la clé de voûte de l'empire^ au moins dans l'Occident. Sans elle, la Grande-Bretagne n'obéissait plus, l'Espagne et jusqu'à l'Italie n'avaient plus de protection. Avec elle au contraire, l'empire acquérait un équilibre et une solidité que ses ennemis ne pourraient entamer tant qu'il ne cesserait pas de se défendre et de se protéger lui-même. Pourtant l'esprit d'indépendance et de changement qui avait toujours animé les Gaulois, et que les fautes du gouvernement romain excitèrent, prépara de ce côté longtemps à l'avance les voies à la conquête. La Gaule a été souvent représentée comme la plus docile et la plus dévouée des provinces romaines. Les villes, il est vrai, s'y sont promptement modelées sur la capitale de Tempire; ellus ont eu, comme elle, de splendides monuments, de savantes écoles, de brillants rhéteurs. Les negotiatores italiens venaient y faire fortune et y créaient sans doute, pour un temps, des sources jusqu'alors inconnues de forlune publique et privée*. Mais les campagnes semblent

» Cicéron, Pro Fou /«io, cha p. iv.

n'avoir eu qu^une faible part à celte prospérité factice. Rome les avait négligées, elle les avait abandonnées €n proie à l'insuffisante culture des latifundia^ C'était préparer insciemment un refuge pour ce vieux sentiment gaulois d'indépendance qui avait survécu à la conquête de César. Écoutez déjà Cicéron dans le Pro Fonteio, Après qu'il a mis à part les Marseillais fidèles et la colonie de Narbonne, quelle défiance et quel mépris des Gaulois! « Doutez- vous, Romains, que ces peuples ne soient au fond du cœur et ne se montrent au dehors les ennemis de notre nom? Voyezles parcourir le forum la tête haute et avec un air de triomphe : ils voudraient nous épouvanter des sons horribles de leur barbare langage*. » L'histoire des rapports entre l'empire et la Gaule offre, de la part de celle-ci, des séries presque continues de tentatives d'affranchissement. Au temps d'Auguste même, Drusus avait dû profiter de la fêle religieuse célébrée chaque année auprès de Lyon pour ramener à l'obéissance un certain nombre de chefs déjà fort alié&és, et prévenir •une révolte imminente ^ Deux Gaulois, Florus et Sa- <;rovir, purent lever contre Tibère une armée de 4U,000 hommes, et Florus faisait dès lors remarquer à ses complices, en leur vantant l'occasion, que les légions n'avaient plus de force réelle que celle des

* Peut-être y a-til une preuve de cette prédominance des villes eu Gaule dans la circonstance que beaucoup de noms de peuples y ont fini par ne plus désigner que les villes: Redones, Rennes, £Uuriges, Bourges, ParlsUy etc.?

• Pro FonteiOf chap. xiv.

' Dio, livre LIV, page 563.

auxiliaires barbares qu'on leur adjoignait, nihilvalidum in exercitibus nisi quod extemum \ Claude fit entrer au sénat, il est vrai, les nobles de la Gaule chevelue, mais il persécuta le druidisme, et son successeur Néron eut à combattre le Gaulois Vindex. Pendant Tannée de Fanarchie, quand se succédèrent si rapidement Galba, Othon, Vitellius, quand Rome trembla de Tincendie du Gapitole, ce fut un oracle attribué aux Druides qui déclara que les temps de Rome étaient accomplis. Le rival d'Othon fut proclamé, non-seulement par ses légions de Germanie, mais aussi par les gouverneurs gaulois de la Belgique et de la Lugdunaise : la coalition avec les Germains était dorénavant Télément principal et redoutable de ces insurrections contre Rome. Lorsque, sous Vespasien, à la voix de Velléda, le Batave Civilis soulevait les tribus du nord, il avait pour complices deux Trévires et un Lingon, et leur double mot d'ordre était: indépendance germanique, empire gaulois. La Gaule fut, à la vérité, prospère et tranquille pendant la période antonine, mais des trente usurpateurs qui, au milieu du troisième siècle, ruinèrent la paix publique, neuf venaient de la Gaule. Elle soutint contre Probus des prétendants tels que ce grossier Proculus qui, se disant d'origine franque, exerçait le brigandage comme les Francs et recherchait leur alliance. Elle appuya Garausius et AUectus, qui se rendirent indépendants en Grande-Bretagne et y portèrent, au temps de Dîoclétien, la pourpre pendant près de dix

* Annales, HI, 40.

inées. Carausiiis était lui-même né en Gaule; il était distingué d'abord par ses fidèles services, soit mtre les Bagaudes, soit contre les Francs et les ixons. Puis, menacé d'une disgr&ce, il avait fait •mme tant d'autres de ces chefs barbares enrôlés au rvice de Rome : il avait tourné contre elle, en préndant s'imposer comme empereur, les armes qu'elle i avait confiées. Pendant toute la seconde moitié i quatrième siècle, la Gaule lutta, d'abord contre s fils de Constantin, en mettant à sa tète des Gerains, tels que le Franc Magnence et le Franc ilvanus, puis contre Gratien et Valentinien II, avec s usurpateurs Maxime et Eugène. Le cinquième ècle offrirait une pareille suite d'entreprises gauises contre une Rome déjà presque abattue, soit rsqu'un aventurier dont la fortune était de porter

grand nom de Constantin, après s'être fait proamer empereur par les légions de la Grande-Bregne, vint fixer sa résidence à Arles, et se fit icepter un instant comme collègue par le fils du *and Théodose, soit quand deux nobles gaulois, îux frères, Jovin et Sébastien, prirent, eux aussi,

pourpre avec l'appui d'un roi burgunde, soit enfin rs du règne éphémère de Flavius Avitus, proclamé Toulouse, dans le palais d*un roi goth, et relégué latorze mois plus tard dans un couvent par un înéral romain, né Suève, petit-fils d'un roi visi- )th, et dont la volonté faisait et défaisait les débiles npereurs.

Du reste ce sont, aux quatrième et cinquième ècles, des parties entières de la Gaule qui se déta-

oheut de Tempire, en môme temps qu'une permanente révolte des paysans atteste l'excès de la dissolution intérieure. A l'ancienne et perpétuelle cause d'insurrection populaire qu'offraient depuis si longtem[)s les ravages de la détestable fiscalité impériale^ était venu s'ajouter le contraste de l'indépendance dont jouissaient, au milieu même de la Gaule, les nombreux corps suèves, vandales, francs, que Rome y avait jadis établis à titre de Lètes, et qui y étaient devenus insensiblement possesseurs et malti*es. Le soulèvement des Bagaudes agita la Gaule durant plus d'un siècle, sans cesse renaissant avec des alternatives inouïes de succès et de revers. On vit ces paysans assiéger une grande ville comme Autun pendant sept mois, et la piller finalement. L'insurrection, au commencement du cinquième siècle, couvrit une grande partie de la Gaule et de l'Espagne. L'antique esprit national, que la conquête romaine n'avait pu détruire, renaissait et réagissait avec énergie. Cette agitation conduisit des peuples entiers à se détacher et à rompre ouvertement avec l'empire. Rome ellemême, dans sa détresse, retirant ses légions, Rome évacuant la Grande-Bretagne et une partie des Gaules, les cités abandonnées s'organisèrent chacune à part, créèrent des milices, et, retrouvant peut-être encore quelques-unes de leurs traditions indigènes, non entièrement effacées, se donnèrent un gouvernement, une administration locale. Un édit d'Honorius en date du 18 avril 418, qui convoquait à Arles une assemblée annuelle composée de fonctionnaires, mais aussi d'un certain nombre des plus riches proprîé-

DE l'invasion germanique. 367

taires', fut peut-être une concession à Tesprit de liberté st un retour vers les anciennes franchises gauloises : on $e rappelle ce que dit Tacite du rôle de rassemblée de Reims pendant la guerre de Givilis'. Nous ignorons ji les empereurs tentèrent de pareils efforts pour reenir le reste des Gaules, mais en tout cas il n'était )lus temps. A l'exemple de la Grande-Bretagne, pluiieurs contrées gauloises s'étaient affranchies. Voici )e que nous apprend Zosime' à ce sujet. Voyant la 'aiblesse où étaient tombés les empereurs, dit-il, les )euples barbares d'au-delà du Rhin conçurent Taulacieuse pensée d'envahir chacun la province de l'em- )ire qu'il souhaitait de piller. Leurs déprédations causèrent des maux sans nombre. Elles obligèrent d'un ;ôté les habitants de la Grande-Bretagne à secouer 'obéiaeance de l'empire et à ne plus reconnaître lauorité de ses magistrats. D'un autre côté, l'exemple les Bretons fut suivi par les peuples du tractus amio- 'iciis et par ceux de quelques autres provinces des jaules, qui chassèrent les fonctionnaires impériaux, >e mirent en liberté, et constituèrent chez eux une sorte de gouvernement républicain*. La chronique le Prosper dit en outre, à l'année 409 : « Dans ce :emps l'autorité qu'avait l'empire sur la Grande-Breagne fut entièrement perdue à cause du mauvais

< Les sept provinces étaient la y ieno Oise, les Alpes maritimes, es deux Narbonnaises, la Novempopulanie et les deux Aquitaines.

' Histoires, IV, 67.

" ^historien byzantin Zosime était avocat du Gsc sous Honoius et Thcodose II, au commencement du cinquième siècle.

* Zosime, livre VI, chapitre 5.

état des affaires romaines, n Ce dernier passage noos donne la date du soulèvement des Gaules, puisqu'il suivit immédiatement, selon Zosime, celui de la Grande-Bretagne. La province d'Armorique comprenait tout le littoral nord-ouest de la Gaule : c'était donc une portion très -considérable du territoire gaulois qui ne devait plus compter dans l'empire: elle était perdue' pour Rome à jamais, car, après avoir maintenu son indépendance plus de trois quarts de siècle (quatre-vingt-sept ans), elle ne devait faire sa soumission qu'à Glovis, au lendemain de son baptême.

D'autre part la Gaule, aussi bien que les autres provinces, reçut de bonne heure des Germains vaincus ou volontairement soumis. On les y acceptait oomme ailleurs h titre d'auxiliaires, de lètes ou de «qIods. Déjà, à la suite des Teutons et des Cimbres, une tribu de même origine, les Aduatiques, s établit entre la Meuse et l'Escaut; à la suite d'Arioviste, jusqu'à trois tribus occupent le pays d'Alsace. Quatre cents cavaliers germains viennent aider Jules César contre Vercingétorix ; il les aura encore avec lui au passage du Rubicon et à Pharsale, et ce sera l'origine de cette garde tudesque des empereurs qu'on verra se mêler aux émeutes de Rome dès le temps de Vitel- . lius, et qui se perpétuera dans Byzance jusqu'au temps des croisades parles célèbres Véringues. Agrippa, le ministre d'Auguste, avait transporté des milliers de Bataves dans la Gaule belgique, et depuis, suivant son exemple, les Romains introduisirent, nous l'avons vu, des groupes nombreux de barbares

Dt l'invasion germanique. 369

dbns Tintérieur de la Gaule. Les Francs aussi pénètrent dès le troisième siècle. La Nolitia dignitatum^ cette sorte d'almanach impérial dressé vers 400, les montre établis à titre de lètes dans la Gaule occidentale et sur les rives du Rhin, dont la garde leur est confiée : ce n*est pas par eux, c'est par d'autres peuples d'origine également germanique que la Gaule romaine verra les premiers royaume» barbares se former sur son territoire.

Ainsi préparées, l'invasion et l'occupation germaniques de la Gaule se sont accomplies de trois côtés et par trois peuples différents au lendemain de la grande invasion de 406. Les Visigoths arrivent en 412, ppr le sud-est. Ils viennent d'Italie, où, sous leur grand chef Alaric, ils ont pris Rome, ce qui est déjà signififeatîf. Ataulf, son successeur, fait passer les Alpes à cette multitude de soldats, de femmes et d'enfants. Narbonne, puis Toulouse et Bordeaux sont forcées d'ouvrir leurs portes. Il est vrai que, presque aussitôt, en 414, sur l'invitation du gouvernement impérial, ils s'en vont en Espagne reprendre les provinces romaines que les Alains et les Vandales, après avoir forcé la ligne du Rhin et traversé en courant toute la Gaule, venaient de lui enlever. Les empereurs donnaient très-volontiers ainsi à des chefs bai'bares la mission d'aller reconquérir les territoires iqne d'autres bar^ bares avaient usurpés. Ces chefs, s'ils revenaient vainqueurs, déclaraient^ pour peu qu'on les en pressât, n'avoir triomphé qu'au nom de l'empire. Chacun y trouvait son compte, à des titres divers: cela servait la vanité des uns et la cupidité des autres. Quand les

370 ROME ET LES BARBAREff.

Goths sont de retour en Gaule, cinq ans après, Honorius leur donne en récompense un vaste pays, la s^ conde Aquitaine, depuis Toulouse en suivant les rives de la Garonne jusqu'à la mer*. Voilà, il est vrai, des concessions formelles; mais il ne faut pas croire que les barbares se contentent longtemps de ce qui leur a été assigné ; leur royaume comprend bientôt, a?ec TEspagne entière, toute la Gaule au sud de la Loire: TAuvergne est cédée à leur roi Euric par l'empereur Julius Nepos en 475*. Dira-t-on, en rappelant cette mission en Espagne et cette double concession impériale, qu'il n'y a ptis eu conquête au sud de la Loire de la part des Goths? Les contemporains eux-mêmes répondront. Sidoine Apollinaire ne s*élève pas seulement comme évéque de Glermont contre des ennemis ariens et persécuteurs, il parle aussi comme citoyen

< Ce fut le patrice romain Constance qui fut chargé de cette nt' gociatioD ! « Gothi, per Constantinum ad Galliaa revocati, aedes in Aquitanicaa Tolosa unque ad Oceanum acceperuot. » Chronique dldace, ad annum 419. — « Constantius patricius paœm firmat cum Vallia, data eidem ad inhahitaudum secunda Aquitania et quibusdam civitatibus conHulum provinciarum. » Chronique de Prosper d'Aquitaine, ad annum, — « Exinde barbari cam Honorio fœdus percuwerunt et Placidiam sororem et Attalom ei trtdiderunt, cum priusipei annonasab imperatore et quamdam Gailin partem ad agroa «lecrieDdos accepisseut. » Histoire ecclésias- Uque de Philostorge; livre XII : extrait conservé par Photios. Voir le recueil de dom Bouquet, Rerum gaUicarum et ftanàcarum scriptores, tome I, page 60 i.

* n faut lire dans les RéciU de rhUtoire romaine au cinç[uième siMe: derniers temps de C empire d'Occident d'Amêdée Thierry, pages 226-234 de la 4» édition, le trcs-curieux détail de cette coiqucte de l'Auvergne par le roi Euric.

le l'empire quand il se plaînt, dans une de ses lettres ', le ce que les barbares ont envahi son territoire et 'ont conquis par les armes, a C*est le triste sort de lotre Auvergne, dit-il, d*être ouverte à leur irruption, ^ous excitons particulièrement leur haine en ce que lous sommes le dernier obstacle qui les empêche de retendre jusqu'aux rives de la Loire; leur farouche imbition dévore à l'avance l'iqiMrtune barrière. » [ornandès ne s'y trompe pas daimotage quand il dit jue le roi Euric, voyant l'instabilité des empereurs le Rome, prétendit s'emparer de la Gaule et la tenir le son plein droit, crebram mutationeni romanorum orincipum cernens^ Gallias suo jure nisus est occuoare^^ ou bien lorsqu'il ajoute peu après': «Le roi Suric fut tué dans la dix-neuvième année de son règne; il possédait de son plein droit, jure proprio^ 'Espagne et la Gaule. » Salvien 1^,i$X pas d'un autre sentiment alors que, s'élevant ocNitre les vices et la corruption des habitants de l'Aquitaine, il leur montre ]u'ils ne doivent pas s'étonner si Dieu a transporté eurs terres entre les main§ des barbares et si un jrand nombre d'entre eux est privé de patrie*. Il ne s'agit pas ici de déclamation : ces expressions des contemporains n'auraient offert absolument aucun sens, ril n'y avait eu qu'une juxtapcMition de peuples par suite des traités au lieu d'une oûHqpiéte.

« Livre VH. leUre 1".

' JornaDdès, chap. xlv. «

^ Ibid.^ chap. xltii.

* « Et miramur si terr» velAquitaoorum vel nostrorum omnium 1 Deo barbaris datie sunt! Salvien, » livre VU, chap. e.

La partie orientale de la Gaule fut occupée par les Burgundes*. Quelques témoignages contemporaiw les représentent, il est vrai, comme ayant été d'humeur pacifique-, il n'est pas douteux qu'ils n'aient eu, eux aussi, des conventions avec l'empire, et leuis rois portaient à l'envi les titres romains de maître de la cavalerie, de comte et de patrice. L'un d eux, oigismond, écrivait encore au sixième siècle à l'empereur Anastase, par l'intermédiaire d'Avitus, évêquc de Vienne * : e Le dévouement qui a toujours lié mes ancêtres à votre personne et à celle de vos prédécesseurs fait que, de toutes nos dignités, la première à nos yeux et la plus éclatante est celle que votre majesté nous a conférée avec le titre de maître de la milice ; mes aïeux ont toujours attaché plus de prix à ce qu'ils ont reçu des empereurs romains qu'à ce qu'ils recueillaient de l'héritage de leurs pères ; de sorte que, bien que nous paraissions commander à notre peuple, nous ne nous regardons en réalité que comme vos soldats. » D'autre part cependant c'est le peuple des Nibelungen ; Ammien Marcellin les dit très-re-

> Geschichte der Burgunden bis zu ihrer Einverleibung in'9

frdnkUche Reieh, par Hermann Derichsweiler, Munster, 18ft3,

1 vol. in-8. -— Dos Bur^ndisch-romanUch Konigreich von 443

hii 532. Eine Reick»-wid RechtsgeschUhtliche Vnterswhmg^ par

M. Binding, profeanur à Bàle, Leipzig, tome 1*', 1866, in-8. —

Deux intéressantes recensions de cet important travail ont en

outre paru : lo dans les Gùitingi$che geUhrte Anzeigen, par

M. Georg Kauffmann, 3 février 1869, page 161; 2*» dans VHUtO'

riiche Zeitschr\ft de M. de Sybel, tome I^^ de l'année 1869 : étude

de M. Boretius.

' Avitt Viennensis epistola XXm.

DE l'invasion germanique. 373

doutables, et, selon Jornandës, ils ravagèrent pendant plusieurs années les provinces frontières. Il fallait bien qu'ils fussent tout au moins gênants, puisqu'Aétius dut marcher contre eux avant de les avoir pour alliés à Ghâlons. Le gouvernement impérial leur concéda des terres en Savoie, nous dit-on; mais y restèrent-ils paisiblement enfermés? Non certes, ils s'étendirent fort au-delà, et le royaume burgunde comprit bientôt tout le pays de Genève, Besançon, Lyon et Vienne, que les empereurs apparemment ne leur avaient pas donné. Volontiers du reste on leur aurait offert une nouvelle concession pour qu'ils prissent moitié moins.

Nous avons, ce semble, pour nous convaincre que les Visigoths et les Burgundes se sont établis au sud et à l'est de la Gaule par une véritable conquête, une sorte de preuve décisive dans leurs lois, qui nous sont restées. Ces lois attestent une dépossession légale du sol, exercée en certaine proportion contre les Romains vaincus. Voici par exemple comment s'exprime la loi des Visigoths dans un de ses articles, intitulé Du partage des terres entre le Goth et le Romain :■ « Que nul ne porte atteinte d'aucune façon au partage des terres labourables et des bois entre le Goth et le Romain, là où il sera prouvé que ce partage a été fait. Que le Romain ne revendique ou ne réclame pour lui rien des deux parts qui reviennent au Goth ; que le Goth, de son côté, ne revendique et n'usurpe rien du tiers qui appartient au Romain, à moins çi'îl n'en doive quelque chose à notre libéralité. Les partages faits par les parents ou les voisins, que les

descendants les respectent *. » Un autre article de la même loi veille encore à ce que le tiers du Romain Ile puisse être usurpé. Or quel autre sens peut-on attribuer à cette expression, divisio terrarum, que celui du partage des terres? Et comment le mot terfia signifierait-il ici autre chose que la troisième pa^ tie du domaine divisé? On a dit que les barbares» loin de déposséder les Romains, n'auraient fait, au grand plaisir de ceux-ci, que s'établir en métayers sur leurs terres, en leur remettant chaque année une portion des fruits, le tiers suivant la loi des Visigoths. Nous cherchons en \ain des textes et quelque vraisemblance historique dont puisse s'autoriser cette opinion. Qu'on veuille se reporter au texte principal de la loi, que nous avons cité tout à Theure. S'il s'agissait de fermage ou de métayage, le législateur dirait-il : le partage des terres, divisio terrarum facta^ divisio fada de portione terranim ? Il parlerait du pacte, du contrat concernant les fruits. Défendrait-il au Goth d'usurper le tiers appartenant au Romain? Il lui interdirait seulement de retenir cette redevance du tiers des fruits dont on croit qu'il serait redevable.

^ De divisione terrarum inter Gothum et Romanum. Divisio intcr Gothum et Romanum facta de porUone terrarum sive stivarum nuUa ratione turbetur, si tamen probatur celebrata divisio. Nec de duabus partibus Gothi aliquid sibi Romanus praesumat aut vindicet : aut de tertia Romani Gothus sibi aliquid audeat vsurpare aut vindicare, nisi quod de nostra forsitan ei fuerit largitate donatum. Sed quod a parentibus vel vicinis divisum est, posteritas immutare non tentet. Loi des Visigoths, livre X, titl% g 8. Voir le tome V\ page 6 18, de Walter, Corpus jaris gernuaàà" antigui.

Le Golh, mis en possession comme métayer de tout le domaine qu'il doit cultiver, n'aurait pas à en usurper un tiers, ou du moins ce serait en ne ne payant pas qu'il commettrait une sorte d'usurpation, et la loi le ferait entendre.

Les traits particuliers viennent à l'appui. Nous venons de voir le roi barbare réservant à sa propre libéralité le droit de disposer, au profit d'un Goth, même de ce tiers unique destiné au Romain; or Sidoine Apollinaire, dans sa correspondance, signale plus d'un exemple de ces grâces ou de ces refus arbitraires. Lampride, rhéteur bordelais, a recouvré son domaine par la seule faveur du roi Euric. Sidoine ^ l'en félicite en rappelant Virgile, victime, lui aussi, d'une violente spoliation que répara une faveur princière :

Tu jam , Tityre, rura post recepta, Myrtos in ter et platanona pervagatus Puisas barbyton.

Lampride pouvait répondre par des sentiments de condoléance aux félicitations de son ami. En effet Sidoine, par suite de la mort de sa belle-mère, avait dû entrer en possession d'un petit héritage, d'un de ces tiers que les Goths étaient tenus de respecter. En vain s'était-il rendu à Bordeaux pour invoquer la faveur d'Euric; le roi, occupé, dit-il, de répondre à l'univers soumis, n'avait pas eu le temps d'écouter sa prière. En vain, pour h&ter la conclusion, offrait-il de

« Livre VUI, leUre 9.

sacrifier la moitié de ce tiers ; il ne put rien obtenir \ C'étaient en effet des vaincus, ces grands personnages de Rome ou de la Gaule ; c'était un vaincu, ce Paulin de Pella, riche propriétaire bordelais, qui, dans son petit poônie de VEiccharisticum, contemporain de la conquête, nous a transmis ses gémissements. S'il ne reçut pas tout d'abord quelque hôte barbare sur son cher domaine ^, ce fut pour le voir exposé davantage encore au pillage des soldats. La malencontreuse dignité de comte des largesses sacrées qu'Attale, cette ombre d'empereur, lui avait conférée en un tel moment, ne servit qu'à le désigner aux spoliations. Il avait quelques biens en Épire, comme autrefois Attieus, l'ami de Cicéron, et il aurait pu s'y retirer; mais, l'amour du pays le retenant, il s'en alla vieillir à Marseille dans l'abandon et la pauvreté.

Il ne faut pas dire ni que la loi que nous venons de citer consacre seulement un état de choses fort postérieur à l'établissement des barbares dans la Gaule méridionale, ni que cet état de choses ait découlé naturellement de circonstances tout autres qu'une conquête, c'est-à-dire de cette condition d'auxiliaires et d'alliés qu'avaient les Germains auprès de Rome, et qui leur valait, comme aux autres légionnaires dans

1 Necdum quicquam de hœreditate socruali, vel in usurn terti» sab pretio medietatis obtinui.

* Peut-être était-il du grand nombre de ceux que les lois impériales exemptaient du lourd impôt des logements miUtaires. Paalin de Pella écrit son poème vers 480. On trouvera le texte de V£ucharUtkutn, avec la traduction de M. Corpet, dans la ooUe©* tion Panckoucke, 1849.

DE l'invasion germanique. 377

leurs quartiers, outre Vannona, des établissements sur les terres des possesseurs romains. D'une part en effet le code des Visigoths, rédigé pendant la seconde moitié du septième siècle, a conservé d'anciejines dispositions qui remontent jusqu'au premier établissement de ces barbares en Gaule, et qui montrent dès cette époque ce partage obligé des terres *. Il y a par exemple un article qui déclare que, si quelque Gallo- Romain, « avant l'arrivée des Goths », a aliéné quelque portion de son domaine par vente, donation ou partage, le nouveau possesseur barbare n'aura pas le droit de réclamer cette portion aliénée. D'autre part, s'il est vrai que les Goths étaient entrés dans l'empire en qualité d'alliés, fœderati, et qu'ils avaient pu réclamer à ce titre des vivres et des terres, s'il est vrai, comme nous l'atteste une loi d'Arcadius et d'Honorius de l'an 398 insérée au code théodosien, que les soldats romains en quartier^ avaient à leur disposition, chez tout propriétaire de la contrée occupée, le tiers du domaine % cependant il y avait encore deux grandes différences entre ces dispositions et le partage que nous atteste la loi des Visigoths. La pre-

' ut si aliqua pars de aliquo loco tempore Romanorum remota est, ita persistât, si quandoque ante adventum Gothorum de aUcajus fundi jure remotum est. Loi des Visigoths, X, 3, 5.

' In qualibet vel nos ipsi urbe faerimus, vel bi qui uobis militant commorentur, omni tam mensorum quam etiam hospitum iniquitate summota, duas dominus propriss domus, tertia hospiti depntata, ea tenus intrepidus ac securus possideat portiones, ut in trâ domus divisa partes primam eligendi dominus babeat facullitem, secundam bospes quam voluerit exseqaatar, tertia domino relinquenda. — Code Tbéodosieo, livre VU, titre viii, loi 5.]

mière différence, c'est que le barbare recevait les deux tiers et non pas le tiers du domaine; ia seconde (et celle-ci est capitale), c'est qu'il s'y établissait en propriétaire, par une spoliation légale qui caractérise à elle seule une réelle.conquète, quelques tempéraments qui soient survienus d'ailleurs.

Sur ce point important de la dépossession du sol, la loi burgunde paraît également précise. Rédigée une trentaine d'années après la conquête, elle nous permet d'en apprécier le mode et les premiers résultats. Le titre 54 par exemple nous instruit d'un partage attribuant à une partie des Burgundes un tiers des esclaves et deux tiers des terres cultivables, pris évidemment sur les domaines particuliers, car autrement il ne serait pas question de fractions telles que ces deux tiers. Un certain nombre de Burgundes avaient reçu tout d'abord du roi, sur les terres fiscales ou terres publiques, des lots suffisants, et on leur avait donc interdit de prétendre à être compris en outre dans le partage des domaines privés. Leur cupidité ayant méprisé cette défense, la loi intervient, et le titre 54 a pour objet de les forcer à rendre ce qu'ils ont usurpé : « Quiconque, ayant reçu de notre libéralité des esclaves et des terres, aura pris en outre, contre notre défense, quelques parties des terres d'un hôte romain, devra les restituer sans délai, afin que la sécurité soit rendue à ceux auxquels il a été fait tort, hue usque c(mtemptis\ »

> De bis qui tertiam maDcipioram , et duas terrarum partes cootra interdictiim publicum pnesumpserint. — Lioet eodem tempore quo populus noster mancipiorum tertiam et duas terra*

DE l'invasion germanique. 379

! roi qui porte la parole dans ce titre 54, et qui esse à ses comtes chargés de Texécution de la fait allusion à des rois ses prédécesseurs et ses lis. Il se réfère à une ordonnance qu'il a rendue ,dans le même temps, dit-il, où s'est fait le parlégal. Nous pouvons en conclure que le partage itif ne s'est pas fait tout d'abord, mais seulement un règne important, qui ne peut être que celui ondebaud, vers 470. Il aura fait rédiger les con-

is du partage, afin de protéger ses sujets romains e la cupidité et la violence des vainqueurs. Nonmentle Romain est en partie dépossédé, mais la it de visibles efforts pour conserver dans la faburgunde le lot acquis par le fait de ladOAqtaète. it par exemple chez ce peuple une coutume dee nationale que le père de famille partageât en ons égales, de son vivant même, sa fortune avec Is, probablement en se réservant moitié du tout*.

lartes accepit, ejusmodi a nobis fuerit emissa pnecepiio ut nque agrum cum mancipiis, seu pareatum nostrorum sive Ile Dostra perceperatf nec mancipiorum tertiam, nec duas jm partes ex eo loco in quo ei hospitalitas fuerat delegata eret : tamen quia complures comperimus immemores perili, eo quia ea quœ prœcepta fuerant excessissent , necesse prssens auctoritas ad instar mansurœ legis emissa et prasores coerceat, et hue asque contemptis remedium debitœ tatis attribuât. Jubemus igitur ut quidquid hi qui agris et piis noslra munificentia potiuntur, de hospitum suorum contra interdictum publicum prsesumpsisse docentur, sine >ne restituant

tre LI, § 1. Quamlibet bsc in populo nostro antiquitus t observata ut pater cum iiliis propriam substantiam squo ivideret. etc.

Une loi ultérieure survient et permet au père de disposer comme il Tentend de sa fortune, patrimoine et acquêts ; mais elle excepte formellement de cette libre disposition le lot de la conquête, sors ou terra sortis titido acquisita, qui doit continuer à être transmis, selon la tradition, à ses héritiers de son vivant *. C'est Tancien principe de la permanence et de la solidarité de la famille germanique qui reparaît. Le Burgunde qui n'avait pas encore partagé avec ses fils ne pouvait pas aliéner son lot. S'il mourait après ce partage sans avoir disposé de ce qui lui restait et sans laisser de fils d'un second mariage, naturellement la terre qu'il laissait allait échoir aux fils déjà dotés : elle revenait exclusivement aux fils d'un second mariage s'il y ea avait. Si le fils doté mourait sans descendance et sans avoir disposé, cette portion retournait au père, mais seulement en usufruit, pour échoir après la mort du père aux autres fils. Si dans l'intervalle un de ceux-ci mourait en laissant des fils, ils obtenaient de la propriété de leur oncle la portion qui aurait échu à leur père s'il eût vécu. Un Burgunde commettait-il un de ces crimes que le code national châtiait avec une sévérité toute barbare, attestant son impuissance, volait-il, par exemple, des chevaux ou du bétail, il était puni de mort, ses fils au-dessus de quatorze ans étaient réduits en esclavage et sa femme aussi, à moins qu elle ne Teùt dénoncé aussitôt ; mais ses autres fils Agés de moins de quatorze ans pouvaient revendiquer la

Titre I, £. Ut patri, etiam antequam di vidât, de oommuiii Ur cultate et de labore suo cailibet donare liceat, absque terra aortis tîtulo acquisita, de qua prioris legis ordo servabitur.

fortune de leur père. Ainsi s'appliquait encore, même à propos de l'homme qu'on regardait comme criminel, le double principe que nous voyons affirmé par toutes ces dispositions, suivant lequel les sortes sont possédées en propre et doivent, autant que cela se concilie avec le droit entier de propriété, se maintenir et se transmettre dans la descendance mâle. La loi est si jalouse de sauvegarder la propriété nouvellement acquise, et de fixer ainsi le barbare à sa nouvelle patrie, qu'elle s'efforce de le lier à cette propriété en restreignant le plus possible son droit d'aliénation. C'est le sens du titre 84 : « Ayant été informé qu*UB certain nombre de nos sujets burgundes sont trop empressés à se défaire de leurs lots, nous avons cru lifffoir ordonner par la présente loi que nul ne pourra vendre sa terre s'il ne possède ailleurs un autre lot ou d'autres terres \ »

L'article 2 de ce même titre 84 a été compris d'une façon qui nous semble arbitraire. On a dit : le Burgunde, hôte héréditaire sur son lot, mais non propriétaire, avait le droit de vendre sa jouissance ; seulement il ne pouvait la vendre qu'à l'ancien propriétaire romain. — Comment faire concorder une telle interprétation avec le texte de la loi, que voici : « Hoc etiam interdictum, ut quisque habens alibi terrarriy vendendinecessitatem habet, in comparando, qtiam Burgundio venalem habet, nullus extraneus

1 Quia cogDovimus Burgundiones sortes suas nimia facilitate distrabere, hoc pnesenti lege credidimus statueodum ut nuUi veadere terrain suam liceat, nisi iUi qui alio loco sortem aut possessiones habet.

382 ROME £T LES BABBARES.

Romano hospiti prceponatur, nec extraneo per quodlibet argwnentum terram liceat comparare. » Il faut y ajouter le troisième article : a Observandum tamea, ut de illo ipse hospes suus comparet^ quetn alibi terrant habere coristiterit. )) Certes on D*est jamais bien assuré de comprendre jusque dans le détail ce latin barbare; mais, quant au sens général, il ne paraît pas obscur : a Nous vouions, lorsqu'un Burgunde aura la nécessité de vendre, y étant autorisé comme possédant ailleurs une autre terre, que nul étranger ne soit préféré à Thôte romain en vue de Tachât; qu'il toit interdit à l'étranger d'acheter une terre burgunde sous quelque prétexte que ce soit. — Le mieux serait que le Burgunde autorisé à vendre, parce qu'il possède ailleurs une autre terre, trouvât pour acquéreur son propre hôte romain. » La principale difficulté dans Tarticle 2 porte sur le mot extraneus ; mais comment pourrait-il signifier autre chose qu'un étranger, comme serait ici un Visigoth ou un Franc? On ne peut pas supposer que le Romain soit forcé de se porter acquéreur du bien que veut vendre le Burgunde : rien n'autoriserait, ni la vraisemblance ni le texte de la loi, une pareille conjecture. Or, si ce n'est pas nécessairement un Romain qui achète, il reste que ce soit un Burgunde, et la loi ne peut donc pas exclure celui-ci. Elle dit seulement, en premier lieu, qu'il faut préférer comme acheteur à tout homme qui n'est pas membre ou sujet du royaume un Romain, et bien entendu, cela va sans dire, un Burgunde aussi. Elle ajoute, en enchérissant, une interdiction totale contre l'étranger, et un vœu pour que, dans le cas où

DE l'invasion germanique. 383

cela sera possible, le lot du Burgunde mis en vente rencontre comme acquéreur le même hôte romain du domaine duquel ce lot aura été primitivement détaché. C'est une sorte de privilège de premier acquéreur stipulé en faveur du propriétaire romain, qui rentrerait ainsi dans ses premières limites.

Deux mots encore avant de quitter la loi burgunde. On a cru trouver dans le titre 55 une nouvelle preuve de la situation subordonnée qui aurait été faite au Burgunde. Il était si peu propriétaire, pense-t-on, que la loi lui interdisait d'intervenir en justice dans les procès dont les terres appelées 5or^ jpqn^ent être l'objet ; les débats relatifs au droit A| pm^été sur les terres quœ hospitalitatis jure a bar&ariê^ssi' dentur ne regardaient que les Romains et passaient par-dessus la tète des hôtes burgundes. Le sens du titre 55, qui règle ce point, nous parait très-différent. « Toutes les fois qu'il y aura un procès de limites entre deux Romains à propos de lots possédés par des barbares, que ceux-ci n'y interviennent pas, maïs qu'ils attendent la fin du débat, après lequel le Romain qui aura obtenu gain de cause devra trouver accord auprès de son hôte au sujet de la parcelle contestée \ » Quoi d'étonnant que le Burgunde soit tenu à part d'un procès entre deux Romains, et qui doit se plaider conformément aux règles du droit ix)-

< Quotiens de agroram finibas qai hospitalitatis jure a barbaris possidentur inter duos Romanos fuerit mota conteotio, hospites eorum non socientur litigio, sed Romanos in judicio contendentés expectent, ut cujus barbari hospes evicerit, cum ipso postmodum de re obtenta habeat rationem.

mMn, auxquelles la propriété foncière reste soumise, comme on le yoil par d'autres articles du code ba^ bare? Un Romain accuse par exemple son voisin romain d'avoir fait comprendre dans le lot de son hôte burgunde des parcelles de terre qui ne lui appartenaient pas. Cela intéresse certainement le Burgunde; mais le législateur a pu craindre qu'il n'abusât en pareil cas de sa puissance, et, à cause de cette puissance même, il pourra bien, sans être beaucoup lésé, attendre et subir le jugement des tribunaux de droit romain. Outre qu'il n'entendrait rien à ces fo^ mules, il faut toujours, en de telles contestations sur les limites, faire la preuve en remontant à ce qu'était le cadastre avant la venue des barbares : c'est au Romain seul qu'il est possible d'entreprendre ces enquêtes et de recueillir ces informations. On protège utilement ce dernier, sans nuire vraiment au Burgunde, si l'on réserve aux anciens habitants ^exe^ cice de leur juridiction spéciale en fait de propriété foncière. Du reste qu'un Burgunde muni, non pas d'une terre enlevée à un propriétaire romain, mais de terres fiscales, ait lui aussi un procès comme défenseur ou comme demandeur, à propos des limites de son domaine, il doit accepter qu'on lui applique le droit romain, mais la loi lui reconnaît expressément la faculté de poursuivre lui-même** Rien n'autorise donc, ce semble, à penser que ces

• Sanesiexejusdem agri finibus, quem barbarus ex integro cum mancipiis publica largitione perceperit, fueril contentio ffneraU, licebit ei, seu pulsatus fuerit, seu ipse pulsaverlt, romano jure conlendere. Titre 56, S 2.

DE L IKVASION GERHANIQDE. 38S

{positions du code burgunâe infirment le droit de

opriété attaché à la possession des sortes. La con-

ision contraire serait plus vraisemblable. La loi des

.trogoths tend à protéger de même les Romains, en

terdisant l'intervention dans leurs procès, non pas

X barbares nou veau-ven us, mais à tous les puissants,

lelle que soit leur nationalité.

Est-il vrai, en dernière analyse, que le lot du Bur-

inde ne fût rien qu'une terre reçue en fermage, et

evée d'une redevance d'un tiers des fruits, tertia?

>t-il vrai qu'en bien des cas le propriétaire romain

trouvait incapable, quinze années duraot, soit de

faire payer cette redevance, soit d'expulaw un si

iheux fermier, et qu'il en résultait par prescription

entier dégrèvement pour le lot barbare, ce qui,

parenthèse, ressemblerait singulièrement & une

e dépossession, suite etindice d'une conquête? —

s croyons, cette fois encore, qu'il faut interpréter

îment le titre 79, d'où l'on a cru pouvoir tirer

onclusions : « Si quelqu'un de notre peuple a

%éi un fermier barbare pour lui confier son do-

î, si volontairement il l'a délégué pour habiter

i tene, et que celui-ci ait possédé cette terre

nt une durée de quinze années sans payer la

nce, la terre doit rester au pouvoir de ce der-

t celui qui la lui a confiée n'a plus rien à y pré-

. » Qui parle de Romain ici ? Ce sont, croyons-

iriduni a nobia [FuilJ ordiDBtum ut si quis \d populo -bar» naliouis pcrsoDam ut in re sua consisteret inviiei termin id liabitaDduinToluDlanuideputaiBet, camtios quindecim sme tertiis habuîuet , in potestate ejus

nous, les mots populus iioster^ et non pas les mots barbarœ nationis persona qui, dans ces lignes, désignent spécialement le Burgunde. La loi dispose que, si un Burgunde a choisi un fermier barbare, c'est-àdire Burgunde ou Visigoth ou Alaman, et si, pendant quinze années, il ne peut exiger et obtenir de lui la redevance, ce fermier deviendra le propriétaire de droit comme il Tétait déjà de fait. Gela signifie sans doute que la loi veut pouvoir atteindre le vrai propriétaire, quand il s'agira des charges publiques, et prévenir les fins de non-recevoir. Est-il bien sûr d'ailleurs qu'il faille entendre sous ces mots sua res et te?ra le lot de la conquête, et ne peuvenl-iis pas signifier une propriété d'autre provenance?

Nous avons dû insister sur ces textes de la loi burgunde, parce que l'interprétation qu'on en a faite a fourni au système qui rejette le fait de la conquête germanique pluh^ieurs de ses principaux arguments. Voyons ces arguments s'appliquer à ce qui regarde les Francs dans les Gaules. Il y a eu de ce côté de tout autres circonstances, mais de principaux traits toujours les mêmes, qu'on ne saurait effacer. Retrouverons-nous dans l'établissement des tribus franques les mômes traits de conquête que nous ont offerts les établissements des Visigoths et des Burgundes? Serace avec le plein gré du gouvernement impérial qu'après avoir fait pendant un temps leur devoir comme alliés et gardiens de la frontière rhénane, les Francs se joindront eux-mêmes aux envahisseurs et s'avan-

pcrmanerct, neque exinde quidquam sibi ille qui dederit, sciât esse reddendum

DE l'invasion GERXAMQCE. 387

*ont d'étape en étape? S'établiront-ils pacifique- ^nt en Gaule? Prendront-ils pour eux, par un rtage légal, comme les Burgundes et les Visigoths, e certaine portion des terres? Il s'agit du commennentde notre propre histoire et d'un aspect partiier de la question générale concernant Tinvasion cinquième siècle.

[1 faut absolument distinguer entre les diverses ^ionsde la Gaule par eux successivement occupées: régions n'offraient pas toutes les mêmes conditions iitiques ; les Francs ne les abordaient pas en d*égadispositions, elles ne reçurent pas d'eux un traiaent uniforme. Quant au nord-est, dont ils mparèrent dans une première période de leurs ^ahissemonts, comment pourrait-on douter que !Cupatioii franque y ait apparu comme une con- He oppre^sive et violente? Le nom des Francs ap- -att pour la première fois vers 240, et déjà Aurélien r livre, des combats sanglants, que rappelle la mson nnlitaire Mille Francos semel occidimtis... Ile, mi lie, mille Persas quserimus *. Probus (276l) doit les expulser de la Gaule, dont ils se sont isque emparés : Galliœ omnes a Germanis passes- .... Qiiumper omnes Galliassecuri vagarefUur,.*. es poursuit au-delà du Rhin; mais il doit se conter d*ajouter quelque uouveau mur à la ligne de tification commencée dès le temps de Tibère, et . joint désormais, de Cologne à Ratisbonne, le

Histoire Auguste, Aurélien^ chap. th.

Histoire Auguste, Probus, cbap.xiii.

Rhin et le Danube. Un certain nombre de ces captifs ajrant été transportés aux extrémités du monde romain, sur les côtes de la mer Noire, ils se saisissent de quelques navires, s'engagent sur la Méditerranée, prennent Syracuse au passage, traversent le détroit et rentrent dans leur patrie, par l'Atlantique et la mer du Nord * : plus hardis encore que ces Usipiens dése^ teurs de l'armée d'Agricola, qui montèrent trois chaloupes, errèrent sans pilotes et bientôt sans vivres, firent ainsi le tour de la Bretagne, et échouèrent enfin là où ils voulaient aller *. C'était déjà, à quelques siècles de distance, le même sang de hardis pirates qui devait susciter plus tard les navigateurs northmans. La lutte incessante recommence après Probus. Constance Chlore passe vingt années à combattre les Francs. Constantin livre aux bétes dans le cirque de Trêves deux de leurs chefs, contre lesquels, dit un contemporain, les insultes des spectateurs s'acharnent, enferme * de vengeance, aussi cruellement que les morsures des bétes féroces. Julien, son neveu, les bat après qu'ils ont brûlé quarante-cinq villes dans la région du Rhin et tout dévasté jusqu'à la Meuse. Il a surtout affaire aux Francs Salions, qui se sont établis hardiment sur le sol romain, en Toxandrie, c'est-à-dire de la Meuse à l'Escaut, ausos in romano solo apud Toxiandriam locwn habitacula sibi figere prselicenter ^,

Est-ce que ce n'est pas là déjà l'invasion? Est-ce que ce n'est pas le commencement de la conquête?

' Eumène, Panégyrique de Constantin, chap. xvin . ' Tacite, Agrkola, xxviii.

* AmmieDMarcellin, XYII,8.

eut opposer le système de Dubos à la brutale cité des faits? Cela n'empêche pas d'ailleurs que n'ait traité avec certaines tribus des Francs et Hché de les opposer, en achetant leur concours, te des envahisseurs. Il faut lire dans le chronibvzantin Zosime* le curieux récit de l'habile le par laquelle il savait se servir des barbares les barbares. Il y avait un Germain, Charietto, ïué pour sa grande taille et sa force prodigieuse, )uté pour ses actes de brigandage; las d'une e sans doute, il vint s'établir à Trêves. Témoin, ette grande ville, des maux qu'y produisaient cursions auxquelles hier encore il prenait part, dut de s'y opposer désormais et de les punir, le les pillards d'au-delà du Rhin se partageaient ites troupes pour accomplir leurs dévastations it la nuit, et se réfugiaient le jour au fond des oisins de la frontière, oii les soldats romains int pénétrer pour les atteindre, Gharietto réunit les braves, se glissa dans ces bois, et, répandant ' de lui la terreur, fit de nombreux prisonniers 3ls invariablement il coupait la tête. Il envoyait phées à Julien, qui les lui payait un bon prix. t m»}me Julien parvint à lui recruter, parmi les h Salions, une petite armée. Les fuyards qui )aient à Gharietto tombaient dans les troupes 3res, échelonnées sur la lisière des bois. Julien t de la sorte à procurer quelque sécurité au 3st de la Gaule, et Gharietto fut admis avec un

re in> chap. 6.

grade assez élevé dans rarrnée romaine. Voilà au vif Thistoire de ces temps, voilà ce qu'était la lutte sur les frontières, et souvent aussi dans rinlérieur, le loDg des fleuves infestés de pirates, et aux environs des cantonnements barbares. Julien confia aux Francs le passage du Rhin, et ils firent assez bonne garde en effet pendant quelque temps; on les vit, duraut le dernier tiers du quatrième siècle, seconder les années qui revendiquaient Tintégrité de Tempire. Ils prenaient à la conservation de Tédifice une part désormais intéressée; bientôt ils se joignaient eux-mêmes au mouvement de la conquête, s'avançaut par sûres étapes, et laissant derrière eux les traces pour longtemps visibles de leur occupation ou de leur passage. L'évêque saint Waast, en Tannée 500, ne trouve pas de chrétiens dans Arras. Du pays de Gand et de celui de Tournai il est dit, dans la vie de saint Amand, qu'au milieu du septième siècle les anciens habitants y avaient abandonné le cuke du vrai Dieu pour adorer les arbres et les pierres*. Les dernières traces du paganisme ne disparurent du Brabant et de la région des Ardennes qu'au milieu du huitième siècle. Or l'effacement ou le retard du christianisme dans cette région de la Gaule, couverte jadis de florissantes villes romaines, et devenue au temps des Antonins le centre d*un riche commerce avec la Germanie, ne peut qu'avoir coïncidé avec une sorte d'anéantissement de Tancienne population, et quelle autre cause y pourrait-on deviner que l'occupation franque? On lit dans les Vies

' V. Rolh, Geschichle des Beneftcialwesens, pages 65 et 66.

saints que, maîtres de Tournai, les Francs ordonent à tous les chrétiens d'en sortir et leur confisirent tous leurs biens. Clodion, lorsqu'il prit nbrai, fit tuer tous les Romains qu'il y rencontra*, oine gémit dans ses lettres* de ce que la langue ne ait disparu des contrées belge et rhénane. Une ente de Salvien qui habitait Cologne, une matrone laine, comme on disait encore, réduite en captivité, vint à une telle misère qu'elle dut, pour subsister, igager comme servante auprès des femmes de ces bares. Les témoignages analogues seraient aisé- Ht multipliés à Tinfini. C'est qu'il s'était agi de rbonne heure ici pour les Francs d'un établisseit définitif et non plus seulement d'expéditions poraires. Leur long séjour sur la rive occidentale ime gardiens du fleuve les avait mis en état d'éloi- T toute résistance sérieuse du gouvernement imial ou des populations mêmes.

4e nord de la Gaule acquis aux Francs, Test aux •gundes et le sud aux Visigoths, il restait encore centre une Gaule romaine. Faut-il croire que, que nos premiers Mérovingiens s'avançaient en très jusqu'à la Somme, et les petits rois des autres us fraiiques jusque dans l'ouest, jusqu'au Mans, : cela fût conforme à la politique impériale, et ne parût offrir que de fidèles alliés? Les textes ne le nettent pas \ La chancellerie romaine pouvait bien

Gesta Francoruniy chapitre 5. Grégoire de Tours dit seulement

anos proterU, livre II, chapitre lO.

Franci cum Clodoveo rege militari manu terminos Romano-

s'obstiner à considérer ces groupes barbares comme des auxiliaires en cantonnements, elle pouvait revendiquer encore la souveraineté des contrées occupées par eux; mais ces prétentions ne changent rien à la réalité des choses. Si le Romain Syagrius avcdt pu s'opposer à ce que Clovis s'emparât de sa résidence, Soissons, après l'avoir complètement battu, s'il aTail pu défendre de même Narbonne et Arles contre les Visigoths, certes il l'aurait fait. Clovis eut encore après Soissons, nous dit Grégoire de Tours, beaucoup de combats à soutenir, beaucoup de victoires à remporter, multa bella victoriasque fecit \ il lui fallut dix années entières pour étendre pas à pas son royaume jusqu'à la Seine et ensuite jusqu'à la Loire; il rencontra, nous dit-on expressément, beaucoup de résistances, notamment dans cette Armorique qui s'était séparée des Romains sous Honorius, et où Procope nous atteste qu'il dut assiéger Nantes deux mois entiers avant d'arriver à conclure un traité, par lequel les vaincus obtinrent des conditions favorables. Il fit tuer Syagrius et prit son royaume, reyno ejus accepte, dit Grégoire de Tours. C'est la même expression dont se sert l'historien quand Clovis, à la fin du règne, usurpe par la ruse et la violence les petits domaines des autres rois francs '. — Que peut-on trouver dans tout ceci qui ne soit d'une conquête?

Le grand argument de l'abbé Dubos, qu'on a de-

rum irrnmpentes GaUiam invaserunl. V'Ua TreverU, Dom Bouquet, m, 411.

' Grégoire de Tours, UI, chapilre8 40 el 42.

DE l'invasion germanique. 393

puis répété et renouvelé, et qui est, avec le souvenir des traités, comme la clé de voûte de son système, c'est que les prédécesseurs de Clovis, et Clovis luimême dès SCS premiers pas, avaient reçu le titre de maître de la milice, preuve que Rome, ou Byzance après elle, si elle trouvait ces chefs barbares assez peu dociles, sanctionnait pourtant leurs succès : ils ne régnaient que par sa délégation et sous sa suzeraineté. — Il y a, croyons-nous, deux réponses à faire. D'abord la fameuse lettre de saint Rémi, par laquelle l'abbé Dubos' a voulu prouver que Clovis était dès son avènement maître de la milice, nous est suspecte, au moins pour sa date. L'essai de restitution qu'en a tenté naguère M. Huillard-Bréholles est trop hardi. On comprend mal que Tévêque parle au jeune chef païen de ses prêtres, sacerdotibus tuis; plusieurs croient cette pièce, si elle est authentique, adressée à un fils de Clovis*. De plus ces titres conférés par

' Histoire critique de V établissement de la monarchie fratiçaise dans les Gaules, livre Ul, chapitre 18.

' Cette lettre est insérée au tome premier du recueil de Ducbesne : Historiée Francorum seriptoreSy page 849. En voici les principaux passages : « Rumor magnus ad uos pervenit administraUcnem vos secundum rei beliicae suscepisse. . . Beneficium tuum castum et houestum esse débet, et sacerdotibus tuis honorem debebis déferre... Prstorium tuum omnibus pateat, ut Dullus exiude trlstis abscedat. Pateraas quascumque opes possides; captivos inde liberabis. » U faut bien avouer que le motxeeundum est embarrassant M. Huillard-Bréholles a proposé de lire: administrationemvos secundai Belgicœ suscepisse; mais rien n'autorise à supposer que l'empereur d*Orient Zenon ait fait à Clovis une donation de la seconde Belgique. — Voir dans la Bibliothèque de V École des Chartes^ tome II de la 6« série, année 1866, p.ige 59^

l'empire étaient bien loin de lui être des gages assurés d'obéissance. Nous savons bien que les rois bari>ares en étaient avides; il en avait toujours été de la sorte, depuis Arioviste, à qui Jules César, pendant Tannée de son consulat, cinq cents ans plus tôt, avait fait conférer le titre de « roi ami du peuple romain* », jusqu'à Arminius, qui, après avoir longtemps habité Rome pendant sa jeunesse, y avait reçu le droit de cité et môme le rang de chevalier*. Ou trouve sur les médailles des petits rois du Bosphore, contemporains d'Auguste et de Tibère, la représentation des insignes consulaires que le sénat leur avait décernés : une couronne sur une chaise curule entre une lance, accompagnée d'un bouclier, et un sceptre consulaire*. C'est un pareil honneur que l'empereur de Byzance, fidèle aux anciennes traditions romaines, accordait en 809 à Clovis*. Ce chef franc revêtit dans l'église de

une inléressaDte étude de M. Lecoy de la Marche, intitulée : Jk l* interprétation (Tune lettre de saint Rémi à Clovis,

' Appien, Derehusgallicis^lSy 16. —César, Guerre des GavUs^ I, 35.

' Annales f H, 10.

' Ch. Lenormant , Lettres à M. de Saulcy sur les plus anciens monuments numismatiques de la .série mérovingienne. Revue numUmatique, 1853, page 99. — Cf. dans les Mélanges d'archéologie du même auteur Tctude Sur le fauteuil de Dagoberf, page 164.

* Grégoire de Tours, livrell, chapitre 38 : - Ab Aaastasioimperatore codicillosdeconsulatu accepit, et in basilica beali Martini tunica blalea indutus est etchtamyde, imponens vertici diadema* Tune ascenso equo, aurum argentumque in itinere illo quod inter portam atrii basilicœ beati Martini etecclesiam civitatis est, pn^ seotibuB populis, propria manu spargens, voluntate Itenignissima erogavit, et ab eadie tanquam consul aut augustus est vocitatus. »

Saint-Martin de Tours la tunique de pourpre et la chlamyde ; il ceignit le diadème et se rendit à cheval vers la cathédrale, au milieu d'un peuple qui Tacclamait et auquel il jetait des pièces d'argent et d'or. On peut voir dans la joie qui l'anime un sentiment de vanité personnelle ou bien un reflet du prestige que Rome exerçait sur Tesprit des barbares. Velleius Paterculus* nous a raconté l'étonnement de ce vieux Germain qui, lorsque Tibère campait sur les bords de l'Elbe, s'approcha seul dans une barque, se fit montrer le jeune César, le contempla en silence, puis, déclarant que ce jour comblait tous ses vœux, se retira en ramant en arrière, les yeux toujours fixés sur lui. Le même sentiment, trois siècles après, dominait encore le roi des Goths Athanaric lorsque, entrant à Constantinople, il s'écriait : « Je vois enfin de mes yeux ce que j'ai tant de fois entendu raconter sans y croire... Oui, sans doute, l'empereur est un dieu sur la terre; qui ose lever la main sur lui est coupable de sa propre mort M » Cela n'empochait pas ces barbares de piller Rome et d'insulter Byzance, et de tourner à leur profit ce qui leur restait parfois d'admiration involontaire et de respect. 11 y avait dans la conduite de Ciovis moins de naïveté sans doute que de calcul et de politique habile, soit pour imposer par ces honneurs à ses guerriers francs, soit pour se faire accepter des Gallo-Romains en se donnant comme le délégué de l'autorité légitime, sauf à soutenir ses prétentions par les armes. On comprend

' Jornandès, Guerre des Goths, chapitre xitiii.

très^bieu ce qu'y pouvaient gagner ces chefs germains; à les supposer cependant privés de ces faveurs suprêmeSy on ne voit pas que les choses eussent dû suivre un autre cours, et, quant aux empereurs, il faut remarquer que, s'ils conféraient ces titres, le plus souvent accompagnés de missions militaires, c'était presque toujours pour susciter contre quelque ennemi barbare qui les serrait de près un autre chef intéressé à paraître les servir. Nulle de ces combinaisons ne contredit le fait d'une conquête germanique.

Ne retrouverons-nous pas du reste chez les Francs aussi la dépossession du sol au détriment des vaincus? 11 est vrai qu'aucun témoignage précis n'affirme qu'il y ait eu à la suite des victoires de Glovis un partage des terres comme après rétablissement des Visigoths et des Burgundes; mais peut-être y eut -il ici quelque chose de pire. C'est le cas assurément, nous l'avons vu, pour le nord-est de la Gaule. Quant au centre, il faut remarquer que les rois mérovingiens apparaissent immédiatement comme ayant en main une portion considérable de la propriété foncière. C'étaient, diton, les terres de l'ancien fisc impérial dont ils disposaient, de sorte qu'il leur fut aisé de récompenser leurs fidèles sans toucher aux propriétés des Gallo- Romains. Soit; mais ne doit-on pas noter que, pendant le passage d'une domination à l'autre, le fisc a dû engloutir^ au détriment des possesseurs romains, une grande quantité de ces mêmes terres que nous voyons ensuite distribuer libéralement aux leudes germaniques? Thierry, fils de Clovis, apprend que, sur le faux bruit de sa mort, quelques citoyens d'Au-

DE l'invasion germanique. 397

vergne ont invité le roi Childebert à venir prendre possession de la province à son détriment. Il se met immédiatement en route avec ses soldats, à qui d'avance il a promis le pillage, et, comme en pays ennemi, il ravage et détruit, dépouille les habitants sans distinction, entraîne après lui de nombreux prisonniers destinés à l'esclavage, et ne laisse, dit Grégoire de Tours, que la terre nue qu'il ne peut emporter *. Cette terre qui subsiste rentrera-t-elle aux mains de ses possesseurs? Non; abandonnée par suite de la la guerre, elle devient propriété du fisc royal. Le fisc, d'après les règles instituées par les Romains euxmêmes, et que les nouveaux maîtres se gardent d'abolir, absorbe les biens en déshérence, les terres confisquées ou restées désertes. Quand nous lisons dans les Vies des samts leurs visites et quelquefois leurs établissements dans ce qu'ils appellent des déserts^ ces lieux font toujours partie du fisc royal; ces solitudes, elles étaient naguère encore habitées : la civilisation romaine et la propriété privée en ont promptement disparu pendant les ravages de l'invasion : elles ont été la proie des vainqueurs.

Pourquoi au reste les barbares se seraient-ils abstenus de spoliations dont Rome elle-même avait sans cesse jadis donné l'exemple, et pourquoi ceux qui ne veulent voir dans ces Germains du cinquième siècle que des auxiliaires de l'empire, devenus de gré à gré ses successeurs, s'étonneraient-ils de les voir imiter et continuer aux dépens des Romains les traditions ro-

' Livre IH, chapitres il et 12.

maines? L'ancienne Rome n'expropriait pas seulement ses vaincus, dont le territoire (Appien nous l'apprend dans une page célèbre) était partagé en trois portions pour être vendu au profit du trésor public, ou donné aux pauvres citoyens, ou affermé à litre à' ager ptiblicus ; elle ne respectait pas beaucoup plus ses propres sujets, quand elle avait à pourvoir par exemple ses légionnaires licenciés. De malheureuses villes, même italiennes, étaient livrées en proie aux colonies de vétérans, et Auguste se vante d'avoir le premier stipulé en faveur des propriétaires quelques indemnités. Virgile vit deux fois un grossier centurion le chasser de son petit domaine, et il n'échappa un jour à la brutalité du spoliateur qu'en se jetant dans le Mincio*. Horace, Tibnlle, Properce, furent de même expropriés, et vinrent à Home, avec une foule d'autres moins illustres, implorer quelque puissant protecteur. Même après le temps des guerres civiles, et quand l'administration impériale eut introduit une administration mieux réglée, le régime des cantonnements militaires paraît avoir préparé des cadres tout faits pour l'invasion germanique. Aux termes de la loi d'Arcadius et Honorius, insérée au code théodosien, que nous avons citée plus haut, et qui résume sans doute une série de dispositions antérieures, les soldats romains en quartiers avaient à leur disposition, chez tout propriétaire de la contrée, le tiers du domaine. On ne saurait affirmer, faute de textes à l'appui, que lorsque Arioviste, l'adversaire de César, exigeait des

* Voir la Vie de Virgile, par Donat, § 36, et le commentaire de Scrviu», Ecl, IX, 16 ; I, 48; UI, 94 ; IV, 1, etc.

Séquanes, ses alliés, un tiers de leurs terres pour ses Suèves, et ensuite un autre tiers pour un contingent * d*autres barbares, qui le rejoignaient après coup, ce fût là déjà une imitation de la coutume romaine. Ce que l'on peut croire du moins, c'est que les premiers barbares, Goths et Hérules, venus en Italie avec la condition de mercenaires, lorsqu'ils prenaient, comme on nous dit, un tiers des terres, pouvaient bien paraître ne réclamer que ce qui leur était dû comme à des troupes romaines en cantonnements. La transition se marqua, par de curieux traits au sud de la Gaule. Paulin de Peila, dans son poëmc, montre bien qu'on était fort habitué à ces billets de logement; il nous dit même qu'au milieu de ces temps troublés ce pouvait être quelquefois une garantie contre les excès d'une soldatesque insolente que d'avoir chez soi un hôte barbare. Il lui arriva un singulier épisode. Il était à Marseille, triste et ruiné, pleurant la perte de son domaine, quand un messager lui apporta une somme d'argent qu'un de ces Visigoths lui envoyait eu échange d'une petite maison voisine de Bordeaux, que ce barbare voulait acquérir légitimement de lui. La somme, nous dit Paulin, était bien loin de représenter la valeur ; mais il ne refusa pas ce faible dédommagement d'un désastre contre lequel il ne pouvait d'aucune façon réclamer; cela l'aida quelque peu à payer ses dettes. Voilà une de ces exceptions qui, à nos yeux, confirment la règle; de tels détails nous représentent exactement la bizarre et cruelle époque de transition par laquelle commença la vraie conquête. La violence en était l'élément quo-

tidien; toutefois elle ne s'exerçait pas toujours parla dévastation et la force brutale : une prétendue légalité tournait en spoliation inévitable et régulière les traditions mômes et les procédés du gouvernement romain. Les barbares, au nom de leurs traités avec l'empire, réclamaient .le droit de cantonnement sur une partie de chaque domaine principal. Seulement, tandis qu'autrefois ce n'était que pour le temps de leur passage, on s'aperçut qu'ils «^établissaient dorénavant en propriétaires, et que, s'ils daignaient observer une certaine méthode dans cette véritable prise de possession, ils ne se iaîsaient pas scrupule j de changer les règlements traditionnels, en prenant par exemple les deux tiers des terres au lieu du tiers consacré.

Un autre signe de la conquête difficile à contester, c'est la différence des divers taux du wehrgeld entre les Francs et les Romains. On lit dans la loi salique' : « Si quelqu'un tue un des barbares fidèles du roi, il paiera un wehrgeld de 600 sous d'or. Si quelqu'un tue un Romain, convive du roi, il paiera 300 sous*. — Si un Romain enchaîne un Franc sans un juste motif, il paiera 30 sous d'or; mais si c'est un Franc qui enchaîne un Romain sans motif, il n'en paiera que' 45. — Si un Franc est volé par un Romain, celui-ci

* Voir les titres l et 2 ; édition Merkel.

'Le sou (l'or de la loi salique a, d'après l'estimation de M. Gué-

rard, une valeur de 90 francs environ de notre monnaie. Souvent

e coupable n'avait aucun moyen d'acquitter une aussi forte

^ende, et alors il payait son crime de sa vie. Voir les Prolégo-

mena au Polyptyque d'Irminon, pages 141 sq.

DE l'invasion germanique. 401

ie une amende de 62 sous d*or; mais si c^est un »main qui est volé par un Franc, celui-ci ne paie que sous d'or. » D'un autre côté;' le 36* titre de la loi maire est ainsi conçu : n Si un Ripuaire tue un hôte me, qu'il soit taxé à 200 sous d'or. Si un Ripuaire 3 un hôte burgunde, un hôte alaman ou frison, ou varois ou saxon, qu'il soit taxé à 460 sous. Si un puaire tue un hôte romain, qu'il soit taxé à

sous. » N'est-S^lm naturel de penser que ces dif- 'entes évaluations iDarqnent des degrés différents

condition politiquiMPft sociale? Si les Francs revenjuent pour eux-mêmes un wehrgeld supérieur, 3St-ce pas parce que, dans cette société formée de isieurs peuples, ils se croient le droit de parler en aîtres? Si le Romain au contraire est évalué juste à moitié du Franc et h peu près aux deux tiers de tout tre Germain, n'est-ce pas parce qu'il est le vaincu, ndant que les autres peuples barbares, jadis vainis aussi sans doute par les Francs, sont toutefois levés en quelque mesure par le souvenir d'une asciation récente précisément contre les Romains, et irtout par celui d'une origine, d'une nationalité mmune? Si quelque part l'idée de race apparaît, il mble que ce soit ici, et qu'il ne puisse pas y avoir

1 plus incontestable signe d'une conquête subie, analogie avec certaines dispositions des lois franques lativement aux Francs eux-mêmes ferait ressortir icore, s'il en était besoin, le sens réel de la condi- )D faite aux Romains. Le meurtre d'un comte qui toujours été homme libre se paie 600 sous, mais lui d'un comte qui s'est élevé par l'affranchissement

ne se paie que 300 sous. Dans ces cas comme pour ce qui concerne les Romains, la loi fait subsister le souvenir d'une tache primitive et indélébile. L'ancien affranchi et Tancien vaincu pourront bien s'élever au milieu des Francs, mais jamais à des rangs égaux à ceux de leurs pairs sur qui ne pèsera pas la même indignité originelle. Être né de la race romaine ou bien être né non libre, même parmi les Francs, ce sont deux causes d'une certaine infériorité inévitable. (( Tout cela, dit Montesquien, devait être accablant pour les Romains... Cependant» eontinue-t-il, M. Tabbé Dubos forme son système sur la présupposilion que les Francs étaient les meilleurs amis des Romains. Ils étaient leurs amis comme les Tartares qui conquirent la Chine étaient amis des Chinois I »

Savigny a pensé que, lorsque les Francs eurent obtenu la domination de la Gaule, la constitution des impôts subsista pour les sujets romains, ainsi que la distinction des classes dont elle était le fondement, mais que toute terre échue aux propriétaires francs en fut exempte. Cette différence de traitement indiquerait sans nul doute une différence de rang social, nouvel indice de la conquête; mais il est probable qu'on doit entendre l'assertion de Savigny sur ce point si important et si controversé de notre histoire* dans un sens moins général et moins absolu que celui

' Voir la 8^ dissertation de M. Pardessus, Loi salique, page &5» et suivantes; et (.ehuërou, Institutions mérovingiennes , page hib et suivantes. — Cf. l'élude de M. Vuilry sur les impôU romiiiw en Gaule du vi« au x- siècle, publiée dans le Compte-rendu de l'Académie des sciences morales et politiques de 1873.

DE l'invasion Germanique. M3

qu'il adopte. Au-delà du Rhin, les Germains ne se croyaient tenus envers le roi qu'à un certain nombre de dons ou de contributions irolontaires dont l'usage traditionnel, selon certaines époques et certaines occasions, assurait la régularité. Une fois les barbares établis à côté des Romaius, ou bien l'ancienne tradition germanique, quant aux impôts, se trouva rompue, ou bien ce qu'elle donnait de résultats en se continuant ne répondit plus aux nécessités d'une situation nouvelle. Les rais fifancs, en laissant subsister pour leurs sujets roméibB Torganisation romaine de l'impôt, essayèrent done d*y soumettre aussi leurs sujets barbares; nous en avons la preuve dans les nombreux récits de Grégoire de Tours, où nous voyons les Francs se révolter contre ceux des fonctionnaires ou des rois mérovingiens qui essayaient de leur imposer le tribut. L'impôt romain, avec sa régularité égalitaire, leur semblait une marque de dépendance et leur était odieux. Hors du pays des Francs, nous trouvons un texte de la loi des Visigoths * qui prouve que chez ce peuple le vaincu seul, primitivement au moins, supportait cette charge. <c Que les juges et les préposés enlèvent à ceux qui s'en seraient emparés les tiers des Romains, et qu'ils les fassent rendre à ceuxci sans retard, afin que le fisc n'y perde rien. » Chez les Vandales, Genséric enleva les meilleures terres à leurs légitimes possesseurs, dit expressément Procope, et les distribua à ses compagnons d'armes, en les déclarant exemptes à perpétuité de tout tribut; ce qu'il y

« LivreX, litre!, SIO.

avait de terres impropres à la culture, il le laissait aux aucieus possesseurs en les accablant d'impôts.

Outre la différence du wehrgeld, mettant à un plus haut prix la protection de leur vie, Tinviolabilité de leurs personnes et de leur liberté, outre TexemptioD, au moins dans le principe, des impôts qui continuaient de peser sur les Romains, les Francs avaient encore d'autres privilèges. Nulle condamnation n'était définitivement valable contre eux qu'après décision du roi lui-même, ce qui veut dire-qu'à la différence des Romains, qui relevaient entièrement des magistrats locaux ou provinciaux, ils n'étaient justiciables en dernier ressort que du souverain*. Ils ne subissaient, à la différence des Romains, ni la torture ni les châtiments serviles'. Enfin, ils composaient les grandes assemblées périodiques où les lois d'un intérêt général étaient sanctionnées et les affaires graves discutées, et dans lesquelles les Gallo-Romains ne paraissaient qu'en vertu de leurs fonctions'. On ne saurait dire enfin, quant au service militaire, que les Francs eussent seuls le droit de porter les armes, puisqu'on voit dans Grégoire de Tours de nombreux exemples

1 Lex salka^ titre LVI, dans Merkel, pages 31-32; Deerehm Childeberti, an. 595, $ 8 (Diplômes et chartes, tome I, page 173). — Voir l'ouvrage de M. Maximin Deloche, la Trustis et l'antrus- Hon royal sous les deux premières races, 1873, page 170.

* Lex salka, titre XL (Merkel, page 21); Lex emendata, titre XLII (Pardessus, Loi saligue, page 303) ; Lex Ripuar,, lit XXX (Dom Bouquet, tome IV, page 239). Grégoire de Tours, Uist. eccL, V,49.

» Pardessus, Loi salique, disserUtion IX«, page 579 ; M. Deloche, la Trustis, page 171.

DE l'invasion germanique. 405

de milices recrutées parmi les populations gallo-romaines et que les Romains étaient môme contraints au service; toutefois il convient de distinguer de ce service la qualité permanente de guerrier et ce qu'on appelait le droit de guerre privée*.

S'il est vrai que les Francs aient dépossédé de leurs terres une très-grande partie des habitants de la Gaule, usant de violences extrêmes au nord-est, confisquant au centre pour leur fisc royal un grand nombre de domaines qu'ensuite ils se distribuaient entre eux, sanctionnant à Test et au sud le partage légal en vertu duquel les hôtes visigoths et burgundes avaient dépouillé les hôtes romains des deux tiers des propriétés foncières, s'il est vrai que le v^^ehrgeld des Romains ait été, suivant les lois salique et ripuaire, inférieur non-seulement à celui des Francs, mais même à celui des autres Germains vaincus par eux, si le fardeau de l'impôt, dans quelques-uns au moins des nouveaux royaumes, n'a pesé que sur les anciens sujets, si les Francs ont eu encore d'autres importants privilèges, il faut certainement voir là les signes d'une infériorité sociale que d'autres influences pourront venir redresser, mais qui décèle à ne s'y pas méprendre les suites d'une conquête. Les Gallo-Romains toutefois, dans l'état de société qui suit l'arrivée des barbares en Gaule, n'apparaissent pas, à coup sûr, comme un peuple vraiment asservi. Ils font partie des armées avec les Francs; ils conservent dans les villes

• Grégoire de Tours, IV, 30, 61 ; V, 27; VH. 21, 41; VUI, 30; IX, 31. Guérard, Polyptyque d'Irminon, Prolégomènes, g 103, page 214. Deloche, la Trtutis, page 172.

radministration municipale et Tiisage de leur propre droit; beaucoup de ceux qui occupaient avant la conquête les premiers rangs de la hiérarchie sociale restent en faveur auprès des nouveaux souverains, avec leurs richesses et leurs anciennes dignités : la loi salique les fait figurer sous le titre de convives du roi presque au même rang que les antrustions barbares. Il n'en est pas moins vrai qu'à côté de cette civilisation romaine subsistante se juxtaposent les éléments de la civilisation germanique. On veut, avec Dubos, conclure du crédit laissé aux Romains qu'il n'y a pas eu de conquête ; nous en concluons avec Montesquieu que l'invasion et l'établissement des Germains se sont montrés, surtout en Gaule, conciliables avec les plus pressants intérêts de la civilisation. L'histoire connaît plusieurs sortes de conquête. Il y a celle des hordes sauvages, qui consiste purement dans le pillage et le massacre et ne sert pas même aux vainqueurs. 11 y a celle qui substitue violemment à des tribus faibles et sans défense une race ambitieuse et énergique. Il y a celle enfin qui met aux prises, non sans espoir de profit pour la cause générale, une grande nadon vieillie, mais riche d'expérience, avec des peuples

]eunes, en progrès eux-mêmes, encore intempérants et rudes, non pas indisciplinables. Il serait mal à propos de confondre avec les sanglantes et stériles expéditions des Attila et des Gengis-Khan, ou bien avec le cruel triomphe de la race anglo-saxonne sur les malheureuses tribus de l'Amérique du Nord, Tinvasiou germanique du cinquième siècle. Elle a certes provoqué de terribles violences et entraîné de cruelles dé-

lor l'invasion germanique. 407

faites; mais elle n'a été ni pour les vaincus ni pour les vainqueurs uniquement une dévastation et un fléau. Les Germains avaient assez longtemps entendu parler de l'empire, ils avaient pendant un assez grand nombre d'années erré sqr ses frontières ou servi même à travers ses provinces, auprès de ses légions, pour admirer de quelle étendue et de quelle puissance il couvrait la terre. Avec leur admiration, leur convoitise avait grandi. Alaric n'aurait probablement pas su définir d'où lui venait cette voix qui le poussait vers Rome, mais il savait très-bien rançonner et piller la ville. On aurait tort de n'attribuer, dans cette grande période historique, aucun mérite aux chefs des barbares. Théodoric en Italie, Ataulf et Euric chez les Visigoths, Gondebaud chez les Burgundes, Clovis chez les Francs, ont été des chefs très-intelligents et très^poli tiques. Clovis surtout, en adoptant la même foi religieuse que Rome chrétienne, se chargea de renouer, avec son peuple, la chaîne des temps. Une fois établis sur les terres romaines, plusieurs de ces rois barbares travaillèrent de propos délibéré à une intime fusion entre les vainqueurs et les vaincus, et ils y réussirent en une certaine mesure, aidés par le christianisme, qui avait dompté leurs peuples et les avait rapprochés des Romains. Ainsi s'explique le contraste d'une conquête en grande partie violente si promptement suivie d'un remarquable mélange entre les populations. Peut-on croire que, dansée mélange, la Rome dégénérée des bas temps ait été seule énergique et active, et que l'invasion du cinquième siècle n^ait apporté aucun sentiment nouveau, aucune idée,

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aucun germe d'institution? La réponse à cette autre question mérite un autre examen.

Plusieurs écrivains de grand mérite ont refusé à rinvasion germanique toute heureuse conséquence, toute influence utile et féconde, et se sont de la sorte inscrits en faux contre quelques-uns des apiiorismes historiques le plus \ivement mis en lumière par Montesquieu, lis n'ont voulu reconnaître ni qu'elle ail préparé au moins certaines voies à la nouvelle société chrétienne, ni qu'elle ait donné à l'occident de l'Europe une solide avant-garde contre une autre barbarie bien autrement redoutable, la barbarie slave et tartare \ <( L'invasion n'a causé que des maux sans compensation, s'écrie M. Littré*. Nulle lumière, nulle moralité, nulle sainteté n'est venue des barbares... Le sang barbare n'a pas renouvelé le sang romain, au contraire. » Selon M. Guérard, qui reconnaît d'ail:* leurs le fait de la conquête et l'usurpation d'une grande partie du sol de la Gaule % <c la poésie et l'esprit de système prendraient vainement à tâche d'exalter les Germains. Lorsqu'on recherche avec soin ce que la civilisation doit aux conquérants de l'empire

* Voir ces derniers aspects de la question développés dans le beau mémoire de M. Mignel sur la Germanie aux VI W et JX* siècles et son inlroduclion dans la société civilisée de PJSurope oecidenialey dans les Mémoires de V Académie des sciences morales et politiques, tome III, ou dans les Notices et mémoires historiques du même auteur, Paris, 1843, 2 vol. in-8.

« Éludes sur les barbares et le moyen âge, pages 125, 203, 207, etc. et Journal des savants, septembre 1862.

« PolffptffquedeCabbé Irminon, Prolégomènes, page 200, etc.

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d'Occident, on est fort en peine de trouver quelque chose dont on puisse leur faire honneur ; ils n'ont fait que corrompre... Le progrès continu de la civilisation n'est du reste, ajoute-t-il, qu*un séduisant sophisme. )> L'acte d'accusation est, comme on le voit, formel. Plus on est convaincu qu'il trahit une vue incomplèfii»: d'un très-vaste objet, plus on se sent en même temps embarrassé par le nombre et la nature des arguments qui paraissent devoir le combattre. On n'ose invoquer, en face de tels maîtres, un sentiment de la vérité historique dont ils ont assez prouvé qu'ils ne sauraient manquer, mais que semble pourtant contrarier et blesser une conclusion si extrême. Quoi ! une phase de l'histoire si considérable, à l'entière évolution de laquelle, si nous nous rappelons les périodes diverses que nous avons distinguées, neuf ou dix siècles ont à peine suffi, se serait accomplie sans aucun profit pour l'humanité ! Quoi ! une race dont l'identité pendant un si long temps n'est pas un moment contestable, une race de laquelle, en dehors même de ces vastes limites chronologiques, on ne saurait affirmer sûrement qu'elle n^a pas d'aïeux à revendiquer parmi les vastes populations des Scythes et des Gètes \ et de qui relèvent visiblement dans les temps modernes plusieurs très-grands peuples et une portion de nous-mêmes, aurait été incapable de servir la cause de la civilisation I Est-il donc donné à ces forces aveugles, la durée inféconde et l'agitation stérile, de réclamer jamais une telle place dans le champ

^ Pline rAncien, Histoire naturelle, IV, 25, dit que les historiens de l'antiquité appelaient Scythes les Germains.

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de l'histoire ? Nous voyons agir la sève puissante du rameau anglo-saxon, et nous devrions croire le tronc de l'arbre inerte dès sa jeunesse 1 Comment concilia de telles anomalies ?

On essaie de les expliquer. On dit par exemple que les envahisseurs étaient en somme peu nombreux, et de plus que c'étaient des bandes séparées du 8ol natal, en ayant oublié les traditions et les coutumes, de sorte qu'à supposer que l'ancienne Germanie eût eu des institutions, ces enfante perdus n'en étaient plus les dépositaires. — Pour ce qui est du nombre, qu'en sait-on? Est-ce de Tarmée générale de l'invasion qu'on entend parler? Non sans doute, car les chiffres des historiens contemporains seraient plutôt récusés, comme grossis par la peur. S'il s'agit seulement de la Gaule, fera-t-on si peu de cas de l'invasion de 406 î Pour avoir franchi le Rhin sur une ligne étendue, pour avoir parcouru après la Gaule l'Espagne, pour être parvenus, une partie d'entre eux, jusqu'en Afrique, pour avoir accompli ces énormes courses non pas comme la pierre qui roule, mais comme la vague, qui laisse quelque chose de son écume et de ses eaux sur son passage, et frappe encore de grands coups à son point d'arrivée, il faut bien que ces trois peuples, Suèves, Alains, Vandales, aient été non pas une troupe de quelques centaines ou de quelques milliers d'hommes, mais les vrais héritiers des Teutons et des Cimbres. S'il s'agit uniquement et en particulier des barbares destinés à faire établissement dans notre Gaule, oubliera-t-on l'appoint de ceux qui, depuis longtemps déjà, servaient dans Tempire? Assurément

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ils n'auront pas manqué de se joindre à leurs frères, avec plus de raison encore que ce rusé paysan des environs de Troyes en Champagne, Hastings, qui, pour piller et gaigner, se joignît plus tard contre ses compatriotes au flot des envahisseurs northmans. Burgundes et Visigoths avaient avec eux leurs enfants et leurs femmes. Les Francs avaient fait presque place nette dans tout le nord-est^ qu'ils couvraient de leurs tribus. Quant aux armées de Clovîs, chacune d'elles pouvait bien n'être pas très-nombreuse, mais c'étaient en une certaine mesure des troupes choisies, et qu'il renouvelait, en revenant après chaque expédition se refaire dans sa tribu. Les écrivains du premier moyen âge expliquaient le nom de Germanie par le latin ger^ minare \ de même que Jornandès^ disait de son île de Scanzia qu'elle avait été la matrice et l'oflîcine des nations. Où avaient-ils pris une si formidable idée du nombre d'hommes que la Germanie ou le Nord avait versés sur rOccident? Pourquoi ne pas rappeler enfin le chiifre formidable, s'il est entièrement exact, qu'en 1866 les calculs de la statistique ont signalé '? L'Allemagne de nos jours acquiert chaque année un accroissement de population de 500,000 âmes, tandis qu'en France on n'obtient un nombre égal qu'en cinq

> Propter fecunditatem gignendoruin populorum Germania dicta est. Isidore, Origines, XIV, 4,4. — Germania a germinando populos sic dicta. Otiaimperialiatéd. Liebrecht, page 68.

* Histoire des Goths, c. ix. Quasi ofticina geutium aut certe velut vagina nationum; ex bac insula Gothi quondam memorantur egressi.

^ Eugène Forcade : Chronique de la Revue des Deux-Mondes^ k^' septembre 1866, page 343.

années; de quel droit refusera-t-on toute part de cette énergie aux Germains d^autrefois, desquels les historiens nous disent qu'ils respectaient le mariage et n*exposaient pas leurs enfants, comme on le faisait à Rome autour de Tinfâme Vélabre?

On ne saurait soutenir non plus que ces barbares fussent de simples bandes pour qui les communicacations avec la patrie étaient rompues, et qui devaient avoir oublié leurs institutions politiques, s'ils en avaient jamais connu. Il ne faut pas comparer de tels essaims avec ces exilés que les cités de la Grèce antique, lorsqu'elles arrivaient à l'excès de population entre leurs étroites murailles, envoyaient chercher fortune et s'empressaient d'oublier, à moins qu'ils ne devinssent à leur tour puissants et prospères. Chacune des tribus dont les envahisseurs faisaient partie, loin de ressembler à une cité close, vivait au-delà du Rhin éparse en quelque plaine. Peu familiarisée avee la propriété foncière, toujours en mouvement, avaitelle son vrai centre de vie et d'action là oh se trouvaient ses troupeaux et ses vieillards ou bien là où s'avançaient ses guerriers? Les cadres de l'armée n'étaientils pas ceux-là mêmes de la famille et de l'assemblée nationale ? La bande ne restait pas longtemps séparée de la tribu : on les distinguait à peine, à vrai dire. Nul des peuples établis en Gaule ne renonçait aux communications avec les peuples ou les tribus barbares restés plus à l'orient : les Visigoths correspondaient avec les Ostrogoths d'Italie, et ceux-ci trèsprobablement avec les Goths établis en 375 dans toute la vallée méridionale du Danube. Les Burgundes

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ent pas loin de leur patrie, située sur les bords ein ; on les voit se grossir, après le premier étament, de recrues nouvelles *. Les Francs enfin ent en contact perpétuel avec le gros de leurs ;, établies sur les bords du bas Rhin et de la Meuse. Loin donc de croire que ces Germains it tentés d'oublier et leur précédente patrie et coutumes nationales, on pourrait penser tout au lire qu^en aucune occasion peut-être, en aucun ;nt plus qu'en ces expéditions guerrières la tribu inique ne sentait la vie politique circuler en elle, révoqué en doute la formation régulière de cer- > confédérations entre les tribus germaniques, énéral, cependant, avant comme après la con- , on voit les Germains se partager en divers les, dans chacun desquels se distingue une dominante, mais non pas oppressive. Les Suè- B César ont imposé le tribut aux Ubiens et souîs Usipiens et les Tenctères*. Aux Suèves de od paraissent avoir obéi, pendant un temps au s, les Semnons et les Lombards * ; aux Goths d'Eric, non-seulement beaucoup de Scythes, mais beaucoup de peuples germains \ Les Lombards, lus maîtres de l'Italie, y avaient entraîné avec t sous leurs ordres toute sorte de peuples, gers et autres, Bulgares, Sarmates, Gépides. Pan-

oond supplément à la loi burgande, % XI, page 350 du pre- 'ohime de Walter, Cor/nu jurisgermanici aniiquL «ar, Guerre des Gaules, IV, 3-4.

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