UN JOUR DE SOLEIL
J'ai maltraité Naples; nous ne la quittâmes point, toutefois, sans y avoir vu le beau temps ; et il faut avouer qu'elle est aussi belle et brillante au soleil que déplaisante et maussade sous un ciel de pluie. Imaginez, dans ce dernier cas , une pauvre fille qui court les rues pendant le carnaval en oripeaux de théâtre : plus elle a mis de rubans et de dentelles , plus elle a de fleurs dans les cheveux, plus ses ajustements rassemblent d'éclatantes et de fraîches couleurs, — plus aussi la boue y paraît, plus le vent et la pluie la défont et la fanent ; et tout ce dont elle s'est parée pour plaire la rend odieuse à voir. Mais que le lendemain l'air soit doux, limpide et sonore, que le soleil revienne et qu'elle revienne avec le soleil : tout son fol attirail est charmant ; elle est pimpante, elle est légère, ses rubans chatoient à l'œil, son rire est agréable, sa chanson réjouit. Yoilà vraiment Naples. Elle est arrangée pour vivre au soleil. Si le soleil s'efface, adieu beauté, sourire, splendeur, tout s'en va: c'est un fard, c'est une poussière. Si le soleil reparaît, tout reparaît avec lui , les bords du golfe étincellent comme un collier de diamants, l'air est plein de bruits joyeux ; tout semble danser , tout semble fleurir ; le haillon du pauvre même a je ne sais quoi dont les regards ne s'offensent plus ; il cesse d'être misérable et
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Profilaut d'un do ros jours de fètc, (\\i\ furent trop rares pour nous, nous allâmes visiter le Bosco-Rcal, maison de plaisance du souverain, bâtie au milieu d'un parc immense , sur le sommet d'une montagne d'où l'œil embrasse à la fois Naples, le Vésuve, la campagne et la mer. L'édifice a la majesté dure de la royauté espagnole. On y reconnaît l'œuvre grave et forte de cette monarchie, qui semblait ne se plaire qu'aux choses faites pour ne changer jamais. Il ne se peut rien de moins orné ni de plus imposant : des cours solennelles à pleurer d'ennui; des arcades dessinées comme un arc-en-ciel de fer; des escaliers et des corridors à physionomie claustrale ; des chambres vastes, sans tentures, blanchies seulement à la chaux; et sur les murailles rigides , des tableaux, des chefs-d'œuvre, mais des chefsd'œuvre dignes en tout d'y briller, et par leur prix inestimable et par les sujets qu'on y a représentés : supplices, ensevelissements, moines en prière, portraits plus sombres encore que tout cet ensemble, d'un grandiose morne et terrifiant. Si l'on entend quelque bruit, involontairement on se range , comme pour laisser passer un de ces pâles et raides personnages qui froncent les sourcils dans les tableaux de Yelasquez ; mais on ne voit que le valet de pied aux couleurs de la maison de Naples , dont la bonne figure et la livrée fatiguée de servir vous disent qu'il n'y a plus qu'une image de tant de puissance et de tant de hauteur.
Lorsque, sorti de ce lugubre palais, on se retrouve au grand air, dans la profusion de la nature napolitaine > qui rit de toutes parts comme un enfant, et qu'on ne
peut mieux caractériser qu'en disant qu'elle est joyeuse, — le palais et ce qu'il renferme paraissent bien n'avoir pas été faits pour le pays. Ces choses ont été apportées là par des étrangers , qui les ont oubliées au moment du départ ; ils ont oublié aussi cette fière montagne , qui gronde et menace toujours au milieu du grand horizon. Ah ! que ce parc du Dosco-Real est beau ! qu'il a de fleurs ! quelles magnifiques allées ! quels épais berceaux toujours verts, impénétrables à la neige, impénétrables au soleil ! quelles percées majestueuses sur un panorama d'heureuses merveilles, les plus variées que l'on puisse concevoir ! La main espagnole s'y fait sentir encore : elle a, d'un compas austère, ménagé ces espaces, régularisé cette profusion , distribué comme des haies de courtisans tous ces beaux arbres; de la nature même elle a fait un salon royal , où l'étiquette , plus forte que la sève , mesure aux branches la longueur qu'elles doivent avoir, assigne aux fleurs la place où elles doivent s'épanouir. Mais l'étiquette n'empêche pas le vent d'agiter les feuilles , le soleil d y sourire , Toiseau d'y chanter, ni les montagnes d'onduler à l'horizon, ni la plaine bigarrée de richesses de s'étaler au loin , ni la mer d'aller là -bas confondre son azur avec F azur du ciel, ni le cœur des enfants de Dieu d'éclater en cantiques d'allégresse au grand spectacle des œuvres de Dieu.
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