BON USAGE DE LA VIE
J'admire comme tout le monde a lieu d'être fier de ses philosophes, quil estime si haut, et qui ne peuvent se mettre d'accord. 11 semble merveilleux qu'au lieu de perdre du temps , ainsi qu'on le fait quelquefois , à vouloir les concilier, pour reconnaître ensuite que c'est la chose impossible , et s'abandonner alors avec malaise à ces instincts de l'homme qui ne sont pas moins obscurs et moins contradictoires que toutes les philosophies , on ne se fasse pas un simple raisonnement : il n'y a que deux écoles : une qui admet la révélation divine et l'institution d'un ministère de réconciliation entre la créature et le Créateur ; une autre qui , dans la multiplicité de ses sectes et de ses divisions , admet tout hors ce point. Cette dernière école n'a jamais réuni deux hommes intelligents dans une croyance identiquement la même ; ses écrivains et ses docteurs se contredisent : donc rien ne prouve que la vérité soit avec aucun d'eux. L'autre école, au contraire, offre au monde, depuis dix -huit cents ans, l'imposant spectacle d'une foule de puissants génies réunis dans la plus miraculeuse unité de croyances et de sentiments. Il n'y a pas un docteur luthérien ou calviniste qui pense exactement comme Calvin et Luther, et là même on je vois plusieurs esprits garrottés dans les liens d'un même système , je ne vois rien qui
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m'indique une religion. Mais partout oi!i sont les catholiques, il n'y en a pas un qui ne pense, qui ne croie, qui ne prie, qui ne s'efforce d'agir absolument comme saint Pierre et saint Paul. Tels ils ont été au commencement, tels ils sont encore, tels ils seront jusqu'à la fin. Rien ne prévaut contre ces pensées, contre ces croyances : ni l'âge, ni les événements, ni les malheurs, j Tandis qu'ailleurs l'esprit dépouille , en vieillissant , tout ce qui l'avait le plus charmé, et prend, comme des vêtements mieux en harmonie avec son âge, des opinions nouvelles à mesure qu'il prend de nouvelles années , le catholique , stable dans ses croyances premières, n'éprouve que le besoin de s'y attacher plus fortement. Là est donc la vérité, ou tout au moins conyient-il d'étudier si elle y est.
Oh ! oui, certes , la vérité est là; et vous ferez bien, mes frères , de vous en enquérir. Lisez nos livres, écoutez nos docteurs; tous parlent de même, tous ont les mêmes promesses , et vous trouverez dans tous , je dis dans les plus humbles et les plus ignorés, la solution éclatante des plus inextricables problèmes où se sera brisée votre raison. Vos philosophes vous ont -ils dit clairement ce que vous avez à faire dans le monde? Et s'ils vous l'ont dit , Font-ils fait eux-mêmes? Et si vous l'avez voulu faire, en avez-vous été contents? J'affirmerais que non. Mais un livre pieux me tombe sous la main : qui l'a écrit? Je l'ignore; je l'ouvre, et je Hs ces simples paroles : <( Nous avons le passé à réparer, l'avenir à préparer. Le présent nous est donné pour combattre, expier le passé, préparer l'avenir. » Eh bien, je vous le dis, le chrétien, l'enfant de l'Église, quel qu'il soit, dont l'intelligence s'élèvera seulement jusqu'à
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c{)in[)r(MH]i'(» cvl cnsoignciTKMit si limpide, — s'il veut s'en ressouvenir, et user, pour s'y conformer, de la force qui est en lui , — celui-là est plus savant que tous vos systèmes et peut défier le monde et l'enfer.
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