PAX DOMINI SIT SEMPER VOBISCLM
Dans un jardin, au printemps, vous voyez les plantes bourgeonner et quelques-unes commencer à fleurir. Elles fleuriront, elles auront des parfums, elles donneront des fruits, chacune à son heure. Il leur faut, pour cela, seulement ce que le ciel leur distribue de soleil et d'air. Elles ne changent point de place ; Dieu prend soin de les féconder oii elles sont. Elles ne se jalousent pas ; le brin d'herbe a sa beauté comme la fleur et comme le fruit , parce qu'il a aussi son utilité; car, dans la nature, telle chose est utile parce qu'elle est belle, et la beauté de telle autre consiste dans son utilité. Pourquoi donc vous plaindre de votre rôle ? Pourquoi le trouver trop borné , trop humble? Pourquoi vous inquiéter et vouloir faire tant de choses ? Restez oii Dieu vous a mis ; portez les fruits qu'il vous demande.
Petit brin d'herbe, le passant vous dédaigne, mais Dieu prend soin de vous faire croître ; son soleil est tout entier pour vous.
Et le sage sait bien que dans votre frêle enveloppe se cache un suc précieux.
Parfois nous croyons que notre destinée va changer de face et de voie : Dieu nous conduit en des lieux où
il semblait que nous ne dussions jamais aller, nous met dans des situations où nous pensions ne nous trouver jamais. Nous sommes émus, tout près de pleurer. Il faut dans ces grands doutes, dans ces circonstances solennelles , se confier en Dieu , détourner ses yeux de la vie , se réfugier dans la prière , ouvrir les ailes de la foi , et , des hauteurs oii elle s'élève, se contempler soi-même comme si l'on n'existait déjà plus. Quand l'âme est au ciel, qu'importe où s'en ira souffrir le corps î D'ailleurs, si Dieu nous assigne tel devoir pour lequel nous aurions de la répugnance, c'est qu'il est bon d'y être soumis, et nous devons compter que la force de le remplir ne nous manquera pas. Songeons toujours à la vie éternelle, comptons toujours sur la bonté de Dieu. Toute journée n'a qu'un certain nombre d'heures , et il n'est point de malheur terrible qui puisse empêcher le lendemain d'arriver. Un de ces lendemains sera le jour de la mort. Il n'est point de tyran qui puisse nous empêcher de mourir. Yoici une belle maxime ; elle est de sainte Thérèse :
Que rien ne t'inquiète, que rien ne t'épouvante : tout passe. Mais Dieu ne passera point.
/ Ne nous décourageons point parce qu'une chose juste que nous demandons avec instance ne nous est pas accordée. Dieu est grand, le temps est à lui. Sainte Monique demanda pendant quinze ans la conversion de son fils ; Dieu paraissait vouloir être sourd à ses prières : ce fils fut pourtant un jour saint Augustin.
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Pourquoi donc toujours ceLlc tristess»' sur l;i rapidit»; des destins de riioniuio? La vie est courte! Kh ! qu'importe ! quel besoin avez-vous de rester si louf^tenips sur la terre? Le ciel est aux bonnes œuvres, et non pas aux longues œuvres. Craignez de vivre mal, ne craignez pas de vivre peu. Vous êtes ici pour travailler; si vous travaillez bien , avez-vous peur de recevoir trop tôt la récompense? Au contraire, souhaitez-la. Dieu permet que vous la souhaitiez : ce qu'il permet est juste et sage. Si vous travaillez mal , de quoi se plaint votre cœur, plus vertueux que vos œuvres ? Convertissez-vous , et désirez de mourir aussitôt , afin de ne point retomber dans le péché. (( Celui-là qui veut vivre afin d'atteindre la perfection, disait un saint docteur, qu'il désire de mourir, et il est parfait. »
Mais ne croyez pas la vie si courte : vous laissez longtemps après vous le bien ou le mal dont vous avez rempli vos jours. N'eussiez-vous gâté qu'un cœur, combien en gâtera-t-il d'autres ! N'eussiez-vous préservé qu'une âme, combien d'âmes ne préservera-t-elle pas !
Je suis seul, isolé : qui pense à moi dans le monde? Qui? — Dieu, la sainte Vierge, les anges, les saints, tout le ciel.... et t oui ours !
Songeons à ce que nous projetions de faire il y a deux ans, à ce que nous avons fait, à ce que nous étions alors, à ce que nous sommes. Dans deux ans , à pareille époque, où serons -nous, que ferons-nous? Dans quel-
ques jours j'irai peut-être mourir en un lieu et parmi des personnes dont je n'ai jamais entendu prononcer le nom. Quelle fojie de former tant de projets qui n'intéressent que nous, et encore ce que nous devons le moins considérer en nous ! Il n'y a qu'un plan à se dresser, plan d'une exécution facile , et qui a plus de chance que tout autre de n'être point déjoué : c'est de bien servir Dieu, c'est de l'aimer, c'est d'obéir, c'est d'être prêt à tout faire, à tout supporter pour lui , et surtout c'est d'être toujours prêt à mourir.
Hé quoi! du trouble, de l'inquiétude encore, lorsqu'à peine vous sortez du tribunal de la pénitence. Regardez une image de Jésus Sauveur. 11 est sur la croix pour vos péchés ; mais il y est par son amour. Ne doutez point de sa justice, ne doutez pas non plus de sa miséricorde. Dieu pardonne tout; il oublie tout, puisqu'il vous commande de pardonner et d'oublier ; car pourrait-il exiger des hommes une vertu qu'il n'aurait pas, et tromper, lorsqu'il punit le mensonge ? Tenez votre âme en une sainte joie, écartez les souvenirs pénibles. N'est-ce point par un secret orgueil que vous craignez de n'avoir pas obtenu pardon, et par une secrète concupiscence que vous revenez aux mauvais souvenirs? Que tout cela soit oublié comme Dieu l'oublie. Formez dans le recueillement la sincère résolution de ne point recommencer ; — allez en paix.
Sommes-nous à ce point asservis au démon, qu'il puisse nous importuner du bruit que d'autres font dans
\v nioiido, (M. (lo raclât, (loiil ils paraissent (Mitoiiivs? Sonf;vons à coqu'cst la gloire humaine ! Où vont ces œuvres (le l'esprit (*t de Tai't (pie Ton jette aux admirations de la foule? Je veux (ju'elles dureut autant que les si(îclcs, toujours brillantes et belles, et toujours applaudies; mais les si('eles aussi mourront, et toute gloire humaine mourra, quand, sur la limite du dernier jour de l'humaniti^ , comme un conquérant bless<î au sein de la victoire, expirera enfin la mort; et sans attendre la fin des siècles , dans un petit nombre d'années , dans un petit nombre de jours , quel plaisir le succès de son ouvrage pourra-t-il procurer à F artisan qui sera dans le cercueil et que rongeront les vers ? Dieu ne daigne pas entendre les bruits de nos renommées , mais il entend jusqu'au moindre souffle d'orgueil qu'elles excitent en nous ; il l'entend et il en tient compte. Ne croyons point avoir fait quelque chose de bien considérable parce que nous avons jeté une pierre dans la mer sans fond et sans rives de l'éternité : toute œuvre de l'homme n'est que cela devant Dieu. Nous pensons que nos petits mouvements préoccupent tout l'univers; cependant les astres roulent au-dessus de nos têtes , nous les voyons à peine, et nous ne les entendons pas. Il n'y a que Dieu qui sache bien et toujours tout ce que nous faisons , et qui s'en souvienne. Pensons-y; car il nous en parlera.