GLOIRE A DIEU
Que ferons -nous, lorsque, à mes^ire que nous avancerons en t\ge, nous comprendrons mieux le vide, le mensonge et les douleurs de la vie ;
Lorsque nous verrons toute fleur se faner, toute illusion mourir, et qu'à force d'avoir été trompés dans nos espérances nous ne voudrons plus espérer ;
Lorsque nous aurons vu le roseau des affections humaines , sur lequel nous comptions pour franchir les passages difficiles, se briser et nous percer la main;
Lorsque ceux que nous aimions nous feront voir qu ils dédaignent notre tendresse ; lorsque ceux que nous admirions se seront à nos yeux rendus dignes de mépris ;
Lorsque la vertu des saints eux-mêmes nous paraîtra moins éclatante , et que là où nous comptions trouver la perfection, nous aurons reconnu avec tristesse la chancelante humanité;
Lorsqu'un cœur infidèle nonseulement nOus abîmera de douleur, mais encore nous couvrira de honte , et nous montrera la plus chère de nos affections terrestres souillée, trempée de boue , livrée aux risées du crime , et comme jetée aux pourceaux;
Lorsque nos propres enfants, armés contre nous, et vengeurs cruels de nos pères , se joueront de notre
HOMK \W f.OlU'TTK 207
amour, placoroiil suc nos cheveux l)l!ui('s la couronne de dérision, et nous pousseront par mille offenses à maudire le jour où ils sont nés ;
Lorsque nous aurons mille et mille fois reconnu dans nos propres cœurs l'ingratitude et l'égoïsme , qui nous font tant souffrir dans autrui, et que, dégoûtés du monde, nous le .serons encore plus de nous-mêmes ;
Lorsque nous saurons bien , et que nous aurons bien vu, que le mal est sur cette terre; qu'arraché d'un lieu il renaît plus vivace en un autre, et quenitravaux,ni veilles, ni prières , ne le peuvent détruire entièrement ;
Lorsqu'à toutes les angoisses qui font la vieillesse et la caducité du cœur se joindront toutes les infirmités du corps ; quand la lumière aura brûlé nos yeux ; quand nos oreilles affaiblies, quand nos pieds lents et sourds, quand nos mains débiles, frappés de mort avant nous, feront de tous les agents de la vie comme autant de pierres posées sur un tombeau ;
Lorsque nous serons enfin, par Tàme et parle corps, cette immense ruine, cet informe débris de toutes choses, qui pèse au monde, et que l'on nomme un mourant : ô mes frères! que ferons-nous?
Nous retiendrons la dernière étincelle de vie près de s'éteindre, nous rassemblerons en un dernier souffle toutes les parcelles de forces et d'intelligence qui pourront nous rester encore , et nous bénirons Dieu !
Gloire, gloire à vous, et soyez béni. Dieu tout-puissant , Dieu juste , Dieu vengeur, Dieu éternel et plein de miséricordes ! Où s'est emporté, dans ses désirs ingrats, ce cœur que vous saturez d'amertumes? Ces pieds, ces mains, ces yeux infidèles, qu'ont-ils cherché, qu'ontils poursuivi, qu'ont -ils voulu retenir dans le monde?
Et ce mal, qui croît sans cesse, qui l'a produit sans cesse? qui en a jeté l'inépuisable semence à tous les vents du ciel , et qui leur a demandé d'en couvrir tous les champs d'ici-bas? Et ces âmes fragiles, qui leur a fait un autel dans nos âmes, au mépris de vos commandements?...
Frappez donc , punissez , détruisez ; faites des ruines de tout notre orgueil , de toutes nos tendresses ; et frappez encore sur ces ruines elles-mêmes, jusqu'à ce qu'elles se dissipent en poussière, comme Tyr, Babylone et Ninive, qui n'ont plus de lieu sur la terre, et dont le vent a dispersé les tours. . . — Car le jour de la fin sera la fin des convoitises funestes, sera le jour du pardon et de l'espérance : et bienheureux ce jour, où je ne pourrai plus voir ni entendre, ni aimer, ni désirer que vous, o mon Dieu !
XLir