‹ Rome et LoretteChapitre 48 sur 50 · INSTRUCTION FAMILIERE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION FAMILIERE

A E. L***, mon très cher ami, que Dieu le reçoive en grâce ! — Je viens, sans que vous m'ayez appelé, vous parler de choses auxquelles vous ne pensez pas, auxquelles vous refusez de penser peut-être. Vous savez que je veux servir Dieu, que c'est l'emploi de ma vie, mon but souverain , devant lequel tout autre s'efface et n'est point considéré ; cependant, quand je vous vois, le monde est la seule matière de toutes nos causeries ; et, s'il faut le dire , je me plais trop au sel que votre gracieux esprit y répand. Je me reproche ces entretiens d'où, malgré moi, Dieu s'absente, et où je ne songe pas à le rappeler. Souffrez donc , mon ami , que je vous occupe au moins une fois des grandes pensées que vous me faites négliger. Si je suis indiscret , pardonnez-le-moi , pour tant de prières où vous avez place , et dont je ne vous dis rien ; pardonnez-le-moi, car c'est une mission que je dois remplir : il nous est ordonné d'exhorter nos frères, de les presser à temps et à contretemps. Vous voyez donc, je suis en règle ; et je n y serais pas , que je me sentirais tranquille encore , sachant quelle bonne amitié plaidera pour mon zèle au fond de votre cœur.

Je le connais délicat , noble et tendre , ce cœur : j'incline à penser qu'il n'a pas d'objection contre la foi dans ce qu'elle prescrit de plus dur à la masse des hommes, et que tout obstacle vient de votre raison , troublée par les

jugements du monde. C'est à votre raison que je vais m' adresser. Comme tant d'autres, vous vous êtes laissé prévenir en gros contre les dogmes, contre les mystères. Tout cela vous a paru ténébreux, extravagant et mensonger peut-être ; et, sans vous enquérir davantage des fondements d'une croyance dont la foule des parleurs aime d'ailleurs à dire quelle a fait son temps, laissant là ces obscurités , ces disputes , vous avez donné votre intelligence et vos jours à la religion plus claire de vos goûts , qui sont élevés et calmes , et de vos plaisirs , où les plus rogues professeurs de la morale courante n'auraient rien à blâmer. Si tout ne succède pas, dans le cours de la vie , au gré de vos projets et de vos voeux ; si la réalité est moins belle que le désir, si la fatigue est dans les fêtes , si le vide es.t dans la satiété ; si même à l'écart des tempêtes, et loin du soleil des ardentes passions, la couronne d'illusions se fane cependant sur votre front paisible , et si vous en comptez les fleurs en les voyant , feuille à feuille, tomber à vos pieds : cela, quand vous daignez y songer, vous parait l'ordinaire accident de l'existence ; quelque chose de triste , sans doute , mais enfin sans remède, — sauf un seul, dont vous usez, qui est de ne pas s'y arrêter, de poursuivre, de rêver, de dormir jusqu'à la mort, qui viendra peut-être tout terminer demain. — Jaser là-dessus est affaire aux philosophes, qui vous semblent, autant qu'il vous plaît d'en juger, n'y pas connaître grand' chose ; qui peuvent bien, dites-vous , avoir de la science , mais qui plus certainement délayent un jargon barbare, où vous ne consentirez jamais à reconnaître le digne vêtement de la vérité. — Quant aux philosophes , à leur science et à leur jargon, qu'un autre les défende, mon ami ; je n'y aime

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ot n'y (MiliMids rien, non plus (jih' vous. Mais n('ariiiioins, ('('lit» iiidillV'i'iMicc csl-cllc digne do voti'c àiiic et de votre peiistH'? Si Ton NOUS j)ri"ssail sur ce chapitre, ne trouveriez-vous pas bien (jtraiii^e que, vous occupant de vingt études et de mille enriositc's , vous n'ayez jamais en la curiosit(î de vous étudier un peu vous-m('nie ; que, vivant avec vous, et même (comme tout le monde) à peu près uniquenuMit pour vous, vous vous soyez cependant accepté , autant dire , comme vous feriez d'un compagnon de diligence , de qui Ton désire ne savoir ni d'où il vient, ni en quels lieux il se rend, si sa conduite est réglée par des principes surs ou incertains, s'il est galant homme ou non, s'il est fou, s'il est sage, rien enfin; à qui l'on demande seulement de n'être point incommode, et qu'on se plie à supporter, s'il gêne , sans entreprendre de le corriger ?iPlus particulièrement encore, ne seriez-vous pas étonné d'être homme d'honneur sans savoir ce que c'est au fond que l'honneur, ni aucune des vertus que vous aimez, et pourquoi il se rencontre tant de gens qui n'offrent pas la moindre trace de ces vertus, tandis que vous en avez vu d'autres qui les ont, et qui les pratiquent à un degré excellent? Pourriez-vous sans surprise approfondir pourquoi vous estimez et recherchez ces derniers , pourquoi vous méprisez et repoussez les autres , souvent plus agréables dans leurs propos et plus gais compagnons? — Vous prêtez, dans vos moments perdus , une certaine attention aux faits de la politique ; vous avez dit, avec moi, que le monde paraissait jouer à colin-maillard au milieu de tous les fléaux possibles... Et vous ne vous êtes point demandé quel bandeau couvre ses yeux, ni pourquoi il ne l'arrache pas ! Dans ce dédale de tant de problèmes , qui vous frappent malgré vous , quel pro-

blême n'etes-vous pas vous-même, de n'en vouloir résoudre aucun, — et de ne pas seulement l'entreprendre, sous le prétexte que le style des philosophes actuels est par trop mauvais ! — Convenez que cela n'est pas à la mesure de votre intelligence, et que vous mériteriez bien votre petite part des fines railleries que vous distribuez à tous ces philosophes (ineptes , j'en conviens, pour le plus grand nombre ) , de ne prétendre , en les raillant , qu'à mieux tourner une phrase et mieux goûter un bon auteur. Non, cet abandon n'est permis à personne, et moins encore aux esprits de trempe et de choix. Ce n'est pas seulement un soin de dignité qui vous défend de dormir ainsi dans Fignorance de votre âme et des besoins du monde ; c'est Dieu même qui ne le veut pas. Écoutez-moi : je vous parle au nom d'une religion qui vous impose le devoir méconnu de vous étudier, de vous connaître , de connaître Dieu et de le servir ; elle vous l'impose absolument, elle n'admet ni excuse ni retard ; et je vous annonce , en son nom , qu'elle prétend sur votre vie , sur vos œuvres et sur votre amour ; que vous ne lui échapperez point , dussiez-vous la fuir jusqu'à votre dernière heure ; qu'elle vous saisira quand vous aurez franchi le seuil de la vie pour entrer dans l'éternité, et que dans cette éternité suprême elle jugera sévèrement vos refus , et les jugera pour l'éternité.

Apprenez donc à connaître Dieu ; par là vous apprendrez à vous connaître vous-même. Connaissant Dieu, vous voudrez le servir, et vous en posséderez le moyen. C'est la reUgion.

. Mais cette rehgion vous propose à croire sur Dieu des choses incompréhensibles, dites - vous ; et dès l'abord vous vous trouvez ainsi dégagé de toute obligation. La

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rolii^ioii ni^ so pont, compriMulrc , ddiic nul n'est tenu de ronibrasser ; donc, l(>gi(|uoment, elle n'est, pas.

Je dis aussi que Dieu est ineompréhensiljle, et je conclus, vous le savez, tout autrement que vous. Il faut donc nous entendre sur ce mot.

Vous prétendez que ce qui est incompréhensible n'est pas. Vous niez-vous donc vous-même, parce que vous ne vous comprenez point? Prenez garde que je ne fais pas ici de puériles subtilités de mots. Vous ne vous comprenez point : vous avez des besoins qui sont des mystères incompréhensibles , et cependant manifestes ; que vous ne sauriez expliquer, mais que vous savez très bien entendre ; que vous cherchez à satisfaire, et qui deviennent la règle de mille actions, de mille pratiques, accomplies avec un soin scrupuleux , je dirai presque superstitieux. J'en pourrais faire un long détail , je ne vous cite que le besoin d'aimer; et si vous trouvez à celui-là des raisons d'organisation physique (raisons, quant à moi, que je contesterais fort), je vous citerai encore le besoin d'apprendre, et celui de croire, le plus étrange de tous. Réfléchissez-y, voyez ce qu'il vous commande : le comprenez-vous ? le niez-vous ? Eh bien ! si les mystères incompréhensibles de la religion sont cependant manifestes et palpables en quelque sorte, comme 1^ mystères incompréhensibles de votre âme ; si , ne les pouvant pénétrer, vous pouvez encore moins nier qu'ils existent , qu'ils sont; et si votre raison en a des preuves dans le monde entier, mais surtout en vous-même , nos devoirs envers Dieu , source et but de tous ces mystères (devoirs très compréhensibles d'ailleurs), ne naissent-ils pas de là , et de là aussi la religion ?

Il est un premier point que vous admettez : c'est l'exis-

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tence de Dieu. Je veux vous montrer que la doctrine catholique est une conséquence droite et rigoureuse de l'existence de Dieu. Nombre de pieux et célèbres écrivains dont vous ne contesterez ni la science ni la vertu, et dont vous aimez certainement le style, ont fait, mieux quil ne me sera possible , ce que j'entreprends. Mais vous lirez peut-être une lettre amicale , tandis que vous refuseriez, comme tant d'autres en ces jours-ci, de lire, malgré leur génie, les beaux traités qu'ont écrits ces grands hommes. Leurs titres de prêtres et d'évêques effrayent encore plus que leur talent sublime n'attire et ne séduit. On redoute, on hait aujourd'hui la voix de l'Église : et que n'êtes-vous chrétien, pour entendre quel effrayant et compréhensible prodige est celui-là !

Quiconque admet l'existence de Dieu admet l'existence d'un être surnaturel , au delà, si l'on peut s'exprimer ainsi , du surnaturel même , et admet donc , par ce seul fait, la possibilité de tous les miracles et la nécessité de tous les mystères. L'être surnaturel se manifeste surnaturellement, et il est simple que pour le connaître nous soyons obligés de nous élever hors des choses que nous voyons, hors des choses que nous pouvons. Lorsque nous obtenons quelque connaissance dû lui , c'est un miracle qu'il fait en notre faveur. Prononcer son nom seulement, c'est déjà une grâce qui nous est accordée; ce grand nom est un premier miracle-, qui facilite l'intelligence de tous les autres. Car qui a pu donner aux hommes l'idée de Dieu, si ce n'est la volonté même et le pouvoir de Dieu? Je n'ai pas besoin de m'étendre ici; vous savez que cette idée n'est pas le fait d'un homme : on ne connaît pas l'inventeur de Dieu ; elle n'est pas la croyance d'un peuple , tous les peuples l'ont eue. La ré-

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vélatioii (le D'uMi, proiiNtM' par le témui^iia^n' iiiiiversc;! (lu ^(Muv hiiinaiii , coiisUilc à son tour T imité de ia raci» liumaiii(\ ('tjustilie ainsi rautorihî de l;i Hihlc d'une de ces di'iuonstratiuns scienliliciucs et écrasantes que le savoir, nialt^ré cju'il en ait, sera bien l'orcc' du lui Inurnir eu tout et partout.

On admet ([ue Dieu existe ; on admet donc qu'il a créé le monde ; on admet donc qu'il Ta créé de rien ; car quelque hypothèse que Fou fasse à cet égard, — que Dieu ait formé le monde spontauémeut , ou qui! ait d'abord formé la matière, pour l'orgaiùser ensuite en un plus ou moins grand nombre de siècles ou de jours, ou qu'il ait jusqu'à un certain point laissé la matière s'organiser ellemême , après y avoir semé les germes et lui avoir donné l'impulsion, — toujours faut-il que la matière, le germe, l'ordre, l'impulsion, qui se révèlent en toutes choses d'une manière si éclatante, si belle, si irréfragable, toujours faut-il que tout cela ait été créé, créé de rien.

Dieu a pu faire cet ouvrage, il l'a fait, et après l'avoir fait, il y a placé l'homme : où mettrons-nous maintenant les bornes de sa puissance? Qu'avons-nous à objecter contre le possible de la sainte Trinité, contre l'incarnation du Verbe , contre la chute , contre la rédemption , contre la vie éternelle , contre l'enfer, contre le paradis , enfui contre la révélation développée , qui nous apprend ces choses ; et ce qu'est Dieu, et ce que nous sommes, et notre dépendance à son égard ? Rien de tout cela ne reste impossible ; mais , plus cela est haut , et naturellement inimaginable à l'homme , plus éclate la certitude d'une révélation qui l'en a instruit. Dieu , qui a créé l'homme comme toutes choses, mais qui, lui donnant de l'intelligence, a par là révélé la créature à elle-même, et lui

a donné l'impérieux instinct de ses devoirs envers le Créateur, qui ne l'a pas sans doute abandonnée avec cet instinct à la recherche d'un créateur, qu'elle n'aurait pu imaginer, puisqu'elle ne peut rien faire de ce qu'il a fait, Dieu s'est donc révélé. Ainsi, la connaissance de Dieu, c'est la science de Dieu lui-même. Qu' avons-nous à objecter contre la science de Dieu?

Allons plus avant : Dieu nous a créés à son image. Dans une image si inférieure, et encore dégradée par le péché, qui est en nous et qui n'est pas en Dieu, cherchons quelques linéaments de cette ressemblance auguste. Je ne parle ici, vous le concevez, que de l'homme immatériel.

Sans pouvoir l'exprimer peut-être, nous avons des preuves , et je ne sais quelle connaissance intérieure de la sainte Trinité. Nous trouvons en nous, en une seule âme, en un seul sentiment, la volonté, F intelligence , l'amour. Eh bien ! ce qui en nous est obscur et confus , est en Dieu à l'état de perfection souveraine, infinie : pesez ce mot, qui est le mot de Dieu. La Volonté est créatrice et peut tout ; l'Intelligence est sans bornes et sait tout ; elle se sait elle-même, degré de lumière où n'arrive pas l'intelligence humaine, qui tout au plus se devine et ne fait que s'apercevoir ; l'Amour est sans réserve, il pardonne tout , il accorde tout ; — et ces trois qualités suprêmes se confondent en une essence sublime, qui est Dieu. L'état de Dieu dans le ciel , son œuvre de chaque instant et de l'éternité, là-haut, sont inénarrables ; mais nous voyons ici qu'il conserve le monde après l'avoir créé ; qu'il le gouverne, sans que nous puissions le détruire, à travers des crimes dont nous répondrons ; qu'il prépare enfin de toute éternité , comme il saura maintenir dans l'éternité toute entière, l'éternelle félicité des

HOMi-: i;r Loni-rrrr: :m

sjiinls, l)ul final (jiio D'umi nous inspiro do poursuivre sans cesse, et cpi'il s\'st. lui-mAme proposa.

Ainsi, nous rompronons un pouvoii' sui-iiafurcl , (pii conçoit, veut et crée ; (pii règle, maintient et ordoiuie ; qui récompense, punit par conséquent, et termine : c'est Dieu, Père, Fils, et Saint-Ksprit : trois manifestations distinctes, toutes-puissantes dans une seule intelligence ; trois personnes dans un seul Dieu.

Ces trois personnes sont égales et coéternelles , car Dieu n'a pu être un seul instant imparfait; il n'a pas eu à se compléter, il n'a jamais en rien été inférieur à luimême. Il n'a jamais été sans sa puissance, sans son intelligence, sans son amour. Il a eu de .toute éternité toute sa force, toute sa tendresse et tous ses desseins. Il ne lui est pas venu un jour l'idée de faire le monde, un autre jour l'idée de former et d'animer l'homme, un autre jour l'idée de s'incarner, pour souffrir et racheter par ses souffrances l'homme déchu. Il a voulu tout cela de tout temps ; et au moment qu'il s'était marqué il l'a fait. On peut dire que, dans sa pensée, le monde et l'homme sont incréés et éternels comme lui, quoique l'un et l'autre aient été faits et doivent périr. Quant à l'opportunité de son action manifeste et visible, il ne nous convient pas de demander pourquoi le moment choisi arrive plus tôt ou plus tard. Ce serait puéril : cette connaissance n'importe nullement à notre bonheur ici-bas, ni à notre salut éternel. Dieu , sans doute , peut bien avoir des secrets que nous ne connaissions pas ; il ne nous doit aucun compte de ses volontés. Ce qu'il nous permet d'en découvrir, est grâce pure qu'il nous fait.

Nous lisons dans notre Symbole que le Fils de Dieu , personne de la très sainte Trinité devenue visible et

palpaljle dans un but de miséricorde , est engendré , non fait , genitiim, non factuni , pour exprimer qu'il existait avant de naître sur la terre, et constater notre inébranlable croyance en sa divinité. Engendré, non fait, car il est Dieu de toute éternité. Sa naissance j9o^«r?^o?^5, hommes, date du jour où il est apparu ici- bas, afin de nous sauver.

Or, comment Dieu a-t-il incarné ce Fils , par lequel il a sauvé le monde? Comme il a créé le monde, c'est-àdire par un acte tout-puissant de sa volonté. Il a dit au monde une parole de bonté merveilleuse ; il a fait un miracle d'amour aussi grand par-dessus les miracles de la puissance, que ces miracles sont eux-mêmes au-dessus des œuvres de l'homme, et cette parole immortelle nous a fait voir désormais en Dieu, à la place d'un maître irrité, un père tout rempli de clémence et de miséricorde. Il était le juge du monde, il en est devenu le Sauveur compatissant; il n'a point changé pour cela. Sa miséricorde était en lui comme sa justice. Seulement il manifestait Lier sa justice, et c'est sa miséricorde qu'il manifeste aujourd'hui.

La bienheureuse et très pure Vierge Marie a porté dans ses flancs chastes et bénis le Verbe Dieu fait homme; mais elle n'a point été épouse et mère dans le sens borné que l'ignorance grossière pourrait attacher à ces mots. Elle a été l'épouse du Saint-Esprit : elle a conçu, elle a enfanté, elle a allaité, elle est restée vierge, par la volonté paternelle et suprême qui accomplissait en elle cette œuvre de salut. Une parole descend sur elle : la voilà mère; elle ne cesse pas d'être pure. Ce mystère ineffable inspire au grand évêque d'Hippone deux mots. . . qui foudroient tous les doutes , et ne laissent plus dans l'esprit qu'une lumière du ciel: Si un Dieu devait naître.

HUMi*: KT LOurriTi-: :m'A

il ne [)(>ii\ail iiaîtiv (iiic (rimo viorgn ; si iiiio- viorgc dc;vait eiiraiilcM', clic ne p(»ii\ail, tMil'îiiitor (jiruii Dieu '.

Oui, un DitMi devait naître! — Le Créateur, dans le secret d'une tendresse dont le prince des anges fut jaloux, fit à riiouinie, lorsqu'il l'anima, le don sublime de la liberté. C'était la condition de l'amour intelligent qu'il voulait en obtenir, et sans lequel la création n'aurait point oifert de but. En lui donnant cette liberté, il élevait la créature si haut qu'il en faisait en quelque sorte son égale , puisqu'il lui permettait ainsi d'éprouver un amour qu'il accepterait en échange du sien... Je prie Dieu d'affermir mon esprit ; car ces pensées, lorsqu'elles passent devant la pauvre intelligence. humaine, l'éblouissent : comment dire ce que l'on voit. dans ces éclairs? la nuit revient, et l'on sait seulement qu'on a vu ! — Dieu , formant l'homme, l'aimait donc par un acte éternel de sa toute bonté, et voulait que l'homme, à son tour, l'aimât par le conseil libre et souverain de son intelligence et de la volonté dont il l'investissait. Mais par là aussi, Dieu, obéissant aux lois immuables promulguées dans sa

1 Le plan cl quelques idées premières de celte lettre, il est peut-être à propos d'en avertir ici, ont été traces en Afiique, après luie conversation où Ton desirait donner à un jeune musulman d'AJ ger nue idée approximative de la religion chrétienne, — que les Maures, même ceux qui nous fréquenteut et qui parlent français, n'ont pas encore appris à connaître, depuis douze ans que nous vivons au milieu d'eux : Its prêtres n'osant le faire, et les laïques, à qui l'on ne saurait le défendre, ne le sachant pas. n'y songeant pas, ou même ne le voulant point. Double honte pour la France de nos jours: elle n'enseigne pas aux infidèles vaincus la religion de Jésus-Christ; et ce qu'un chrétien voulait en apprendre à unmusulman d'Alger se trouve tout aussi nouveau, tout aussi inconnu pour un lettré de Paris ! 11 faut chercher les mêmes preuves, et il en faut de plus nombreuses; il fautfdire les mêmes raisonnementsjustitierde la même façon les plus adorables mystères Et bien heureux serions-nons si les lettrésde Paris se montraient aussi simples,aussi naturellement religieux que l'était le musulman d'Alger, Ahmed-Ben-Dou-Gandoura, qui écoutait avec respect, et qui admirait pieusement. [Note de Vuuteur. — l^e édit.)

sagesse avant l'origine des temps , faisait l'homme faillible et punissable. L'intelligence et la volonté, attributs magnifiques, attributs divins, concédés à la créature pour lui faciliter l'unique et douce obligation de l'obéissance et de l'amour, devaient nécessairement imprimer à sa révolte un caractère d'offense formidable. Il fallait que cette révolte l'éloignât de Dieu autant que la soumission l'en rapprochait, et que, comme l'homme avait l'éternité du ciel pour récompense, il eût pour châtiment l'éternité de l'abîme. L'ouvrier brise ou jette à l'écart, sans colère , l'instrument qui , après avoir coûté de longs soins , ne remplit pas son but : il oublie cette œuvre morte : il l'avait façonnée de ses mains, non pas de son sang et de son âme ; pour s'en servir, non pas pour en être aimé. Mais le père maudit son fils qu'il aime, quand ce fils ingrat, après avoir reçu de lui mille preuves de tendresse, lui refuse son amour et son respect. Il le maudit , il ne l'oublie pas ; il le maudit parce qu'il l'a aimé, parce qu'il l'aime encore, et l'offense qui subsiste dans son amour blessé fait subsister sa malédiction. Il le frappe sans cesse, lui refusant sa vue et ses secours ; il le frappe jusqu'en sa postérité, le rejetant et le privant de son héritage. . . , peutêtre dans un secret dessein de l'exciter au repentir, afin de pouvoir pardonner. L'homme fut ce mauvais fils , et Dieu, si ce n'est point un crime qu'une comparaison semblable, fut ce père irrité. L'homme, qui pouvait ne point faiUir, usa de sa liberté pour la désobéissance : il fut puni. Le voilà sous le poids de la vengeance céleste ; le voilà soumis à la mort ; et la mort et le péché sortent de ses flancs avec le troupeau lamentable des générations. Comment se relèvera-t-il de cet anathème? Il ne s'en relèvera pas ! Ni sa raison , ni sa science, ni sa volonté, ni

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la terre qu'il possède, ni l.i [)nissjincc de son bras, ni rell'ort de soiien'ur, rien ne peut détruire son crime, rX tout ne peut, au contraire, que l'aggraver. Mais il lui reste ses souftVances , et la pitié de Dieu ! Bénissons la colère iniplacal)le du Seigneur: il frappait toujours, il se souvenait donc, et voici qu'il pardonne ! Sa justice attend encore une satisfaction que l'homme ne peut donner : sa clémence va la fournir, il enverra sa victime sans tache, qui saura tant aimer, tant obéir, et qui souffrira tant, quoique innocente, qu'elle pourra, par le prix mfi7ii de ses mérites et par T infinité de ses douleurs, racheter l'homme coupable, le rétablir dans ses privilèges originaires, qu il a perdus. Quel sera ce rédempteur? d'\)ii viendra-t-il? S'il sortait de F homme, il ne serait pas assez pur : F homme n'enfante que le péché; et cependant, s'il n'est point homme , à quel titre pourra-t-il souffrir comme homme, et satisfaire au nom de Fhumanité ?. . . Pour remplir ce but céleste , pour porter ce fardeau terrible , pour être digne d'aimer Dieu dans ses splendeurs, pour consentir, en vue peut-être des saints qui sortiraient de la loi nouvelle, à aimer F homme dans sa dégradation présente, — certes un Dieu devait naître.

Un Dieu! En est-il donc plusieurs? Y a-t-il un Dieu qui hait et se venge, un autre qui aime et qui pardonne? Ou bien va-t-il se former un Dieu nouveau et inférieur, destiné à souffrir pour contenter la justice du Dieu éternel encore irrité? — Â.insi F incrédule et le faux sage vont chercher, dans les abhiies les plus honteux de la folie et de la déraison, des blasphèmes pour nier F amour du Créateur et la gloire de Fhumanité. — Le Dieu qui devait naître, et qui est né, était le Dieu unique, tout-puissant et éternel. Il est né ou plutôt il s'est incarné , dans le

sein d'une \icrge, fille sainte et sans péché dès l'instant de sa conception, lavée elle-même, par le prodige d'une autre grâce, de la tache originelle imposée à la descendance d'Adam. Le Verbe de Dieu contracte avec l'humanité déchue une alliance nouvelle et plus étroite ; Dieu pardonne en père et pardonne en Dieu, rendant à l'humanité plus qu'elle n'avait perdu ; et si Ton s'inquiète d'où vient que la race de F homme n'a pas été anéantie dans la personne du premier pécheur , voici pourquoi : c'est qu au fond des secrets de l'amour divin, elle était réservée à cette gloire inénarrable de produire Marie , et d'être, par Marie , parente de Jésus ! — Jésus ! ô grâce du Seigneur, ô splendeur du ciel , ô miracle des miracles , ô mon Dieu, ô mon âme ! J'ai prononcé le nom de Jésus! ma voix s'éteint dans les larmes... J'ai prononcé le nom de Jésus, je F ai prononcé dans une langue que parle aussi celui qui m'écoute , — et je n'ai pas tout dit ! et nous ne sommes pas prosternés tous les deux en prière, en pleurs , en transports de foi , en extase de reconnaissance et d'amour !

Mon frère, vous n'en êtes pas moins racheté si vous voulez l'être. Jésus, Fils de Dieu, né de Marie, Yerbe divin fait chair pour paraître dans le monde , afin de le sauver et de l'éclairer ; Jésus, vrai Dieu, coexistant et coéternel avec le Père et le Saint-Esprit, vrai homme , revêtu de notre chair, et souffrant dans cette chair toiites nos douleurs ; Jésus, votre créateur ; Jésus, votre rédempteur; Jésus, Dieu tout -puissant, qui s'est soumis pour vous à la vie du monde , aux souffrances et à la mort ; Jésus , par cette vie , par ces souffrances, par cette mort, vous a fait un don qui ne peut périr, qui vous a été donné déjà, que vous avez méprisé, qui vous est offert encore,

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cl ([iii Vdiis mMimkI Idiiidiirs, h'ils ivhollc, votro pcTc vous a tfiiit aimr, (iiTil sciiiMc, iiimI.^iv. sa ((nilc-piiissaiicc, ne plus pouvoir (|uo vous aiiin'i' (Micitrc ; il vous ;i tant [vavdoniK' , (prou croirait (pfil rol'use vl (pi'il rodouto do punir. Vous vivez dans reuivr(MTi(Mit de vos longues oircnses : il ne vous frappe pas ; il attend. Vous l'oubliez , il se rappelle à vous. Il va, parmi vos tendres annis, en cliercher un qui le connaisse, et lui inspire doucement de vous parler de lui. — Toi, me dit-il, à qui j'ai fait grâce, et qui sais ce que vaut mon amour, va dire à ton frère que je l'aime, tandis qu'il m'oublie ; va lui dire qu'il se repente, qu'il le peut maintenant, et qu'il ne sait pas s'il en sera temps encore plus tard. Peiws-lui, comme tu le pourras, les merveilles de ma tendresse, qu'il sentira plusdouceset plus belles dans son cœur; presse-le par sa raison, par sa dignité, par son bonheur ici-bas , par son éternité dans l'autre vie; presse-le par tes prières, afin qu'un jour aussi il prie pour toi.

N'en doutez point ; ce n'est point une forme du langage, et il est vrai que c'est Dieu qui m'ordonne de venir à vous. Il est vrai que vous l'avez offensé , vrai qu'il ne veut pas que vous l'offensiez, que tous l'ignoriez davantage, vrai qu'il est prêt à vous pardonner. Il est vrai que tous les jours il naît et meurt, dans le sacrifice de l'autel, pour racheter incessamment les crimes du monde, et les vôtres en particulier. Il est vrai que l'homme, tombant sans cesse dans la disgrâce du Seigneur, sans cesse aussi, par le mérite du sang divin répandu sur la terre comme l'eau des cieux, est rétabli dans son amour. Qu'avez- vous à faire? Quelle que soit l'ignorance où vous ait laissé votre éducation, où vous ait enfoncé le monde, vous le savez cependant , car ( et c'est encore un miracle ) tout homme

en est averti. De ce libre arbitre , conservé à T homme et visible en toutes choses, comme en toutes choses aussi est visible la Providence de Dieu, si le mal peut sortir, le repentir aussi peut naître , et élever une voix aux accents de laquelle Dieu n'est jamais sourd. — Repentez -vous, c'est là ce que vous avez à faire , suivez l'attrait de votre cœur qui vous le conseille; suivez l'attrait de la grâce qui vous y invite , car il est impossible que vous n'ayez point senti le désir d'aimer Dieu; suivez, dirai-je encore, l'enseignement de votre péché lui-même, puisque vous n'êtes pas de ceux que le courroux céleste a condamnés à l'odieuse joie du mal. Je ne connais point les secrets de votre âme ; mais vous êtes pécheur : donc , en dépit de toutes les apparences, vous êtes malheureux. Yous avez cherché des plaisirs, ce que le monde appelle d'honnêtes plaisirs ; donc vous avez trouvé des amertumes ; et pourquoi cela? Yous en avez accusé le monde, et la vie et le destin ! 0 pauvre frère, recevez les vérités que je vous annonce, et bénissez Dieu de la douleur qu'il attache au péché, afin que cette mauvaise et sombre douleur vous arrête pourtant dans la poursuite des ivresses humaines, vous fasse douter des promesses de la vie, vous fasse songer à votre âme, vous fasse chercher une autre voie , et vous mène enfin à la véritable douleur, à la sainte angoisse, qui n'est plus une pénitence , mais une grâce ; à la radieuse affection du repentir , qui est accablante , qui est terrible , et cependant qui est pleine d'espérance et de paix. Repentez-vous, faites pénitence et soyez sauvé.

Mais, pensez- vous encore, peut-être plus épouvanté que consolé des prodiges de Dieu , après tant de choses que le souverain Maître de tout a faites pour moi , qui m'assure que mon repentir suffira, et qu'ayant méprisé

ROMI^: ET LOHKrTK .%9

tes miraclos (ramour, je ne suis point irrémissibloniont (•(uidanmé? — (Jui vous rassure? (Test Dieu , c'est son Ki;liso, aux mains de laquelle il a remis les clefs de Tcteriiité bienheureuse. Ce que je viens de dire des immenses tendresses de la Divinité pour vous, c'est le faible crayon et l'ombre d'une parcelle des enseignements de l'Kglise catholique. Je ne vous ai rien dit d'elle-même, et de son pouvoir, je ne vous en dirai rien: la tâche n'est pas à ma mesure. Faible écho de quelques - unes des adorables vérités qu'elle a mission de proclamer, je ne saurais vous exposer, même en abrégé , comment, par des règles divines comme ces vérités d'où elle les tire, elle embrasse toute la vie , tous les besoins , toutes les inquiétudes , toutes les misères de l'homme et de son âme , dans un réseau de merveilles , de consolations , de secours et de lumières, qui ne laisse sans sauvegarde aucune de nos faiblesses, et sans satisfaction aucune de nos pensées. Concevez seulement que. Dieu ne voulant pas rester visiblement et corporellement parmi nous , afin que nous puissions avoir le libre mérite de la foi , de l'obéissance et de l'amour, il a dû instituer sur la terre, pour y enseigner sa loi , pour y représenter sa puissance , pour soutenir et guider l'esprit de l'homme parmi tant de mystères, et pour relever son âme toujours abattue sous tant de péchés , un pouvoir de science et de sainteté, une magistrature paternelle , suprême , infaillible , qui tiendrait sa place, qui lierait et délierait sur la terre et dans les cieux. Ce corps miraculeux et impérissable , c'est l'Église. Comme Jésus, elle est divine et humaine , elle a la lumière , elle a le pardon , elle a la vie. Comme une autre Marie, elle est, sur la terre, l'épouse fidèle de Dieu, dont elle est aussi la fille, et c'est en elle qu'enfants du

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mal par nos crimes, nous renaissons enfants de Dieu. Je m'arrête : je crains, — et peut-être déjà ce malheur m'est-il arrivé, — qu'à force de chercher, pour vous instruire, des similitudes aux choses de Dieu dans les choses mortelles, je n'affaiblisse la hauteur des mystères dont j'ai voulu parler. Quelle présomption détestable à l'homme de vouloir tout comprendre en Dieu, comme s'il était Dieu lui-même, et de ne consentir en quelque sorte à reconnaître son Créateur qu'autant qu'il s'égale à lui ! Tous les jours , cependant, nous lui faisons cette injure, et nous ne la faisons pas à un nombre infini des objets de sa création , qui passent sous nos yeux , dont notre esprit reconnaît l'existence, auxquels il se soumet sans se mettre en peine de les expliquer. Que Dieu me pardonne de téméraires regards : ce n'est pas pour satisfaire ma curiosité que j'arrête ainsi ma vue sur l'abîme radieux de ses desseins et de son insondable profondeur. J'ose le dire, j'ai cru sans voir ; j'ai compris seulement que je ne pouvais pas comprendre, et que mon Créateur, offensé au delà de toute mesure, me pardonnait au delà du possible. C'est par la faiblesse de mon àme, et non par la force de mon esprit, que j'ai connu Dieu. J'adore les mystères de sa loi sainte : j'ai peu désiré de les pénétrer, et je ne le souhaite plus. J'adore en eux un honneur que Dieu fait luimême à ma raison. Je le remercie de daigner me demander de la foi; je sens digne de lui et de sa charité que nous ne la comprenions pas. Sa loi nous semblerait moins respectable si nous en avions le secret tout entier. Si l'homme pouvait expliquer Dieu , il croirait aisément qu'il a pu l'inventer ; et je trouve plus glorieux d'être aimé de l'Infini dans ma petitesse , que de pouvoir dans cette petitesse mesurer l'Infini.

Vous, mon ami, lisez cependant cette esquisse imparfaite, (V l'aihle aperçu de cpielques-uiies des vérités que vous ilevcz croire , et que le malheur du temps me condamne à vous développer avec trop peu de science et de respect. Peut-être, maintenant, n'écouteriez-vous pas un enseignement meilleur, et c'est là-dessus que je compte pour obtenir de Dieu le pardon de mon audace. — Si mon langage est trop clair et rabaisse trop ces matières élevées, si la pauvreté de mon esprit n'a point su vous exposer ces raisons convaincantes dont ma foi surabonde, la faute n'en est pas à moi tout seul, vous y êtes pour quelque chose : ce n'est que dans l'accomplissement de la loi de Dieu qu'on en trouve l'intelligence. Vous comprendrez ceci , et vous l'admettrez comme je vous le dis, sans amertume, oh! non, certes! et avec charité. Les vrais chrétiens ne sont pas tous capables de donner de leur foi , même l'obscure raison que je vous en offre ici ; mais tous sauraient mourir pour elle et mourir avec joie. Telle fut la prédication de ces humbles martyrs qui ont terrassé la sagesse des païens. Quelle que soit l'influence de mes pauvres arguments, j'en espère au moins ce fruit, de vous avoir conduit à sentir qu'il y a là quelque chose à connaître et à étudier ; que l'Église , dépositaire de la parole divine et d'une si grande part du pouvoir divin , ayant mission du Créateur pour diriger vers lui la créature, prétend avoir d'assez grandes vérités à vous apprendre, pour que vous lui demandiez de vous en instruire. Faites cela seulement (et pouvez-vous ne pas le faire?), je serai bien tranquille sur vous.

Il faut une religion, je vous l'ai entendu dire ; mais s'il en faut une, il faut qu'elle soit vraie ; et, s'il la faut pour un seul homme, il la faut pour tous, — comme il faut à

tous une loi, comme il faut à tous du pain. Enquérez-vous de cette vraie religion; sondez et remuez, pour la trouver, le monde des idées humaines. Les systèmes n'y manquent pas , et tous prétendent à l'honneur d'être la vérité. La vérité est une cependant : comment la reconnaîtrez-vous? Vous la reconnaîtrez à ses fruits. Là où l'on vous donnera une plus haute idée de la grandeur, de la toute-puissance, de la dignité, de la justice et de la bonté de Dieu; là où, vous proposant de plus hauts mystères, on vous donnera aussi plus de raison d'avoir de la foi ; là où l'on vous montrera plus de lumières pour scruter votre cœur, plus de force pour le dompter, plus de douceur pour le consoler, plus d'inflexibilité à vous faire rentrer dans la ligne de ces devoirs austères... qu'un instinct divin de votre âme cherche et voudrait remplir, lors même que vos passions vous en éloignent et veulent vous les rendre odieux ; là où il se fera plus de miracles pour vous donner la paix dans le combat de la vertu, la honte et le remords dans la sujétion du vice: là aussi sera la vérité.

Quant aux obscurités, quant aux dogmes qui sont de croyance et non pas de compréhension, n'aspirez pointa n'en pas rencontrer. Il y a une chose que la science dans son orgueil, que l'impiété dans sa rage, n'a pu inventer, et que Dieu ne permettra pas aux hommes d'inventer jamais: c'est un système religieux sans mystères. L'athéisme même a les siens, qui sont les plus ténébreux de tous, s'il est quelque chose de plus ou moins ténébreux en dehors de l'incompréhensibilité lumineuse de la foi. Dieu porte avec lui le mystère, il l'habite, il l'exhale; le mystère est son essence ; et soit qu'on nie tout ou partie de sa vérité révélée aux hommes, soit qu'on le nie luimême , le mystère est là , toujours là , plus épais , plus

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torriblo et plus îiccahlant à mesure qu'on eu veut sortir; il crie à celui qui ferme les yeux pour ne le point voir: Par (jucl mystère me nies-tu? — Par quel mystère tu nies Dieu..., tu le sais, o misérable ! et le ciel et la terre, au jour du jugement, le sauront par ton supplice éternel. Ce mystère qui te fait nier le mystère de vérité et de grâce, c'est le mystère d'iniquité.

Allez, cher frère, allez à l'Église de Dieu, lui demander quel est Dieu. Vous verrez que le mensonge n'a pu lui donner des caractères dignes de lui , et que partout où on l'a dépouillé d'un seul des mystères au milieu desquels son Eglise le représente, on en a fait du même coup un fantôme, où l'âme humaine ne peut retrouver le maître qu'elle veut adorer et servir. Là on le montre dédaigneux pour les hommes, dont il semble ne pas s'occuper, abandonnant le faible au fort, et le malheureux au malheur, et le pécheur au péché ; en sorte que la force, le malheur et le crime seraient les vrais dieux. Ailleurs, on le fait cruel pour tous, condamnant l'ensemble des êtres à souffrir sans consolations toutes les douleurs , à porter sans pouvoir s'en défaire toutes les iniquités , à subir sans repentir efficace tous les remords. Ici, il n'est pas méchant , il veut même le bien des hommes ; mais il est impuissant à les conduire , il ne sait leur donner ni conseils pour le bon usage de la vie, ni secours qui les dispensent de ses conseils. Plus loin, il a détruit la liberté de l'homme , il a détruit le bien , le mal , et sans doute l'homme lui même , car tout s'est terminé par les souffrances de Jésus ; tous les péchés ont été pardonnes à jamais ; par conséquent, toutes les bonnes actions sont vaines, tous les crimes ne sont plus crimes, et probablement l'humanité n'est qu'une illusion qui paraît vivre ,

attendre, s'agiter, pleurer, prier, souffrir. Chez ceux-ci^ Jésus-Christ n'est pas homme, et chez ceux-là il n'est pas Dieu. En voici qui, pour couper court aux difficultés , nient les passages les plus clairs des Écritures, font dire à l'Esprit-Saint ce qu'il n'a pas dit, ou prouvent qu'en tel lieu il a exagéré, et qu'en tel autre il n'a pas su s'exprimer ; en sorte que voilà l'auteur de la vérité qui ne sait pas enseigner les hommes, ou qui les trompe de dessein formé. Enfin j'en entends d'autres (et ce ne sont pas les musulmans seuls) qui , reconnaissant Dieu, le relèguent dans un rang inférieur, au-dessous de je ne sais quel dur et inique pouvoir préexistant à lui, dont les arrêts, écrits de toute éternité dans l'avenir, doivent malgré tout recevoir leur exécution. Yoilà quelques-unes des moins absurdes folies que le mystère d'iniquité fait adorer aux gens de son empire.

Au milieu de ces sectes divisées, hostiles, ennemies, l'Église catholique présente une immense assemblée de frères , dans le sein de laquelle Dieu a promis d'habiter éternellement. Ces hommes, qui s'aiment en lui, le glorifient sans cesse , disant qu'il est souverainement sage , bon, juste, qu'il a tout créé, qu'il ne peut faillir ; qu'il est parfait enfin, d'une perfection infinie, et rien de ce qu'ils en disent ne dément ces hymnes de leur reconnaissance. Dieu s'occupe d'eux sans cesse, comme de ses enfants; il a voulu qu'ils l'appelassent leur père. Lorsqu'il était parmi eux, visible et mortel, Jésus les nommait ses frères ; de sa bouche divine il les instruisait et les exhortait à s'aimer; de ses divines mains il guérissait leurs maux ; il leur recommandait F aumône , la modestie , la justice, la prière, mais surtout de s'aimer; et, donnant lui-même un subHme exemple, il a poussé l'amour jus-

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qu'à iiuiiirir [)()iir eux..., [hwïv (MI\, ([iioMjirils l'iissciit. 0(>ii[)al)les , et inrmc [tarée (|ir(''taiit si coiipahles , ils ne pouvaient être sauvés que par sou amour. l*arleut-ils de leiu's devoirs dans la vie? c'est d'aimei- leur prochain comme eux-mêmes ; c'est d'imiter Jésus, et d'user pour ce but des secours surnaturels qu'il a institués divinement. Parlent-ils des joies qu'ils goûtent ? c'est l'attente de Dieu ; c'est le combat et le triomphe contre tous les instincts du mal; c'est l'amour du beau, du bon et du bien par excellence ; c'est le mépris des convoitises humaines ; c'est le repos et la sécurité de la tempête ; c'est l'inébranlable espérance au sein des plus noires afflictions ; c'est la sainte ivresse de souffrir. Parlent- ils des récompenses qu'ils obtiendront? c'est l'éternité d'une pureté sublime, dans la présence, dans la contemplation et dans la possession de Dieu.

Que peut-on imaginer qui réponde mieux à l'idée que l'on doit se faire d'une Divinité et d'un culte dignes d'admiration? Cette religion, qui mieux que toute autre fait connaître Dieu et dirige vers lui les efforts de l'homme, est donc la rehgion véritable. Et combien je vous en dis peu de chose à côté de la réalité, que connaissent et adorent tous les chrétiens !

Je termine. Mais permettez qu'avant de vous quitter pour aller parler à Dieu et de moi et de vous , je finisse ce long discours par répéter ici , pour la satisfaction de ma conscience, des paroles que le grand évêque deMeaux nous donne à méditer , sur le propos des recherches et des curiosités en matière de mystère. Après avoir essayé d'éclairer votre ignorance , il est bon que je vous montre comment nous autres chrétiens nous croyons ; et c'est ici, à cet égard, ma profession de foi, que j'emprunte à

la plume immortelle d'un des plus fiers et des plus pieux génies qui aient jamais envisagé les choses de Dieu.

« C'est encore s'abandonner à cette concupiscence que saint Jean réprouve, que d'apporter des yeux curieux à la recherche des choses divines , ou des mystères de la religion. Ne recheixhez point, dit le Sage, ce qui est audessus de vous. Et encore: Celui qui sonde ti^op avant les sec?'ets de la divine Majesté sera accablé de sa gloire. Et encore : Prenez garde à ne point vouloir être sage plus qu'il ne faut. Soyez sage sobrement et modérément. Lafoi et l'humilité sont les guides qu'il faut suivre. Quand on se jette dans l'abîme, on y périt. Combien ont trouvé leur perte dans la trop grande méditation des secrets de la prédestination et de la grâce, voulant juger de tout par leur propre esprit, et rendre raison de tout, en s'élevant superbement au-dessus des docteurs et des apôtres même!

« Il faut en savoir autant qu'il est nécessaire pour bien prier et s'humilier véritablement, c'est-à-dire qu'il faut savoir que tout le bien vient de Dieu, et le mal de nous seuls. Que sert de rechercher curieusement les moyens de concilier notre liberté avec les décrets de Dieu? N'est-ce pas assez de savoir que Dieu, qui l'a faite, la sait mouvoir, et la conduit à ses fins cachées sans la détruire? Prions-le donc de nous diriger dans la voie du salut, et de se rendre maître de nos désirs par les moyens qu'il sait. C'est à sa science, et non à la nôtre, que nous devons nous abandonner. Cette vie est le temps de croire , comme la vie future est le temps de voir. C'est tout savoir, dit un Père, que de ne rien savoir davantage. Nihil ultra scire y omnia scire estK »

* Traité de la concupiscence , cliap. vin.

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