AURORE
Quelques heures plus tard, j'errais seul sous les yeuses de la villa Borghèse ; je songeais au long voyage que je m'étais proposé en quittant Paris, et qu'alors je croyais encore accomplir. Je comptais aller en Asie, traverser des déserts, courir peut-être des dangers. J'envisageais ces dangers. Puis mes réflexions se détournèrent, parce que je vis un ver qui rampait à mes pieds. Il me fit horreur, j'eus envie de l'écraser ; mais je pensai : Je rampe et je suis horrible devant Dieu plus encore que ce ver ne rampe et n'est hideux devant moi. Comme lui j'ai attaqué à leur racine bien des plantes utiles ; mais il cherche sa vie , et ce n'est pas ma vie que je cherchais ; mais il n'a détruit aucune espèce ae plantes, et que saisje si je n'ai pas fait mourir plus d'une âme? Cependant je vis. Pourquoi tuerais-je ce ver, quand Dieu m'a laissé la vie? Je m'éloignai, je revins à mes préoccupations. Yoilà, me dis-je , que par une pensée éveillée dans mon cœur Dieu a protégé l'existence d'un pauvre ver ; il saura donc bien mettre dans le cœur des hommes des pensées qui protégeront ma vie...
J'arrivais !