PRÉFACE III
consécutives, les papes multiplient leurs efforts pour parvenir jusqu'à Ivan, tantôt pour l'inviter au concile de Trente, tantôt pour conclure avec lui une alliance contre les Turcs, tantôt pour cimenter runion entre Rome et Moscou sur la base du concile de Florence. Mais c'est en vain que Pie IV, Pie V, Grégoire XIII essaient jusqu'à cinq fois d'envoyer leurs émissaires à Moscou, jamais ceux-ci ne réussissent à jr pénétrer : non pas qu'Ivan les repousse — il ne se doute même pas des ambassadeurs qu'on lui destine, — mais c'^est Sigismond- Auguste, c'est Maximilien II, cest Bathorjr lui-même qui opposent tour à tour des obstacles insur^ montables au passage des envoyés ponti" ficaux. Ce n'est qu'en 1 5^ 1-82 que, sur la demande d'Ivan et avec le consentement de Bathory, Possevino parait à Star it sa et puis à Moscou.
Nous avons cru devoir refaire l'histoire de ces projets d'ambassade ; elle jette sur la politique de l'époque une lumière inattendue et jusqu'ici on n'avait
pas les éléments nécessaires pour la traiter à fond.
La faute en est principalement à Tourgueniev et à Theiner. Tous les deux ont publié à grands frais des collections de documents relatifs à la Russie, mais ni Vun ni l'autre — quon nous permette de le dire librement — ne s'est trouvé à la hauteur de sa mission scientifique,
Tourgueniev était, en histoire, un di" lettante. Il s'est fait donner officielle^ment quelques séries de pièces par Marino Marini , préfet des archives du Vatican, qui a été, dit-on, dans la suite décoré et pensionné par l'empereur Nicolas. L'édition de ces trésors et de quelques autres du même genre a été confiée par Tourgueniev à Vostokov, excellent philologue, médiocre historien^ étranger à la critique des sources. Quant à Theiner^ il se laissait dominer par la routine de la science ; son unique préoccupation était défaire copier l'un après l'autre les volumes qui lui tombaient sous la main et d'envoyer les copies à l'imprimeur,