‹ Rome et MoscouChapitre 21 sur 51 · Voir l'appendice, n' I · texte numérisé non relu

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2. Borroraeo à Coramendone, 17 mai i56i. Cyprianus Tab. Eccl. Rom. saec.xvi, p. i65.

encore sa tournée en Allemagne. Dans cette hypothèse, de l'avis de Borromeo, c'était à Canobio de se rendre à Moscou.

L'empereur, consulté par Hosius, n'y mit aucun obstacle. Désormais la nomination était arrêtée : Canobio serait porteur du bref, oîi Pie IV invitait Ivan à envoyer ses ambassadeurs, s'il ne pouvait se rendre lui-même au concile, dont le but principal serait d'extirper les hérésies et les schismes et de ramener les peuples dans le giron de l'Eglise'. Autoriser ce langage à Moscou, en plein xvi^ siècle, par-devant le tsar terrible, c'était se bercer d'une étrange illusion. Ivan n'était plus ce souverain jaloux du bonheur de son peuple et désireux de faire oublier un passé criminel. Par une de ces transformations dont rhistoire ne connaît que peu d'exemples, il était devenu tout à coup un autre homme : un changement radical s'était opéré dans sa personne, dans son genre de vie, dans son gouver-

r. Voir Tappendice, n' II .

nement. A la suite d^un malheur de famille, de quelques cruelles déceptions et surtout d'un procès intérieur, qui échappe à l'analyse, les plus mauvais instincts de sa jeunesse se réveillent dans le tsar avec une force nouvelle ; il éloigne ses meilleurs conseillers, le pope Sylvestre et Adachev ; puis, s'entourant d'indignes favoris^ d'un Basmanov, sur lequel planent les plus sinistres soupçons, d'un Viasemski, d'un Vasili Griasnoï, d'un Maluta-Skouratov, il se livre tout entier aux orgies et aux massacres. Une inconcevable fureur de destruction s'empare d'Ivan; parfois, bourrelé de remords, il demande lui-même des prières pour les « victimes innocentes ». Désormais la frénésie du sang, doublée (l^un brutal mysticisme, sera le trait distinctif de sa physionomie; il ressortira en terrible saillie lorsque le tzar se mettra à la tête d'une bande infâme de massacreurs, revêtus de frocs et disciplinés comme des moines. Les premières exécutions qui vinrent frapper de stupeur la Moscovie tout en-

tière se rapportent à l'année i56i, c'est-àdire à l'époque où, ne se doutant de rien, Canobio faisait tous ses efforts pour pénétrer dans le pays.

A Vienne, le cardinal Hosius mettait également tout son crédit au service de cette cause. Polonais et ministre pontifical, aussi bon patriote que dévoué au Saint-Siège, le rôle d'intermédiaire entre le pape et le roi de Pologne lui revenait tout naturellement. L'empereur, nous l'avons dit, ayant approuvé la mission moscovite, il n*y avait plus qu*à triompher des résistances qui pourraient se produire en Pologne. Hosius prit d'avance ses mesures : Canobio fut mis en rapport avec Martin Kromer, intime ami du cardinal , ministre de Pologne à Vienne, déjà interpellé par son maître sur l'incident moscovite.

Après avoir pris connaissance des pièces relatives à cette mission, Kromer fit au roi un rapport des plus favorables K

6. M s. Rohatynski à Lemberg : Acta legationis Martini Cromeri, f. 33o, 333 v.

Vers la fin du mois de mai, Canobio était à Cracovie en conférence avec Berardo Bongiovanni, évéque de Crémone et nonce du pape en Pologne. Celui-ci appela son attention sur la rivalité entre les deux cours d'Autriche et de Pologne, et partant lui conseilla de passer sous silence l'approbation donnée par Tempereur : c'eût été éveiller les soupçons de Sigismond-Auguste et compromettre le succès de l'entreprise. Prévoyant d'où viendraient les difficultés, il le pourvut d'une lettre pour Pun des plus ardents champions des nouvelles idées, le palatin de Vilna, Radziwill, qu'il se flattait de ramener un jour à la foi des ancêtres ^ Muni de ces conseils et accompagné d'un religieux dominicain , Canobio, plein d*espoir, partit le i6 juin pour Vilna, où résidait en ce moment le roi, Hosius ne partageait pas ses illusions : une lettre de Sigismond-Auguste, pleine de réticences calculées, le portait à croire que Pen-

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