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Tlieiner, Mon. hist. Pol., II, p. 665 etsuiv

voyé pontifical ne parviendrait jamais jusqu'à Moscou K

Toutefois on put, un moment, taxer le scepticisme de Hosius d'exagéré; si bienveillant, si aimable fut l'accueil du roi, que Canobio ne douta plus de son prochain départ pour Moscou. Mais avant de se prononcer définitivement, Sigismond demanda un délai pour consulter, comme d'ordinaire, les sénateurs. Ce délai devait être fatal. D'ailleurs l'affaire en ellemême était trop complexe pour qu'une solution quelconque pût satisfaire également tous les intéressés : le roi de Pologne, en guerre avec le tsar à cause de la Livonie, était mis en demeure d'accorder libre passage à un mandataire pontifical en route pour Moscou; rivaux éternels des Russes, les Polonais, en général, ne voyaient pas de bon œil la Moscovie sortir de son isolement; l'immixtion de Rome paraissait toujours redoutable aux Li-

I. Hosius à Commendone, Vienne, 17 juin i56i. Archives du Vatican, Litt. princ, XXII, p. 128.

thuaniens calvinistes et protestants ; le roi lui-même — nous Pavons vu à propos de Steinberg — était, par propre conviction, hostile aux projets de ce genre. A en croire le nonce, Canobio aurait été aussi pour quelque chose dans la fâcheuse issue de son affaire : à peine arrivé à Vilna, au lieu de se renfermer dans une réserve diplomatique, il se montra très assidu à l'ambassade d'Autriche ; en outre, à chaque occasion, il ne manquait pas de se prononcer ouvertement en faveur de la reine contre les projets de divorce du roi : c'était piquer au vif ce vieillard frivole, victime de coupables et volages amours. Quoi qu'il en soit, le fait est que Radziwill, faisant flèche de tout bo^s, sut admirablement tirer parti des circonstances. Ses espions le tenaient au courant des démarches de Canobio ; à son tour, il en informait le roi, qui s'alarmait et tergiversait, ne sachant que répondre.

Un seul homme luttait avec succès contre Radziwill, c'était Padniewski, évêque de Cracovie , vice-chancelier du royaume.

partisan déclaré du projet romain. Radziwill comprit que, pour ébranler le roi, un coup de théâtre était nécessaire. Aussitôt il dépêche un courrier à Vienne, qui en rapporte des nouvelles très comprometlantes : Canobio avait longuement conféré avec Pempereur et reçu des instructions de sa part, il fallait s'attendre à un piège de la maison d'Autriche et se mettre en garde. Padniewski eut alors une audience orageuse à subir : voyant déjà le pape et l'empereur ligués contre lui, Sigismond accabla de reproches son vicechancelier. Celui-ci, en homme avisé, révoqua en doute les renseignements puisés à des sources suspectes et fit si bien qu'un nouveau courrier fut expédié à Vienne pour prendre langue non plus auprès des amis protestants de Radziwill, mais auprès de Martin Kromer, représentant officiel du roi. Naturellement la réponse fut des plus rassurantes.

Là- dessus de nouvelles discussions s'engagent à Vilna. Radziwill tenait bon :

il invoquait les souvenirs du temps de Si-

gismond I" et plaidait la cause au point de vue lithuanien; Padniewski insistait sur la nécessité de ne pas se brouiller avec Rome, ce qui aurait une funeste influence non-seulement sur l'affaire pendante de Bari \ mais aussi sur le sort de la religion en Pologne. En présence de ces avis contraires, Tembarras du roi allait chaque jour croissant, de même que ses incertitudes; il ne voulait ni favoriser les Moscovites ou les Autrichiens, ni rompre ouvertement avec le Saint-Siège.

11 fallut toutefois se décider : fatigué par un mois et demi d'attente, Canobio désirait savoir à quoi s'en tenir. Le parti le plus agréable à l'entourage et, à ses yeux, le plus sûr l'emporta dans l'esprit du roi :

avec grand étalage de dévouement envers le Saint-Siège, il déclara à Canobio ne pas pouvoir consentir à son départ pour Moscou ; jamais, en temps de guerre, les

I . Les duchés de Bari et de Rossano avaient appartenu à la reine Bona, mère de Sigismond- Auguste, qui les revendiquait à titre d'hoirie

ambassadeurs étrangers ne traversent la Lithuanie ; les sénateurs réclament énergiquement le maintien de cet antique usage, le roi ne saurait s'y refuser. Le prétexte était spécieux, Canobio s'épuisa à le combattre, Sigismond resta inflexible. Si le passage pour Moscou est accordé à renvoyé pontilical, disait-il à bout de ressources, il faudra également l'accorder au député des princes protestants rassemblés à Naumbourg, ce qui déplairait au pape autant qu'au roi lui-même. Après un argument de ce genre, la discussion devenait inutile. Résigné, mais non convaincu, Canobio partit le 19 août pour la Prusse; encore voulut-on l'en empêcher, de crainte qu'il n'allât à Moscou par la Livonie, preuve évidente que le respect des usages lithuaniens n'était pas le seul motif qui avait inspiré la conduite du roi. Canobio attribuait son échec, d'une part, à l'influence funeste des hérétiques dont le roi était entouré, d'autre part, à Tindififérence de ceux qui, « plus que les autres, auraient dû le soutenir ». Cette dernière plainte

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pourrait être une pierre jetée dans le jardin du nonce : n'est-ce pas à lui, en premier lieu, de soutenir les envoyés pontificaux?

On sait, d'ailleurs, qu'il y avait divergence d'opinion entre le nonce et Hosius ; or, Canobio était Thomme de Hosius, rien d'étonnant qu'il ne s'entendît pas avec le nonce. Le roi lui-même, désireux de se justifier aux yeux du pape, rejetait toute la responsabilité sur les sénateurs lithuaniens et le nonce s'empressait de l'excuser auprès du cardinal Morone. Quant au pape, il croyait avoir rempli un devoir en invitant le tsar au concile, toute intention hostile contre la Pologne lui était étrangère; chaque fois que l'on revint sur ce sujet dans le cours de Tannée i562, le nonce s'exprima dans ce sens, tout en regrettant de voir le roi si facilement accessible à d'injustes soupçons. Sigismond ne manqua pas de faire amende honorable, mais il en dit assez pour laisser comprendre qu'il était lui-même très opposé à un rapprochement entre Rome et Moscou, soit à cause de l'immixtion de l'Autriche, soit

à cause du tsar, dont l'orgueil deviendrait intolérable, si des ambassadeurs pontificaux paraissaient à la cour de Moscou '.

Sur ces entrefaites, si le roi de Pologne restait fidèle à ses principes, Rome n'abdiquait pas non plus ses vues sur la Moscovie. Dans l'entourage de Pie IV se trouvait le célèbre cardinal Amulio, vénitien d'origine, grand diplomate, formé à Técole de son pays natal. Les affaires concernant le concile de Trente et la ligue anti -ottomane rentraient spécialement dans la sphère de ses attributions.

Or, la place de Moscou était marquée au concile, l'armée du tsar eût été un puissant auxiliaire contre les Turcs; quoi d'étonnant si Amulio porta ses regards de ce côté ! sur ses instances, une nouvelle mission est décrétée. C'était pendant Tautomne de l'année i56i. L'échec de Canobio était un fait accompli, on était

I. Pour les détails de ces négociations voir Theiner, Mon. hist, Pol., II, pp. 641, 671, 678, 697, etc. ; Pallavicini, Hist. Conc. Trid.y p. Il, 1. i5, c. 9, n» 4; Archives du Vatican, Le«. diSegr., 170 A, pp. 34, 35.

suffisamment édifié sur les dispositions de la Pologne; partant, Tentreprise fut environnée de mystère. Un compatriote du cardinal, Jean Giraldo , surnommé Marinella ou Marendella, en fut chargé.

Ses instructions, datées do 29 septembre i56i, sont analogues à celles de Canobio, si ce n^est qu'il devait mentionner de loin la question turque et Téchec de la première ambassade par suite d'obstacles insurmontables. En outre, on l'autorisait, si faire se pouvait, à rester luimême dans le pays et à recruter quelques jeunes gens qui, après avoir achevé leurs études à Rome, viendraient mettre au service de la patrie leurs talents et leur science. Le trait caractéristique de ce document est dans les formules d'étiquette :

Ivan y est traité de roi, roi sérénissime, majesté ^

Quel a été le succès de cette mission ?

Plus fortuné que Canobio, Giraldo a-t-il

I . Tourgueniev, Hist. Russ. mon., 1, p. 181, n" cxu. Voir Tappendice n** 111.

pu pénétrer jusqu'en Moscovie? Luimême a conté ses aventures à Possevino, lorsque celui-ci, se rendant auprès d'Ivan IV en i58i, s'arrêta pendant quelques jours à Venise. Laissons la parole au célèbre jésuite :• « Ainsi encore dans cette « ville, un certain Jean Geraldi (sic)^ sur- « nommé Marinella, qui tout vénitien « qu'il est sait la langue allemande et « polonaise, est venu me trouver et me « raconter que, du temps de Pie IV, il a « été envoyé à Moscou par le cardinal « Amulio sur Tordre de Sa Sainteté, mais « que ni les Polonais, ni le roi Sigismond « ne voulurent d'aucune manière lui ac- « corder le passage, par crainte peut-être « que le Siège Apostolique ne pût mettre ^ ainsi quelque frein à la Pologne; il rc- « vint alors sur ses pas pour prendre le « chemin de la Livonie ; mais, ne pou- « vaut continuer ses voyages à cause de « différentes difficultés, il fut obligé de « rentrer en Italie ^...i>

i. Archives du Vatican, Germ. 93, p. 29.

Telle est, en résumé, l'histoire de la mission de Giraido; quant aux détails, la correspondance diplomatique de l'époque n'en a conservé que des lambeaux. Bien que ses instructions fussent datées de Tannée i56i, le nom de Giraido ne se retrouve qu'en' 1564, sous la plume du nonce de Pologne. Ce poste était alors brillamment occupé par Commendone. A sa grande surprise, il apprend un jour qu'on a intercepté un pli avec des dépêches chiffrées et un bref du pape à Ivan IV. Giraido, porteur de ces messages, emprisonné d'abord, puis relâché, prétend que toute la correspondance est entre les mains du roi et refuse de s'expliquer ultérieurement. Sigismond paraît en effet profondément blessé, les partisans des nouvelles idées exploitent cet incident, Commendone lui-même est mystifié et, dans sa dépêche du 3 janvier 1564, il insinue au cardinal Borromeo le désir d'être mis au courant de Taffaire ^ Mal-

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