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Histoire de Russie, en russe, IX

ROME ET MOSCOU qS

exposés aux vexations, on se demande avec surprise comment un homme, versé dans la politique et rompu aux grandes affaires, pouvait si facilement se faire de si étranges illusions sur la Moscovie du xvi« siècle.

Tel était cependant le langage de Cobentzl, et nous sommes porté à croire que Moscou lui est en partie redevable de la bonne réputation dont elle jouissait Rome. Le diplomate autrichien était un personnage officiel, son mémoire a circulé dans les plus hautes sphères, Commendone en a eu connaissance et Ta communiqué plus tard à Possevino ; à l'heure qu'il est, les nombreuses copies qu'on en trouve dans tous les dépôts de Rome prouvent assez qu'il a dû naguère être très recherché. D'ailleurs, il ne faut pas se le dissimuler, les événements politiques attiraient le Saint-Siège vers le même ordre d'idées et, malgré les sombres dépêches de Portico, le ralliait aux souvenirs de Steinberg : plus glorieuse pour les armes chrétiennes que fertile en résultats, la journée

de Lépante n'avait pas brisé la puissance ottomane, le croissant sillonnait de nouveautés mers, déjà reparaissait à l'horizon le danger d'une nouvelle invasion qu'une ligue universelle pouvait seule conjurer; les hostilités qui commençaient alors entre la Perse et la Turquie faisaient de loin entrevoir le moment où Ton mettrait les Osmanlis entre deux feux, si les princes chrétiens les attaquaient simultanément en Occident. A ce point de vue, l'alliance militaire des Moscovites eût été des plus précieuses, on devait naturellement se complaire à la croire possible.

Mais, quoi qu'il en soit de ces hypothèses, le fait est que le double revirement d'opinion, mentionné plus haut, se manifesta surtout lors du départ du cardinal Morone pour l'Allemagne, en qualité de nonce auprès de l'empereur Maximilien II.

Dans ses instructions, datées du 26 avril 1576, il est mis en demeure d'insinuer à Sa Majesté que la présence d'un émissaire pontifical à Moscou ne pourrait être que

du meilleur effet, soit en vue de l'union, naguère désirée par le tsar, des Moscovites avec rÉglise. romaine, soit en vue de la ligue anti-ottomane, ou même des intérêts temporels du Saint-Empire K Une affaire de ce genre ne pouvait être confiée à des mains plus habiles : Morone avait fait ses preuves au concile de Trente, il fut aussi favorisé par les circonstances. Deux envoyés russes, le prince Sougorski et le diak Artsybachev, se présentèrent à la diète de Ratisbonne pour conclure une alliance définitive et solennelle avec Maximilien, pour s'entendre sur la ligue et surtout pour intriguer contre Bathory. Au mois de juillet 1576 , Tempereur renseigna luimême sur ce point le cardinal Morone et, sur la remarque de celui-ci qu'il faudrait avant tout envoyer quelqu'un à Moscou s'assurer de la sincérité du tsar, il répondit qu'une mission de ce genre aurait certainement lieu. C'était là que Morone en voulait venir pour insinuer que le Saint-

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