UNE MYSTIFICATION DIPLOMATIQUE
Sacre et noces d*Ivan IV. — Incendie de Moscou. •— Transformation du tsar. — Mission de Schlitte en Allemagne. — Ses rapports avec Charles-Quint. — Levée d'hommes pour Moscou. — Schlitte écroué à Lubeck. — Il s'échappe de la prison et se remet à l'œuvre. — Origines delà mystification. — Steinberg est chargé de négocier la réunion des églises russe et romaine. — Derniers renseignements sur Schlitte.
— Démarches de Steinberg auf)rès de Charles- Quint et à Rome. — Intervention de la Pologne. — Conseils demandés à Radziwill et à Albert de Prusse. — Ambassade de Radziwill à Vienne. — Réponse du pape à Ferdinand 1".
— Démarches des Polonais à Rome. — Ré-
ponse du pape aux évêques polonais. — Dernière tentative de Steinberg. — Échec com< plet. — Conclusion.
ANS le courant de Tannée 1547, Moscou fut tour à tour témoin de réjouissances populaires et victime de grands désastres. Jamais peutêtre contraste n'avait été plus frappant.
Au mois de décembre de l'année précédente, le jeune souverain Ivan IV s'était un jour longuement entretenu avec le métropolitain Macaire, qu'on vit sortir de Paudience le visage rayonnant de joie.
La cause en fut bientôt connue de tout le monde : le sacre et les noces du tsar avaient été décidés en principe.
A peine âgé de dix-sept ans, Ivan aspirait déjà à poser sur son front la couronne de Monomaque. Fidèle aux traditions byzantines, importées de longue date à Moscou, il attachait à cette cérémonie la plus haute importance : elle eut lieu le 16 janvier, et rien de ce qui pouvait en rehausser Péclat ne fut oublié.
Dès cette époque, le titre de tsar figure constamment dans tous les genres de chartes; bientôt on voit apparaître dans les Stepennyïa knight ^ une nouvelle généalogie , attribuée au métropolitain Macaire, qui fait descendre les tsars des Césars et Ivan IV d'Auguste. Le tsarat devient une des idées dominantes du souverain récemment couronné; il en explique aux étrangers les origines romaines avec un sérieux imperturbable; les patriarches orientaux ne tardent pas à reconnaître ses droits séculaires à cette dignité et lui-même recherche à l'envi Toccasion de les faire valoir.
Quant au mariage du tsar, les préparatifs se firent selon les vieilles coutumes du temps patriarcal. La fiancée du souverain moscovite devait être littéralement choisie entre mille; à cet effet, on sommait les pères de famille d'envoyer leurs filles dans le chef-lieu de la province. Les délégués du tsar, munis d'instructions