Preussisches ArchiVf Dritte Sammlung, p
2. Charles -Quint se trouve presque constamment à Âugsbourg du 23 juin 1547 au 12 août 1548. Vandenesse, Journal des voyages de Charles-Quint, pp. 348-
riter ses faveurs. Tout d^abord, pour se donner plus d'importance, il s'attribua, de son propre chef, le titre d'ambassadeur moscovite '. Le fait de cette usurpation ne saurait être contesté ; les usages diplomatiques de Moscou étaient calqués sur ceux de Byzance : Tambassadeur, qui était censé représenter la personne même du tsar, ne pouvait apparaître qu'entouré d'une suite nombreuse et d'une pompe convenable; aussi, pour éviter les frais excessifs, ne les envoyait-on que dans les pays limitrophes; chargé d'une mission spéciale en Allemagne, n'ayant personne sous ses ordres, Schlitte ne pouvait être qu'un agent subalterne. Ses paroles firent cependant impression sur l'empereur : il affirmait, de la manière la plus catégorique^ qu'Ivan IV était enclin à la réunion des églises, disposition d'esprit qui rentrait trop dans les plans de Charles-Quint pour ne pas attirer son at-
I. Fiedier, Fin Versuch der Vereinigung der russi'^ schen mit der roemischen Kirche im sech\ehnten Jahrhunderte^ P* 78-
lO ROME ET MOSCOU
tention. Schlitte n'eut qu'à s'en féliciter : non seulement des pleins-pouvoirs pour remplir sa mission lui furent accordés, mais il fut, en outre, chargé de présenter au retour une lettre à Ivan, où l'empereur faisait Téloge des idées civilisatrices du tsar, sans toucher cependant, ne fût-ce que de loin, à la question ecclésiastique ^ Cette prudence était indiquée : le tsar, à cette époque, brisait péniblement avec un passé criminel, le pope Sylvestre était admis à son intimité et, s'il avait des opinions religieuses bien arrêtées, c'étaient celles évidemment qui furent bientôt après exprimées dans le Stoglav et le Soudebnik et qui n'ont aucune teinte de latinisme.
L'affirmation vague et intéressée d'un étranger ne suffit guère pour lui attribuer des tendances d'union avec Rome.
Cependant l'entreprise de Schlitte s'annonçait sous d'heureux auspices : une bande de cent vingt-trois personnes, des-
I. Les pleins-pouvoirs et la lettre de Charles V ont été publiés par M. Fiedler, /. c, p. 78 et suiv.
tinées à importer à Moscou les lumières de rOccident, fut promptement réunie •.
En tête de la liste figurent quatre théologiens, que bien certainement le tsar n'avait pas demandés '. Le voyage se fit sans encombre et ce ne fut qu'à Lubeck que la fortune trahit cruellement celui qu^elle avait tant favorisé jusque-là. Les États Livoniens avaient eu vent de Taffaire et, craignant de voir la civilisation pénétrer à Moscou, ils résolurent de priver de ce bienfait leur plus redoutable adversaire.
En dépit du sauf-conduit impérial \ sur les réclamations plus ou moins légitimes de quelques créanciers, Schlitte fut arrêté et écroué dans les prisons de Lubeck, tandis que sa bande, désormais privée de chef, se dispersait aux quatre vents. Du fond de son cachot, il essaya, à deux reprises,