‹ Rome et Naples religion, philosophie, artChapitre 10 sur 21 · ROME ET NAEI.ES · texte numérisé non relu

ROME ET NAEI.ES

lait réunir et résumer en lui les deux principes, les deux natures, les deux créations. Et cela, afin qu’il lût le lien visible entre le ciel et la terre.

L’homme, résumant dans sou être la création tout entière, rellet de l’éternelle beauté, de l’immuable sagesse, de la souveraine puissance, rayon de la perfection infinie, l’homme, dont le fils de Dieu devait un jour revêtir la forme, l’homme était donc le chel-d’œuvre du créateur.

Et Dieu se complut dans son ouvrage, il l’aima et se contempla eu lui comme dans un miroir. Et il dit à l’homme :

« Cette terre sur laquelle j’ai répandu cette inépuisable beauté, cette rayonnante jeunesse, cette intarissable vie qui sans cesse s'épanchent et découlent de mon sein, c’est pour toi, pour te servir de support que je l’ai , dans mon amour , tirée du néant.

« Ces arbres qui verdissent sur ta tête , et dont chaque branche, chaque feuille rendent Un son au moindre souille qui passe, c’est pour ombrager ton sommeil sous les ardeurs du jour, c’est pour reposer ton œil avec leur douce verdure, que je les ai soulevés au-dessus de toi comme de fraîches tentes.

i< J’ai dit aux animaux qui peuplent la terre: inclinez-vous devant votre roi, courbez vos rems, vous êtes ses esclaves. L’homme est votre maître, et vous êtes ses serviteurs.

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« J’ai dit à la lumière : sois.... Et le soleil s’est élancé radieux de lürient à l’Occident, et chaque jour, pour toi, il doit remplir cette course ardente.

« Contemple 1 'éternelle majesté de celte procession harmonieuse des astres que mon doigt soutient dans l’espace , voyageurs célestes qui gravitent en cadence, guidés par un rhythme éternel. C’est pour illuminer tes nuits et rendre les ténèbres moins âpres , que je leur ai donné cet éclat vaporeux et ces lueurs veloutées et flottantes. C’est pour toi que j’ai pavé le ciel de diamants.

« J’ai dit à la lune : va, blanche fille du ciel , jette tes clartés virginales, laisse tomber les pâles harmonies de tes rayons, afin que les ombres soient plus légères aux yeux de l’homme, et qu’il puisse voir passer mes anges dans ses songes. Oui , c’est pour caresser ton sommeil que cet astre rêveur promène là-haut sa face immaculée.

« Adam, je te bénis; tu es le fils de mon amour, ma créature bien-aimée. Sois seigneur et maître, je livre la terre à ton commandement. »

Après quoi, le divin ouvrier, le sublime poète, voyant que toutes choses étaient bonnes, se reposa dans la contemplation de son oeuvre....

11 y eut alors un moment dont la durée nous est inconnue, un moment ineffable de joie et d’ivresse, un moment où la création entière, ignorant

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encore la douleur, heureuse de naître à la vie, se dilatant au sein d’un bonheur et d’un calme infini, nageait dans un océan d’harmonie et d’amour. Notre nature dégénérée ne peut s’élever jusqu’à la perception de ces infinies délices des premiers jours de la création.

Des entrailles de la terre , vierge encore de toute souillure, s’élevait sans cesse comme une longue et suave mélodie. Depuis l’homme jusqu’à l’insecte <jui se cachait dans les hautes herbes , depuis l’Océan jusqu’à la goutte de rosée qui tremblait sur les fleurs, depuis les soleils jusqu’aux blanches étoiles qui décrivaient dans le ciel leurs rondes mystérieuses , chaque être avait sa voix dans ce concert. Et ce concert était une prière d’amour, un cantique d'actions de grâce qui montait, calme, solennel, majestueux, jusqu’au trône du créateur.

Mais l’homme fut le premier à briser cet ordre primitif, à rompre cette harmonie profonde dont Dieu lui-même contemplait la beauté et admirait la gravitation.

La liberté lui avait été donnée avec la vie, c’était une de ses plus précieuses facultés; mais il en abusa bientôt, et le désordre et la mort entrèrent dans le inonde par l’orgueil....

— L’homme, créature intermédiaire et mixte, tenant de la terre par son corps et du ciel par son esprit, liant les deux natures, les deux principes,

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les deux créations , l’homme était un rayon de la splendeur éternelle , du grand foyer de chaleur, du vaste océan de lumière. Il était plongé dans la contemplation immédiate de Dieu, source delà félicité suprême, et en recevait directement la vie, la beauté, l’intelligence, la lumière et la vérité dans toute leur plénitude. Mais il écouta les paroles trompeuses de l’antique serpent; il se laissa séduire, et voulut se faire égal à Dieu par l’intelligence complète du bien et du mal. Alors il s’isola; il reporta sur lui-même cet amour et cette contemplation qu’il devait comme un hommage à la beauté souveraine; il cessa d’être rayon du soleil de la vérité éternelle; il rompit la loi de gravitation qui le retenait dans la sphère divine, et s’en séparant violemment , il dit : moi aussi, je suis Dieu...

Par cette révolte de sa pensée orgueilleuse, il brisa le rayonnement divin qui l’alimentait et l’animait, et lit de sa raison, essentiellement finie et bornée, le soleil qui désormais devait seul l’éclairer.

Ainsi l’homme, en cessant d’être rayon du foyer divin, de ce foyer mystérieux qui tire perpétuellement de lui-même la vie, la lumière, la chaleur, et dont les reflets illuminent les êtres qui gravitent autour de sa sphère, l’homme se plongea, par un acte de sa volonté libre, dans les régions inférieures, et accepta , ou plutôt subit toutes les conséquences fatales de cette chute. U cessa donc de jouir des pro-

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duits de l’êlre divin qui sont la puissance, la vie, l’ordre, la lumière, la raison, la beauté, la paix, l’amour à leur expression la plus haute; et, dans la sphère opposée il ne trouva que le désordre, la faiblesse, la laideur, la haine, le trouble, le mensonge, la douleur et la mort.

— Satan venait d'entrer dans le monde.

Alors le Seigneur maudit l’homme et lui voila les splendeurs de sa face. El la chaîne d’amour qui liait la créature au créateur retomba sur la terre , rompue, brisée, avec un retentissement douloureux et lugubre....

C’est donc par l’orgueil , par un orgueil aveugle et immense, qu’ont été introduits dans le monde le désordre, la douleur et la mort. Comme cette faute est la première, c’est aussi la plus grande et la plus féconde en résultats désastreux. Et depuis la chute de l’ange, antérieure à celle de l’homme, que voyonsnous? L’orgueil qui se reproduit et se renouvelle sans cesse sous diverses formes , sous différents aspects, et enfante toujours les plus grands troubles , les plus tristes désordres et les plus profonds malheurs, c’est l’orgueil en un mot qui est la cause de ces secousses, de ces bouleversements, de ces révolutions périodiques qui troublent et ensanglantent si souvent la face des nations.

— L’homme, en se séparant de Lieu par un aclede sa volonté libre, et en se déterminant pour le mal ,

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se plaçait, avons nous dit, sous l’empire des lois qui régissent cette sphère. Ainsi le principe de dissolution , de destruction , de désordre introduit dans le monde par le péché originel, allait toujours de conséquences en conséquences, brisant de plus en plus l'harmonie universelle, et rompant le mouvement primitif et ordonné, émané dans le commencement du sein même de l’intelligence et de la raison souveraines.

Et le spectacle a changé. De la terre ne s’élèvent plus ces fraîches voix, ces natives mélodies, ces douces prières. La nature aussi a perdu sa virginité. Elle a été maudite avec son roi, et une immense douleur pèse désormais sur elle. Les anges qui l’habitaient et conversaient avec l’homme se sont envolés tristement , et l’on n’entend plus dans le silence que son pleur éternel qui transpire incessamment du fond de ses entrailles... Et la terre, privée de la lumière d’en haut, gravite comme une insensée au milieu des froides ombres des régions inférieures , sous un ciel sans chaleur et sans astres.

Alors Dieu fut saisi d’une immense tristesse ; il se repentit, dit la Genèse.

Je détruirai, dit-il, cette race impie que j’ai tirée de la boue; je détruirai toute chair, depuis l’homme jusqu’aux animaux , depuis le reptile jusqu’à l’oiseau qui vole dans l’air.

Alors les sources de l’abîme furent rompues,

et les cataractes du ciel ouvertes. Et les eaux couvrirent, comme d’un vaste linceul, toute la face de la terre...

Mais l’amour fut plus fort que la mort. Et l’arche était là, qui flottait sous l’oeil de Dieu, suspendue entre le ciel et la terre, et portant dans ses flancs l’avenir du monde, le germe précieux des générations futures, le principe de l’humanité.

Ainsi voguait au-dessus de l’abîme ténébreux le vaisseau sublime d’où devait sortir avec Noé toute une race nouvelle. Ainsi fut sauvé , par l’amour , dans ce naufrage universel, le type dégénéré de l’homme.

Mais laissons passer les siècles tumultueux , et voyons ce qu’est devenue cette génération dont les destinées se préparaient dans les entrailles de l’arche.

La faute première n’est pas effacée; la douleur, la misère, le sang, la mort de même, et cet Océan qui passe comme un torrent sur la face de la terre, rien n’a pu laver une souillure aussi grande, et l’humanité portait toujours sur son front le stigmate de sa rébellion et le sceau de la malédiction divine.

Le principe de désordre, l’élément de désorganisation , était toujours dans le inonde luttant contre le principe d’ordre; et le monde, par la force logique du mal, devait, peu-à-peu et de chutes en chutes

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retomber dans l’abîme d'où Dieu venait de le tirer.

Ainsi le désordre, la dégradation, le vice, loin de s’arrêter, suivaient au contraire le développement et le mouvement progressif de l’humanité. — Et l’homme se replongea dans les régions froides et nébuleuses de l’ombre de la mort...

La vérité se voila de nouveau, toutes les lois, toutes les traditions, toutes les révélations primitives furent altérées, dénaturées et perdues; et la notion même de l’unité de Dieu venant à s’obscurcir et à s’éteindre , les hommes se tirent de stupides idoles , de muettes divinités de bois, de pierre et de boue. La fumée de l’abîme , les ténèbres de l’erreur couvraient la face de la terre; les sociétés vieillies, dans celte atmosphère qui ne contenait plus aucun principe vital , affaissées sur elles-mêmes , pâles et languissantes , soulevées de temps à autre par les convulsions de l’agonie, achevaient peuà-peu leur existence maladive, et déclinaient vers la mort. Le inonde chancelait et tombait en ruines; il y avait eu lui non pas seulement perturbation , mais destruction des lois mêmes essentielles à la durée. La vie se retirait de toutes parts. Dans l’air se respiraient déjà les froideurs du sépulcre; des glas funèbres tintaient dans le silence du ciel ; et les peuples troublés, immobiles, l’œil terne et vitreux, sentaient le |>oil de leur chair se hérisser d'épouvante..... Ils attendaient!....

Mais quel est ce voyageur qui descend du séjour de la lumière et se plonge ainsi dans les froids horisons de la terre?., c’est le Verbe de Dieu ; le Verbe, la vérité, la raison, 1 ordre, la vie, la parole, la lumière; le Verbe, la force, la sagesse, la beauté... Et il s’avance, le céleste voyageur , il descend au milieu des peuples assis dans l’ombre de la mort, pour les éclairer des rayons de sa splendeur inlinie. . . mais il vient seul; les anges ne sèment pas les astres comme des diamants sur son passage ; les chants , les harmonies se taisent; les haleines embaumées ne le balancent pas; il est seul l’illustre étranger! Il descend, il s’humilie, il s’avilit, il se dégrade; il jette là son vêtement de lumière et endosse notre manteau d’argile et de misère. Il abandonne ses voies de poésie pour venir, humble pèlerin, simple pénitent, cheminer par les froids sentiers du monde revêtu du lourd et sanglant cilice des douleurs de l’humanité.

Mais son amour est immense et vaste comme son éternité... Il s’abaisse donc, le Verbe de Dieu, pour ramasser les anneaux de la chaîne rompue par le premier homme. 11 vient, nouvel Adam, rattacher au ciel cette chaîne brisée, et rétablir ainsi le lien primitif entre Dieu et la création.

Mais suivons le Médiateur , celui que les vieux prophètes avaient depuis longtemps annoncé au monde, celui devant qui, disaient-ils, la mort de-

vait fuir et se cacher. Suivons quelques-uns de ses pas douloureux sur la terre.

Or, un jour qu’il marchait le long de la mer de Galilée, il vit de pauvres pécheurs qui raccommodaient leurs filets, et leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes.

Et ceux-ci , aussitôt quittant leurs filets, le suivirent.

Ainsi le Christ, pour l’aider dans sa divine mission, et continuer après lui la grande semence de sa parole, ne choisit pas des savants, des hommes armés de la puissance du génie et de l’épée. Il ramasse aux bords de la mer de misérables pêcheurs, hommes ensevelis dans leur ignorance, natures incultes, et de ces pierres brutes il fait jaillir le feu qui brûle les cœurs et la lumière qui illumine les intelligences. Et ces quelques hommes ont changé la face du monde... Voilà un fait qui nous étonne bien plus que tous les autres miracles, et qui, pour tout esprit sérieux, est la preuve la plus puissante de la divinité de la doctrine catholique.

El il s’en allait, le divin voyageur, parcourant ce petit pays que l’on nomme Galilée, enseignant dans les cités et les bourgades, annonçant à tous la bonne nouvelle, et prêchant et expliquant partout la grande loi de l’humanité régénérée, le code sacré des civilisations modernes, Y évangile du royaume.

Ecoutez cette voix qui descend du haut de la

montagne : « Bienheureux les pauvres on esprit, bienheureux les doux, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice , bienheureux les miséricordieux , bienheureux ceux qui souffrent, bienheureux les maudits et les persécutés, bienheureux ceux qui aiment, parce que le royaume du ciel est à eux. »

C’est par ces simples paroles , renfermant toute la morale nouvelle, que le Verbe, la lumière des intelligences, la sagesse de Dieu, ouvre sa grande mission...

Et le monde étonné prêta l’oreille à cette parole étrange, à celte voix douce qui disait la paix lorsque tout criait la guerre; qui disait l’amour, l’humilité, la liberté, lorsque tout parlait de haine, d’orgueil et d’esclavage.

Cette immense réaction contre le principe d’orgueil maître de la terre, cette pensée folle si elle n’eût été divine , cette révolution profonde n’appela à son aide, à son secours ni la violence, ni le sabre; elle s’opéra par la force logique de la vérité, par l’ascendant de l’ordre, par le glaive de l’amour. La douceur, l'humilité, la charité fécondèrent et firent germer la semence du Verbe; et l’édifice ancien, le monument de l’orgueil, s’écroula aux seules paroles de la vérité, comme autrefois les murs de Jéricho aux sons des trompettes d’Israël.

Ainsi, parla force seule de l’amour devait s’ac-

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eomplir ia sublime pensée de la régénération humaine.

Mais le Christ n’arrêta pas là son ouvrage. Dans son amour il ne voulut pas livrer à elle-même celte société jeune et faible qu’il venait d’enfanter à la vie nouvelle. 11 résolut, dans son infinie sagesse, de lui laisser un appui, un conseil, un guide, une parole toujours vivante, toujours enseignante, une lumière éternelle, pour éclairer son horizon et briller sans cesse au-dessus de la région des ténèbres.

11 chercha donc autour de lui cet être puissant et fort par l’àme, qui devait être son image vivante, en qui il devait verser sa sagesse, sa lumière, son autorité, etdontles mains pures devaient recevoir le dépôt sacré* de la tradition et de la loi nouvelle.

Or, le Christ ayant rassemblé ses disciples, leur dit : que pensez-vous de moi ? — Simon Pierre répondit : Que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant. — Et Jésus répondit : Ce ne sont ni la chair ni le sang qui t’ont révélé ceci , mais mon Père qui est dans les deux. Et moi je te dis : tu es Pierre , et sur celte pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de P en fer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clés du royaume des cieux..,.

C’est ainsi qu’il jeta les fondements de ce monument solide et inébranlable, qui voit autour de lui tomber les générations et les siècles, et entend sans

cesse à ses côtés les voix de la tempête, sans jamais chanceler sur ses bases éternelles.

Et c’est cette pierre indestructible, cette autorité immuable, cette vérité invincible, cette unité indissoluble qui puise sa beauté et sa force dans sa perpétuelle jeunesse; c’est ce reflet, cette irradiation de la splendeur de la lumière infinie; c’est cette parole souveraine, infaillible, divine; c’est toujours le Verbe vivant que nous saluons encore aujourd’hui dans la personne du Saint-Père, le vicaire de Jésus-Christ sur la terre.

Et voilà bientôt dix-neuf siècles que l’épouse du Christ, l’Eglise catholique, lève sa tête radieuse, triomphante, immaculée, virginale, et qu’elle voit à ses pieds les peuples mourir et renaître , se lever et s’abaisser comme les Ilots de la mer, restant toujours, elle, immobile, inébranlable, sereine, pleine de vie, de sève, de jeunesse, de force et de beauté. C’est elle qui aide et soutient l’humanité dans sa marche chancelante; c’est elle qui la conduit et l’entraîne sans cesse vers le but divin, vers la perfection infinie qui lui avaient été assignés dès le commencement et vers lesquels elle ne pouvait plus tendre depuis sa chute; c’est elle encore qui à la fin des temps la prendra dans ses bras de mère et viendra la déposer au seuil de l’éternité où l’attendent le repos, les joies et le l>onheur dans toute leur plénitude.

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