ROME ET 1SAPI.ES
leur pureté et leur dignité premières. L’homme, blessé et comprenant tout ce qu’il avait perdu par faiblesse pour sa compagne, se retira en lui-même et dans son orgueil comme dans un temple impénétrable. Il s’éloigna de la femme par un brutal instinct de répulsion. Il ne vit plus en elle un soutien, un appui, une consolation, une compagne; il lui voua une vengeance héréditaire , un mépris cruel , une haine implacable, et de cet être délicat et faible, il en fit un esclave.
Depuis la faute d’Eve, la femme courbait donc sa tête flétrie sous le double poids de la réprobation divine et de la malédiction humaine. De son front était tombée sa couronne de reine, et il semblait qu’elle dût marcher jusqu’à la fin chargée de ce lourd fardeau de mépris, d’humiliation, de honte et de haine que les générations successives ne cessaient d’amonceler sur elle. Telle n’était pas cependant sa destinée. Mais, par la faute première, les harmonies étant rompues, les rapports brisés, tous les mouvements contraires à la volonté divine, tous les désordres s’étant emparés du inonde abandonné à lui-même, la femme, qui avait été le principal instrument de la ruine de l’humanité, dut non-seulement participer à la malédiction générale qui frappa tous les êtres, mais encore, et les livres saints nous le disent , elle dut être l’objet d’un anathème spécial et particulier. C’est ce qui explique l’état de dé-
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gradation dans lequel elle était tombée. Ainsi l’abjection, le mépris, l’abaissement, la souffrance, la misère, l’ignominie, l’esclavage, toutes ces flétrissures n’étaient que les effets de celte réprobation spéciale et que les suites et les conséquences logiques de la chute des régions sereines de l’ordre, de la paix et de l’amour, dans la sphère du désordre, de l’orgueil et de la haine.
Toutefois Dieu, en foudroyant la femme, lui avait fait la promesse qu’un jour viendrait où elle écraserait la tête du serpent. Et voici qu’après quatre mille ans de souffrances, d’avilissement, de servi-
tude, il prend pitié de cet être débile et se souvient de son ancienne parole. Il l’appelle donc à lui ; mais, cette fois, ce n’est pas pour la maudire... Ecoute, lui dit-il, par toi est venue la mort, par toi viendra la vie; par toi est venue la ruine, par toi viendra le salut. Tu as- enfanté l’erreur, la souffrance, l’esclavage et la mort, je vais faire sortir de tes entrailles la lumière, la vérité, la liberté et la vie. Relève ton front meurtri ; je vais y replacer le diadème de ta gloire, et les générations futures s’inclineront devant toi et te salueront leur libératrice.
Voilà donc, par le fait de l'incarnation du Verbe, la femme réhabilitée. Elle sort de sa longue captivité, et le monde retrouve le principe d’unité, le principe créateur, ordonnateur et régulateur qu’il
avait perdu, et se replace sous les grandes lois des
mouvements delà volonté éternelle etsous les rayonnements de la vérité universelle.
Et la femme qui, commencement, par sa puissance de séduction sur l’homme, avait été un des agents les plus actifs du principe de désordre et d’erreur, va devenir un des éléments les plus précieux de reconstruction morale, de progrès et de civilisation. Par la femme la mort , a dit saint Augustin; par la femme la vie, par Eve la ruine , par Marie le salut.
En effet, le catholicisme, pour parachever et couronner son œuvre, pour renouveler par le principe même cette société qui se dissout , et qui n’a plus en elle aucun élément de vie et de durée, le catholicisme tire la femme de l’avilissement où elle était descendue; il la prend par la main , la relève à la hauteur de sa véritable destinée, de sa dignité primitive , la replace solennellement sur le piédestal d'où elle était tombée , et dit au monde : Voici la femme. — Ainsi, par la force de la doctrine du crucifié, la femme jette là sa livrée d’ignominie et d’esclavage; elle remonte à sa vraie place à côté de l’homme; elle reprend dans la famille son rang de compagne, son autorité de mère, et peut ainsi travailler de son côté avec efficacité et succès au développement religieux et moral, au perfectionnement et à l’avenir de la société. Désormais un rayon de la bonté divine descend sur elle et l’enveloppe
comme d’un vêtement lumineux ; son front se relève et s’éclaire; ses meurtrissures s’effacent, et elle s’avance, brillante de grâce, de pudeur et de beauté. Les vertus célestes marchent invisibles à ses côtés ; un suave parfum d’innocence, de chasteté et d’amour se répand autour d’elle, et les siècles qui passent se découvrent devant elle parce que par elle le inonde a été sauvé.
— Lorsqu’on jette un regard attentif sur la société régénérée, on ne peut s’empêcher d’être frappé du rôle actif que la femme y joue, ainsi que de l’im • mense influence qu’elle peut exercer sur l’avenir des civilisations par son action dans la famille, et par les semences qu’elle jette sur les jeunes générations qui montent dans la vie. Par elle, le dépôt précieux des pieuses traditions, des saintes doctrines, des idées religieuses, des devoirs, des égards, des respects, des affections, se conserve intact dans la famille; et en donnant à l’enfant le lait, cet aliment de la vie matérielle, elle lui donne aussi, cette nourriture de la vie supérieure, ce lait de l’intelligence : la foi qui sauve. C’est elle encore qui dépose dans les jeunes cœurs le germe sacré des grandes choses , des belles actions , des sublimes dévoûmentset des inspirations élevées... Oui, la femme, c’est l’âme des civilisations modernes.
Telles sont les hautes destinées et la mission providentielle et conservatrice, mission de paix, d’u-
nion, de fraternité et d’amour auxquelles est appelée la femme, recréée par la rédemption et régénérée dans les eaux du catholicisme. Et cet apostolat qu’elle remplit si merveilleusement, ce n’est pas seulement par cet amour, par cette bonté de cœur, par cet instinct mystérieux, par ce besoin secret de faire le bien inhérents à sa nature; mais encore par devoir, par reconnaissance pour les biens qu’elle a reçus de la religion, et surtout par la nécessité et la force logique de cette position que le catholicisme seul a su lui faire. La femme doit donc concourir de toute son influence, de tous ses moyens, de toutes les forces qui lui ont été données, à l’expansion, au développement et au maintien des idées religieuses. Elle doit tout au catholicisme, et pour elle le catholicisme est une question de vie ou de mort. En effet, dès que le sentiment religieux s’éteint dans les masses, le respect pour la femme s’efface aussitôt et tend à disparaître. Dès qu’on attaque la doctrine catholique, la femme sympathiquement ressent le choc et chancelle sur ses bases. Sa destinée est liée à celle de la religion du Christ d’une manière si intime, si indissoluble, que hors d’elle, elle se flétrit, elle tombe, elle languit comme une lampe mourante, et elle redescend un à un les degrés de l’échelle sociale. Au contraire, sous les effluves divins du catholicisme, sous les rayonnements de cet immense foyer de chaleur, de lumière et de vie , elle se ranime, elle