‹ Rome et Naples religion, philosophie, artChapitre 13 sur 21 · IU)ME ET N API .ES · texte numérisé non relu

IU)ME ET N API .ES

se dilate, elle s'épanouit, elle renaît à la liberté, à la beauté, à l'amour.

En effet, depuis rétablissement de la doctrine catholique, qu’ont su faire pour la femme les autres doctrines qui se sont élevées et ont fait quelque bruit dans le monde?... Je ne citerai que les trois principales; et toutes les trois ont attenté à sa dignité, à sa liberté, toutes les trois ont porté une main sacrilège à sa couronne. Le mahométisme, par exemple, cette religion rétrograde, qui a immobilisé la civilisation et comprimé et pétrifié l’intelligence humaine , celte religion qui s’en va où sont allés tous les mythes usés du vieil Orient, sorte de squelette qui s’est déjà couché dans la poussière; le mahométisme, qu’a-t-il donc fait pour la femme?... 11 a cru qu’elle n’était pas digne de la lumière du soleil; il l’a enchaînée au fond de sa tente, et dans sa sombre et brutale jalousie il a voilé sa face, et a étendu sur elle comme un linceul funèbre. Et il l’a vendue , il l’a achetée , il en a fait une marchandise de bazar, et l’a jetée, avilie, déflorée, à toutes les turpitudes et les honteuses voluptés du sérail.

Qu’a fait le protestantisme?... Il a fait tomber devant lui les portes du cloître; il a profané le calme et pieux asile où s’était retirée la vertu de quelques saintes filles; et un moine impudique est venu flétrir la couche de la virginité. Le protestantisme, lui aussi, a donc dégradé, outragé et abaissé la femme, en mé-

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connaissant la chasteté, en essayant de la détruire, en laissant tomber son souffle impur sur cette céleste fleur du catholicisme, et en violant ces mystiques retraites où quelques natures angéliques et divines avaient trouvé un doux abri à la virginité de leur corps et de leur âme.

Maintenant, qu’a fait le philosophisme du dixhuitième siècle?... 11 a forcé le sanctuaire de la famille au fond duquel la femme s’était retirée loin des bruits, des agitations et des tumultes du monde. 11 1 ’en a arrachée, il l’a flétrie sous son haleine aride et a tari dans son cœur les sources limpides des vertus chrétiennes. Il l’a détournée de la vérité de sa fin, il lui a insinué le doute, le sophisme, le scepticisme et l’incrédulité; il l’a démoralisée, viciée, façonnée, pétrie, et l’a jetée ainsi, dépouillée de pudeur, nue, effrontée, hardie, à tous les vents du siècle, comme une pâture facile aux sauvages désirs et aux instincts dépravés.

Voilà donc le philosophisme qui a prostitué la femme!... Ainsi, ni Mahomet, ni Luther, ni Voltaire n’ont rien pu faire pour la femme. Le catholicisme lui seul a tout fait... Jésus-Christ la relève, la régénère, la vivifie dans les eaux de la chasteté, la prend et proclame à la face du monde sa liberté et sa dignité. Voilà l’œuvre de Dieu... Mahomet la fait esclave, Luther détruit sa chasteté, Voltaire en fait une courtisane. Voilà l’œuvre de l’homme. Voilà

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celle statue creuse et vide, ce vase de boue, celte coupe empoisonnée dont le vin donne le vertige et la mort. Voilà ce je ne sais quoi d'impur qui inspire le dégoût et devant qui l’on détourne la tète. Voilà donc ce qu’a fait la main de l’homme!...

Ainsi, comme nous venons de le voir, la doctrine ■catholique seule a trouvé en elle l’énergie réparatrice et l’elïieaeité nécessaires à la réhabilitation delà femme. Elle seule lui a donné la dignité, la liberté et l’amour. Elle seule lui a rendu sa condition première; elle seule l’a remise dans la vérité de sa nature, et en un mot lui a fait don de la vie dans toute sa bonté et toute sa plénitude... De son côté, si la femme veut se maintenir à la hauteur delà position et de la destinée où le catholicisme l’a élevée, il faut que de toute son influence, de tousses moyens, de toute son action directe sur la famille et la société, elle travaille à la défense, au maintien et à la protection des idées et des libertés religieuses. Voilà sa noble mission.

La femme a donc aujourd’hui sur le monde une visible et irrécusable puissance de civilisation. Par son concours eflieace, humble, obscur, constant, infatigable, elle aide merveilleusement au progrès social, à l’expansion des saines doctrines, au développement religieux. Elle soutient et encourage la gravitation lente et pénible de l’humanité vers cette perfection idéale, rêvée en vain par tontes les phi—

losophies, mais qui lui a été assignée par le Verbe, et à laquelle elle ue pourra atteindre qu’en lui et par lui.

La femme donc, manifestation, émanation de la bonté et de la beauté suprêmes; la femme, et j’entends ici la femme dans toute la pureté et la vérité de sa nature, telle qu’elle est sortie de sa longue expiation et des mains immaculées du catholicisme; la femme dont l’âme et le cœur doués d’une exquise sensibilité et d’une extrême délicatesse reçoivent d’en haut des lueurs plus intimes, des révélations plus immédiates; la femme doit toujours se souvenir du but de sa création. Elle doit se rappeler que Dieu l’a envoyée sur la terre comme un ange pour enchanter les tristesses de l’homme , pour charmer ses douleurs, pour réjouir sa solitude, pour soutenir ses défaillances, pour le ramener toujours, par l’ascendant mystérieux de sa vertu , de son dévoûment, de son abnégation, de son amour immense et de sa douceur infinie, sous les grandes et immuables lois de la vérité, de l’ordre, de la vie, pour le replacer sous l’action vivifiante des rayons de la sphère divine et lui montrer sans cesse à l'horizon les magnifiques destinées qui l’attendent dans l’avenir.

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Avant de quitter Rome, j’ai voulu encore une lois contempler son austère paysage et jeter un dernier regard sur les grands aspects de son horizon. Je suis monté sur l’antique Janicule.

La ville éternelle, la métropole du monde, qui deux fois a résolu le problème de la domination universelle et de l’unité; centre du monde païen et du monde catholique; foyer mystérieux de la puissance matérielle et spirituelle , de la force du sabre et de l’idée; la ville aux grandes destinées est là qui se déroule, qui vit, qui respire, qui murmure, qui bourdonne et laisse monter ses bruits et ses rumeurs comme une vague prière dans le ciel immense et sans nuages.

Les champs du vieux Latium, cette terre foulée par les Romains et qui s’est comme immobilisée et pétrifiée sous leurs pas; la campagne romaine, so-

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litude que peuplent les fantômes du passé, ce sol illustre s’est embelli et revêtu d’une puissante et magnifique végétation qui déguise merveilleusement sa vieillesse et sa nudité. Le printemps a passé sur cette nature et l’a rajeunie; une vie nouvelle et intarissable circule en elle avec abondance, et une fraîche exhalaison, un parfum natif de sève s’élèvent de son sein et flottent dans les tièdes vapeurs de l’atmosphère. La verdure et les Heurs envahissent les ruines; elles les entourent, les pressent, les enveloppent avec amour, comme si elles voulaient les cacher sous leurs parures virginales. D’élégantes villas s’épanouissent entre des groupes de pins et de cyprès immobiles; au loin, les collines onduleuses de Tivoli, de Frascali, de Marino, d’Albano, s’arrondissent et se déroulent avec leurs pâles oliviers; dans le fond, les montagnes bleues et violettes de la Sabine , et les Apennins, sombres, austères, fiers, arides, soulèvent hardiment leurs vieilles têtes chauves. Rien n’égale la religieuse et mystérieuse beauté, la grandeur solennelle de ce sublime paysage qui se développe ainsi sous l’azur foncé d’un ciel immobile, baigné dans de chaudes et ardentes vapeurs, éclairé par une lumière éblouissante, rempli d’accidents admirables, d’aspects ravissants, de perspectives nouvelles que nul pinceau ne saurait retracer, et terminé majestueusement par les longues et immuables lignes d’un horizon immense, infini.

Oh ! la nature est toujours jeune et belle. Une vie inépuisable, une sève intarissable que Dieu épanche incessammentsur elle, ruissellent éternellement dans ses larges veines. Non, la terre ne vieillit pas; c’est nous qui passons, c’est nous qui flétrissons, c’est nous qui nous délabrons, c'est nous qui tombons, c’est nous qui la couvrons de nos débris et de nos ruines. Nos jours sont courts et remplis de misères; une force fatale nous pousse en avant, et une loi dure et impitoyable nous condamne au travail et nous attache à la glèbe. Et nous marchons dans les terreurs et les angoisses; nous creusons notre dur sillon dans les gémissements et daus les larmes , et tous nous courbons le front sous une réprobation inexorable, inflexible, éternelle. Partout la souffrance, partout la sueur, partout la plainte. Souffrance du corps, souffrance de l’esprit; sueur du front, sueur de l’intelligence; gémissement de la chair, gémissement de l’âme; l’homme souffre partout, et la terre pleure.... La douleur s’est assise sur le monde....

Il faut le dire, notre époque est rude et difficile; elle se dégage péniblement des ruines d’un passé malheureux , qui n’avait jeté sur le sol de l’avenir aucune semence féconde, et qui, voulant que tout mourût avec lui , cherchait à étouffer la vie dans son germe. Elle sort pâle, tremblante, timide de ce siècle sanglant et troublé, plein de tumultes, de bruits, de désordres et d’épouvante. C’est ce qui explique

ses incertitudes, ses hésitations, ses malaises, ses alarmes, ses doutes, ses élans vers la foi et ses aspirations vers la pensée infinie. — L’heure qui sonne est sombre et mauvaise; ce n’est pas l’heure du repos, l’heure du sommeil, l’heure delà joie, l’heure delà paix; non, c’est l’heure de la veille, l’heure de la guerre, l’heure du courage, l’heure du labeur... Le génie du siècle est triste et inquiet. C’est en vain qu'il veut se voiler de ses longues ailes pour nous cacher ses pleurs; nous voyons toujours ruisseler sur ses pieds le torrent de ses larmes. La génération qui s’élève est pâle, incertaine, curieuse, maladive et travaillée par des troubles intérieurs, des besoins et des douleurs immenses. Elle appelle; mais le passé dort dans sa tombe de marbre, et l’avenir ne l’entend pas. Elle ne sait où s’appuyer. Le présent lui manque; le bâton s’est rompu dans sa main; elle étend les bras dans le vide et elle avance à tâtons dans l’ombre, et elle va indécise, faible, chancelante et comme prise de l’ivresse de la mort. Pauvre jeunesse! fille d’un père décrépit et dont le sang, appauvri par toutes les débauches des sens et de l’esprit, ne contenait plus aucune énergie vitale, aucun principe de force et de chaleur, elle pleure et gémit en silence, et elle sent se développer et fermenter en elle le germe de désolantes douleurs, le levain de profonds désespoirs et d’implacables tristesses.

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— Mais constalons l’état des choses. La religion, l’honneur, le patriotisme, la justice, l'amour d’autrui, toutes les vertus contenues dans la loi évangélique destinée par son divin auteur à unir les hommes par les liens d’une fraternelle all'eclion, toutes cesvertus, principe de tout bien et de tout progrès, sont tombées comme ces feuilles jaunies aux premiers souffles de l'hiver. A leur place, un désolant scepticisme est descendu dans les esprits et les a enveloppés dans ses froides ombres. Si l’on ne nie pas , c’est que l’on doute... A l'heure qu’il est, on en est venu à tout supposer, à tout mettre en question. Des mains hardies se sont levées pour arracher le voile qui couvrait le sanctuaire, et l’on a cru les foudres du ciel éteintes et Dieu mort au fond de son éternité, parce qu'il ne frappait plus. La raison humaine, substituée par une philosophie matérialiste au principe universel et souverain, a voulu sonder toute profondeur, mesurer toute hauteur, expliquer tout mystère et pousser ses explorations jusqu'aux derniers rivages, jusqu’aux limites extrêmes du possible. La science a aidé la raison dans ses opérations pour dégager l’inconnu ; elle s’est mise à l’œuvre, elle a tout analysé, tout disséqué, tout anatomisé. Elle a placé Dieu lui-même au fond de son creuset; elle a pris une loupe, et a essayé de décomposer l’indécomposable, d’expliquer l’inexplicable, de sonder l’insondabIe, de mesurer l'incommensurable...

La philosophie humaine, la raison érigée en principe, a fait autour d’elle la ruine et la mort. Elle a secoué l’arbre des idées, et tous ses fruits précieux sont tombés dans la poussière. Elle a infiltré dans le sein des familles un principe de dissolution et de désordre; et par là elle a attaqué directement l’être social dans ses bases, dans les conditions mêmes de son existence. Caria famille, c’est le principe des sociétés, et les sociétés ne peuvent vivre que par la famille. Lorsqu’on veut renverser l’arbre, il faut couper ses racines. C’est ce que le rationalisme fait. Aussi la société se sent-elle dépérir; sa tige se flétrit, se dessèche; la sève ne circule plus sous son écorce avec l’énergie et la chaleur vitale , et ses longs rameaux, battus par tous les sou files, retombent, tristes et sans verdeur, vers une terre aride. — Les relations intimes d’affection, de confiance, de dévoûment, d'union, de concorde, de fraternité, tout ce qui régularise, tout ce qui harmonise, tout ce qui unit et lie, toutes ces choses nécessaires à la vie de famille, et par suite à la vie de société, tendent à s’effacer et à disparaître dans ce cataclysme général. Tout lien religieux se rompt ; tous les rapports se refroidissent; le sentiment des devoirs, des respects, des convenances s’éteint; les idées du vrai et du juste, du beau et du bon se troublent dans les esprits; les cœurs se glacent , et une immense nuit s’abaisse sur le monde moral... L’homme, plongé dans le doute,

foulant au pied le dogme civilisateur de la fraternité universelle proclamée parle Rédempteur, se retire en lui-méme comme dans un sombre sanctuaire. 11 refuse son bras, son intelligence, son appui, son amour à son frère; et comme l’esprit des sociétés est l'immolation volontaire de l’intérêt de l’individu à l’intérêt de tous, de là ces troubles, ces discordances, ces mouvements opposés, ces tiraillements, ces désordres. Aussi, partout des opprimés, partout des oppresseurs, partout la haine, partout l’envie, partout l’orgueil, partout la jalousie, partout île viles passions qui rugissent, partout la douleur, partout les larmes, partout des symptômes de mort.

Toutefois, au milieu de ce trouble et de ce malaise , il faut signaler de grands dévoûments , de sublimes sacrifices; mais aussi de profonds désespoirs. Que de cœurs qui ont faibli ! Que de riches et généreuses organisations, que de jeunes et pures existences qui se sont éteintes d’elles-mêmes dans une affreuse angoisse et un morne découragement!... Chaque jour voit naître et surgir de toutes parts des souffrances nouvelles, des douleurs jusqu’alors inconnues; et du fond de toutes les âmes l’on entend transpirer des plaintes, des sanglots et des prières désespérées. Que de pieuses lèvres qui ont laissé tomber le murmure et le blasphème! que d’hommes forts et voulant le bien, qui se sont assis dans l’amertume de leurs larmes, et du fond de

leur douleur oui tendu les bras à la mort et se sont écriés comme Job sur sa cendre : Périsse le jour où nous sommes nés, et la nuit dans laquelle il a été dit : un homme a été conçu!... Pourquoi ne sommes-nous pas morts dans le sein de la femme? Pourquoi nous a-t-elle reçus sur ses genoux? Pourquoi nous a-t-elle abreuvé du lait de ses mamelles ? Maintenant nous reposerions en silence et nous dormirions notre sommeil....

— Maintenant si l’on veut savoir d'où vieillie mal; c’est que l’homme n’aime pas l’homme. . . Le rationalisme a ôté Dieu de son cœur; et en ôtant Dieu il en a ôté l’amour, parce que Dieu est amour. Puis il s’est étonné du vide immense qui s’y est fait et de l’abîme qu’il venait d’y creuser. — Donc en perdant Dieu l’homme a aussi perdu l’amour. J’entends ici l’amour dans toute la plénitude du sens évangélique; l’amour, cette expansion, ce mouvement volontaire du moi hors de lui -même; cette abnégation, cette immolation, ce sacrifice de la volonté, de la liberté, de l’intérêt, du repos de chacun: cet holocauste de l’être solitaire, individuel , à l’intérêt, a la volonté, à la liberté, à la vie, au repos, au bonheur de l’être complexe, de l’humanité; l’amour, ce principe d’union, d’harmonie , de force , de fécondité, ce foyer d’énergie, de chaleur, de vitalité; en un mol, l’amour, celte vertu inconnue à l’antiquité, que le Rédempteur apporta du ciel sur la terre, et dont

l’expansion féconde a reverdi la face du vieux monde décrépit.

Or, le principe de tout bien , le principe de tout ordre, le principe de toute vie étant l’amour, le pôle opposé, l’amour exclusif de soi, l’égoïsme doit être le principe de tout mal, de tout désordre, de toute ruine, de toute stérilité. Ainsi l’élément civilisateur, l’amour d’autrui , chassé violemment du cœur de l'homme, y est remplacé nécessairement par l’élément barbare, antisocial, l’amour de soi. L’égoïs- - me, cette concentration du moi en lui-même, cette adoration, ce culte de l’individu, celle passion solitaire, aveugle, jalouse; l’égoïsme, renferme donc en lui toutes les causes du mal. La doctrine rationaliste, substituée à celle de Jésus-Christ, les pages célestes de la loi divine foulées aux pieds, le monde a ouvert toutes ses portes au principe de dissolution qui ne demandait qu’à entrer. Et l’égoïsme, armé du glaive qui divise, s’est assis sur la société comme le sombre génie des ruines. — Dès-lors l’harmonie merveilleuse que la doctrine d’amour y avait établie a été douloureusement rompue, et l’on n’a entendu de tous côtés que des cris plaintifs, que des sons discordants, que des voix solitaires et désolées. Chaque individu s’est isolé, s’est séparé de la grande communion humaine; il s’est fait centre, et s’est immobilisé, desséché et refroidi dans l’aride contemplation, dans l’idolâtrie de lui-même.

Séparé des autres comme s’ils n’existaient pas , il a mis toute son énergie, toute sa force à dilater et à étendre le cercle étroit dont il occupait le milieu , et à tout faire aboutir et converger vers ce centre. Chaque intérêt particulier a travaillé, sans jamais se satisfaire, à tout absorber, à tout engloutir, à tout ramener à son insatiable et dévorante unité; et chaque raison individuelle dans le despotisme de son orgueil a cherché à imposer sa domination autour d’elle, et à établir son règne tyrannique sur les ruines de la raison de tous.

Le catholicisme avait créé la grande famille humaine, la fraternelle et sympathique union de tous ses membres; l’égoïsme crée la division, l'isolement, la haine, le désert et la mort. Le Christ était venu dire aux hommes : Vous êtes tous des frères, aimez-vous comme des frères. — L’égoïsme étoulfe cette voix; à la fraternité il substitue l’individualité, et s’écrie : que t’importe ton frère! tu n’as pas de frère, tu n’as que des ennemis, et tu es isolé et seul sur la terre. Seul travaille donc pour toi, et seul aime-toi. — La doctrine catholique, qui avait proclamé le grand précepte de l'amour de Dieu et des hommes, de l’amour de la supériorité, de l’amour de l’égalité, de l’amour de l’infériorité, et qui par cette belle morale avait ranimé au fond des âmes les germes flétris du bien et retrempé les ressorts épuisés de la vie, cette doctrine est détrônée par celle de

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l'orgueil. Et désormais l’homme ne voyant que soi, rapportant tout à soi, retiré en soi, a senti bondir dans son cœur trois passions rongeuses et implacables : la haine de la supériorité, la haine de l’égalité et le mépris de l'iufériorité. 11 voudrait donc être seul dans le monde... Mais, væ soli, malheur à celui qui est seul , car il est assis dans la mort (•!).

Voilà donc la cause de l’immense désordre qui se manifeste de toutes parts dans la société et qui attriste et indigne les âmes qui veulent encore le bien et qui se dilatent dans des pensées d’améliorations, de progrès, de bonheur et d’avenir... Mais où est le remède? — Comme la cause première de tout mal est l’égoïsme, la cause première, la source unique du bien, est l’amour; l’amour qui vivifie, qui ranime, qui fertilise; l’amour principe de toute perfection, de tout développement, de tout progrès. 11 n’y a donc d’avenir possible que dans le catholicisme et par le catholicisme , parce que lui seul est la seule et vraie doctrine d’amour, la doctrine unique par qui tout a repris vie, par qui tout a germé, par qui tout a reverdi et par qui la face entière de la terre a été rajeunie et renouvelée. — Ce sont les étreintes vitales du catholicisme qui ont rétabli celte large et puissante circulation dans le corps du vieux monde, qui s’endormait dans la mort; et c’est lui seul

(4) Qui non diligit manet in morte. — Joan. ni, 1-t.

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qui peut aujourd’hui, sous la chaleur énergique de son souffle, rappeler à la vie le nouveau Lazare déjà couché au fond de son tombeau. . . Il n'est donc qu’un centre autour duquel l’humanité, qui se divise et se dessèche, puisse se reconstituer, se retremper et reprendre sa verdeur et sa vitalité; ce centre, foyer inépuisable d’amour, c’est l’unité catholique. Elle seule travaille efficacement au perfectionnement , au bien-être des masses; elle seule communique cette sève qui transforme et rend la vigueur aux membres flétris; elle seule, par ses lois admirables, coordonne et régularise le mouvement social , en active la marche et en hâte le développement; elle seule, dans les impénétrables secrets de sa doctrine fille du sacrifice et qui découle des flancs de celui qui a aimé le monde jusqu’à mourir pour lui, peut ramener et unir les hommes dans les liens d’un amour réciproque , d’une fraternelle affection , d’une vie commune, d’une paix inaltérable , et réaliser ainsi la cité de Dieu sur la terre.

Il est vrai qu’il est des moments où il semble que le catholicisme se relire des peuples et veuille les abandonner. 11 ne faut pas s’y tromper. La religion, comme l’Océan, a son flux et reflux ; parfois elle s’avance et agrandit ses rivages; parfois aussi elle se replie sur elle-même et laisse à nu le sable humide des grèves. Mais il n’est pas de force humaine qui puisse arrêter son flot lorsqu’il monte et qu’il re-

fcOMË fit fUÎ>LES.

Vient lent et fort, plein de calme et de majesté. Donc, quoi qu'on dise, quoi qu’on lasse , le catholicisme sortira vainqueur de tous les combats, de toutes les luttes. Et lorsque nous croyons que la vie se retire de lui , c’est alors que sa vie interne est plus énergique, plus intense; c’est alors que sourdement il travaille les âmes, et qu’il s’épanche sur le monde par des canaux invisibles et mystérieux. Et cela, parce qu’il a en lui une force infinie d’extension , une puissance surhumaine de dilatation qu’il puise continuellement en celui qui est la vie , la raison , la force, la vérité souveraine, le centre éternel de toutes choses , l’invisible foyer autour duquel tout gravite, le principe universel d’où tout vient et où tout va, d’où tout descend et vers qui tout remonte.

Le catholicisme, et nous en avons la conviction sincère, malgré les prophéties de certains penseurs qui rêvent le règne de leurs vagues théories, le catholicisme est loin d’avoir épuisé ses destinées. Il domine toujours les peuples ; et si les peuples s’en éloignent, ce ne sera que pour un temps. Us seront ramenés dans son sein par la force logique des choses, et ils reviendront à lui , parce que lui seul peut remplir l’immensité de leurs désirs, lui seul peut combler le vide qui s’est fait en eux , et leur communiquer cette vie divine, inépuisable, abondante, dont la source ne tarit jamais. Au milieu du matérialisme qui l’énerve, et du scepticisme qui h*

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désole, notre siècle lui-mèine se sent pris d’une dé ces immenses douleurs qui s'emparent de tout être qui a rompu quelque loi essentielle à sa nature; il cherche autour de lui , et se retourne instinctivement vers le vieux soleil catholique immobile au fond du ciel.

Ainsi, quoique le mal soit grand, quoique la situation soit grave, que les âmes timides ne désespèrent pas, que les cœurs bons, mais faibles, ne se découragent pas. Ecoutons toujours cette voix consolante qui nous crie comme autrefois au milieu des terreurs de la tempête : Hommes de peu de foi , pourquoi doutez-vous (1)? — Non, le catholicisme ne périra pas, Jésus-Christ est toujours dans la barque de Pierre. Et le jour viendra où le vent se calmant, où la vague s’abaissant, elle s’approchera du rivage ; et ceux qui l’appelaient , et qui dans leur abandon lui tendaient les bras, pourront y monter sans crainte et voguer avec elle sur une mer sereine, vers les rivages de l’avenir.

Rassurons nous donc; aujourd’hui la tempête , le ciel est sombre et triste , mais le temps se rassérénera , car l’horizon rougit et s’en flamme (2)1... En vérité, si nous regardions sérieusement autour de nous, si nous allions au fond des événements, nous comprendrions peut-être que nous sommes dans

(1) Math. , \iv, 51.

(2) Math., xvi, a, 5.

une de ces époques incertaines et nébuleuses, époques de transition et de transformation, siècles troublés, qui finissent un ordre de choses et en commencent un autre. Mais l’horizon qu’embrasse notre regard est très-borné. Nous nous obstinons à ne voir que l’heure présente, et comme elle est dure et difficile nous en concluons que l’avenir sera âpre et mauvais. Mais Dieu ne conclut pas comme nous... Lorsque nous croyons que tout meurt, c’est alors que tout renaît , c’est alors que tout commence. Le bien s’élabore et se prépare au fond de ces perturbations, de ces désordres, de ces malaises, comme le printemps sous les neiges de l’hiver. — Les sociétés comme les années ont leurs saisons, leurs phases régulières. La nature et l’humanité gravitent sans cesse sous l’œil de Dieu...

— En voyant le mouvement, lent, il est vrai, mais sensible qui s’opère, et le double travail de destruction et d’édification qui se fait autour de nous avec une ardeur inouïe, nous croyons, et nous ne pouvons l’expliquer autrement, que nous sommes arrivés à une de ces heures, grandes et douloureuses, de transformation et de changement. D’immenses questions s’agitent dans le inonde. La guerre s’est établie

>u tuiMi; iîT NApLKSi

dans les hautes régions de l'intelligence. La lutte est acharnée et meurtrière, et l’on voit de généreux sacrifices et de sublimes dévoûments. La parole a été semée, et son germe travaille et tend de tous côtés à éclore. Un levain mystérieux fermente dans les âmes ; des besoins , des désirs infinis les pressent et les aiguillonnent, et une puissance irrésistible pousse la génération en avant. La société s’émeut et s’ébranle; elle rejette ses scories, elle secoue son matérialisme usé et ses idées mortes, et elle s’élève et s’abaisse comme les flots d’une mer agitée... Et l’humanité, indécise, flottante, comme oscillante entre deux mondes, prête l’oreille à des voix lointaines et amies qui l’appellent vers ces terres heureuses où elle pourra se reposer de son long voyage à travers le désert.

Il est certain qu’à l’époque où nous sommes, époque de doute, d’inquiétude, de rumeurs et de crises, il se manifeste dans la pensée un mouvement étrange qui pousse les intelligences en des voies nouvelles. Une ardeur de connaître, un besoin qu’on ne peut définir, les travaillent, les tourmentent, les entraînent vers l’Orient où vers l’Occident, vers l’erreur ou la vérité. Cette réaction produit ces grandes résurrections, ces grandes chutes, et est la cause de cette multiplicité de doclrines confuses qui se heurtent, qui se choquent et qui, si elles retardent l’avenir, ne peuvent toutefois en empêcher la réalisation.

Beaucoup d'esprits se sont déjà mis eu marche; beaucoup se sont armés pour la nouvelle lutte; beaucoup se sont levés pour la sainte croisade de la vérité, et beaucoup qui étaient dans les ténèbres ont trouvé la lumière. Mais, aussi, il en est qui, plus malheureux, ont pris de faux sentiers et se sont égarés dans les royaumes vides, inania régna.

Et, en voyant ce pâle voyageur, les cheveux en désordre, les traits amaigris et défaits, les vêtements blanchis par la poussière du chemin, vous vous dites : quel est cet homme qui nous arrive ainsi dans les brumes du soir, traînant après lui les lambeaux de sa vie? Cet homme à l’œil creux et terne, cet homme au front blême, à la face llétrie, et dont l’âme semble abreuvée d'amertume et de douleur, cet homme que nous veut-il? — Oh! ne l’écoutez pas, cet homme. Pauvre intelligence égarée, elle aussi s’est levée pour chercher; mais elle a refusé toute révélation divine et n’a voulu , pour éclairer sa route, que les faibles et tremblantes lueurs de la raison humaine. Et cette lumière incertaine lui a tout-à-coup manqué, et il est tombé et s’est meurtri sur les rochers de l’abîme. Ne l’écoutez donc pas, cet homme, car il vous dira que longtemps il a erré pendant des nuits sombres et des nuits de tempête; qu’il a marché sous un ciel sans astres; qu’il a fouillé les cendres de l’histoire, remué les poussières des peu [des éteints; qu’il a interrogé

l’air, le feu, l’Océan, la mort même; qu'il a appelé dans son désespoir, mais que rien ne lui a répondu... La mort est restée sourde, muette, immobile; le vent a sifflé sur sa tète, le volcan lui a brûlé les pieds, et il lui a semblé que la vague, en s’éloignant du rivage, lui jetait des paroles d’ironie et d’amertume. Il vous dira qu’alors il s’est retiré en luimême, qu’il a frappé son cœur; mais que déjà il ne rendait plus aucun son. — Partout le silence, partout la nuit, partout la mort!... Et il est retombé la face contre terre; et il s’est enveloppé dans son doute et

son désespoir, comme dans un linceul C’est là

l’histoire douloureuse de bien des intelligences....

Parmi ces voyageurs égarés, il en est qui , aigris par l’erreur et poussés par la haine, travaillent sans relâche à étouffer le mouvement qui se manifeste et à détourner la tendance généreuse des esprits vers le centre de la lumière, l’unité catholique. Ceux-là sont les plus dangereux. Pour renverser l’édifice naissant, dont la construction coûte tant de sueurs, tant de fatigues, tant de difficultés, ils s’attaquent à ce qu’il y a de plus nécessaire, de plus sacré, de plus indispensable à l’homme; à ce qui lie, à ce qui unit, à ce qui fait la force, à ce qui donne la vie ; à l’élément essentiel de toute civilisation possible, à la religion. Ils brisent ce bâton solide entre les mains de l’homme et lui donnent le fragile roseau de la raison pour soutenir sa marche pénible à travers la vie.

— Plus (le foi, plus d’espérance, plus d’amour. Ces trois belles vertus, Heurs suaves du christianisme, qui consolent, qui aident, qui enchantent l’exil de l’humanité et l’encouragent dans son long et dur pèlerinage, tombent flétries sous l’anathème du philosophe. Ces chastes filles du ciel n’ont plus qu'à déployer leurs blanches ailes et à prendre leur vol vers des régions plus sereines. — Et l’homme seul, abattu, désolé, peut désormais se voiler la face et s’abîmer dans sa douleur et son désespoir.

De faux prophètes se sont levés, et annoncent aux générations avides je ne sais quel Verbe nouveau, je ne sais quelle doctrine idéale et vaporeuse qui ne sera pas une religion, parce que, disent-ils, les religions divisent les hommes; mais une fusion universelle, une union sympathique et harmonique de toutes les idées et de tous les intérêts, de tous les cœurs et de tous les bras.

Une multiplicité effrayante de doctrines creuses, d’utopies sonores, de systèmes nébuleux, une infinité de sectes philosophiques, manifestations diverses de l'orgueil de la pensée, surgissent de toutes parts. — L’on entend des hommes proclamer hardiment la mort du catholicisme, le triomphe, le règne de la raison, son afl'rauchissement de toute révélation divine et la religion de l’avenir, qui sera le culte du moi, la déification du moi, c’est-à-dire l’ égoïsme à sa plus haute expression. El les jeunes

Di

intelligences qui les écoutent, ardentes, curieuses, inexpérimentées, ouvertes à tout vent de doctrine , aspirent ces dogmes menteurs et boivent le vin empoisonné de leurs paroles.

L’éclectisme, fusion impossible de tous les principes, de tous les systèmes religieux et philosophiques, sorte de mosaïque informe et sans dessin arrêté; le rationalisme, négation du catholicisme, théorie de l’indépendance de l’esprit, de la souveraineté de la raison, et qui place dans l’homme le principe qui n’est qu’en Dieu; les sectes communistes, socialistes, humanitaires, rêveries séduisantes, utopies nuageuses, qui suppriment toutes les facultés supérieures de l’homme au profit des facultés matérielles et industrielles, et qui prétendent, sans le secours d’aucune religion positive, c’est-à-dire sans ce qui unit, sans ce qui lie, résoudre le difficile problème de la fraternité universelle et faire des peuples une seule et grande famille qui viendra se fondre dans une idéale et sympathique union; tous ces systèmes désolants, stériles, absolus et subversifs, toutes ces divagations de l’esprit humain livré à luimême , réunissent toute leur éloquence , tous leurs efforts, toutes leurs énergies, pour paralyser et neutraliser l’effet de l’action religieuse qui à l’heure qu’il est remue sourdement les âmes. Et tous ils élèvent leurs voix pour prophétiser les funérailles prochaines du catholicisme et l’apparition d’une

doctrine nouvelle du dogme des générations futures, la religion du moi...

— Maintenant, que des hommes qui ne percent pas la surface grossière des choses s’arrêtent et doutent de l’avenir, en voyant ces désordres et les efforts inouïs de quelques esprits malades pour comprimer l’élan religieux de notre société, qui sort pâle et meurtrie des ruines du dix-huitième siècle , nous le comprenons; mais nous ne sommes pas de ce nombre. — Non, je ne désespérerai jamais de toi, mon pays!...

Les hommes et les choses sont entraînés impérieusement et invariablement par les lois logiques, providentielles et divines , qui régissent le monde moral comme le monde physique. — Chaque siècle a son aspect particulier, ses affinités, ses sympathies, son génie qui lui est propre. De même que les jours, dans leur éternelle succession, ne se ressemblent jamais, les siècles, êtres complexes et qui ne sont à tout prendre qu’une collection de jours, ont tous un caractère intime , spécial , inhérent à eux, une physionomie distincte, un profil bien marqué; et, nous n’hésitons pas à le dire, notre siècle est, avant toutet malgré tout, catholique... Samis-

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sion est de relever ce que le dix-huitième siècle avait abattu... Et c’est en vain que quelques bras se lèvent pour l’arrêter et l’entraîner en arrière; une force supérieure l’emporte et le pousse en avant. — Ainsi, ceux qui reprennent le marteau démolisseur du philosophante et prétendent continuer l’œuvre de destruction commencée par Voltaire, ceux-là se trompent. Leur labeur est inutile, leurs sueurs sont stériles. Us jettent une semence dont le germe est flétri. Et le jour n’est pas loin peut-être où ils seront entraînés dans les grands mouvements des lois immuables et souveraines, et où ils seront foudroyés par les rayonnements et les splendeurs de la vérité.... Levons donc les yeux en haut, et espérons ; car nous ne serons pas toujours dans la douleur, dans l’ angoisse et dans les larmes. Une heure sonnera où tout labeur , toute tristesse , toute amertume cesseront. Et le vent du ciel balaiera les fumées de l’abîme; et alors l’humanité pourra continuer sa marche ascendante et sa gravitation harmonieuse vers les régions calmes et sereines de cet avenir de paix, de repos et d’amour, que le catholicisme seul lui promet et lui prépare.

Et maintenant, ô mon pays, je reviens à toi le

reviens à toi, et je sens battre mon cœur à rompre

ma poitrine. Oh ! celui qui, sous un ciel étranger, n'a pas entendu quelque corde vibrer sympathiquement au fond de ses entrailles, au souvenir et au nom seul de sa patrie, celui-là est à plaindre; car son aine vide, ingrate, stérile, impuissante à rendre aucun son , se desséchera et s’éteindra comme une lampe funèbre dans la solitude de son tombeau — Je reviens à toi, non comme ce fils insensé dont mon enfance apprit l’histoire, et qui ne se ressouvint du toit paternel que lorsqu'il se vit nu, pauvre et délaissé. Je suis parti, uon pour dissiper ma vie, non pour la jeter comme une balle à tous les vents de la terre, mais comme ce serviteur qui s’en alla dans les terres lointaines pour faire valoir et fructifier les talents que son maître lui avait confiés. Car nous avons tous un talent à faire valoir, et que nous n’avons pas le droit de cacher dans la terre; car nous avons tous un sillon à ouvrir, une terre à semer, une petite vigne à faire produire. Faibles ouvriers, nous devons tous travailler avec constance et courage. Nous devons tous verser généreusement les sueurs de notre chair et de notre esprit, et nous rappeler que nous devons compte à la génération qui s’élève des forces, des moyens et des jours qui nous ont été donnés. Nul n’a le droit de rester immobile et d’attendre. Nul n’a le droit de déserter sa tâche, quelque rude qu'elle soit. Nul n’a le droit de laisser là son labeur et d’abandonner l’œuvre

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commencée. Nul n’a le droit d’enfouir et de cacher, sous la poussière de l'indifférence et de la lâcheté, le denier que le maître lui a prêté et dont il lui demandera un jour un compte sévère. — Nous sommes tous solidaires. Nous nous devons tous à tous; tous à nos frères, tous à notre pays, tous à la grande famille, tous à la défense commune.

C’est cette conviction profonde, cette pensée féconde de devoir et de solidarité qui m’a toujours encouragé et a toujours soutenu ma faiblesse. Heureux si, au milieu des incertitudes qui nous assiègent, j’ai pu dans quelqu’âme ébranlée affermir un sentiment religieux et aider, de mon peu de force, au triomphe de la vérité qui se prépare dans les secrets impénétrables de l’avenir.

Et toi, mon pays, toi qui m’as vu partir le coeur vide, triste et désolé, si j’ai cueilli quelques fruits aux arbres qui penchaient sur ma route, si je rapporte en moi quelque semence, quelque germe de bien, quelque trésor caché, quelqu’aliment qui puisse nourrir ta vie, je te les donne, je te les sacrifie avec bonheur. Je reviens donc à toi, non comme ces infatigables chercheurs des temps antiques qui, après avoir erré sur tous les rivages de l’Orient, après avoir frappé à toutes les portes des nations civilisées , rentraient dans leur patrie , lui apportant ce qu’ils avaient trouvé, la sagesse et des doctrines nouvelles. Je reviens à loi, mais si, comme eux, je

ROME ET NAPLES, n’ai pas la grande mission de t’annoncer la vérité, j’ai du moins, comme eux, la liberté de te consacrer ce dont je suis le maître, ce dont je puis disposer, ce qui constitue la vie de l’homme, son bien, son trésor par excellence : mon sang et ma pensée.

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