‹ Rome et Naples religion, philosophie, artChapitre 16 sur 21 · DANTE ALIGHIERI · texte numérisé non relu

DANTE ALIGHIERI

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DAISTE ALIGHIERl.

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0 sombre Gibelin, âme ardente et proronde, >.)

Dont la puissante voix étonnait le vieux monde ! 1 1 ‘

Ouvrier qui taillais avec un dur ciseau

Les flancs de la pensée ! — O sublime vaisseau

Dont les mâts frissonnants s’emplissaient de murmures !

— Forêt sombre et sacrée aux sonores ramures!...

— O gran padre Alighier!... Quand je plonge les yeux Dans les débris fumants des siècles glorieux, ■ ■>

De ces colosses morts, géants couchés à terre,

A qui le temps a fait un linceul de poussière ; Quand je m’assieds aux bords de ce vaste Océan , Je vois toujours passer ton ombre, fier Toscan ! Oui, parmi ces semeurs, ces poètes sublimes.

Tous ces géants de l’art dont les antiques cimes Flottent à l’horizon dans les clartés de l’air, Parmi tous ces rêveurs, ô chantre de l’Enfer, Ton ardent profil d’aigle apparaît et domine;

Et dans leur grand concert j’entends ta voix divine

Entonner fortement son cantique serein Et couvrir tous les bruits, comme un orgue d’airain.

Comme l’Arabe assis au pied des pyramides,

Ces temples du désert, rois des royaumes vides, Tremble en croyant toucher les colonnes des deux ; Ainsi moi, le front nu, courbé, silencieux,

Je m’assieds, frémissant, à ton ombre, ô génie !

Et j’écoute vibrer cette austère harmonie,

Qui s’épanche et bourdonne en toi divinement; Car, poète, toh âme est nn saint instrument.

Cependant, ù chanteur, philosophe sévère,

On t’a vu pâle, errant, comme le vieux Homère, Loin de ton ciel natal passer la joue en pleurs,

Et manger dans l’exil le pain de tes douleurs.

O mère sans amour, sans entrailles, Florent,

Ainsi tu l’as laissé mourir sans l’espérance Qu’un jour ta main viendrait ramasser ses vieux os!. Et c’est Ravenne encore qtri berce son repos. . .

— Florence qu’on dit belle, Oh ! je vois sur ta face Un stigmate rongeur, tâche que rien n’efface ;

Et tu voudrais en vain l’enlever de ton front ;

Le fer rouge a gravé ta honte trop péotood!

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Dans la Vita nuova, ce chant de sa jeunesse Tout palpitant d’amour, d’angoisse et de tristesse,

Ce frais et doux poème, et dans les derniers vers Après avoir conté, qu’une nuit, à travers D’éclatantes splendeurs, drapée en un long voile,

Plus belle que le ciel, plus blanche qu’une étoile,

11 vit sa Béatrix ; que cette vision Eteignit dans son cœur toute autre passion ;

Que son àme en fendit et s’ëmpfit Je misères ;

Qu’il ne sut que pleurer, pleurer des nuits entières,

Et que ses yeux, noyés dans un cercle de sang,

Couronne du martyre, effrayaient le passant ;

I-e poète s’arrête, et plein d’une pensée, fl nous dit, inspiré, que pour sa fiancée Il va bientôt bâtir un monument plus beau Et commencer un chant sur un rhythme nouveau.

Et le monde le vit , poète aux voix sublimes , Descendre tout viv ant aux aveugles abîmes,

Et génie indomptable, homme antique et de fer, Après avoir fouillé les cendres de l’enfer,

Après avoir jeté sa sonde dans le vide ,

Le front noir et brûlé, la figure livide,

Et l’œil dans l’épouvante, et tout fumant encor, D’un robuste coup d’aile au ciel prendre l’essor.

Après quoi, fort et grand comme les vieux prophètes, Il fit rouler sa voix sur nos tremblantes têtes,

Et puis nous révéla ce qu’avaient vu ses yeux :

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