‹ Rome et Naples religion, philosophie, artChapitre 20 sur 21 · SALVATOR ROSA · texte numérisé non relu

SALVATOR ROSA

« Non, non, jamais de Irève à ma douleur profonde!

O destin, souviens- toi que je suis en ce monde,

Que je suis comme tous bâti d’os et de chair,

Et qu’il me faut du pain, car je ne vis pas d’air ! . . . Pourquoi donc une femme, ô ma mère ! ma mère !

Me jeta pauvre et nu dans cette vie amère ,

Et me donna son lait?... Pourquoi?. .. C'est pour souffrir Pour appeler la mort et ne pouvoir mourir !...

0 misère ! misère! — ô terre aux flancs d’airain,

O ciel au front de fer, m'entendez-vous, j’ai faim !...

J’ai faim !.. . Et, pour calmer mes sanglantes tortures,

L 'aria cattiva de ces plaines impure»

A soufflé dans ma chair son haleine de mort...

Hélas! ô Napoü, rivage où le flot dort!

0 ciel pur ! ô mer bleue ! ô terre parfumée !

0 Baya, Portici, Vésuve et ta fumée !

— O patrie ! ô ma mère ! hélas !... — Je suis chrétien !

Et cependant il faut que j’aille comme un chien Mendier au Ghetto , dans ce repaire infâme.

Ce cloaque où croupit le juif, ce corps sans âme ,

Et troquer mon habit contre un morceau de pain!...

— Maudit, traînait ma honte, et ma fièyrç et ma faim , Sentant se rompre en moi loiSr-a-tour chaque fibre,

J’erre dans le Forum et sur les bords du Tibre ;

Dans les débris de Rome, ou quelqu’obscur détour,

Comme une ombre égarée et qui fuit le grand jour.

Quand un autre a pour lui tout un palais splendide,

Moi, je n’ai ni grenier, ni toit, ni couche humide!

Ils ont des vases d’or, d'argent et de cristal,

Et moi j’ai bien encore un espoir. . . l’hôpital !... (1) »

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Salvator, Sâlvator, j’admire (on génie ... : .< ■ 1

Qui veut se dégager de dessous l’agonie ^ - i j • : ,

Qui se débat fougueux et seul contré la raeftj A . > i Et dans un vers puissant maudit son ruée sort.

Qu’as-tu donc fait au ciel, homme étrange, âme flèré.

Pour qu’il te jette ainsi la fièvre et et là misère Comme un manteau bridant pour dévorer ta ehaàr?...

— Mais de ce grand duel, è nature de fer, • !

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(1) Imitation d'une pièce de vers que Salvator Rosa , jeune et encore inconnu ,

composa è Rome dans la misère ét le désespoir.

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Ta sors victorieux, et dans ton plus bel âge,

A vingt-quatre ans tu peins cette effrayante page Où tu traduis ta vie et mets ton âme Su jour :

Prométhée insensé rongé par son vautour (1).

Artiste indépendant, homme fiér et sublime,

11 allait s’inspirer sur les bords de l’abime,

Dans la montagne sombre, aux sources du torrent, Et toujours revenait et plus fort et plus grand.

Il fit avancer l’art comme à sa fantaisie,

Et renouvela tout, peinture et poésie.

Son pinceau fut ardent, son vers austère et nu,

Et chanteur, il chanta dans un rhythme inconnu.

Les douleurs du génie, hclas! sont éternelles... 11 s’élança trop haut et se rompit les ailes ;

Et comme Prométhée, enchaîné tout vivant,

Il put voir le vautour qui déchiraitson flanc.

O supplice d’enfer! ô torture infinie!

Implacable vautour qu’on appelle génie !

— Salvator était vieux. — « O mes jours d’autrefois,

Jours de vie et de force et dont la fraîche voix

(1) Après cette crise de maladie et de misère, Salvator revint à Naples et y peignit ce célèbre tableau de Prométhée qui fut exposé an Panthéon de Rome , et fit sa réputation. ,, , .

Comme un doux souvenir retentit dans mon âme !

Hélas ! mes dix-huit ans, chaude d’une ardente flamme ; /

Heures de folle ivresse et d’inspiration,

Que vous êtes donc loin !... à peine à l’horizon Puis-je vous voir pâlir comme une faible brùme...

— Mes amis, mes amis, je suis plein d’amertume !

Mes amis, je n’ai plus de vie, et je suis vieux !

Je sens qu’il faut partir et faire ses adieux.

Je m’éteins; mes deux pieds sont deux morceaux de glace;

Le froid est dans mon cœur et la mort sur ma face !...

J'ai brûlé ma palette et jeté mes couleurs,

Et j’attends maintenant la fin de mes douleurs. . .

—Et vous pauvres enfants! chers enfants que sans père Salvalor qui s’éteint va laisser sur la terre,

Souvenez-vous toujours que le maitre , c’est Dieu,

Et que l’homme n'est rien.. . ô mes enfants, adieu !... »

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