‹ Rome et Naples religion, philosophie, artChapitre 8 sur 21 · ROME ET 1SAPI.ES. - IM · texte numérisé non relu

ROME ET 1SAPI.ES. - IM

bîme a fait entendre sa voix, l’abîme a levé les mains en haut. Altitudo manus sms levavit (1). »

La nature a aussi sa voix, comme l’homme, pour se plaindre et répandre sa douleur. — Que dit cette cascade floconneuse, dans le verbe puissant qui monte incessamment du fond de son abîme avec la blanche fumée de ses vapeurs ? Elle gémit, elle pleure, elle prie, elle implore. Mais sa voix n’a qu’un timbre, elle ne chante que sur une note éternellement monotone, éternellement sublime.... Oui, la nature souffre et se plaint comme nous , et la prière qui s’exhale sans cesse de ses entrailles est tout aussi ardente, tout aussi intense que la nôtre. Chacune de ses rumeurs, chacun de ses bruits, chacun de ses murmures est une parole remplie d’un sens profond, une langue mystérieuse que l’homme ne comprend pas, mais qu’il devine. Tous ces mille bruits vagues et confus à nos oreilles sont des hymnes de douleur ou d’amour, des cantiques fervents ou des chants de tristesse qui montent, comme une harmonie immense , vers celui dont la main soutient les mondes, et devant qui les colonnes des cieux s’ébranlent et chancellent comme un homme pris de vin.

La nature est un instrument sublime, qui semble ne frémir que sous des doigts mystérieux , et dont

(1) Habacur.

les cordes harmonieuses sont pleines de mélodies ineffables et sans fin. Heureuse l’àme qui souffre, parce qu’elle comprend celle musique universelle, et heureux le poète, parce qu’il sait la traduire!...

La nuit descend avec lenteur; le ciel s’enveloppe d’une teinte bleue, légèrement voilée, et d’une douceur infinie à l’œil. J’aspire de tous mes poumons les exhalaisons printannières et embaumées qui montent des campagnes en fleurs. Au fond de ce crépuscule , au fond de ces rumeurs des eaux , au fond de ces souffles qui passent, au fond de ces bois qui frissonnent, il y a une voix claire et distincte qui chante, une parole d’amour qui vit et qui palpite avec ivresse... Oh! l ame de l’homme a des oreilles sensibles à loules ces mélodies; elle a des ailes fragiles qui s’ouvrent et frémissent dans ces heures de poésie dont le ciel se montre trop avare ! . .

La cloche de Tivoli sonna l’are Maria du soir,

La cloche, c’est la voix du ciel qui rappelle sans cesse à l’homme et ses devoirs et sa deslinée. C’est l’instrument sacré dont la divine mélodie endort ses tristesses, et dont les ondes sonores bercent sa pen- • sée et la laissent flotter dans un pieux recueillement et une religieuse contemplation.

Quant les petites étoiles commencent à s 'éteindre au souffle du matin ; quand l’aube blanchit au ciel et que l’oiseau s’éveille dans les branches et jette sa joyeuse sérénade, que dit la cloche, dont la voix sereine s’élève au milieu de ces joies matinales?— La cloche dit : gloire à Dieu dans les hauteurs des deux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté» Enfants, priez votre père qui est dans les cieux, qu’il bénisse votre journée et vous donne le pain qu’il a promis à chacurl de vos jours.

Quand les souffles du midi passent sur la terre; quand le soleil laisse tomber ses brûlants rayons sur le sillon durci; quand l’oiseau se tait sous les feuilles et que la tourterelle des bois vient se désaltérer aux sources fraîches, que dit la cloche, dont le chantgrave se balance majestueusement au milieu de ce silence pénible? — La cloche dit : gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux!... Arrêtez là votre sillon, vous tous travailleurs de la terre qui êtes courbés sous le poids du jour. Essuyez la sueur de vos fronts, et priez, alin que votre labeur soit béni et que la semence que vous venez de jeter fructifie. Priez, enfants, car il n’est pas bon que vous restiez ainsi tout le jour inclinés vers la terre sous les ardeurs du soleil sans vous rappeler votre patrie qui est là-haut. Car vous n’êtes que de pauvres voyageurs, et cette terre n’est qu'une tente dressée pour un jour.

A l’heure où le jour décline, où tous les bruits

hû hoMÉ Ét Naples.

s’éteignent, où tous les souffles s’endorment, où la fumée monte des toits, que dit la cloche, dont la plainte rêveuse ondule tristement dans le silence et les vapeurs du crépuscule? — La cloche dit: gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux !... Enfants, priez pour les morts , priez pour les morts ! N’avez- vous pas tous ou un père, ou une mère, ou un frère, ou une sœur, ou un enfant, ou un ami dont la tombe verdit là-bas dans les longues herbes du cimetière ?... Oh! priez pour les morts, afin de leur rendre le sommeil plus léger, et qu’un jour vos enfants, entendant aussi ma voix sacrée, se ressouviennent de vous quand vous ne serez plus. Priez pour les morts...

Et le laboureur, qui est assis au seuil de sa demeure, écoutant les plaintes de la cloche, sent en lui quelque chose tressaillir. 11 se laisse émouvoir et bercer par les ondes mélodieuses de l’instrument qu’il aime; son âme se perd dans’un rêve infini, et il sent en lui comme une perception vague, douce et confuse de la paix qui l’attend dans sa patrie du ciel.

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Ce matin, j’ai ou l’honneur d’être admis aux pieds du souverain Pontife. C’est à l’obligeance du père Vaurs, pénitencier français, que je dois cette faveur, et je voudrais pouvoir exprimer ici tout ce que j’éprouve de reconnaissance pour les bons et gracieux services qu’il a bien voulu me rendre, et qu’il rend chaque jouràtous les voyageurs de notre nation, avec cette amabilité et ce dévoûment qui le distinguent.

Il est, dans la vie de l’homme, de ces heures solennelles qui ne reviennent jamais et qui ne peuvent s’effacer de sa mémoire. Celle-ci est de ce nombre. — Grégoire XVI est d’une simplicité, d’une bonté, d’un naturel qui touchent et émeuvent profondément l’âme. Il se fait petit avec les petits et se plaît à descendre jusqu’à vous... Et devant tant de grandeur et tant d’humilité, devant tant de puissance et tant de douceur, devant cet être qui résume en lui

toutes les célestes vertus de l’Évangile, vous, voyageur inconnu, vous vous sentez disparaître, et vous restez comme abîmé, anéanti, n’osant lever les yeux; car vous comprenez qu’il se passe là, devant vous, tout un mystère sublime d’amour et de charité.... Oh! voilà bien le portrait du maître! C’est ainsi que celui qui s’était fait homme par amour pour l’homme, et qui voulut mourir pour susciter cette doctrine d’amour, se montra un jour à la terre. Il ne vint pas au milieu du bruit et de l’éclat des puissances et des grandeurs du siècle. Fils d’un pauvre ouvrier, il fut déposé nu sur le fumier d’une étable, et sa jeunesse s’écoula, obscure, ignorée, dans le silence et la pauvreté. Et plus tard, lorsqu’il se leva pour retourner le monde comme un malade sur son lit, il ne prit pas en main le glaive qui tue; mais, armé seulement de la parole de vie, de la parole d’amour, on le vit passer par les villes et les bourgades, seul, ou suivi de quelques grossiers pêcheurs, et disant de cette voix dont la douceur était inconnue : « Laissez venir à moi les pauvres et les petits enfants; et approchez vous tous qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai. Je vous le dis, le royaume du ciel est pour ceux qui souffrent et pour les pauvres en esprit... »

Comment ne pas s’incliner d’admiration et de respect devant cet être unique et seul au monde, qui n’est pas autant que Dieu et qui est plus que l’ange!

cet être qui est toujours là, debout entre le ciel et la terre, le temps et l’éternité, pour les unir et les lier ensemble...

C'est bien le plus beau des spectacles de l'histoire, que cette grande chaîne de la Papauté qui depuis Pierre, le pécheur d’un petit lac, se continue, à travers les siècles et les révolutions, sans jamais se rompre ni se briser; cette longue ligne harmonieuse, brillante, immense, immuable, qui passe au-dessus des régions les plus sombres, les plus tourmentées, et qui traverse les horizons les plus larges, les plus nuageux et les plus menaçants, sans jamais s'infléchir, sans jamais s’altérer , sans jamais s’ effacer

ni disparaître — La Papauté est inhérente à la

terre, elle est, en quelque sorte, incrustée à ses flancs; et c’est une main bien autrement robuste que la main débile de l’homme, qui la soutient ainsi immobile , inébranlable , au-dessus des orages qui passent , au-dessus des abîmes qui se creusent sous ses pieds. La Papauté est un besoin des civilisations modernes, bile est nécessaire d’une manière

absolue à l’existence de l’être social, qui sans elle n’a plus ni unité, ni vie, ni force. El, nous osons le dire , son union avec le inonde est tellement intime , tellement profonde, qu’il est impossible qu’elle

disparaisse sans que le monde ne disparaisse aussi.

Et à la fin des temps leurs derniers soupirs se confondront ensemble. C’est une loi de Dieu...

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Le Pape, cette grande figure qui domine les temps modernes, le Pape est revêtu d’un caractère si grand, si auguste, si sublime, que son individualité s'efface et disparaît, et que l’on ne peut plus voir en lui l’homme, l’homme de chair et de sang, l’homme faible et périssable , l’homme avec ses passions et son lourd fardeau de misères, l’homme que le moindre vent ébranle et secoue, et dont la vie s’efface et disparaît comme ces blanches fumées qui le soir montent des toits... Et qu’importe que cet être mystérieux s’appelle Pierre ou Grégoire ! Pierre et Grégoire ne sont et ne font qu’un. Ils forment entr’eux, non pas une chaîne, une ligne, une dynastie, une succession d’individus; mais quelque chose de plus fort, de plus serré, de plus indestructible, de plus indissoluble, de plus intense, une puissante et indivisible unité.

Oui, le Pape est grand !... Sublime vieillard, sentinelle perdue , vigie attentive , il est toujours làhaut, veillant, seul, immobile, sur la sainte montagne, et pendant les longs jours et pendant les dures nuits. Nouveau Moïse, il disparaît souvent au sein de la tempête qui tourbillonne et presse les flancs du Sinaï; mais c’est alors que l’esprit de Dieu se révèle à lui, comme autrefois au milieu des éclairs et de la foudre, et lui montre les tables perdues de la loi nouvelle. Son front est sillonné de rides profondes et son œil s’est creusé dans les contemplations

itOME ET NAPI.ES.

d’en haut. Il faut qu’il ait en lui une force surhumaine pour ne pas retomber anéanti et foudroyé par les éblouissantes visions qui passent devant sa face. Mais, il a bu l’eau du torrent, et il y a trouvé la force, et il a levé la lélc. Il a inangéson pain dans l’angoisse cl l’épouvanlemenl; il a ceint ses reins d’une corde, et le bâton à la main, les sandales aux pieds, il a commencé à gravir son sentier rude et austère... De fois à autre, il sort du fond de sa poitrine quelque chose de grave comme la voix humaine, de 'puissant comme un grand souffle, qui court de l’orient à l’occident ; et le monde prête l’oreille à cette harmonie lente et solennelle qui semble venir des profondeurs du ciel. Ecoulez , c’est la voix de Dieu qui parle dans cet instrument sublime. — Parfois encore , il lève ses deux bras amaigris vers le firmament splendide; et tous les peuples s’arrêtent silencieux, et courbent la tète , car ils ont senti que quelque chose de sacré et de terrible roulait dans l’air au-dessus d’eux. Inclinez-vous; c’est la bénédiction du Père, c’est le souffle de Dieu qui passe. . . Oui , le Pape est grand ! . . . .

Et maintenant je te plains, ô toi qui te dis l’ennemi du pape!.... Tu as essayé de suivre l’aigle dans son vol au soleil, et ton œil jaloux s’est desséché dans son orbite. C’est en vain que tu as voulu mesurer la taille du géant et l’ébranler dans sa force, ta raison orgueilleuse n’a pu pénétrer le secret dé

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son cœur; et le mystère de sa puissance , et la pensée divine qui se dérobent sous les larges plis de son front, seront toujours illisibles au regard de ton intelligence. — Tu as levé les bras dans ta colère , et ta main s’est desséchée. Tu as crié dans ton impuissance, et tes poumons se sont appauvris , et la voix s’est éteinte comme un petit souille. Ta fureur est restée stérile... — Vois-le donc passer, le vaisseau sublime! que lui importe la rage du ver dont la dent veut percer sa carène de bronze ! il marche, il marche toujours dans sa majesté et sa gloire... Incline-

toi donc le front dans la poussière, ô fils rebelle ! Et,

sois-en sur, le râpe prie tous les jours pour loi...

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— Mais descendons de ces hauteurs et arrêtonsnous quelques instants au dernier échelon de cette hiérarchie religieuse dont nous venons de saluer le principe, le point de départ. Que voyons-nous? Un homme pauvre, humble et résigné, qui marche tout le jour, courbé sous le lourd fardeau des douleurs humaines, et qui n’a recueilli entre ses mains pieuses qu’un triste héritage de peine, de travail , de misère et d’amertume. Cet homme étrange, que l’on voit partout où il y a une souffrance, partout où une plainte se répand, partout où un soupir s’élève; âme

ii : i : U

dévouée et sympathique , cœur généreux ouvert à tous et où tombent toutes les larmes ; cet homme, avec le sceau mystérieux qu’il porte sur le front, et dont la belle tête et le haut profil se dessinent rayonnants et purs au-dessus des ombres qui passent, cet homme étrange, cet homme seul, c’est le prêtre.

Concentrant, comprimant et étouffant en luimême toutes ces passions brûlantes qui appauvrissent 1 humanité, le prêtre, dont l’âme et la pensée s'augmentent de tout ce que les autres perdent et dépensent chaque jour inutilement, le prêtre doit être le plus fort des hommes par la force de l’intelligence, de la raison et de l’amour. Par sa lutte continuelle contre lui-même, par la pureté de ses mœurs, par l’anéantissement de son être matériel, son esprit s’est élevé au-dessus de la région des choses sensibles; sa vie interne a acquis un développement, une énergie, un degré d’intensité incalculables, et son âme est devenue un immense et ardent foyer qui se répand dans le monde en rayonnements d'amour et de lumière. Seul il est capable de ces nobles actions, de ces sublimes dévoûments, de ces im-

molations inouïes, de ces sacrifices que nous ne

comprenons plus , de toutes ces choses grandes , impossibles, surhumaines, qui sont au-dessus des forces de notre nature, et dont il ne peut puiser l’inspiration que^lans ces régions élevées, incon-

nues, où nous ne pouvons pénétrer. En un mot, le prêtre, c’est l’homme à sa plus grande puissance, à sa plus haute expression. L’antiquité lui eût donné une place au nombre de ses dieux.

En vérité , n’est-il pas merveilleux, cet être pauvre , chaste , seul , libre, qui passe sur la terre, armé seulement de sa faiblesse et de sa charité, et qui laisse après lui un long parfum de paix et d’amour? Etrange et belle destinée!... Emissaire que Dieu nous envoie pour consoler nos douleurs et éclairer notre route , il nous domine de toute la hauteur de son auguste caractère; son front est dans les cieux, son âme est aussi vaste que le monde, et son être entier s’est transhumané dans ses rapports et son contact avec l’essence éternelle, infinie. Inclinezvous devant cet homme , car c’est l’homme de Dieu.

Maintenant, voulez-vous éprouver sa force? voulez-vous connaître l’énergie vitale du principe qu’il porte en lui? Attaquez-Ie, insultez-le, déchirez-le, crucifiez-le, accablez-le sous toutes les ignominies, sous toutes les tortures que votre haine pourra rêver; et du milieu du sang, et du fond des cendres, et sous la hache du bourreau, et du sein de la mort, vous verrez toujours surgir sa tête radieuse et triomphante. Dans le martyre est sa gloire... Oui, l’Eglise du Christ est immortelle, et le soldat qui s’immole à sa défense participe à son immortalité. Le maître l’a dit : Les cieux et la terre passeront plu-

ROME ET NAPLES. IIS

lot que mes paroles. — Et le prêtre est là , témoignage toujours vivant de cette parole éternelle , et renouvelant chaque jour à la face du monde le grand phénomène de l’établissement du christianisme; c’est-à-dire de la force, de la puissance, de la lumière sorties du faible , de l’humble et du pauvre en esprit.

De nos jours encore, on entend des hommes, échos impuissants d’une philosophie édentée et décrépite , déclamer avec force contre le célibat du prêtre. Il est malheureux que ces hommes s’obstinent à se traîner sur leurs petites idées, et à ne voir les choses que sous leur point de vue étroit et borné. Que ces hommes s’élèvent, et ils verront alors autour d’eux l’horizon s’agrandir, se développer et s’étendre. Mais, dit saint Paul, l’homme qui vit de la vie des sens ne perçoit pas les choses qui sont de l'esprit de Dieu : elles lui paraissent une folie, et il ne peut les comprendre, parce qu'on ne les juge bien que par une lumière spirituelle. (1)

La religion catholique , comme la morale, flétrit et réprouve celui qui abandonne la vie de famille,

(1) I. aux Corinth., 11, 14.

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la vie de dévoûment, la vie utile et féconde du sacrifice et de l'abnégation , pour échapper aux devoirs, aux charges, aux travaux et aux labeurs qu’elle impose ; celui qui déserte lâchement et par faiblesse de coeur sa placé au grand champ de bataille pour éviter les dangers et les chances du combat; 'celui qui, pour ne pas porter le lourd fardeau de la solidarité commune, se concentre en luimême, se retire en soi, comme la tortue timide sous son toitd’écaille, se détache de tout ce qui l’entoure, fait la solitude autour de lui , et vit là de son existence sensuelle et matérielle , comptant les pulsations égoïstes de sa vie avide de plaisirs et de voluptés.

Voilà ce célibat infécond, lâche, méprisable, égoïste, ce célibat qui dégrade l'homme, ce célibat antisocial , ce célibat qui éteint tout principe de vie, qui étouffe le germe de l’avenir au sein des civilisations, ce célibat stérile, qui fait des sociétés un âpre désert. Oui , voilà ce célibat que non-seulement la philosophie humanitaire, mais encore la religion du Christ, frappent d’anathème; voilà ce célibat sur qui depuis des siècles les livres saints ont jeté cette terrible malédiction : Vœ solil...

Mais, si la religion condamne et llétrit le célibat égoïste, elle proclame, elle é|ève, elle sanctifie, elle exalte ce célibat généreux et sublime, ce célibat qui est la neutralisation du moi, l’immolation complète

el absolue fie l’individu, ce célibat qui est l’amour

lu:

de l'homme porté à sa plus haute puissance.

Lorsque la religion dit à l’homme : lève-toi et suis-moi ! est-ce pour le condamner à une vie immobile de lâche isolement et de quiétude inutile?... Non; elle lui dit : quitte ton père, quitte ta mère, quitte ton frère, quitte ta sœur; je mets un sceau sur ton front, et désormais tous seront, pour toi , pères, mères , frères et sœurs , non par le sang de l’homme, mais par le sang du Christ. Quitte donc ta famille et épouse la grande famille, la famille qui gémit, la famille qui souffre, la famille qui a faim, la famille des malheureux, des pauvres, des orphelins, des souffreteux ; la famille immense de tous ceux qui sont chargés de douleur, de tous ceux qui pleurent, de tous ceux qui traînent les misères de là chair et les misères de l’àme, la famille de tous ces membres nus du fils de Dieu. Immole ta vie, ton sang, ton intelligence, ton temps, ton bonheur, les intérêts; en un mot, ton être entier, à la vie, aux besoins, aux intérêts, au bonheur, au perfectionnement et au soulagement de l’humanité, qui gémit dans la douleur et languit dans la nuit... Allez donc, allez et enseignez toutes les nations, et je vous ferai pécheurs d'hommes...

Des hommes entendent cette voix. Et François- Xavier se lève , et, une croix à la main , il s’en’ va par tous les sentiers inconnus du vieux monde, je-

ROME ET NAl'LES.

tant partout sur son passage celte semence féconde qui nourrit, qui fortifie, qui rajeunit, qui renouvelle... Et Vincent de Paul quille ses solitudes sablonneuses, laisse là son calme foyer et les paisibles joies de la famille; et, poussé par l’esprit de Dieu, de berger il devient le père de cette nombreuse et lamentable famille d’enfants délaissés, d’enfants qui ne sauront jamais ce qu’il y a de douceur dans les palpitations d’un cœur de mère, d’enfants, qui ne connaîtront jamais ceux qui les ont ainsi jetés nus dans la vie ; pauvres êtres condamnés à gémir, dès leur naissance, dans la solitude et l'abandon!.. Mais la charité étend ses ailes protectrices sur cette famille désolée, elle abrite leur nudité, elle console leurs larmes. Et désormais ces enfants retrouveront ce que le vice leur a enlevé , et ce que la philosophie est impuissante à leur rendre : un toit ami et hospitalier, et des pères et des mères aux entrailles remplies d’amour, dans ces saintes et vénérables femmes et dans ces hommes dévoués qui n’ont consacré leur vie au célibat et à la chasteté que parce qu’ils ont aimé l’humanité de cet amour immense qui a cloué le Christ à la croix... — Que de jours sans repos, que de nuits sans sommeil! que de souffrances, que de peines , que de tribulations traversent ces pauvres et belles âmes où toutes les misères ont un abri, un refuge, où toutes les amertumes trouvent une consolation, et qui sont comme les

grands chemins de la douleur humaine!... Oh! qui comprendra l’Océan d’amour qui déborde de ces cœurs!...

Voilà le célibat religieux , voilà le célibat fécond , généreux, héroïque; voilà le célibat de ces hommes de Dieu, qui sont les pères de tous; voilà le célibat de ces saintes filles , anges du ciel laissés sur la terre pour enchanter les tristesses et les angoisses de notre exil. Oui, ce célibat est tout aussi glorieux, tout aussi patriotique que celui de ces hommes qui sacrifient leur vie, leur sang, leur force à la défense de la patrie et à l'extension de ses frontières. Le prêtre lui aussi se voue corps et âme, sang et esprit, à la défense et à l’extension des frontières de la grande patrie, de la patrie universelle, de la vérité.

Et maintenant, dites-moi si le célibat qu’exalte le catholicisme n’est pas le principe des hautes inspirations , des généreuses pensées, des grandes actions et des sublimes sacrifices?...

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