LIVRE I, CHAPITRE II
muses elles- mêmes se firent chrétiennes , et le quatrième siècle a ses poètes comme ses historiens. — La calamité publique neutralisa ces résultats.
Le sixième sièele s'ouvre par un schisme et deux prétendants. Rome est ensanglantée par le pontife Symmaque , accusé d'adultère et d'hérésie ; et c'est Théodoric , un roi goth , qui pacifie l'Eglise et lui donne un chef. On n'osait point encore décliner la compétence d'un souverain barbare; c'était même beaucoup pour Rome qu'un prince redoutable reconnût la nécessité d'un pape. Les successeurs du grand Théodoric exigèrent une subvention pour confirmer les saints pères : ce fut le»droit de chancellerie. Mais déjà , dans Rome , la simonie n'était plus un crime ; ainsi l'exemple partait d'elle. Toute mesure tendait au lucre. On ne tuait point les hérétiques ; on confisquait leurs biens, car la politique avait appris à rendre les persécutions utiles. De toutes parts là tolérance du mal naissait de l'universalité du mal même , et les Romains les premiers souffraient, sans murmure , qu'on donnât la tiare au meurtrier d'un de leurs papes, à Pélage, assassin de Vigile.
J'omets une Toule de saints pères , dont les
maximes furent les mêmes , qui tous savaient que Jésus-Christ a dit : Mon royaume n'est pas de ce monde j et qui , après s'être érigés en maîtres de ses églises , voulaient déjà par progression régner sur les rois. J'omets Grégoirele-Graritt lui-même , cet homme dont la vanité fut vertu , qui le premier prit le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, et qui vécut l'adulateur et l'ami de l'infâme usurpateur Phocas. Grégoire cependant était savant , protecteur des lettres , et sut s'entourer des moines les plus érudits de son âge. 4L.
Dans ces temps encore, Rome ne tendait évidemment qu'a abaisser le patriarcat de Constantinople ; aussi fléchissait-elle sous le pouvoir temporel. L'histoire nous représente ses papes , Hormisdas , allant à Ravenne consulter en vassal le roi Théodoric ; Jean I er , député par ce dernier à la cour de l'empereur Justin ; Félix IV, élu par le monarque ostrogoth ; et Agapite en 535 partant pour Constantinople par l'ordre de Théodat. En 536 un pontife, nommé par ce Théodat , est exilé par Bélisaire , et son successeur Vigile est mandé et retenu en Orient par Justinien. Plus tard, Grégoire -le -Grand s'irrite contre Jean-le- Jeûneur , patriarche de Constantinople , parce qu'il prend le titre d'é-