LIVRE I , CHAPITRE XVI
sens , et un zèle honteusement inhumain dans l'extirpation des hérésies. Par les ordres du conçile , le cadavre de Wiclef fut exhumé , brûlé , et ses cendres furent jetées au vent. Par ses ordres encore , à la demande de l'empereur , Jean Huss et Jérôme de Prague expirèrent au milieu des flammes , au mépris des serments et des sauf-conduits. Les Pères n'osèrent pas condamner la doctrine du meurtre ; des membres voulaient qu 'on reconnût que , dans certaines occurrences , l'homicide est une belle action, et que généralement le degré de culpabilité pût se résoudre par l'intention du coupable. — Sigismond gouverna trop despotiquement l'assemblée k :
Vers ces temps cependant , un général aveugle , appelé Zisca , fit chanceler ce prince sur
1 Outre les prélats et les docteurs , il y avait au concile de Constance cent vingt-huit grands vassaux et tous les électeurs de l'Empire , vingt-sept ambassadeurs , et de plus , ditVoltaire , cinq cents ménétriers et sept cent dix-huit courtisanes qu'on avait attirées dans la ville. — Une des propositions de Wiclef était qu'il n'est pas nécessaire de croire à la suprématie de l'Église romaine pour être sauvé. On lui reprochait aussi de soutenir qu'un homme en état de péché mortel , fut-il pape ou autre chose , cessait de l'être.
2l4 ROME ET SES PAPES.
son trône. — Indigné du fanatisme atroce de son roi , cet homme intrépide révèle de toutes parts la fausseté du tyran. La peinture d'un fléau engendre la crainte , et la crainte le désespoir. Soudain les campagnes s'arment, et la Bohême entière sé soumet aux soldats de Zisca.
Tous les hussites se rangent sous sa bannière. Les catholiques , les prêtres sont égorgés et les couvents pillés. Déjà Sigismond envoie des paroles de paix à son sujet rebelle ; mais la peste abat le serf général [i4^4] » et Zisca, après une vie de sang et de victoires , meurt en humiliant ses lâches ennemis.
Durant ces troubles , l'Italie , sans empereur et sans pape, livrée pour ainsi dire à* elle-même, pouvait affermir sa liberté ; mais l'union manquait. Trop de villes puissantes , épousant les caprices et les inimitiés de leurs tyrans , ensanglantaient leurs limites mutuelles. Des dissensions intérieures les affaiblissaient, pendant que des bandes de brigands nomades , sans patrie et sans frein, spoliaient le laboureur et ravageaient la contrée. Machiavel a retracé cette époque. — Venise, Gênes, Florence, Piste même florissaient par l'industrie et les arts. La première surtout , stable et ferme dans ses lois , déjà diplomatique dans ses n égociations , semblait aspirer à domi-