‹ Rome et ses papesChapitre 104 sur 197 · LIVRE I, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVI

le pape peut défaire. — Mais le concile résiste. En vain objecte-t-on à Eugène qu'un concile est la réunion de l'Eglise universelle dont lui-même n'est que membre ; que cette réunion est infaillible , sous l'influence du Saint-Esprit souveraine en matière de dogmes et d'hérésies ; Eugène tient bon , et la querelle s'aigrit. Bientôt on en vient aux menaces : cité à comparaître , sommé de se justifier , le pape répond avec dédain , et , après plusieurs ajournements , l'assemblée de Baie le dépose , comme parjure et fauteur de schisme. [i^C;-] — Une sorte d'anachorète-duc , Félix V, de Savoie , fut élu à sa place. %

[i438.] C'est au milieu de ces querelles que la pragmatique-sanction , base des libertés gallicanes , fut de nouveau proclamée dans le concile de Bourges. Celle de Saint- Louis paraissait rouillée par le temps. Le pape n'en conserva pas moins l'autorité supérieure : on lui reconnut le droit de juger en dernier ressort , otf lui paya même les annatesquela pragmatique avait abolies.

Des historiens ont préconisé Eugène IV, mais sa rigueur tyrannique envers les Colonne , et envers les cardinaux qui lui réfusèrent leur vote, repousse tout éloge. Peut-être sa ténacité vis-

à-vis du concile de Baie fut-elle l'œuvre de ses ministres : aimons à croire qu'en le convoquant

il avait une pensée louable , celle de déraciner ces abus sans nombre dont peut-être personnellement il profita moins que ceux qui le suivirent. Après sa déposition , il déplora le schisme, il mourut même en bon chrétien ; mais il mourut errant et fugitif, chassé de son palais par les Romains , qui virent en lui moins un anti-pape qu'un despote. Un de ses neveux , son premier ministre , fut l'instrument de sa perte. — Félix régnait encore. Quoi qu'il en soit , la faction qui avait expulsé Eugène IV intronisa Nicolas V.

[ 1 447 •] Deux ans plus tard Félix abdiqua , après une résistance peu digue d'un quiétiste solitaire, et , de la sorte , le schisme s'éteignit.

Nicolas V était Toscan et évêque de Bologne ; il fut l'un des bons papes que le monde et l'église aient eus. Soumis au concile de Bâle dont il approuva sagement les décrets , il frappa de nullité les actes d'Eugène IV qui lui étaient contraires , et confima ceux de Félix. Sans méchanceté et . sans orgueil , il sut se faire aimer dans Rome même , et resta jusqu'à son dernier soupir l'idole des pauvres et du peuple. Son long règne s'écoula sans effort ; aucune tache de sang , aucune iniquité ne l'obscurcirent. Il passait ses loi-

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