‹ Rome et ses papesChapitre 106 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE Ivi · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE Ivi

on voulut pourvoir à la défense commune ; une croisade sembla résolue , mais la paresse avare de Frédéric la rompit. Sa stupide insouciance souleva la nation : la Hongrie se détacha de lui , il resta insensible ; doué d'une résignation niaise, imbu des plus sottes superstitions de son temps , ce prince semble le type des serfs de son époque.

[i455.] Le pontife suivant fut Calixte III , Borgia de nom , Espagnol de naissance , ancien secrétaire d'Alphonse V, roi d'Aragon , de Naples et de Sicile , successivement cardinal et ' pape par son influence. Calixte devait tout à Alphonse : il advint ce qu'on voit toujours entre les puissants-nés et les parvenus : ils se brouillèrent. Il commença par élever sa propre famille aux premiers emplois de l'Etat : l'un de ses neveux fut créé duc de Spolette, un autre, fait cardinal ,-sera pape K II voulait donner au premier la couronne d'Alphonse , et, dans cette vue, il abreuva ce prince de dégoûts et de contestations méchantes. Ses prédécesseurs avaient légitimé Ferdinand , fils naturel d'Alphonse $ Calixte foulant aux pieds le dogme même de l'infaillibilité romaine , révoqua la bullê. Il fit plus et osa déclarer la guerre à son ancien protecteur :

1 Alexandre VI.

la mort le surprit lorsqu'il travaillait à lui nuire. Alphonse , généreux et magnanime , négligea toujours de punir l'ingrat qui le desservait : il méprisa l'intrigue et la bassesse. — Plus ardent que Nicolas V, Galixte voulut armer les chrétiens contre les musulmans ; il échoua.

[i458.] Après lui , parut sur le trône de saint Pierre un évêque que le siège romain avait considéré comme son plus violent adversaire*, Pie II [JEneas Silvius Piccolomini). Secrétaire à Baie , on l'avait entendu tonner contre l'omnipotence papale, et propager celle des conciles œcuméniques. Pontife et vieux , il se rétracta en rejetant sur sa jeunesse l'erreur de ses premières doctrines et de ses écrits. Dans ses lettres de palinodie , il condamnait son nom comme gentil , et se comparait à saint Augustin le pécheur. Il eut mieux fait d'avouer que l'hommepape n'était plus libre.

S'élevant au-dessus des assemblées chrétiennes , il interdit tous les appels aux conciles , mais des princes s'insurgèrent contre la faiblesse ou la duplicité du saint-père. La France , la première , repoussa ses articles comme attentatoires aux libertés gallicanes , et en appela de nouveau au futur concile général. Pie II en

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