‹ Rome et ses papesChapitre 107 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XVI

même temps s'attachait à renverser la pragmatique-sanction qu'il avait jurée. L'évêqùe Goffredy l'obtint enfin du roi , et la porta à Rome , où elle fut traînée dans la boue comme le cadavre d'un méchant pape , pendant que le parlement de Paris refusait d'enregistrer la bulle de révocation.

Pie fit de grands efforts pour entraîner la chrétienté dans une croisade contre les Turcs. L'expédition devait partir d'Ancône : lui-même la commandait. La Providence en disposa autrement : Pie mourut.

Ce pape attacha quelque lustre à son règne :

il était savant , lettré ; Frédéric III l'avait cou- . ronné poète lauréat à Francfort. Quoi qu'il en soit , on a de lui des poésies érotiques qui honorent peu un saint-père. Mais , sous le point de vue moral , Rome , quoique souvent sévère en maximes , passait pour très-tolérante. Partout le dérèglement atteignait plus que la vie domestique ; il frappait l'église et ses fêtes. Les chroniques du temps nous apprennent que les réjouissances les plus grossières se célébraient dans les temples. Les fêtes des Fous , de* Diacres soûls , etc. , étaient fies saturnales dégoûtantes découlées du vieux principe païen qu'on n'offense point le ciel par l'hilarité. La fête des fous

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avait lieu à Noël ; on choisissait un pape , un évêque des fous ; le clergé entier était là entretenant la gaieté publique par la recherche des plus sales grimaces , des bouffonneries les plus obscènes. Dans ces jours impies , pour lui tout était licite , tout , excepté la vie cléricale et son austérité convenue. Tantôt on le voyait déguisant sous des vêtemens grotesques sa condition , son sexe même ; tantôt c'étaient des libertins et des courtisanes qui , s'afîublant de la soutane des prêtres , s'introduisaient dans les couvents et les forçaient de prendre part à l'orgie régnante. La troupe joyeuse marchait au bruit de chants impudiques , portant des insignes de débauche en guise de bannières ; dansait dans le chœur des églises , et en souillait les autels K Là c'était un âne qu'on couvrait d'une chape et des ornemens pontificaux ; ici c'était Balaam qu'on promenait sur une ânesse au milieu des Juifs. Pendant ces 'heures de désordre , l'excès de respect que l'on portait au culte se transformait, sans scrupule et par force d'usage, en excès de profanation. On péchait de bonne foi , sans intention directe. Seulement cet ins-

1 Dans quelques contrées de France , dans la Basse- Bretagne , par ' exemple , avant la révolution , on dansait encore dans les églises et dans les cimetières.

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