‹ Rome et ses papesChapitre 108 sur 197 · LIVRE I, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVI

tant d'épanchement lihre semblait condamner la contrainte passée et celle encore qui devait suivre. — Ainsi , plus l'humanité est abrutie , plus ses divertissemens doivent approcher de la licence : il fallait des bêtes féroces ou des cérémonies stupides au peuple de l'empire romain. Il lui fallait le despotisme 9 parce que l'homme brut veut , en tout , un extrême ; que la liberté a des bornes , et que l'homme brut ne peut en voir. Voilà pourquoi des nations dont les gouvernants sont despotes , ne voudraient pas qu'on les en privât , voilà pourquoi des serfs ont refusé la liberté. La liberté n'est qu'un œuvre du discernement : tomme tout état mixte , c'est un fruit de civilisation , et son usage en est une condition. Or le serf , qui est au dernier échelon dans la nature humaine , ne peut envisager que ce qui est extrême , et ne saurait jouir d'aucun autre état. Deux élémens seuls peuvent donc se présenter à son intelligence : l'esclavage , qui est un état de dépendance pourvue du nécessaire ; et la licence , qui est le droit implicite à toutes voies pour vivre. Il voit la liberté aveç les yeux d'un enfant ; il la repousse parce qu'il la croit l'isolement , et qu'il conçoit seulement la licence. C'est la philosophie qui explique la liberté telle qu'elle doit être entendue :

son sceptre seul établit l'équilibre dans ce qui tient à l'humanité. Mais la philosophie , c'est la réflexion , et la réflexion dans les masses ; elle est lente comme la fin des abus : elle naît à force de malaise , comme la haine à force de patience.

La Sorbonne eut assez de sagacité pour blâmer ces farces idolâtres. [1460.] Le concile de Sens , en France , venait d'en décréter la suppression ; mais les fêtes ne cessèrent point. — Les mystères de la passion étaient aussi dégénérés , ils n'étaient plus qu'utae reproduction souvent lubrique de quelque moralité chrétienne. Ons'était fatigué de représenter l'Ecriture dans tout son sérieux ; puis , pour ne point la quitter , on avait égayé ses thèmes et noyé son mysticisme dans un libertinage de mots et de pensées. — Chaque ville chrétienne avait des fêtes et des spectacles de cette espèce» La religion y était . toujours mêlée , qar les prêtres ne voulaient pas qu'il y eût une heure , une pensée , un geste où elle restât oisive et étrangère.

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