LIVRE I , CHAPITRE XVII. a3o
et restaura ses monuments. C'est lui qui fit élever sur la place de Saint-Jean-de-Latran la belle statue de Marc-Aurèle 1 , et qui fut l'auteur du pont Sisto que Ton voit sur le Tibre , au pied du Janicule. — Sixte tira un très-grand parti de la vénalité des charges. On affirme qn'il érigea le népotisme en loi , et qu'il déclara ses neveux , de droit , princes romains. L'un de ces derniers , le cardinal Jérôme ftiario , qui passa pour son fils , bâtit aussi son palais avec les ruines du Colysée.
Louis XI n'était plus ; il avait quitté le monde avant Sixte [i483]. Trempé du sang de ses sujets , épouvanté sans remords , il s'était éteint au sein d'une forêt isolée , en se roulant , comme un criminel condamné , sur des chapelets et des reliques. La France était morne. Louis tomba comme la peste qui finit , laissant son peuple dans cet état de torpeur qui suit les ravages de cette plaie terrible. On dit qu'il regretta la vie.
Sixte aussi mourut [i4^41 > céda I e trône à Innocent VIII , Cibo , qui , lui-même , après huit années de pouvoir , le laissera au fameux Alexandre VI.
1 La seule statue équestre de bronze qui nous soit parvenue des anciens j elle décore la place du Capitole.
2/jo ROME ET SES PAPES.
Innocent prouva qu'une vie licencieuse ne hit jamais un obstacle a l'obtention de la dignité
papale. 11 arriva au Vatican entouré de bâtards qui tous logèrent dans le palais de Saint- Pierre. L'un d'eux épousa la fille de Laurent de Médicis, les autres s'enrichirent rapidement, parce que les fonds des croisades turques furent détournés à leur profit. Innocent VIII , dit-on , avait été marié.
Il conféra aux prêtres de la Norwège le privilège de dire la messe sans via , se montrant ainsi opposé aux pontifes ses prédécesseurs qui avaient déclaré cette substance essentiellement nécessaire à la consommation du sacrifice. — Il excommunia Ferdinand , roi de Naples , parce que ce prince refusait d'obéir aux ordres qu'il voulait dicter.
Zizim , frère de l'empereur turc Bajazet , avait été fait prisonnier par trahison , par les chevaliers de Rhodes. Innocent l'ayant réclamé, le captif vint à Rome. Là le saint-père veut donner au musulman une idée de sa magnificence. Il s'entoure de ses cardinaux et de ses grands officiers. Zizim paraît et l'embrasse. Un murmure s'élève , le maître des cérémonies proclame l'étiquette prescrite ; mais le farouche Ottoman se retourne : « Un descendant