‹ Rome et ses papesChapitre 121 sur 197 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

de confier à César Borgia le duché* de Valentinois avec une compagnie de cent lances , afin d'obtenir du pontife une bulle de divorce et d'épouser Anne de Bretagne. Ce pape , en outre , haïssait Frédéric , dont il avait en vain sollicité la fillê pour ce même César. Il déclare donc ce prince déchu du trône de ses pères , et investit Ferdinand et le roi de France de leur moitié respective. Bientôt les armées sont en campagne. Louis , secondé par les Vénitiçns , envahit 1« Milanais , Gènes et le royaume de Naples , et l'astucieux Ferdinand occupe la Pouille et la Calabre. — Frédéritf sans asyle se réfugia et mourut en France où sa race s'éteignit dans le sang des La Trémoille.

Ici Alexandre VI et Pie III disparaissent. — Le cardinal d'Amboise , ministre de Louis XII, intrigant peu capable , et que Mézerai dit probe, brigue le siège romain et est écarté par les Vénitiens qui favorisent Jules II et le font élire. — Venise était dans toute la splendeur de sa gloire ; plusieurs des villes de la Romagne s'étaient rangées sous son égide. D'Amboise , dans sa colère , reproche à' la république son ambition et son opulence. Une ligue est résolue à Cambrai , et le pape et le roi de France y font entrer l'Europe presque entière. Des diploma-

tes divisent les provinces vénitiennes par la plume avant la conquête. Rome doit recouvrer les terres de la Romagne ; l'empereur Maximilien , Véronne, Vicence, Tlstrie et le Frioul: le roi d'Espagne retient les ports vénitiens de la Pouille , et Louis XII arrondit déjà son duché de Milan.

[r5o9«] Jules commence : il déclare en état d'interdit les Vénitiens et Lorédan leur chef. L'empereur a conclu une trêve avec ces derniers ; un bref la rompt au nom de l'Eglise en danger. Louis arrive , bat les Vénitiens pendant que les troupes papales occupent la Romagne. Mais Venise résiste , elle apelle des censures romaines au premier concile général ; noble et magnanime , elle relève du serment les peuples qu'on détache d'elle , et toute la nation court aux armes. Louis XII , maître de la Lombardie , a déjà regagné ses foyers; l'indolent Maximilien , fatigué d'assiéger des villes , repasse à son tour les monts.

Cependant la scène change : Jules II , plus calme f envisage en politique les éventualités de cette ligue injuste ; il voit l'Italie privée , par la ruine des Vénitiens , de son plus fort soutien contre les armes ultramontaines ; il se détache donc de Louis , pardonne à Venise suppliante et en-

Page 1