LIVRE II , CHAPITRE I
traîne successivement dans son parti les Suisses , Ferdinand d'Espagne et le jeune roi d'Angleterre , Henri VIII , qu'il séduit par la promesse du titre de roi très -chrétien. Alors l'anathême est révoqué sur la place Saint-Marc' et va frapper brusquement le roi français , pendant qu'un légat romain encourage par l'absolution la désertion de ses soldats. C'était combler la mesure de la perfidie. — Maximilien resta l'allie' du monarque.
Louis XII était un prince excellent. Il céda trop à cette manie belliqueuse qui était le vertige du temps , ruina l'Etat par des guerres insensées et sans motif plausible; mais il était juste , loyal et sensible. La trahison du saintpère , ses odieuses menées le blessèrent. Par ses ordres , des prélats réunis à Tours défendent d'abord d'envoyer de l'argent au pape , et décrètent une levée d'impôts sur le clergé du royaume. — Les Florentins sont demeurés fidèles à la France ; le roi envoie des évêques à Pise : des cardinaux mécontents s'adjoignent à eux ; un concile se forme [i5n], cite le brouillon pontife à sa barre , et le déclare endurci dans le crime , homm£ incorrigible et pervers.
Dans ces conjonctures , l'empereur se réunissait au pape , et les Vénitiens à Louis. — Jules
s'irrite. Il convoque à Saint-Jean-de-Latran un concile qui casse , annule celui de Pise , et enjoint à ses membres le devoir d'une justification.
La France y est assignée avec ses parlements , son chef et son clergé , comme coupable d'observer encore la pragmatique-sanction. Enfin un décret , émané d'une réunion d'esclaves , ad-
juge au roi de la Grande-Bretagne le sceptre de Louis XII. — La guerre durait; le pape luimême était en campagne. Louis fut souvent triomphant : il eut Gaston de Foix et Bayard. La grande victoire de Ravenne [i 5 12] fit chanceler le siège apostolique. Rome était perdue ; mais Jules se fit souple et humble par ruse ; il proposa la paix au vainqueur , et rompit les négociations quand ses alliés furent prêts à combattre. Alors Louis , menacé dans son royaiime par les Anglais ses voisins , avait repassé les Alpes ; Gênes lui échappait , et les Suisses , conduits par un archevêque , lui arrachaient le Milanais. — Les Suisses étaient déjà pervertis ; on les prenait à bail comme des vaisseaux et comme des armes : ils trahissaient le moins ofFrant.
Jules mourut peu de temps après. Puissant et couvert de gloire , il avait vu le vieil empereur Maximilien briguer l'honneur d'être son coadjuteur , et cet hommage l'avait flatté. « Les