LIVRE II , CHAPITRE I
Le moyen âge touche à sa fin. Pendant une partie de sa durée , les Catégories d'Aristote comprimèrent l'essor de la pensée. La raison humaine semblait morte , parce qu'elle avait à traverser le voile théocratique , à triompher du despotisme et.de l'absence des moyens propageants. Soumise impérieusement à l'impulsion religieuse , cette époque présenta le mouvement continu des plus grandes passions , car la domination des idées religieuses engendre le fanatisme , la plus aveugle de toutes. Cependant comme le sacerdoce était prépondérant, ses* abus furent les plus saillants. Chacun en souffrit , et le. premier murmure fut l'effet de ces mêmes abus. Peu à peu un fantôme de philosophie se fit jour à travers les subtilités scolastiques , et ce moyen âge tout religieux puisa dans lui-même le 'doute et le Scepticisme. Depuis le douzième siècle nous avons vu les Vaudois , les Albigeois, les Wicléfites , les Hussites , et tant d*autres sectes moins célèbres. Ainsi déjà la réforme , abattue et renaissante comme l'hydre , avait été conçue. — Une cause purement occasionnelle , la fiscaKté de quelques hommes , va faire éclore la plus grande révolution religieuse de notre ère. — Martin Luther était né.
Rome alors ordonnait des quêtes publiques
pour l'érection de sa basilique , et les jacobins en Allemagne avaient été chargés du colportage des indulgences papales , au préjudice des augustins. En vain ces derniers réclamèrent une prérogative dont ils jouissaient depuis des siècles ; ils n'obtinrent rien. L'ordre s'échauffa à la fin , et un moine fut chargé par son général de tonner contre la communauté rivale et les décrets du Vatican. Ce moine était Luther. — Je l'ai dit , bien des sectes avaient passé. Sans doute leur but était essentiellement dogmatique ; mais plusieurs avaient hautement réclamé l'absence du mal dans le pontificat.
Léon X , entouré d'une jeunesse brillante , passait sa vie au sein des festins et des plaisirs. Rien n'était changé. Les sages préceptes des conciles de Constance et de Bâle demeuraient sans exécution , et le saint-siége n'affichait que son esprit hériditalre de lucre , d'ambition et d'orgueil.
Luther , homme à la fois violent et énergique, emploie successivement le langage de l'enthousiasme , de la haine et du pédantisme K D'abord il prêche contre les jacobins et l'injustice de
l Voltaire , Essai sur Us mœurs , traduit une des épîtres de Luther au pape î « Petit pape , petit pape- » lain , vous êtes un âne , un anon , allez doucement , » il fait glacé et vous vous rompriez les jambes , etc. »