LIVRE II , CHAPITRE I
Rome. De nombreux prosélytes accourent pour l'entendre ; des princes même le protègent. Bientôt les indulgences ne se vendent jplus ; la confiance , la foi s'en vont. L'écriture en main , il attaque alors le catholicisme dans sa discipline et ses dogmes. Il corrige , blâme , règle et bouleverse tout à sa guise. Des bulles d'excommunication le frappent : il les brûle sur la place publique. Il enrichit ses amis et reste pauvre ; autorise le mariage des prêtres , et finit par se marier lui-même. Sa voix se répand au loin ; sa secte grossit de plus en plus. Le pape et ses* cardinaux s'agitent ; des diètes s'assemblent en vain. Rome n'a qu'une voie de salut : c'est l'aveu de ses fautes , le retour à la pureté primitive, et Léon meurt sans en avoir eu la pensée.
Jetons un coup d'œil sur l'état du clergé. Depuis le premier âge , chez lui la démoralisation avait crû avec la puissance ; mais, dès que cette puissance ne connut plus de bornes , le clergé , comme l'homme enrichi , n'ayant qu'à conserver , ne songea^ qu'à jouir. Au temps de la réforme , ses mœurs atteignaient un point de décomposition qu'il faudrait révoquer en doute , si tant d'écrivains dignes de foi n'en eussent révélé l'horreur. Ignorant , parce que le besoin de se multiplier le rendait trop facile sur l'ad-
mission des adeptes ; nombreux , parce que l'attrait des privilèges attaches aux ordres attirait à- lui des milliers de laïques , il semblait satisfait de puiser dans son nombre la pre'rogative d'être impunément criminel , et son ignorance lui dérobait le danger de ses fautes. — L'ecclésiasque^ dans certaines contrées , ne pouvait être mis à mort pour quelque cause que ce fut. L'infâme taxe apostolique de Jean XXII était encore en vigueur. Les crimes avaient une valeur fixe et spéciale ; on les rachetait par une amende souvent proportionnée à la condition du délinquant. Le meurtre , par exemple , se payait comme la bestialité , et les évêques , curés , etc., pouvaient , moyennant une faible somme , acheter le droit de le commettre. Ils obtenaient ensuite, tant le pardon de leurs péchés passés que celui des péchés à venir. — La plupart du temps , c'était à des bâtards et non à leur église que les chanoines efféminés léguaient l'offrande du pauvre et le denier des autels. Pendant leur vie , ils en nourrissaient leurs maîtresses. — Ici des prélats suppliaient le prince de légitimer leurs enfans ; là c'était un évêque de Cambrai transmettant des biens à ses enfans déjà nés«, et à ceux qui , « par la grâce de Dieu , » pourraient ultérieur ement survenir. — Rome elle-