LIVRE II , CHAPITRE I
même autorisait leconcubinage des prêtres, etles évêques le permettaient aux cures pour un écu par an. — Goldsmith rapporte que la populace des villes de l'Allemagne et de Y Angleterre forçait souvent les prêtres à entrenir des courtisanes , afin de mettre ses femmes et ses filles à l'abri de leurs attaques. — Les couvents étaient devenus des lieux de prostitution , ou les moines sacrilèges allaient abuser la jeunesse , et persuader à des créatures exaltées que Dieu voulait la débauche K » Cette dégoûtante dépravation partait du chef de l'église , embrassait ses princes et ses grands fonctionnaires , et couvrait jusqu'au plus bas clergé. — Les masses étaient encore
* La plupart de ces faits sont rapportés par mille auteurs plus ou moins connus. « C'étaient , dit Dulaure » en parlant des couvents , des espèces de sérails à » l'usage des moines et des évêques. Les enfants » qui naissaient de ce commerce criminel devenaient » moines à leur tour. Quelques religieuses se faisaient » avorter , et d'autres tuaient les nouveau-nés dès « qu'ils étaient sortis de leurs flancs maternels. De » là venait que souvent , dit le prédicateur Barlette , » les latrines retentissaient des cris des enfants qu'on » y avait jetés. » — Clémengis , théologien du XV* siècle et cité par Hallam, appelle les couvents : Veneris execranda prostibula, impudicorum juvenum receptacula , etc.
peu éclairées , mais elles avaient tant souffert , qu'il fallait bien qu'une si dégoûtante abjection leur dessillât les yeux. Peu à peu , même avant Luther , on s'était habitué à trouver de l'imposture dans les actes et la piété des prêtres ; car ce saint-siége à la fois guerrier , tyrannique , simoniaque et parjure , ces cardinaux comme leur maître , type de syt>arisme , d'avarice , de luxure , cumulant les évêchés et les bénéfices , étaient bien loin de la pureté évangélique K Le sacerdoce j il est vrai (et séparons ici le sacerdoce de la religion , qui ne peut cesser d'être grande , sublime et nécessaire à l'homme) , le sacerdoce , dis-je , demandait encore que l'on crût et que l'on n'examinât pas. A l'exemple des prêtres de l'Egypte et de l'Inde , il barrait de toutes ses forces la faculté progressive de l'intelligence humaine , et érigeait en dogme l'immutabilité de ses abus et la permanence de ses propres vices. Il voulait que tout dans lui restât stationnaire , pendant que tout dans l'univers marchait. Mais il ne voyait pas qu'il était hors de l'harmonie universelle. Malgré les doutes
1 C'est à ce sujet que les calvinistes genevois disaient :
Accipe, cape , rape, sunt tria verba papa*.
Diniti7ÉHi