LIVRE II , CHAPITRE II
vengé ses- concitoyens , et abattu d'un seul coup le méchant despote et la religion qui servait d'auxiliaire à ses crimes. Dès-lors , plus par rancune que conviction , la Suède et le Danemarck avaient repoussé la croyance romaine pour embrasser le luthérianisme , et, à leur exemple , la Saxe , Brunswick , Hesse , Francfort, s'en étaient affranchis sans regret. — Les peuples ingénieux de l'Italie , ceux de l'Espagne , semblaient rester indifférents pendant que les réformateurs , et surtout les anabaptistes Muncer et Jean de Leyde , tourmentaient les États de l'Empire. '
Des écrivains prétendent que Clément Vil donna au cardinal Hippolyte, son neveu, la jouissance de tous les bénéfices qui vaqueraient dans un délai de six mois ; car il aimait les siens à l'instar de Léon X , son oncle. Négligeant les préceptes de l'homme sage qui l'avait précédé, il envoya des légats à la diète allemande , qui s'occupait de mettre un terme au trouble ; mais ce ne fut que pour dénoncer les fautes du bas clergé. Comme ses devanciers, il jetait le manteau papal sur les abus de sa cour, défendait d'y porter atteinte , et accroissait ainsi par son obstination mal calculée le nombre des prosélytes luthériens. Clément quitta enfin une
vie abreuvée d'amertumes, après aVoir augmenté le lustre de sa maison en introduisant une bâtarde impériale dans sa propre famille , et la trop célèbre Catherine de Médicis dans celle des rois de France. — On le voit figurer au nombre des pontifes qui firent travailler à la basilique de Saint-Pierre.
[i534«] Son successeur fit regretter sa mémoire. Ce fut cet Alexandre Farnèse , si honteusement connu sous le nom de Paul III , qui, au rapport d'un écrivain de son siècle , avait acheté des honneurs en livrant sa soeur à la luxure d'Alesandre VI , son modèle. — Un mariage clandestin l'unissait à une dame de Bologne , aux yeux de laquelle il s'était fait passer pour libre et séculier. Voilà l'origine de cette illustre race Farnèse , dont l'histoire a de belles pages , mais dont le tronc est vil. Cette femme lui donna deux enfants, Constance et Pierre. Constance fut sa concubine ; Paul la maria plus tard à un Sforze qu'il fit périr. On l'accusa d'avoir été le favori 1 de cette sœur qu'il avait prostituée ; d'avoir empoisonné sa mère... Après de tels crimes , les autres ne compteraient plus K
1 Cei faits sont rapportés dans l'ouvrage d'Eustache Vignon, imprimé à Paris quarante années environ