LIVRE ÏI , CHAPITRE II. ,û8l
proscrits , car la révolution était plus le fruit delà haine que de la saine raison. Rien n'était fixe, positif. Henri VIII voulait rester l'émule du pape, et n'aimait ni les papistes ni les protestants. Le parlement avait décrété que quiconque nierait la suprématie du roi sur l'Eglise serait puni de mort ; et ceux qui soutenaient la réforme encouraient le même sort. D'un autre côté , Henri avait altéré les dogmes de la croyance primitive en restreignant l'invocation des saints. Il avait bien fait traduire la Bible en langue vulgaire ; mais le despote perverti craignait que ses peuples n'abusassent des textes , et l'enchaînait dans les temples. Bientôt une enquête sévère attaqua les couvents [i536] , signala leurs crapuleux désordres , et trois cent soixanteseize de ces communautés , supprimées par le parlement , virent leurs immenses biens passer à la couronne et aux seigneurs. Deux ans après, le sol anglais était purgé de Jtoutes corporations monastiques , et le revenu public ^'était augmente' d'un vingtième. — Ce coup d'État fut salutaire. Les turpitudes et les fraudes des moines furent dévoilées , et le faisceau de leur magie fut exposé sur la place publique. Les reliques , les itatues des saints , furent mises en pièces , traînées dans la boue , et- la populace
se désaltéra en dépouillant les madones de For qu'on avait arraché de sa crédulité passée.
Dans ce tumulte , quelques scènes ridicules se ressentirent du siècle. Le roi assigna saint Thomas Becket comme prévenu de trahison. Son nom fut effacé du bréviaire et du calendrier , ses os furent livrés aux flammes l . — La réforme s'arrêta là. En vain conseilla-ton à Henri de continuer l'œuvre ; soit scrupule d'avoir trop fait, soit caprice , il repoussa tous les avis. Il se souvenait d'ailleurs d'avoir écrit contre L£ther , et ne voulait point être luthérien. Bientôt un bill déclara dogmes de l'Eglise anglicane la présence réelle , la communion , le vœu de chasteté, le célibat des prêtres, l'utilité des
1 Au nombre des reliques figuraient les charbons qui avaient servi a griller saint Laurent j les rognures des ongles des pieds de saint Edmond , d'autres qui préservaient de la pluie ou chassaient les mauvaises herbes du blé. Il y avait a Boxley un crucifix, dit la croix de grâce , qui se baissait , se relevait , remuait les yeux et la tête. Les roues et les ressorts qui le fiai- . saient agir furent livrés à la raillerie de Londres. %. Halles , dans le comté de Glowcester , les moines faisaient un trafic du prétendu sang de Jésus-Christ. Ce n'était autre que le sang d'un canard que Ton tuait chaque semaine, etc. , etc.
Goldskith , chap. xxiv.