LIVRE II , CHAPITRE II
messes et la confession auriculaire des prêtres* L'hérésiarque devait être pendu et ses biens confisqués. Cette loi reçut le juste nom de statut de sang ; elle alluma des bûchers sur toute Ja surface du royaume , et le parlement resta esclave, pendant que le tigre théologien envoyait indistinctement au supplice les réformés et les papistes. La reine elle-même, calomniée par les partisans du saint-siége, coupable peut-être de . protéger les dénonciateurs de Rome , mais plus encore d'avoir survécu au désir brutal d'un tyran , porta sa tête sur l'échafaud. — Quittons ces annales sanglantes. Plusieurs fois des factions désespérées voulurent venger la religion et l'humanité : l'odieux Henri fut le plus fort. Il pontinua de sacrifier ses sujets , ses favoris et ses femmes , et s'éteignit paisiblement de vieillesse et d'embonpoint [i54y].
La France aussi était en proie aux proscriptions religieuses. François I er , comme Barberousse , était mort de débauche , et Henri II, son fils et son égal en dissolution et en bravoure, mais incapable et faible, arrivait au trône avec des gibets et la chambre ardente [i548]. Sous lui des Français se faisaient à la fois bourreaux et convertisseurs. Des édits de feu et de mort y rendus pour renverser le schisme , par-
taient d'une cour efféminée , asyle de l'athéisme et du libertinage ; mais Henri II avait besoin de Rome pour disputer Naples et la Sicile à l'Espagne.
Paul III fut , dit-on , mis en pièces par le peuple et les grands. On voit pourtant son tombeau orné des attributs de la prudence et de la justice. — Il construisit avec des débris du Colysée le vaste palais Farnèse , apanage de sa famille , et usurpa l'emplacement de ses jardins sur les ruines de cette Domils aurea 1 , dont le cadavre dominai^ la cité moderne. C'est lui qui abandonna la direction des travaux du Capitole et de saint-Pierre à l'immortel Michel- Ange. Ce grand génie voulait donner à la basilique chrétienne une façade de quatre colonnes isolées, semblable à celle du Panthéon. La mort prévint ses desseins «
Paul est l'auteur de la fameuse bulle in Cœnâ Domini, qui chaque année fulminait l'anatheme
1 Le palais de Néron.
2 C'est entre le Capitole et le mont Quirinal que se trouvait le forum de Trajan , dont les sublimes proportions transportèrent Grcgoire-le-Grand a un tel degré d'admira^on qu'il fit réciter des prières pour lame de cet empereur. Apollodore en était l'architecte.