LIVRE II , CHAPITRE II
son père , la réforme altière et triomphante s'était paisiblement assise par les soins du protecteur Sommerset. On avait concédé au roi le droit de créer des évêques par lettres-patentes , aux prêtres celui de se marier. Le culte des images et les messes particulières avaient été abolis , le dogme de la présence réelle rejeté , et la confession auriculaire laissée à la discrétion privée. Peu à peu même les réformés s'étaient fait persécuteurs , avaient brûlé des hérétiques , incendié des bibliothèques pour les purger des mauvais livres , des missels et des légendes romaines , pendant que des émeutes , dirigées par des moines , avaient dévasté les campagnes. Le roi mourut , et Marie , sa sœur , femme ignbrante , superstitieuse , conseillée par des prêtres et aigrie par des chagrins , vint répandre à grands flots le sang des protestants. La réaction fut terrible. Cranmer à son tour périt sur un bûcher. Les biens» qu'avait possédés l'Église lui furent restitués à la réquisition du page ; les statuts du protectorat furent cassés , et bientôt le. culte devint ce qu'il était avant le règne de Henri VIII l. Tout-à-coup Elisabeth
1 Marie avait épousé Philippe II d'Espagne , et mourut , dit Voltaire , méprisée, de son mari et de quiconque n'avait pas l'ame d'un persécuteur.
igi ROME ET SES PAPES.
paraît [i558] ; les flammes s'éteignent , les moines fuient , les prédicateurs sont contraints au silence , et t pour la quatrième fois depuis Henri VIII , la Grande-Bretagne va changer sa croyance. En femme artificieuse et éclairée , la reine mande à Rome la nouvelle de son élévation au trône , et Paul repousse l'hommage de l'ambassadeur anglais. Ennemi secret de la princesse , il imagine de s'arroger des droits pour pouvoir les vendre. « Le saint-siége , répond Paul , n'a pas sanctifié l'union de Henri VIII et d'Anne de Boleyn ; Elisabeth est bâtarde et sans droits aucuns ; au pape seul appartient la concession de la couronne. » Mais Elisabeth n'a pas l'ame faible de Marie. Cordialement attachée aux dogmes du protestantisme , elle jette au loin le masque , récuse la vanité du pontife , et le pouvoir de Rome est à tout jamais abattu.
Paul IV mourut l'année suivante , haï et méprisé. Cardinal > il avait manifesté de la droiture et de la sagesse , une fois souverain , il ne fut plus que superbe. Une espèce de prophète 1 avait dit de lui : intrabit velut draco , sedebi velut leo. 11 accomplit la prédiction. Il avait des
i L'abbé Jean Gouin , cité par Llorente, Port. pol. des papes.
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