LIVRE II , CHAPITRE IV
terrible , et fixe pour l'exécution de ses ordres un délai après lequel la nation , son sénat et son prince encourront de plein droit le châtiment de l'interdit. — Poussée à bout , la république , loin de céder , prend l'offensive. Une résolution rejette comme non avenues les bulles du Vatican , et défense est faite de les recevoir'. Les moines , parties trop intéressées dans le différend , sont embarqués et bannis, et les réformés euxmêmes s'éloignent , comme pour enlever à l'orgueil du pontife le seul prétexte plausible de fiel et de persécution. Le culte ne s'interrompt point et pendant que les prêtres vaquent à leur saint ministère , la populace paisible invoque par des cantiques la protection de l'Eternel.
La paix de l'Europe fut menacée. Paul et les Vénitiens s'armaient ; deux partis allaient déchirer l'Italie , car le saint-siége appelait les rois chrétiens à son aide , et le grand sultan offrait son alliance à la république obstinée. L'Em-. pereur lui même l'appuyait : la médiation de Henri IV enfin rétablit l'équilibre. Par déférence pour le monarque français, Venise se dessaisit des prêtres prisonniers ; mais elle conserva ses lois , ses maximes , et les jésuites ne revinrent pas.
C'est sous ce pontificat de Paul V que Henri IV
succomba victime d'un fanatisme exécrable.
L'agrandissement progressif de la maison d'Autriche demandait une surveillance active. Des ligues se formaient , et le roi de France , secondé par les Vénitiens, la Savoie et des princes protestants , se préparait à attaquer l'alliance impériale catholique , quand nn insensé l'assassina [1610].
Paul fut l'ami des jésuites, il approuva leurs doctrines , poursuivit leurs ennemis , et mit à l'index toute la philosophie de son temps — Un de ses neveux fut fait prince de l'Empire. Ses autres parents furent élevés aux premières charges de l'État qu'ils manièrent et dirigèrent à leur guise *. — Paul cependant rendit son rè-
1 II prohiba le livre de Fra Paolo Sarpi ( contre la puissance temporelle des papes) , l' Histoire de France du président de Thou ; le mémoire d'Arnaud contre les Jésuites , le décret du parlement contre le régicide Châtel , et beaucoup d'autres ouvrages d'un mérite distingué. — Il permit qu'on lui appliquât ce que Jéremie avait dit par allusion du seul roi de Babylone : » Le peuple et le royaume qui ne te seront pas soumis » mourront par la faim , la guerre et la peste , etc. »
LLO RENTE.
* Son neveu ^ le cardinal Scipion t Borghèsc , commença la belle villa Borghèse , l'une des plus délicieuses de Home.