LIVJRE II , CHAPITRE IV
tife et lui demanda de l'or et des soldats pour repousser les hérétiques, comme si les papes eussent quelquefois compati à la détresse des Césars. 11 n'obtint rien ; Urbain VIII refusa jusqu'à la croisade, et l'empereur mourut aussi malheureux qu'il avait été puissant , laissant à son fils Ferdinand III un empire démantelé par la conquête et peut-être encore décivilisépar les longues plaies de la guerre.
L'Italie , paisible durant les carnages de l'Allemagne , s'occupait en silence d'archéologie , de musique et d'architecture : ses peuples demeuraient misérables. Quoi qu'il en soit , Florence , Venise et Rome étaient sans cesse le séjour de la politesse et des arts. — On lit que cette dernière ville avait tout au plus alors cinquante mille habitants , et que les étrangers y affluaient en grand nombre.
[1628.] L'Espagne , de son côté , conservait à l'avènement de Philippe IV un reste de son ancienne splendeur. Ce prince l'étouffa. — Philippe III avait maladroitement expulsé les Maures qui seuls soutenaient l'industrie. Dès qu'ils furent loin , on les regretta. L'Etat devenait pauvre malgré tout l'or du nouveau monde ; les campagnes étaient désertes , et le gouvernement s'était vu contraint d'attacher des privilèges à la
33a ROME ET SES PAPES
êm
culture des terres. Il avait ennobli la charrue , exempte le laboureur du métier des armes ; mais
la mesure était vaine : quand l'agriculteur se voyait gentilhomme, il quittait le soc pour l'oisiveté native. — Dans cet état de choses , un roi voluptueux tenait le sceptre, et un ministre despote , vrai Richelieu de Philippe IV , le maniait. Olivaies régnait seul. En servant lame efféminée du monarque, en alimentant ses plaisirs , il savait maîtriser son propre maître. C'est ainsi que des gouvernants habiles attisent comme cause absorbante le libertinage des peuples. Le libre épanchement des sens apparaît à l'homme comme une grande fraction de la liberté naturelle. La société sans entraves à cet égard paraît satisfaite , heureuse , dépose toute énergie , et reste calme par indolence ou distraction K Toute voie coërcitive au contraire est moins efficace. Elle stimule la réflexion et aigrit l'idée de rébellion par le poids constant de la chaîne.
Lorsque la lutte s'engagea entre Olivarès et Richelieu , Richelieu et Urbain VIII battirent le ministre espagnol , l'un par les armes , l'autre par des intrigues. Olivarès enfin tomba , parce que les Portugais et les Catalans . soule-
1 Telles Venise , Naplcs , etc.