‹ Rome et ses papesChapitre 168 sur 197 · LIVRE H, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE V

que théorie des empereurs d'Allemagne , reproduite en forme de protestation , blessa la cour apostolique. On voulut la condamner. Eh ! que pouvait l'anathême contre Versailles ? On combattit avec la plume. Tous les théologiens entrèrent en lice ; mais on discuta sans succès. Le despote français voulait être maître chez lui, régner surtout et régler tout ; il tint bon. Le protestantisme même lui sembla une anomalie nuisant a l'unité de son pouvoir ; il le persécuta. Mazarin l'avait épargné ; après lui , on organisa un ministère chargé d'acheter des conversions. Peu à peu les huguenots furent écartés des charges* publiques ; on ferma leurs temples ; on leur interdit la prière, et l'émigration commença. — Bientôt une prude dévote etsQuveraine, dévouée aux jésuites , inventa les dragonnades, et l'odieux Louvois sema dans les campagnes des bandes réglées d'assassins. Un douzième de la nation fut proscrit. Mort ou messe, comme on disait sous Charles IX,; des prêtres commandaient le carnage , et la voirie déborda de cadavres. — Enfin , l'édit de Nantes fut révoqué, et cent mille familles traînèrent à l'étrangerleurs souffrances et l'industrie nationale. Leurs biens devinrent la pâture des grands , et Rome se tut quand elle pouvait remplir son vœu de tolérance

et s'immortaliser à jamais en sévissant contre le despotisme criminel qui s'appuyait sur Dieu.

Disons toutefois que , lorsque l'Europe consternée se coalisa à Ausbourg contre le colosse français , Innocent XI fit partie de la ligue. La guerre devint universelle : le pape y fut l'alité de rois protestants, et cette circonstance n'étonna personne. — Le règne guerrier de Louis XIV fut très-funeste au saint-siége, parce qu'il fut , pour ainsi dire, le point culminant de l'époque. Rome neutre , sans armée et purement morale , n'était grande qu'au Vatican. Innocent XI, cepedant , lutta contre le monarque absolu et soutint plusieurs démêlés au sujet d'anciennes franchises , et notamment du droit de régale. Le saint-père tenta même d'humilier l'ambassadeur du prince en supprimant des formes de prééminence diplomatique ; mais le ministre réclama , en appela au futur concile , célébra l'office dans la chapelle de son palais , et la querelle finit par l'interdit de la chapelle et la mort du pape.

Vers ces temps , la maison des Stuart fut précipitée du trône d'Angleterre , pour avoir tenté de relever la religion romaine sur les ruines du protestantisme. — [ 1 687 .] Un nonce apostolique fut solennellement accueilli à Windsor ; mais

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